Rapport Saint-Prix
2. Qui avait donné Tordre d'ouvrir? Personne, après Févénement, ne voulut en assumer sur lui la responsabilité. Qui avait ouvert? Il est certain que ce furent des gardes nationaux, se trouvant dans l'intérieur de la cour, qui levèrent les bascules des deux battants de la ()uii(v, mais quels étaient-ils? le firentils de leur cliel ou sur uu oidre verbal? C'est ce que porsourie ne put dire. L'intendant de la liste civile, Laporte, qui interrogea tous les concierges du Gbàteau, fait remarquer dans son rapport qu*il n'y eut de forcée (}ue la porte Royale; celle de la cour des Suisses et de la cour des Princes restèrent fermées jusqu'au soir et ne iervirent qu'à récoulemenl de la foule
LE 20 JUIN i192.
à leur aide les canonniers et les chasseurs qui font
partie de la garde montante, arrivée depuis quelques heures et répandue dans la cour; mais ceux-ci refusent d'écouter la voix de leurs chefs.
a Étes-vous sûrs, s'écrie Pinon, qu'il ne se mêlera point, pariiu ceux qui se présentent, des hommes capables d'attenter à la vie du roi? — U vaut mieux, lui répond-on, qu'un seul homme soit tué que nous. — . Vous vouiez doue nous faire égorger? n crient les canonniers en empêchant leurs officiers d'opposer ce dernier obstacle à la foule.
L'irruption est si violente qu'un des canons du bataillon du Val-de~Grâce est transporté à bras jusque dans la troisième pièce du Château, dans la salle des Suisses: mais là il s'embarrasse dans la porte et empêche ceux qui suivent de pénétrer plus avant. Cet incident ne fait qu'enflammer la fureur du peuple, parmi lequel le bruit se répand qu'on a trouvé une bouche à feu prête à le mitrailler. Tout s'explique bientôt, grâce aux municipaux Boucher -Kené et Mouchet, qui adressent des reproches aux canonniers sur leur excès de zèle, font dégager la porte à coups de hache et descendre le canon au pied de l'escalier. U y resta jusqu'au iiioaient de l'évacuation du palais ^
Traitant les Tuileries comme une ville emportée d*assaut» renversant tout ce qui s'oppose à son pas-^
i . Rapport SaiDk-Pri&. Rapport Moucbel.
sage, la tourbe envabissaote pénètre jusqu'à la salle de rOEil-de-Bœuf , dont les portes sont fermées et dont elle réclame l'entrée à grands cris.
XXIY.
Dans cette salle se trouvaient le roi, trois de ses ministres, Beaulieu, Lajard et Terrier, le maréchal de Houchy, deux officiers de gendarmerie, un ou deux chevaliers de Samt-Louis, le chef de légion Lacbesnaye, et enfin plusieurs simples volontaires de la garde nationale. Fontaine, Gossé, Bidault, Leerosnier, Guibout.
Madame Élisabeth, qui n'a point quitté son frère, écoute en frémissant les bruits terribles par lesquels s'aiiiionce l'invasion populaire, et, tout en laiiiies, adjure les gardes nationaux de défendre le roi.
lin ce moment on frappe à une autre porte que celle derrière laquelle hurle la populace. Est-ce encore V ennemi? Non, c'est Acloque et l'adjudant Boivin qui, par les escaliers intérieurs, accourent, avec un renfort de gardes nationaux, protéger le roi ou mourir avec lui. lis se nomment; on leur ouvre. Acloque se précipite vers le monarque , le saisit à bras-le-corps et, le suppliant de se montrer au peuple, lui jure
de périr plutôt que de lui voir subir la moindre insulte.
Ls( porte, qui seule sépare Louis XVI des envahisseurs, est de plus en plus violemment ébranlée par des coups de hache et de crosses de fastl. Cn des panneaux tombe. Des piques, des bâtons, des baïonnettes menacent les poitrines des braves grenadiers qui se sont précipités devant le souverain. — « Sire, s'écrie Tun d'eux, n'ayez pas peur ! — Non, réplique le mouarque, liéroïque en ce moment, non, je n'ai pas peur; mettez la main sur mon cœur, il est pur« » Et, saisissant la main du garde national il Tappuie avec force contre sa poitrine. Puis, décidé à suivre le conseil que lui a donné Acloque, il commande de laisser entrer le peuple. Le chasseur Fontaine tire le verrou d'en bas, un Suisse celui d'en haut, et, aussitôt la porte ouverte, vingt ou trente individus entrent en courant. « Citoyens, leur crie Acloque, reconnaissez votre roi, respectez-le, la loi vous l'ordonne; je périrai, nous périrons tous, plutôt que de laisser porter la moindre atteinte à son inviolabUité »
A ces mots prononcés d'une voix ferme, l'invasion populaire s'arrête durant quelques secondes; on profite de cet instant de répit pour conduire le roi dans l'embrasure d'une croisée, sur la banquette de la-