‹ Le 20 juin 1792Chapitre 36 sur 47 · Rapports Sergent, Âcloque, Fontaine · texte numérisé non relu

Rapports Sergent, Âcloque, Fontaine

5. Nous avons trouvé dans un opuscule très- rare, imprimé à l'époque même, et intitulé: Récit exact et circonstmcié de ce qui s'est passé au château de» Tuileries, le mercredi

20juùi 1792, des détails très- mlei tissants sur les circonstances qui ennpêchèrent la reine d'aller retrouver Louis XVI, lorsque déjà il était dans ia salle de l'OEil-de-Bœuf en butte aux outrages des premiers groupes d emeutiers.

« La reine accourait en ce moment par la chambre du roi : M. Aubier Taperçoit de la porte qu'il tenait, essayant de la fermer; il court vers Sa Majesté en refermant la porte; il ose

tE 20 JUIN 1792

Lorsque commença le défilé à travers les appailements , la reine et les personnes qui l'accompagnaient furent mises àTabri dans l'embrasure d'une fenêtre» derrière la grande table du GonseiL Devant cette

table s'établirent trois rangées de gardes nationaux du bataillon des FiUes-Saint-Thomas, sous les ordres

de Mandat. A côté de celui-ci vint bientôt se placer

rairéter. Bile cHait: t Laissez- moi passer, ma place est près

« du roi, je veux le joindre et périr s'il le faut, en le défen- « dant. » Le courage de la reine doublant ses forces, elle cùl rrnvf IX' M. A^ihier, si M. Rougeville, chevalier de Saint-Louis, n'eût Joint âa résistance à la sienne et doané le temps de l'atteindre aux personnes de rintérieur qui couraient à sa suite. M. Aubier court en informer madame Élisabeth, qui l'autorise à résister à la volonté de la reine. Il faut, pour obtenir de la fille des Césars qu'elle semble moins digne d'elle-même, que ce serviteur lui démontre Timpossibil lté de traverser un groupe de brigands, lui prouve que si elle n'était pas massacrée, elle serait étouffée a\ant d'v arriver; que sa tentative serait funeste au roi qui, entoure de quatre grenadiers, se précipiterait au travers des piques pour arriver jusqu'à elle ; à ce mot, qui fut appuyé par M. de Chambonnas, la reine s'est laissé entraîner dans la chambre de monseigneur le dauphin. Le sieur Augé, valet de chambre, chevalier de SainULouis, avait rallié dix grenadiers de la salle de la reine qui , aidés de MM. de Ghoiseul, d'Haussonville et de Saint-Priest, protègent sa retraite. Tenant dans ses bras monseigneur le daupliiu, appuyée sur Madame, Sa iMajesté était entourée de mesdames de Tour/ei, de Tarente, de la Hoche-Âymon, de Maillé, de la petite orpheline Ernestine. Par le couloir qui conduit de la chambre du dauphin à celle du roi, on fait passer la reine, le dauphin. Madame et leurs dames dans la salle du Conseil ; on les place derrière le bureau, au milieu des braves grenadiers de la section de SainU-Thomas. »

le principal promoteur du tumulte , le commandant des Quinze- Vingts, le brasseur Santerre. £q entrant, il dit à la reine: <( Madame, vous êtes trompée; le peuple ne vous veut pas de mal. Si vous vouliez ^ il n'y aurait pas un d^eux qui ne vous aimât autant que cet enfant. )) — Et du doigt il désignait le prince royal. — «i Sauvez la France; vos amis vous trompent, il n'y a pas à craindre pour vous; je vais vous le prouver en vous servant de plastron ^ » — Et aussitôt, activant le défilé, il montrait à la foule les membres de la famille royale, absolument comme s'il était déjà leur gardien ou leur geôlier. — « Regardez la reine, répétait-il à chaque instant, regardez le prince royal ! »

Un sans-cuiotte , en passant, voulut que l'enfant fût coiiFé du bonnet de la liberté; et la reine mit un bonnet rouge sur la tête de son (ils. Sous cette ignoble coiffure, beaucoup trop grande et trop lourde pour lui, le prince royal étouffait, <( Otez le bonnet à cet enfant, dit Santerre, saisi lui-même de pitié, il a trop cbaud. »

Certes, parmi la horde qui défilait, il ne manquait pas de misérables incapables de s'apitoyer sur le sort de la malheureuse Marie-Antoinette ; mais, sur les lèvres du plus grand nombre , l'insulte fut arrêtée par l'admirable dignité de la reine; plus d'un cœur se sentit ému à la vue de l'enfant royal

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