‹ Le 38me fauteuil ou Souvenirs parlementaires [microforme]Chapitre 3 sur 18 · AIS · texte numérisé non relu

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de Terrebonne, Là ont surogi le héros de ce chapitre, son frère, l'honorable Edouard Masson, qui fut comme son père, l'honorable Joseph Masson, membre du conseil législatif ; l'honorable J. A. Chapleau, ancien premier ministre de Québec et secrétaire d'Etat du Canada : l'honorable L. O. Taillon, ancien procureur général et chef du parti conservateur à Québec; M. Alphonse Desjardins, député d'Hschelaga depuis 1874 et président de la banque jacques-Cartier; M. Labrêche-Viger, qui fut député ducomté. L’honorable T. N. Gibbs et son frère W. H, Gibbs, qui représentèrent les deux Ontario à la Chambre des communes —le premier devint ministre puis sénateur —étaient aussi originaires de Terrebonne. J'en oublie, mais ces noms suffisent à la gloire de Îa localité.

Est-il aussi un collège électoral qui ait tenu comme Terrebonne à être représenté par des hommes capables, éminents même ? Autant certains comtés paraissent désirer d’avoir des éteignoirs ou des ignares pour députés —il

paraît qu'ils sont moins malfaisants (s2c) —

+02 ne

me En Mer |

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autant Terrebonne à voulu s'associer les plus

grands noms de la politique canadienne. Les

médiocrités qui ont sollicité ses suffrages ont été invariablement écartées. Lafontaine et les deux Morin furent tour à tour ses représentants. Louis Siméon Morin n'a pas donné la mesure de son immense talent. Il disparut comme un météore, mais après avoir assez ébloui pour jeter dans l'ombre la fameuse Pléiade Rouge. M. Labrêche-Viger qui ne manquait pas de valeur, fut élu en 1561 et réélu en 1863. Ilest le seul libéral qui, avec M. Ménésipe Prévost, ait réussi pour un temps à détourner le comté de la voie conservatrice. Ils étaient les prédécesseurs des Masson, des Chapleau et des Nantel. Victor Hugo dirait que Terrebonne est le Comté- Lumière de la province de Québec.

C'est en 1867 que M. Masson entra à la Chambre des communes. L'ère de la confédération commençait, c'est-à-dire qu'un plus large horizon s'ouvrait à ceux qui se sentaient l'ambition de servir leur pays. Jusqu'à cette

époque l'attention de nos hommes d’État avait

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été limitée aux deux provinces qui formaient le Canada-Uni. Il leur faudrait dorénavant légiférer pour une contrée baignée par deux océans et qui allait dépasser en étendue les Etats-Unis eux-mêmes.

Le double mandat étant alors per: ‘s, M.

Masson crut pouvoir 5e présente por les Chambres fédérale et provinciale, mais M.

Chapleau intervint, et M. Masson qui admirait son talent,.lui céda le pas pour l’Assemblée législative de Québec. M. Chapleau n'oublia pas que le double mandat avait failli lui fermer l'entrée de la législature, et quand M Marchand présenta un bill pour l'abolir, il lappuya de sa parole et de son vote. Les hommes politiques qui ont de la valeur, des connaissances, de l'expérience, sont pourtant si rares qu'on n'aurait pas dû mettre de restriction au suffrage populaire.

M. Masson n'avait que trente-quatre ans, mais il était déjà très connu. On le savait formé à bonne école. Pendant deux ans mêine, il avait voyagé en Europe et en Pa-

lestine avec ce grand éducateur qui eut pour

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nom l'abbé Désaulniers, professeur de philosophie au séminaire de Saint-Hyacinthe. Ces longues courses nous ont valu des notes très intéressantes sur l'Espagne, qui ont paru dans la Revue Canadienne. |

M. Masson manifesta de bonne heure des goûts pour l’art militaire. La politique et les armes doivent être sœurs. En 1863, il fut fait major de brigade dans le district militaire No 8,etil servit deux fois contre les féniens en 1866, ce qui lui valut le titre de lieutenantcolonel. De taille élevée, M. Masson était né pour commander.

Pour réussir en politique il faut pouvoir lui donner toute sa pensée, tout son temps.

C'est une maîtresse implacable. L'’indépendance de fortune est aussi un grand élément de succès. Fils de l’un des plus riches négociants du pays, M. Masson était né coiffé. “Je ne cours pas après l'argent,” disait le célèbre Macaulay, “ mais bien que chaque jour me rende de moins en moins passionné pour la richesse, chaque jqur me

montre avec plus d'évidence combien l’aisance

est nécessaire à un homme qui veut sillustrer et rendre des services à son pays.”

À la Chambre, M. Masson fit tout d'abord sa marque, prenant une part active, intelligente aux débats. Loyal à son chef, sir George Cartier, qui le tenait en haute estime, il ne craignait pas au besoin de différer d'opinion avec lui. Aussi personne ne fut sur.

pris quand le ministère lui offrit un portefeuille au cours de 1873. M. Masson déclina cet honneur parce qu'il n'était pas d'accord avecles chefs conservateurs sur les questions des écoles du Nouveau-Brunswick et de l'amnistie aux métis impliqués dans la révolte de la Rivière-Rouge (1869-70). Ce n'était que partie remise. |

Les beaux jours de M. Masson furent ceux qu'il passa à la gauche après la chute du gouvernement Macdonald. Notre parti avait été écrasé dans les élections de 1874 : le député de Terrebonne fut de ceux qui travaillèrent le plus énergiquement. le plus efficacement à le relever. C'est alors qu'il mon-

tait, avec Tupper, à l'assaut de la citadelle

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libérale. Deux fiers sabreurs ! Bien des fois ils semèrent la terreur dans les rangs ennemis. M. Masson était d'autant plus redouté qu'il savait à fond l’histoire politique du pays.

Armé de toutes pièces, il excellait à mettre en contradiction ses adversaires, à trouver le défaut de la cuirasse. | Traducteur au parlement à cette époque, j'allais fréquemment écouter M. Masson, et quand je l’entendais dénoncer les transactions libérales de cette voix vibrante et honnête qui résonnait comme un clairon, j'aurais voulu pouvoir crier bravo. Il empoignait tellement ses auditeurs que plus d’un applaudissement partit de la galerie, ce qui est contraire à toutes les règles parlementaires. 7 cant help it ! me répondit un jour un fonctionnaire anglais,ancien député, à qui je faisais observer les dangers de son enthousiasme, Si M. Mackenzie l'eût su, sa tête y passait.

A voir l'ardeur, l’impétucsité, parfois la véhémence, avec lesquelles M. Masson attaquait la droite, on aurait pu croire qu'il éprou-

vait la jouissance du soldat qui s'enivre de

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d'il

tre

poudre. Apparences trompeuses ! Chaque discours était pour lui un immense effort. Il éprouvait ce tremblement de la plante des pieds à la pointe des cheveux, auquel on reconnaît le véritable orateur d’après Ciceron. La tâche accomplie, le vaillant député suait à grosses gouttes, le système nerveux était ébranlé, bouleversé; de là des insomnies qui finalement lui firent redouter ces luttes corps à corps. La Chambre souffrit de son silence, car c'était un rude jouteur doublé du caractère le plus honorable. Rien ne dévore comme la tribune, a dit Villemain.

M. Masson qui avait épousé la cause des Métis alors qu'il siégeait à droite, leur resta également fidèle dans l'opposition. Il avait un faible pour Riel qui devait une partie de son instruction à sa vénérable mère,une femme supérieure, une bienfaitrice de toutes les bonnes œuvres au Nord-Ouest. Mgr Taché n'avait pas de plus généreuse coopératrice quand il lui fallait faire appel à la charité publique pour ses chères missions. En 1874,

le député de Terrebonne se rendit même

Re |

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à la Rivière-Rouge pour étudier la situation sur place. Tous les honneurs dûs à sa haute position lui furent décernés.

Aussi quand M. Mackenzie proposa à la Chambre, le 11 février 1875, de demander

l'amnistie pour les Métis, à la condition que

Riel et Lépine fussent bannis pendant cinq

ans, M. Masson s'opposa à cette restriction.

La mort de Thomas Scott, ordonnée parle gouvernement de Riel, était la raison de ce bannissement. Cette mort ne peut être un meurtre dans le sens ordinaire du mot, disait M. Masson, car le gouvernement de Riel était le gouvernement de facto de la Rivière-Rouge, et il a été reconnu par les autorités canadiennes qui ont traité avec lui. Scott a été exécuté après avoir subi son procès devant un conseil de guerre. Après cet acte, le lieutenant-gouverneur Archibald eut recours aux bons offices de Riel et Lépine pour repousser l'invasion fénienne du mois d'octobre 1571; à leur appel les Métis français prirent les armes pour défendre l'autorité. Cette offre d'un

commandement militaire comportait l'oubli

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élu

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du passé et devait suffire à les faire gracier. Bien plus, l’amnistie leur a été promise par Sa Grandeur Mor Taché, agissant comme l’envoyé du gouvernement canadien, et qu'il ait ou non outrepassé ses instructions le mandant

est lié par le mandataire.

Toutes ces raisons n'empêchèrent pas le bannissement de Riel non plus que son expulsion de la Chambre, qui fut décrétée par 138 voix contre 31. Sir John Macdonald

vota avec les 31. au risque de voir se déchai-

ner contre lui la haine des fanatiques. Par

contre, M. Laurier et ses amis décrétèrent l'expulsion. Le député de Québec-Est qualifa même de meurtre l'exécution de Scott.

‘“ Une certaine presse dans la province de Québec. disait-il, est allée jusqu'à dire que la mort de Scott n'était pas du tout un meurtre (1).” Plus tard il devait faire un héros de l’auteur de ce weurtre !

À la session précédente, Riel qui avait été élu député de Provencher, après la mort de

(11 Débats de la Chambre des communes, 12 février 1875,

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sir George Cartier, fut aussi expulsé. Ilne parut pas en Chambre, mais escorté par MM.

Desjardins et Fiset, il était allé signer le tableau des députés au bureau du greffier, ce qui produisit une immense sensation. M.

Desjardins et M. P. Ryan, député de Montréal-Centre, avaient bien offert à Riel de l’accompagner en Chambre et de le présenter à l'Orateur, suivant le cérémonial ordinaire, mais le chef métis se défia d’une balle quel-

conque qui aurait pu l'atteindre au moment

psychologique. La Chambre régla la question $

en le bannissant. Deux ans plus tard je le trouvai à l'asile de Beauport où il était interné, après avoir passé par celui de la Longue- Pointe.

Avez vous connu M. Huntington, ministre des postes à cette époque? C'est lui qui avait éventé la mêche qui fit sauter le cabinet Macdonald dans l'automne de 1873. Taille imposante, forte carrure, figure large, teint livide, cœur sec et blasé, parole facile, colorée, au timbre d'or, l’une des plus harmo-

nieuses que j'aie entendues, allures noncha-

lantes, paresseuses même quoique ardent à l'intrigue. Il attirait l’attention avant qu'il n'ouvrit la bouche. Les conservateurs avaient pour lui une haîne féroce, comme savent en avoir les partis. Copper face ! lui criaient-ils

lorsqu'il leur fouettait le sang : allusion à

certaines transactions de mines de cuivre, auxquelles mieux eût valu que son nom ne fut pas mêlé.

Un discours que M. Huntington venait de prononcer dans le comté d'Argenteuil, à une élection pour la Chambre, causa beaucoup

’éclat à la session de 1876. S'adressant aux protestants de Lachute, M. Huntington avait réussi à les ameuter contre les conservateurs en leur disant que leurs véritables alliés dans la province de Québec étaient les rouges. ‘“ La grande bataille est imminente, s'écriait-il, elle sera livrée indubitablement et bientôt.” Plus tard, dans une lettre explicative, il écrivait: “Quelles que soient les plaintes qui s'élèvent contre mes vues personnelles, le parti conservateur est contrôlé

par une puissance qui a déclaré que la libre

peñsée est un pécné capital.” La périphrase du fameux cri de Gambetta : Le cléricalisme, voilà l'ennemi !

L'honorable M Holton, qui était l’une des lumières du parti libéral, n’aimait pas M.

Huntington. Peut-être lui en voulait-il de lui avoir été préféré comme ministre lors de la formation du cabinet Mackenzie. Quelques années auparavant, ils avaient aussi échangé de- lettres aigres-douces sur la question de l'indépendance que M. Huntington préconisait. Elu par un comté en majorité catliolique et français, le comté de Châteanguay, M. Holton était connu pour ses idées véritablement libérales. C'était l’un des types les plus accomplis du parliamentarian anglais.

Nous le combattions, mais nous l'aimions tous. Les jeunes étaient sûrs de trouver en lui un protecteur, et, quand il les voyait pris dans une impasse, il s'empressait de les déga-

ger. Il m'aida un jour (6 mai 1879) à empé-

cher quele ministre de la justice ne fit adopter un amendement à la loi dela Cour suprême, qui n'aurait permis les appels dans

les cas d'Aabeas corpus que lorsqu'ils auraient été interjetés de la Cour du Banc de la Reine Tous les juges en Angleterre, y compris le

lord chancelier, sont saisis de pareils cas qui

impliquent la liberté du sujet-— l’une des

choses les plus sacrées—et je ne voyais pas pourquoi un sentiment de dignité mal placé dût empêcher la Cour suprême de les décider.

Voilà ce que je prétendais Sans l'intervention de M. Holton, j'aurais probablement manqué mon coup.

Venons au discours d'Argenteuil M. Holton le trouvant offensant pour les catholiques et pour leur clergé, n’hésita pas à le censurer, à la séance du 11 février, et à demander au premier ministre sil approuvait ou non les déclarations que contenait ce discours

‘‘ Je ne suis pas disposé, disait-il, au moment où je me fais vieux, à l'heure où ma carrière politique tire à sa fin, je ne suis pas disposé à abdiquer mon passé pour le bon plaisir de l'honorable député, si celui-ci juge à propos de se rendre dans un comté, et,

comme membre du ministère, de tracer une

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