‹ Le 20 juin 1792Chapitre 38 sur 47 · Mëmoirea de madam6 Campau · texte numérisé non relu

Mëmoirea de madam6 Campau

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La garde nationale ayant repris possession de tous les postes, le maire parcourut les appartements et les abords du Château; n'y ayant plus trouvé aucun envahisseur, il s'en alla rendre compte à l'Assemblée nationale des événements du jour et de sa conduite,

L'Assemblée avait écouté, non sans quelque impatience, les rapports qui lui avaient été faits, soit par ceux qui s'étaient rendus d'eux-mêmes auprès du roi, soit par ceux qu'elle y avait envoyés. Branck ayant traduit ainsi les paroles du monarque : u Je suis tranquille , je suis au milieu de mon peuple , »> cette expression mon peuple souleva de si violents murmures qu'il fallut excuser l'orateur, sur ce qu'en sa qualité d'Alsacien il lui était permis de ne pas parler très -bien le français. Mais un autre député ayant encore prononcé les mots sofi peuple, les interruptions les plus vives s'entre-croisèrent et le calme ne se rétablit que quand enfin Lejosne déclara péremptoirement qu il avait entendu dire au roi le peuple français.

Un autre incident fait bientôt surgir une nouvelle tempête. L'évêque de Golmar, Arbogast, demande qu une députation spéciale de douze membres soit envoyée auprès du prince royal; un député de la droite, appuyant sa motion, s'écrie : « Nous sommes responsables envers la nation et envers l'Europe entière de la conservation du roi et du prince royal. — U semblerait que nous avons quelques craintes sur la sûreté de la personne du roi? réplique vivement

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Lasource. — Ouï, oui, crie-t-on d*un côté. — Vous insultez le peuple français» » répond-on de l'autre. a On ne dira, crie Léopold, que le roi court des dangers que quand il aura été assassiné. La nation a été avilie dans la personne de son représentant héréditaiie. )) Les murmures continuent jusqu'au moment où, sur la motion de Lasource, Tordre du jour est mis aux voix. La minorité de TAsseuiblée se lève contre, et« en récompense de son énergique attitude, elle recueille les huées des tribunes.

Les débats avaient été repris assez paisiblement sur divers objets inscrits à l'ordre du jour, quand paraissent à la barre le maire de Paris et deux oiBciers municipaux. Aussitôt le tumulte recommence : applaudissements d*un côté, menaces et cris dédaigneux de l'autre. Pétion reste quelques moments interdit, le rouge lui monte au front, et chacun remarque dans sa placide physionomie a une agitation de muscles qui ne lui est point ordinaire. )>

Peu à peu il se remet , et , réclamant l'indulgence de ses auditeurs parce qu il n'a pas eu le temps de mettre ses idées en ordre, il essaye de commencer un discours, dilTicile à improviser, car il doit être d'autant plus sonore qu*il sera plus mensonger.

« On a eu des inquiétudes, dit-il, le roi n'en a point eu« Il connaît les Français, il sait que les magistrats du peuple veillent toujours pour faire observer à son égard le respect qui lui est dû. Les magistrats ont fait aujourd'hui leur devoir et Tout fait avec

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le plus grand zèle, et j'avoue que j*ai été douloureusement aiiëctè de voir des membres de cette ilssemblée qui aient pn un instant en douter...

— Oui, oui, sans doute, nous en doutons encore, s'écrièrent plusieurs membres au paroxysme de l'indignation.

— A ]*ordre, à Tordre ! répond-on à gauche, vous

insultez un magistrat du peuple!...

— Pourquoi, dit Boulanger (de la Seine-Inférieure),

n'a-t-on pas aussi dénoncé ceux qui ont manqué de respect au roi? Ils étaient du complot!

— Que M. Boulanger dénonce les complots qu'il vient de faire soupçonner, s'écrie Ducos, ou j'écris sur son front le nom de calomniateur. »

Les tribunes éclatent en applaudissements. Dumolard demande la parole. Boulanger court lui disputer la tribuDC; mais le président se refuse à les laisser parler, et, après une assez longue agitation, Pétton est invité à continuer. L'émotion du maire est si grande qu'il ne prononce que des phrases entrecou* pées : « Il paraît que quelques personnes ne savent pas assez ce que la municipalité a fait. Elle a rempli son devoir. Elle est à Tabri de tout reproche... Les citoyens se sont soumis à la loi, mais ils ont voulu marcher en armes avec les bataillons. Us en avaient le droit, lis n'ont point contrevenu à la loi. La municipalité a senti qu'il était nécessaire de légaliser ce qui se passait. Les magistrats doivent faire en sorte que jamais les citoyens ne manquent à la loi. »

Après ces allégations trop facilement contestables, le maire s'embarrasse dans une démonstration de la complète légalité et de la parfaite innocence des événements qui viennent de se passer K U glisse fort légèrement sur la violation du domicile royal, sur les insultes qui ont été prodiguées à Louis XYl, et termine en cherchant à changer de rôle, en s'efforçant de se faire accusateur, d'accusé qu'il était auparavant : (( Je viens d'entendre dire, et cela se répète souvent, qu'il y avait des complots; il serait bien nécessaire de les connaître; je ne crois pas qu'il y ait un bon citoyen qui puisse se refuser à les dévoiler. U serait bon que les magistrats du peuple les connussent afin de pouvoir les déjouer sur-le-champ. Je vous supplie d'engager tous les membres de cette Assemblée qui peuvent avoir des renseignements à cet égard, à nous les communiquer; car sûrement les magistrats du peuple feront à Tinstant leur devoir 1 n

Les tribunes accueillent avec le plus vif enthousiasme la fin du discours de Pétion.

Certains députés demandent qu'il soit fait « iion honorable » de la conduite de la municipalité.

« Fi donc ! » leur répondent les députés constitutionnels.

« Je m'y oppose formellement, » crie Becquey. ti Que ceux qui ont du mal à dire de la municipalité s'expliquent! » dit le fougueux Albitte.

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