eiiou, leUre k Dupoot de Memours
LE iU JUiiN ivri.
tait la tragédie de Bnitus. Le lendemain on les mena daûs la salle du Jeu de Paume, ce berceau de la tiberté française; comme si ces quarante soldats avaient pu avoir quelque chose de commua avec les hommes qui, le 20 juin 1789, rendirent ce lieu à jamais célèbre î
Un banquet avait été préparé dans un bâtiment voisin de la salle; Guachon, l'orateur ordinaire du faubourg Saint-Antoine, était accouru de Paris avec une bande d ulottes, pour féliciter de leur
' délivrance les héros de la fête, et leur libérateur, CoUot-d'Herbois, de son patriotisme.
Après le banquet, les Suisses prenneut la route de la capitale, où ils arrivent suivis d'une foule nom* breuse, qui force les particuliers qu'elle rencontre à descendre de voiture et à se découvrir pour honorer les enneiuis du despotisme. Les Suisses sont conduits immédiatement à l'Assemblée nationale, et leur défenseur demande au président F autorisation de paraître avec eux à la barre.
Cette demande soulève, cumiiic on devait s'y aitendre , r opposition de la droite, u Si les Suisses de Châteauvieux ne se présentent que pour témoigner à r Assemblée leur reconnaissance, qu'ils soient reçus à la barre et entendus, s* écrie Jaucourt; mais qu'ils ne soient pas admis à la séance 1 ils doivent être exclus de cet honneur. »
Les tribunes avaient été soigneusement remplies d'amis de GoUot et des Jacobins : à cette proposition
38 LE sa JUIN 1792.
elles répondent par des cris redoublés : « A bas ! à
bas ! » Jaucourt, sans s'eO'rayer des interruptions, pose très-nettement la question : « One amnistie n'est ni un triomphe ni une couroune civique; je veux croire que les soldais de Château vieux ont été égarés; mais la garde nationale, mais les soldats de la troupe de ligne, qu ils ont combattus aux portes de Nancy, se sont dévoués à la défense delà loi, et eux seulement sont morts pour la patrie; lorsqu'on a honoré leur mort d un deuil public, lorsque ce deuil a été porté par toutes les gardes nationales de France, était-ce pour qu'on décernât, un an après, les mêmes honneurs à ceux sous les coups desquels sont tombées tant d'infortunées victimes de la loi? »
Ces paroles soulèvent des applaudissements à droite, mais les murmures redoublent à gauche et dans les tribunes.
« Qu'il soit permis, reprend Jaucourt, quil soit permis à un militaire qui fut, avec son régiment, commandé pour cette expédition, de vous représenter que votre décision peut faire une grande impression sur r armée ; les honneurs que vous rendez aux soldats de Ghâteauvieuxles feront considérer^ non pas comme des hommes qui ont été trop punis, mais comme des victimes innocentes... »
« Oui, oui , » crient la gauche et les tribunes* Pendant que Jaucourt retourne à son banc, son collègue et son ami, Gouvion, monte à la tribune, et •ia d une voix emue :
LE iO JliliN 1792.
IX J*avais un frère, bon patriote... toujours prêt à se sacrifier pour la loi; c'est au nom de la loi qu'il a été requis de marcher sur Nancy avec les braves gardes nationales. Là il est tombé percé de cinq coups de fusil. Je deniande si je puis voir traai^uiiiement les assassins de mon frère... »
« Eh bien! monsieur , sortez! » lui crie-t-on insolemment des bancs de la gauche. A ces mots» quelques spectateurs applaudissent; maisFAssemblée, presque tout entière , manifeste la plus vive indignation. Un grand nombre de députés réclament la censure contre l'interrupteur, quelques-uns même demandent qu'il soit envoyé à TAbbaye.
« Je traite, s'écrie Gouvion, je traite avec tout le mépris qu'il mérite le lâche qui a été assez bas... » ■ « A la question 1 » hurlent les amis des Jacobins.
Ghoudieu a l'impudence de se lever et de déclarer que c'est lui qui a interrompu Gouvion.
Cette brutalité lui mérite naturellement les applau* Ossements des tribunes.
u Le malheureux! reprend froidement Gouvion, il n*a donc jamais eu de frère 1 » Et il quitte F Assemblée pour n'y plus reparaitie
4. « Ea quittant la tribune, le général Gouvion sortit de la salle par le coté d'où ie mot injurieux était parti; je me hâtai de raccompagner. Dans le peu d'instants que nous restâmes ensemble sur la terrasse des Feuillants, Gouvion me dit : « Je « ne remettrai jamais les pieds dans cette salle. » Il rentra chez lui, et, lorsque j'allai le retrouver après la séance, il avait déjà
LË !2U iUIM 1192.
Le paralytique Goatbon lui succède à la tribune et
prend la défense des Suisses de Châteauvîeux. 11 demande qne l'Assemblée « leur fasse oublier les maux qu'ils ont bOuircrLs, eL liouore en eux le trioniphe de la liberté; n il appuie son raisonnement d'un aveu précieux à recueillir, car il montre bien que les Jacobins eux-mêmes étaient loin de voir des béros dans les révoltés de Nancy, et qu'ils ne les exaltaient que pour les besoins de leur politique.
(( Quand même on aurait quelques reproches à leur faire y qiuind même ils auraient été égarés y il faudrait être bien ésclavê des vieux préjugés, pour vouloir déshonorer des iioiiiuies que la loi a innocentés. Les soldats amnistiés sont rentrés dans le diOiL couunun; par conséquent l'Assemblée doit leur accorder, comme à tous, les honneurs de la séance. »
« Eh bien ! alors, s'écrie un membre de la droite (de Uaussy) , je demande que le buste de Desilies soit placé sur le bureau. »
Après un violent tumulte , excité par ces paroles , on passe au vote sur ces deux questions : Faut-il admettre les Suisses à la barre ? Faut-il leur accorder
adressé sa démission au président. « J'attendrai pendant vingt- « quatre heures, me dit-îl, celui que J*aî traité de lâche, et « demain au soir jo [>artirai pour rarmée. Là sans doute je
« trouverai une glorieuse fin à tout ceci. » Je ne pus le per-
sudiitT de reaonecr à (les>"iii; (;l ()eu de jours après, au\ avaDt-posles do l'avant-izardo du général La Fay«'lte, le brave Gouvion elait tonibu, trappe du premier boulet eonemi. » [Hovr venin de Matthieu Damas, 1. 11, p. 130.)
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LË 20 JUIN 1702.
les honneurs de la séance ? La première est adoptée
h runanimité. Quant à la seconde, le président, sur Tavis des secrétaires , la déclare résolue aiiirmativement par la majorité. Mais, pendant que les tribunes applaudissent, un grand nombre de membres de la droite descendent de leurs bancs et réclament F appel npriiinal. Le plus grand désordre règne dans l'Assemblée : les députés échangent, d'un bout à Tautre de la salle, des paroles insultantes et des menaces. Enfin le président, sommé par Lacombe de faire iiiiiiiedi.itement procéder à l'appel nominal, s'y décide. La plupart des députés répondent de leur banc par un oui ou par un non. Gouvion appelé ne répond pas. « Il pleure son frère, » s écrie Gbéron. — « A Tordre! à Tordre I » répond la gauche*.
L* appel nominal donne le résultat suivant :
Votants : 5 Ad; oui, 281; non, 265 voix.
A une majorité de 8 voix, les amis de Collotd*HerboisTavaient emporté. En conséquence, le président déclare que les soldats de Ghàteauvieux, qui ont été autorisés à se présenter à l'Assemblée, seront admis aux lioiiiiE urs de la séance.
Les tribunes saluent leur victoire par de triples acclamations.
Aussitôt les quarante Suisses paraissent à la barre, .sons la conduite de leur défenseur officieux, Collotd'Herbois. Celui-ci remercie l'Assemblée de les avoir