Déclarations Fontaine et Lachesnaye. — Rapport Acloque
LE 20 JUIN i70S,
quelle il monter La foule avance et bientôt remplit
la grande salle de rukiil-de-Bœuf, qui lui a été presque tout entière abandonnée : « Que voulez-vous, dit Louis XVI, avec un calme admirable? Je suis votre roi. Je ne me suis jamais écarté de la constitution. ))
Mais sa voix se perd au milieu des hurlements. De
toutes parts éclaieut les cris de : a A ban monsieur Vetol au diable le Veto! » proférés avec d'injurieuses menaces par des individus armés de fusils et de pistolets ^ Acliaque instant, de Tlmmeuse cohue s'élèvent de brutales injonctions : « Le rappel des ministres patriotes, il faut quil le signe! nous ne sortirons point qu'il ne Tait fait 1 »
La grande salie présente le spectacle d'un océan
4. Acioque, dans son rapport, dit qu'il ne fut pas possible de déterminer* M*"* Élisabeth à quitter son frère, et qu'elle se plaça dans l'embrasure d'une autre croisée. Ce fut sans doute
à ce moment que cette angélique princesse dit à un serviteur lidèlo, en entendant quelques individus qui la prenaient pour la reine, contre laquelle toutes les haines avaient été ameutées depuis si longtemps : a Ah I ne les détrompez pasi » {Mémoires de Madame Campan. )
t. Déclaration Bidault* — Les gardes nationaux écartèrent à plusieurs reprises de la personne du roi un Individu qui, des premiers entrés, était armé d'une lame d'épée rouillée et 8*était mis en posture de foncer sur Louis XVI; d'autres misérables, tenant en maiii des pistolets, des sabres, trahissaient, par ia violence de leurs propos, des intentions perverses. Parmi eux se trouvait un certain Soudin, bien connu pour avoir, en 47S9 , promené dans Paris les tètes de Foulon et de Bertiiier à ]a pointe d'une pique. (Déclarations Lecrosnier et Guibout.)
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de tètes, de bras, de piques , de sabres, qui semble agité par un flux et un reflux perpétuel et au-dessus duquel surnagent les horribles trophées déjà promenés à travers VAssembiée nationale
Plusieurs historiens, pour contredire les allégations peut-être exagérées des ultra -royalistes, de Peltier et autres , se sont laissé entraîner éux-mèmes à d'éti anges appréciations en sens contraire. En dépit des faits dont sont remplis les procès -verbaux authentiques, ces écrivains ne craignent pas de déclarer que H jamais dispositions plus inoflensives ne se produisirent au sein d'un plus bizarre désordre*; » que si quelques individus, pai* exception, eurent Tair d'en vouloir aux jours du roi, cela seul qu'ils ne le tuèrent pas prouve que personne n'en eut la pensée. « La chose eût été bien facile, dit M. Michelet' : le roi avait peu de monde autour de lui, et plusieurs des assaillants, ayant des pistolets, pouvaient l'atteindre à distance. »
Que les masses , entraînées par quelques meneurs dans l'inviolable domicile de Louis XVI, y fussent entrées sans intentions perverses; que nombre de ces femmes, de ces enfants, de ces désœuvrés qui n'étaient venus que par curiosité, ne se doutassent
4. On revit môme, dans la salle de l'Œil-de-Bceuf, le cœur de veau planté sur une fourche avec rinscription : « Cœur d'aristocrate. » (Déclaration Guibout.)
%. Louis Blanc, t. Vf, p. 434.
3, HUiùire de la BévoliUion, t. III, p. 485.
pas qu'ils commettaient un attentat national en outrageant le monarque chez lui : oui, cela nous semble incontestable. Mais ce qui ne Test pas moins, c'est que certains misérables qui se trouvaient dans la foUlc n'auraient pas demaudè mieux que de devancer l'œuvre à jamais détestable qui s^accomplit le 21 janvier ; c'est que le régicide fut rendu impossible uniquement par le courage du roi et de ceux qui Tentouraient. Les assassins ont les mêmes instincts que certaines bétes féroces ; ils n'osent attaquer qui les regarde en face et ne se ruent que sur ceux qui s'abandonnent eux-mêmes.