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avais pourtant bien dit de la surveiller, de ne pas la perdre de vue un seul instant dans la journée. La boîte a été descendue dans la cave et c'est là que la manipulation s’est faite. Vous me dites qu'il y avait un buffet dans le bureau de votation, allez visiter cette armoire, l'on a dû y pratiquer une trappe.” —“ Fort bien, répond Jérémie Crevier, je dois faire une saisie chez Adolphe Lamarche, le propriétaire de la maison, et je vais m'assurer du fait.”—"" C’est cela, ajoute M. Girouard, et ne manquez pas d'amener Daoust avec vous comme témoin. —Le lendemain, il y avait des courses à Lachine, et comme Lamarche était un amateur de sport, il était absent quand l'huissier et son compagnon se présentèrent à sa maison. La femme de Lamarche qui savait évidemment l'affaire leur défendit la porte et sortit pour obtenir du renfort, Pendant ce temps-là, Crevier et Daoust ouvraient le buffet et constataient la présence d'une trappe par laquelle la boîte avait dû passer. Trouvé le pot aux roses! Puis
ils dépêchèrent un courrier qui, passant par
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les champs pour détourner les soupçons, arriva vers minuit chez M. Girouard, à sa résidence de Dorval. À cette nouvelle, M. Girouard se met en route pour Montréal à bride abattue : il n’y avait pas une minute à perdre, car il était à craindre que l’on n'’effaçât les traces du crime. M. Girouard se rend d’abord chez M. W. H. Kerr, criminaliste de renom, qui quitte le lit pour préparer l'affidavit nécessaire à un mandat de perquisition. Puis il va éveiller le magistrat de police, M. Desnoyers, qui signe le mandat même, et le grand connétable Bissonnette. C'était une scène de nuit—le 2 octobre—comme l’on n’en rencontre guère. M. Bissonnette qui prévoyait un coup d'éclat, ordonne immédiatement une voiture pour Sainte-Anne, et fouette cocher! Il était accompagné du constable Lamontagne.
Près de dix lieues séparent Montréal de ce village, et sept heures sonnaient quand legrand connétable pénétra chez Lamarche. Il était temps, le plancher et le fond du buffet qui pouvaient servir de pièces à conviction étaient
disparus. Isaïe Pilon, menuisier, que l’on avait
déjà employé à poser la trappe, se préparait à enlever tout le plancher. M. Bissonnette retrouva des morceaux dans le hangar, mais il put les ajuster et refaire la double trappe qui avait servi à cette abominable opération. Dans la cave il recueillit des souches de bulletins que les conspirateurs avaient négligé d'enlever. Il apporta le tout à Montréal, et ces différentes pièces jouèrent un grand rôle dans le procès.
Cominent ce drame s'était-il passé? La justice nous en a débrouillé tous les fils.
M. Adélard P. Forget, avocat, agissait
comme sous-officier rapporteur, et M. Bruneal Lalonde comme greffier. Le Dr Godfroy Madore et M. jimes Christie Tunsdall représentaient M. Laflamme, mais ils se firent souvent remplacer. Un candidat ne peut avoir plus de deux agents à la fois à un bureau de votation. A l'heure même où devait se pratiquer le truc, intervint Toussaint Cousineau, pilote de la ville d'Ottawa et l’un de mes anciens électeurs : il avait un rôle à jouer. M. Alphonse Christin, avocat, qui paraissait
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