‹ Le 20 juin 1792Chapitre 33 sur 47 · Déclarations Bidault, Mouchet, Patris · texte numérisé non relu

Déclarations Bidault, Mouchet, Patris

on voulait, comme dit M. Micbelet^ 1* épouvanter ^ le convertir par la terreur, on n*y réussit pas; ferme dans sa dignité d'homme comme dans sa foi de roi , le petit-fils de Henri IV et de Louis XIV, en ne cédant point le 20 juin , s'est acquis à l'admiration de rhistoii e un titre qui ne pourra jamais lui être loyalement contesté.

Cepeudaat, le souverain n'accordant pas à la populace ce que les meneurs lui faisaient demander, la situation devenait insoluble-, les cris succédaient aux cris, les menaces aux menaces, la foule à la fouie. Mouchet propose au roi de sortir sur la terrasse, afin de parler au peuple et d*étre mieux entendu; un autre municipal, Ha, l'engage à passer dans la pièce voisine; Louis XYI ré[)ond : « Je suis bien ici, je veux rester. » Sans doute il ne se fiait ni à l'un ni à l'autre de ces municipaux trop suspects de jacobinisme.

Malgré l'ouverture de la galerie, la chaleur était excessive. Un garde national, auquel une bouteille de vin et un verre avaient été passés de main en main par ses amis, s'aperçoit que le visage du roi est ruisselant de sueur*.

« Sire, lui dit-il, vous devez avoir bien soif, car moi je meurs... Si j'osais vous oifrir... Ne craignez rien, je suis un honnête homme, et, pour que vous buviez sans crainte, je boirai le premier, si vous le permettez.

I . Histoire de la Révolution, t. III, p. 485. 9. Rapports UTouchet, Hu, J.^. Leroux.

L£ %i> JUIN i7U2

— Oui, mon ami, je boirai daas votre verre, » répond Louis XVI, et, aux applaudissements de la foule, il s écrie : « Peuple de Paris, je bois à la sanlé et à celle de la nation française ^ 1 »

Au même moiiient plusieurs députés, qui avaient appris la violation du domicile royal, entraient préci|jiiaii)ment aux Tuileries. Ils n'avaient et ue })ouvaient avoir aucune mission officielle , puisque T Assemblée n'avait |)as cru utile d'adopter la proposition que Vergniaud lui avait faite quelques heures auparavant d'envoyer auprès du roi une députation permanente de soixante membres. Se jetant à travers la foule qui encombrait les escaliers et les appartements, ils ont la peine la plus grande à se faire reconnaître, écouter, respecter. Enfin les voici, après mille efforts, parvenus à la porte de la salle de l'OEil-de-Bœuf. Vergniaud, Isnard, deux des membres les plus popu* laires du côté gauche, s'y frayent un passage. Daverhottlt, Blanc-Gilly, deux membres de la droite, les accompagnent. Daverhoult, ami particulier de La Fayette, écarte les émeutiers les plus rapprochés de Louis \VI en s' écriant: « Vous ir approcherez du roi qu en passant sur mon cadavre ^ I » Isnai*d, soulevé par quelques gardes nationaux de manière à dommer la foule, la conjure de se retirer; mais on

4. Lettre fJe Blanc-Oilly au département des fiouches-du-^ Rhône.

t. Uécit de Daverhoult a l'Assemblée, Journal des Débats et Décrets, n° 269, p. 295.

rinterrompt, on veut auparavant obtenir la levée du veto, le rappel des ministres. « Si ce que vous demandez vous était accordé en ce niuineat, dit-il, ce ne serait plus un acte de liberté.*. Retirez-vous donc au nom de la loi et de l'Assemblée nationale, sur laquelle vous pouvez vous reposer du soin de faire tout ce qui sera convenable. » Mais le tumulte redoublant : u Citoyens, répète-t-il, je suis Isnaid, député à r Assemblée nationale ; je vous invite à vous retirer et je vous réponds sur ma tête que vous aurez satisfaction ^ »

Que faisait T Assemblée au nom de laquelle isnard venait ainsi de parler? On se le rappelle^ elle avait levé sa séance aussitôt après le délilé populaire; mais en sortant du Manège, bon nombi*e de députés s'étaient aperçus du Uuabie qui se produisait autour des Tuileries et étaient successivement rentrés dans la salle des séanceis. A cinq heures environ, un des anciens présidents, Guyton-Morveau, monte au fau^ teuil et fait ouvrir les portes des tribunes.

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