‹ Le 20 juin 1792Chapitre 4 sur 47 · ManileuréQ 4791, p · texte numérisé non relu

ManileuréQ 4791, p

I. Le Suisse de ChâieotwUux, pièce ea deux actes, par Dorvigny, représentée sur le théfttre Molière; le Mariage de Rosette ou la Suite du Suisse de Châteaupieux, elc.

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déclara le défeQ:ieur olBcieux des SuUâes de Châteauvieux ; il fut appuyé par d'autres démagogues de son espèce qui trouvaient ainsi le moyen de raviver la haine que Bouillé et La Fayette leur inspiraient, l'un depuis la fuite de Vaiennes, l'autre depuis l'affaire du Champ de Mars. A force d'écrits* de discours,

de pétitions, GoUot-d'llerbois finit par obtenir de l'Assemblée législative uu décret en vertu duquel * malgré ropposition des cantons suisses, le bénélice de ramaisiie était étendu aux soldats de Chàteaufieux.

tt Avant-liier soir, dit-il, annonçant lui-même la grande nouvelle aux Jacobins, le pouvoir exécutif a sanctionné le décret qui rend la liberté auiL niailieurelises victimes de Nancy ; il ne manque à mon bonheur que de vous les présenter, et ce bonheur n'est pas éloigné* » On applaudit beaucoup et on décida qu'une réception brillante serait faite aux clients de l'orateur ; mais on se garda bien d'annoncer quels en serdent le caractère et le but. Tout d*abord une souscription fut ouverte, aiin de subvenir aux premiers besoins des Suisses qui allaient quitter Brest sans ressources. Cette œuvre de bienfaisance devait recevoir un bon accueil; parmi ceux qui y prirent part on remarqua la famille roy ale elle-même, dont le bataillon des Feuillants (section des Tuileries) transmit l'offrande aux Jacobins le h mars. Danton eût voulu que l'argent du iyran fut refusé, mais Robespierre s'écria : « Ce que la famille royale fait

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comme individu ne noua regarde pan y » et lea luiids royaux furent acceptés.

Si la souscription en faveur des malheureux prisonniers put réunir un moment les esprits les plus opposés, une véritable tempête éclata dans là presse, dès que fut publié le programme de la fête préparée parles Jacobins. Ce programme était intitulé : « Ordre et marche de l'entrée triomphale des mai'tyrs de la liberté du régiment de Ghâteauvieux dans la ville de Paris; )> il était signé par Tallien, président de la commission. Ce n'était, à première vue, que l'ordre et la marche d'une burlesque mascarade; mais, en réfléchissant im instant sur la signification des symboles et des emblèmes qui allaient être promenés i tiavers les rues de la capitale, on s'apercevait biei^ vite de toute la portée politique que les organisateurs de cette féte prétendaient lui donner. ^

Ce programme contenait la pensée mère de toutes les fêtes soi-disant patriotiques, qui, pendant plaideurs années, allaient être étalées successivement aux yeux des Parisiens, par ordre de la Coininuiie ou du Comité de salut public, de ces fêtes où de misérables prostituées, offertes aux hommages et au respect de la foule, jouaient le rùie de la Renommée, de la Raison ou de la Liberté. Cette fois, c* étant la* ville de Paiis qui devait recevoir la ville de Brest ; elles étaient personnifiées par deux femmes revêtues de costumes antiques. La i)remière, montée sur un char, irait à la barrière du Trône, à la rencontre de

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nd sœur. Le char de triomphe de cette déité serait suivi par les ofiiciers muaicipaux, dont on disposait sans leur assentiment, et qui devaient donner ainsi un caractère oiliciel à cette singulière exhibition. Dans le cortège figureraient, pour qu'il n'y eût aucune équivoque sui' le sens de la mauiieiiiauuu jacobuie, « des bas-reliefs analogues à l'affaire de Nancy et aux crimes de Bouille, des inscriptions où seraient rappelés les événements où le sang des patriotes avait coulé, Naacy, Vincennes, La Chapelle et le Champ de Mars^ »

Le cortège de la ville de Drest se coiii[)oserait de ColIot-d'Herbûis et des quarante soldats de Châteauvieux, «revêtus de Tuniforme de leur régiment; quarante hommes les accompagneraient portant les chaînes et la dépouille de galérien de chacun de ces martyrs de la liberté. »

Les deux femmes s'étant embrassées et félicitées, Paris inviterait Brest à monter sur le char, ainsi que* les quarante soldats et leur inévitable défenseur. Le cortège se remettrait en marche, les iiiuiiicipaux toujours suivant à pied, Coilot et ses clients se pavanant sur le char. On visiterait ainsi les ruines de la Bastille, on parcomTait les boulevards, et Ton se rendrait à TAssemblée nationale. Là, CoUot, les délégués

4. Par exactitude il'liisiorieii uou> sommes oblii^é (i'emprunier les expressions mômes de ïallien, quoiqu'elles soient d'un fiançais plus qu'équivoque.

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de Brest et les quarante soldats descendraient du char et iraient présenter leurs hommages aux législateurs de la France. Le programme épargnait du moins à l'Assemblée la vue des deux déités et leur apparition scandaleuse dans le sanctuaire des lois.

Après cette visite, que les organisateurs de la fête imposaient, de leur pleine autorité et sans les avoir consultés, aux représentants du peuple français, le cortège devait se diriger, par les places Vendôme et Louis XY, u où l'efligie des despotes serait voilée', » vers le Champ de Mars, où des cantates en Thonneur des Suisses monteraient au ciel parmi des flots d'encens.

Cette céiTémonie, destinée, disait le programme, à purifier le champ de la Fédération, étant termmée, on déchirerait le crêpe qui jusqu'alors aurait couvert le drapeau national, et on se livrerait à des festins civiques et à des danses qui devaient durer, suivant rexpressioû du poétique programme, autant que le jour, trop prompt à fuir, le permettrait. »

Toutes les sections de Paris avaient été invitées à nommer des commissaires pour assister à la fête. La section Sainte-Geneviève élut Boucher, le poëte des JUoiSf qui soutenait avec courage, dans le Journal de PariSj les principes constitutionnels. « J*acceptei

4. La statue de Louis XIY existait sur la placô Vendôme, et c.elle de Louiâ XV sur ta place de ce nom, aujourd'hui place de la CoQcorde.

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écrivit Boucher (31 mars), mais à la condition que le buste du générera Desilles sera swr le" char de triomphe, afin que le peuple contemple l'assassiné au milieu des assassins ! n Cette lettre souleva des transports de colère parmi les Jacobins. Un certain Mehée de La Touche, lui-même commissaire de la fête, y répondit, dans les Annules patriotiques^ en insultant grossièrement Roucher et en lui jetant à la face, dans un poist-scriptum, une accusation de vol formulée en ces termes : a Nous savons qu'il y a de par le monde une certaine caisse financière qui de pleine se trouva vide. » Boucher, montrant dans cette circonstance une énergie et une résolution qui doivent être données comme exemple, annonça qu il allait porter plainte contre l'auteur de cette ignoble calonmie.

« U est temps, s*écriait-il à la fin de sa vive

réplique, qu'un homme probe obtienne une réparation qui, par un juste eOroi, purge enfin la société de ce qu'elle a de plus impur, des libellistes, de leurs fauteurs, complices et adhérents. »

Sur la menace d*un procès en diffamation, les Annales patriotiques reculèrent lâchement. Elles s'y reprirent à deux fois pour déclarer que l'insertion de la note dont lioucher se plaignait avait été faite par suite d'une faute d'impression ; elles ajoutèrent même à cette excuse, aussi plate que mensongère, cette rétractation formelle : « Nous ne nous consolerions pas d avoir pu fournir une occasion & la

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moindre interprétation qui fut injurieuse à M. Roucher, si nous n'étions bien sûrs que son excellente réputation éloignera toujours de lui, aux yeux de tous les gens de bien, l'ombre même du soupçon. »

On ne pouvait s'humilier davantage. Rouclier se hàla de faire réimprimer les deux rétractations des Anrudes dans le Journal de Paris en les accompagnant de ces réilexions, qui sont de tous les temps : « Je demande aux bons citoyens d'avoir le courage de leur vertu ; ces factieux, ces calomniateurs, ces brigands qui nous agitent, nous diffament et nous égorgent, ne sont forts que de notre faiblesse. Es^ sayons de leur faire téte, et l'audace à l'instant ne sera plus que de la lâcheté. »

Les démagogues tentèrent de prendre leur revanche de cette déconvenue, et GolIot-d'Herbois vint lire aux Jacobins un écrit intitulé : La vérité sur les soldats de Châteamieux, Ce dithyrambe en faveur de i insubordination fut imprimé, distribué aux sociétés affiliées, et placardé sur les murs de la capitale par ordre du club. Le Journal de Paris (4 avril) y répondit par une réfutation pleine de force, de verve et d'ironie. Cette réfutation est sigiiée d'un nom glorieux entre tous, celui d'André Cbénier.

Les poëtes ancieiis avaienl, dit-on, le don de la divination; André Ghénier, qui savait si bien les imiter, semble avoir eu le môme privilège. Sous Taîr paterne que prenait l'auteur de XAlmanach du père Gérard^ il pressentit le proconsul qui devait épou-

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vanter Lyon de ses fureurs ^ Mais l'admirable philippique n'était pas seulement dirigée contre l'indigne Collot; le poëte -journaliste y dénonçait à l'indignation de tous les gens de bien la scandaleuse bacchanale qui se préparait, les invitant à la laisser passer dans les rues désertes et devant les fenêtres fernQées. A cette vive attaque, Collot-d'Herbois répliqua par des injures et des banalités, accusant les constitutionnels d'avoir u orp^anisé l'horrible aiïaire de Nancy » et d'en vouloir une seconde. Après avoir essayé de laver ses clients de tonte espèce de crime, même du meurtre de Desilles, il terminait sa nouvelle harangue en s'écriant : « Dites-moi si ces soldats ne sont pas au contraire les plus surs vengeurs de la liberté 1 »

Boucher lui rappela que naguère il s'était « prosterné en esclave aux pieds de Monsieur, frère du roi. » GolIoL-d'lIerbois, un moment déconcerté par cette indiscrète révélation, n'en continua pas moins d'exhaler son sentimentalisme prétendu patriotique. Mais un autre histrion, plus vil et plus misérable, Marat, s'irrita de ce qu'un nouveau-venu lui déro-

1. Les niai- se Ici lisaient au contraire prendre aux tendresses bucoliques que débitait le sentimental comédien; c'est ainsi que Lecointe-Puyraveau s'écriait, le 40 juillet, à la tribune de l'Assemblée nationale :

« Quel est le département, la ville, le canton où le nom de M. Collot-d'Herbois ne soit connu et chéri ? »

Lee Brotteanx surent bientôt qui avait deviné juste d*Aiidr6 Cbénier ou de Leco^nte-Puyiaveau.

bât le titre et le rôle de seul et unique ami du peuple. Marat fit semblant d'être indigné de cette sensiblerie de commande, de cette plaidoirie sur circonstances atténuantes, et accusa CoUot d'avoir voulu déguiser les titres que les soldats de Châteauvieux avaient à la faveur de ce qu*il appelait les

patriotes. L'écrit de son rival en po[)Lilaritc n'était, selon lui, que le « verbiage d*un rbéteur pusilla* nime, » et, se hâtant d'y substituer « les aveux ingénus d'un citoyen éclairé et les vérités lumineuses d'un politique hardi et profond » (c'est ainsi que ce misérable parlait de lui-même), il dévoilait aux yeux des moins clairvoyants toute la portée de la féte qui se préparait.

« Oui, s'écriait-il avec son impudence ordinaire, oui , les soldats de Châteauvieux étaient insubordonnés à des officiers fripons qui les opprimaient... Oui, les soldats de Châteauvieux ont résisté à un décret barbare qui allait les livrer au fer d'une armée d'assassins... Oui, les soldats de Châteauvieux se sont mis en défense contxe les aveugles satellites qui s'avançaient sous les ordres d'un conspirateur sanguinaire, pour les asservir ou les massacrer... Oui, les soldats de Châteauvieux ont fait mordre la poussière à quinze cents féroces satellites soudoyés et volontaires nationaux qui accouraient pour les égorger I Que leur reproche-t-on ? D'avoir violé quelques décrets iniques d'un législateur corrompu? Mais c'était pour obéir aux plus saintes lois de la natui e et de la

société, devant lesquelles toute autorité doit fléchir. Loin de leur faire un crime de leur courageuse résistance à leurs oppresseurs, à leurs assassins, on doit leur en faire un mérite... La saine doctrine de la résistance aux mauvais décrets peut seule sauver rÉtat; VAmi du peuple la prèchera-t*ilàdes sourds'?»

lY.

La question étant ainsi posée, quiconque respectait la loi et idmait Tordre ne pouvait voir de sangfroid les préparatifs de Fignoble paràde. La polémique des journaux s'envenima de plus en plus; les murailles se couvrirent de placards de toutes couleurs, où la fête projetée était attaquée et défendue sur tous les tons et sous toutes les formes.

La municipalité envoya aux quarante-huit sections et aux soixante bataillons, avec prière de raffîcher, une lettre dans laquelle Pétion expliquait ce que devait être cette fétê qui excitait tant de rumeurs. « De quoi s'agit-il? disait le maire avec sa bonhomie de convention. Des soldats, qui, les premiers avec les gardes-françaises, ont brisé nos fers S qui ensuite en

\ . HAmi du peuple, n*" 637.

^. Les partisans de la féte prétendaient que les Suisses de CbÀieaiivieux avaient refu^. en juillet 4789, de- tirer sur le

ont été surchargés, arrivent dans nos murs. Des citoyens projettent d' aller à leur rencontre, de les recevoir ayec fraternité. Ces citoyens suivent un mouvement naturel, ils usent d'un droit qui appartient à tous. Us invitent leurs concitoyens, ils invitent leurs magistrats à s'y trouver. Les magistrats ne voient rien là que de simple, que d'innocent. Ils voient des citoyens qui s'abandonnent à la joie, à l'allégresse; chacun est libre de participer ou de ne pas participer

à cette fête; ce n'est pas rautorité cfui la provoque, c'est le vœu des citoyens qui la donne. Si personne n*eùt vu que ce qui est, tout se ser»t passé sans bruit, tout se serait fait à Paris comme dans les villes que les soldats de Châteauvieux ont traversées et où ils ont été bien accueillis. »

Gela dit sur le ton le plus naïf, le maire regrettait le bruit inutile et dangereux fait par les malintentionnés :

«C'est mensongèreraent , aHîrmait-il, que ion a insinué que des inscriptions injurieuses pour la garde nationale seraient portées dans le cortège, que le drapeau tricolore serait couvert d'un voile funèbre et que l'on procéderait à la purification solennelle du

peuple. Ce régiment, aiosi que plusieurs autres, était campé au Champ de Mars et n'avait pas eu occasion d'opposer un refus

à des ordres qu'on ne lui avait pas «ionnes. Mais peu imporUiit, en 17112, aux Jacobins; les besoins de la circonstance exigeaient que les Suisses de Châteauvieux fussent représentés comme des victimes de leur dévouement À la cause du peuple.

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Champ de Mars. Dans le plan comi^uiuiqué à la ma* nicipalité, rien de tout cela n'existe! )>

Cette affirmation roulait sur une misérable équivoque. Toutes ces énormités se trouvaient , comme nous l'ayons vu, dans le plan primitif. Mais quinze jours s*ét£dent écoulés; les ordonnateurs de la fête* qui tenaient beaucoup à traîner la municipalité parisienne» ou au moins une grande partie de ses membres, à la suite du cortège, avaient eux-mêmes compris qu'ils devaient modiiier leur programme. C'est ce qu'ils avaient fait, et c'est ce qui permettait au maire de Paris d'opposer un démenti aux réclamations qu'Acloque, commandant général de la garde nationale pour le mois d'avril, avait adressées au procureur général syndic Kœderer, au nom de tous ses camarades.

. Quelques jours après, le maire écrivit une nouvelle lettre, cette fois adressée au directoire du département, et dans laquelle il cherchait à excuser la municipalité de la part qu'elle avait cru devoir prendre indirectement à la fête projetée.

« Lorsque des pétitionnaires se sont présentés au conseil général pour le prier d'assister à celte cérémonie, lorsque les sections ont fait le même vœu, on ne pouvait pas s'attendre qu'un esprit de vertige s'emparerait d'un grand nombre de têtes, que des intrigants travailleraient les esprits et que cette fête deviendrait une aflaire de parti et un sujet de réclamations...

« Le conseil général ne vit rien (|ue de très-simple et de très-licite dans une semblable fête. Il promit de s'y trouver, et il crut même que sa présence était un acte de prudence et de sagesse « qu'elle serait propre à contenir les citoyens dans les justes bornes des convenances et à maintenir entre eux la paix et la fraternité.

« Bienpius,ajoutaitle maire, aliii d'enlever toutprétexte aux intrigants, il avait été décidé depuis que la municipalité n'assisterait pas à la cérémonie en corps, et que môme ses membres y paraîtraient sans écbarpe et comme de simples citoyens. A cette résolution le département n'avait trouvé aucun inconvénient; une seule chose l'offusquait encore le dessein annoncé de voiler lea»statues qui ornaient les places Vendôme et Louis XV ; mais les ordonnateurs de la fête avalent renoncé à cette partie du programme, »

Ici, Pétion, plus véridique que dans sa lettre aux sections, avouait que Ton avait imprimé et placardé un projet de fête qui avait froissé beaucoup de ci* toyens, et qui contenait en effet des choses propres à les irriter; mais ce projet ne devait pas être suivi et il fallait revenir à la question, qui se posait ainsi :

(i Des citoyens peuvent-ils aller au-devant des soldats de Châteauvieux, les accueillir, leur donner des repas, se livrer à toutes sortes d'amusements, de témoignages de joie et d'allégresse? Je pense que oui, à moins qu'un décret n'ordonne qu'aucun citoyen ne puisse, le jour de leur arrivée et pendant le temps

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de leur séjour, sortir de chez lui. Je ue vois pas comment il serait possible d'empécber cent, deux cent mille citoyens de se porter au-devant d'eux, et de leur faire toute sorte d'accueil. La féte en question n est point une féte publique ; le nombre des citoyens n'y fait rien. U n'y a de fôtes publiques que celles qui sont données par les autorités constituées, et, ici, aucune autorité ne s'en mêle. »

Ainsi, ce n*étdent plus de simples particuliers qui préconisaient cette féte; le premier magistrat de la première yiUe de France se mettait de la partie; dans des lettres explicatives qui n'expliquaient rien, il développait la singulière théorie, si souvent mise en pratique, de régulariser et d'autoriser ce que l'on ne peut empêcher. Ces lettres méritaient de vigoureuses réponses ; elles ne leur manquèrent pas. André Ghénier releva dans le Journal de Paris l'épitbète

intrigants que, dans sa lettre au directoire du département de Taris, Pétion avait appliquée aux contempteurs des Suisses de Ghâteauvieux et de leurs amis, u Monsieur Pétion, dit-il, les intrigants sont ceux qui se dévouent aux intérêts d'un parti pour obtenir des applaudissements ou des dignités. Les intrigants sont ceux qui font plier ou qui laissent plier les lois sous la volonté des gens à qui ils se croient redevables. Les intrigants sont ceux qui, étant magistrats' publics, flattent lâchement les passions de la multitude qui régue et les fait régner, etc. ; voilà quels sont les intrigants.. »

Pendant ce temps, des pétitions se couvraient de signatureddaus tous les quartiers de la capitale contre la fête parliculiire donnée publiquement aux Suisses de Châteauvieux.

En présence de pareilles démonstrations, en présence des liésitations de la municipalité et de Topposition presque formelle du directoire du département, les meneurs virent qu'il fallait modifier leur projet*

Tallien et Collot-d'Herbois se crurent obligés de déclarer au club des Jacobins que la fête annoncée serait dédiée à la Liberté. C'était le seul moyen de faire taire les scrupules des gens timorés*

Pendant que l'on discutait ainsi à Paris sur le prograoune, les triompbaieurs futurs quittaient le bagne de Brest, et s'avançaient à petites journées, fêtés

par les sociétés jacobines, couronnés de fleuis, proclamés « victimes de la liberté ^ » Arrivés à Versailles, ils furent entourés par les jacobins de cette ville et conduits le soir même au théâtre, où Ton représen-

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