‹ Le 4 septembre devant l'enquêteChapitre 2 sur 4 · DÉPOSITION DE M. PELLETAN · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DE M. PELLETAN

DEVANT LA COMMISSION d'eNQUÊTE

M. LE COMTE Daru, président, — Nous nous sommes lait un devoir d'entendre tous les membres du gouvernement du 4 septembre S dans lenquête dont nous sommes chargés. Vous ne désirez pas déposer*, et je ne vous demande pas de déposer sur tous les faits qui

* Voilà une singulière manière d'entrer en matière : Nous nous sommes fait un devoir d'entendre tous les membres du gouvernement. Comment auriez-vous pu vous dispenser de les entendre? et si vous les entendiez, comment ne pas les entendre tous? Est-ce une impertinence?

* Vous ne désirez pas déposer,., — Qu'en savez-vous? de quel droit préjugez-vous ma déposition ? — Et je ne demande pas, — Vous n'avez qu'à écouter. — Ce serait trop long. — Que signifie cette prétention de limiter d'avance une déposition spus prétexte de longueur?

sont à votre connaissance personnelle, ce serait trop 'long.

M. Pelletan. — Sur les faits généraux, authentiques, officiels, je ne pourrais en effet apporter ici que des redites. Je crois donc, comme vous, qu'il vaut mieux préciser les faits spéciaux sur lesquels j'aurai à témoigner.

M. LE Président. — H y a un fait qui vous est personnel, et que je crois devoir tout d'abord vous rappeler.

Lorsque le général Palikao a comparu devant la Commission, il a raconté qu'à sa sortie de la séance, alors qu'il cherchait à lutter contre l'envahissement de TAssemblée, un député qu'il a nommé — c'était vous * — l'avait gravement insulté, et entre autres choses, avait dit à la foule, en cherchant à exciter les passions : a Je le connais, c'est un homme du 2 décembre ! » Or, ajoutait le général Palikao, ce député ne pouvait pas ignorer qu'à l'époque du 2 décembre, j'étais en Afrique. Ce fait étant de nature à porter atteinte à votre caractère*, je crois devoir provoquer sur ce point de vous une explication ^

M. Pelletan. — Je vous remercie de m'avoir posé

* Un député qu'il a nommé. . . C'était vous 1 le mot est à effet ; on voit que M. Daru fréquente le théâtre.

* Je prie M. Daru de ne pas défendre mon cai*actère, la défense du sien doit lui suffire.

* Je lui sais gré vraiment d'avoir posé la question, car je ne doute pas que M. Daru n'ait cru à la véracité bien connue du comte Palikao.

cette question. Je regrette pour M. le général Palikao que sa mémoire ait pu l'égarer à ce point. Il m'est facile de réfuter son allégation.

J'ai eu, en effet, avec M. le général Palikao, une altercation, non pas au moment où la Chambre était déjà envahie, mais une heure auparavant. Il y a deux témoins qui pourront au besoin confirmer la vérité des faits contre les souvenirs, je dirai inexacts pour me'servir d'une expression polie, de M. le général Palikao.

Voici ce qui s'est passé :

Au moment où nous nolis retirions dans nos bureaux, me trouvant avec mes deux collègues Esquiros et Javal, je rencontrai dans un couloir le général Palikao, accompagné de ses deux aides de camp, auxquels je Tentendis donner les ordres les plus sévères, il ne s'agissait de rien moins que de tirer sur le peuple, dans notre pensée.

Je lui dis alors : « Général, c'est une responsabilité bien grave que vous assumez sur votre tête ; je ne vois pas ce qui pourrait amener l'effusion du sang. » Le général Palikao me répondit avec des formes militaires passablement brutales. Je ne lui ai pas dit : « Vous êtes un homme du 2 décembre, » mais bien : « Il ne faudrait pas recommencer un 2 décembre à Paris. » n me répondit alors : « Je ne suis pas un homme du 2 décembre, » ce que je savais parfaitement. Je répliquai, et comme cela prenait un certain

degré d'animation, MM. Javal et Esquiros crurent alors

devoir nous séparer, et je me rendis à mon bureau, où se trouvait, je crois, notre honorable collègue, M. de Civrac, qui m'écoute.

Je fis part à mes collègues des ordres que je venais d'entendre donner par le général Palikao. A ce moment même, on voyait par la fenêtre du bureau, les troupes prendre leurs chassepots que jusque-là elles avaient laissés en faisceaux. J'étais extrêmement animé, je n'en disconviens pas, car, s'il avait été tiré un coup de fusil par la troupe, ce jour-là, je ne sais pas ce qui se serait passé à Paris.

Voilà l'exacte vérité sur mon altercation avec le général Palikao, et je demanderai- à la Commission de vouloir bien entendre sur ce point MM. Esquirôs et Javal, qui y assistaient.

Je veux croire que c'est involontairement que le général Palikao s'est trompé en affirmant que j'ai ameuté le peuple contre lui, moi qui, au contraire, ai tout fait pour empêcher des représailles, et qui le lendemain de la révolution ai tenu tête à l'émeute qui voulait aller saccager l'imprimerie du journal de M. Dréolle.

M. LE COMTE DE DuRFORT DE Cl VRAC. — Je n'ai pas assisté à la scène qui a eu lieu entre le général Palikao et M. Pelletan ; ce qua je puis dire, c'est que le récit que vient de faire notre collègue est conforme à ce qu'il a raconté dans le bureau dont je faisais partie, un moment où il était encore très-animé et très-ém de ce qui venait de se passer.

M. LE Président, à M, Pelletan. — Avez-vous su quelque chose de la révolution du 4 septembre avant le moment où elle a éclaté * ?

M. Pelletàn. — Absolument rien. Je ne me doutais nullement de ce qui allait se passer ; j'avais tou* jours dit à mes amis qui prévoyaient la chute de l'Empire que, pour moi, tant qu'il y aurait un moyen de résistance, ce serait une faute envers le pays que de songer à une révolution. On ne pouvait faire une résolution sous les yeux de l'ennemi qu'autant que l'Empire serait convaincu d'impuissance pour le repousser.

Je me hâte d'ajouter que je ne désavoue pas la révolution fJu 4 septembre, que je suis prêt à discuter.

M|^ LE Président. — Nous ne di^^cutons pas, nous nous bornons à recevoir les dépositions*.

M. Pelletàn. — Je le sais, mais j'ai besoin d'accentuer mon opinion, quand je dis que je ne soupçonnais nullement les événements du 4 septembre. Je prévoyais si peu Fenvahissement de la Chambre, que j'avais amené à la séance ma femme et mes deux jeunes filles, et assurément si je l'avais prévu, je ne les aurais pas jetées dans le tourbillon du tumulte.

Il était bien clair que, après Sedan, l'Empire ne

* Je crois qu'après la déclaration de M. de Civrac, M. Daru ^ous devait une réparation du doute injurieux qu'il avait émis

^.^ï* notre caractère. Il passe couramment à une autre ques- ^^ïi; on voit qu'il vient d'éprouver un mécompte.

* Cet homme guette les mots... Nous ne discutons pas. U . '^'^^le la pensée avant qu'on Fait achevée; il n'écoute pas; il

'^^^rvient, et, au fond, il ne fait lui-môme que discuter.

^i8 APPENDICE.

pouvait plus- se maintenir. Une révolution devait éclater, mais je ne savais ni le jour, ni Theure. Du reste, je le répète, je Taccepte parfaitement ; je la regarde comme une expiation méritée du 2 décembre, car, au 2 décembre, le monde moral s'est écroulé.

M. LE Président. — Je vous fais remarquer que nous ne débattons pas des opinions, mais que nous recueillons des faits*.

M. Pelletan. — Je tenais à expliquer, en homme loyal, mon rôle dans la révolution du 4 septembre.

M. LE Président. — Je reviens à ma question : Vous n'avez pas su à l'avance ce qui allait se passer?

M. Pelletan. — En aucune façon.

M. LE Président. — Une fois l'envahissement opéré, vous vous êtes rendu à l'Hôtel de Ville ?

M. Pelletan. — Le plus tôt possible, pour gagner les heures de vitesse.

M. LE Président. — Vous y êtes arrivé un des premiers et vous avez assisté à la constitution du gouverneir.ent. Les députés de Paris sont devenus tous membres du gouvernement.

M. Pelletan. — Sans doute.

M. LE Président. — Puis, en votre qualité de membres du gouvernement, vous avez réparti les fonctions qui ont été données.

* Comment! vous me reprochez d'avoir participé à une révolution ! et vous ne voulez pas que je vous dise pour quel mobile et sous l'empire de quelle idée j'y ai participé! Je comprends que le souvenir du 2 décembre vous déplaise et que vous disiez : Passons!

APPENDIGS. 220

H. Pellbtàn. — Je n*ai plus mes souvenirs assez présents pour pouvoir dire si j'ai assisté ou non à la nomination de telle ou telle personne, mais je faisais partie du gouvernement, j*ai assisté à ses délibérations, et je prends ma responsabilité de tous ses actes, même de ceux auxquels j*ai pu m'opposer comme membre de la minorité.

Je crois, du reste, que vous avez entre les mains les procés-verbaux de toutes les délibérations du gouvernement de la défense nationale ; par conséquent, vous pouvez savoir quelle a été notre opinion individuelle à propos de telle ou telle mesure ; mais, du moment où il y a une œuvre collective, un décret signé des membres du gouvernement, j'en accepte la pleine et entière responsabilité.

M. LE Président. — Je ne me suis pas fait comprendre. Il va de soi que, quand on a fait partie d'un gouvernement, on est responsable des actes de ce gouvernement. Mais un témoin que nous avons entendu, nous a parlé de la distribution d'emplois à THôtel de Ville, peu après la proclamation des membres du gouvernement lie la défense nationale. On demandait et on donnait des fonctions.

On nous a peint sous des couleurs assez tristes l'aspect de l'Hôtel de Ville, où des convoitises s'étalaient ^

• On nous a peinf... On, qui? Je le connais, cet On mysté ricux; il se nomme Basile Tout l'eprit de Tenquôte transpire dans cette réflexion de M. Daru.

H. Pelletan. — Oh! je n'accepte pas ce témoignage ; je dois dire, au contraire, que le sentiment qui animait les hommes du gouvernement nouveau n'était* nullement celui qu* on vous a dénoncé. A ce moment, d'ailleurs, les places ne pouvaient être que des postes de péril.

M. LE Président. — Je vous parle des emplois civils, judiciaires, administratifs, qui n étaient pas ce qu'on peut appeler des postes de péril ^.

M. Pelletan. — Permettez-moi une simple observation. Dans les circonstances où nous étions, nous n'avions guère le temps de nommer aux emplois. Nous avions à pourvoir à la défense nationale, et c'était là notre principale préoccupation. Quant à ce qu'on a appelé la curée des places, je sais bien que, à chaque révolution, on se précipite pour en profiter, et même longtemps après qu'un changement de régime a eu lieu, les ambitieux continuent leurs démarches : nous en savons quelque chose à l'heure qu'il est, nous qui avons chaque jour des solliciteurs à nos portes.

M. LE Président. — Pardon, ne confondons pas des situations différentes. Vous êtes député, vos électeurs vous demandent votre patronage^ il n'y a rien là que de fort simple ; le gouvernement statue*. Mais

* Ils n'étaient pas, dites-vous, des postes de péril; demandez donc à MM. Challemel-Lacour, Gent et Valentin.

* Toute la corruption électorale du règne de Louis-Philippe suppure dans ce passage. M. Daru oublie que le règlement nous interdit d'apostiller les demandes de solliciteurs.

je VOUS parle d'un jour de révolution, où un parti se jette avec avidité sur tous les emplois.

M. Pelletan. — J'affirme que je n*ai rien vu de pareil à THôtel de Ville. J^ajoutcrai que certaines places ont été données sans la participation du gouvernement. Nous avons décidé que les plus importantes ne devaient être données que de Tavis du conseil. Quant à cette mendicité, à cette sorte de sporiule dont on a parlé, je le répète, je n*ai rien vu de .semblable.

M. LE COMTE DE DURFORT DE CiVRAC. — VoUS rappO-

lez-vous que le gouvernement ait eu sous les yeux les listes des candidats aux préfectures proposées par le ministre de Tintérieur?

M. Pelleta». — Je crois me rappeler que nous avons délibéré sur ce sujet en séance du gouvernement. Du reste, il vous est facile de vous en assurer en consultant les procés-verbaux qui sont entre vos mains.

M. LE Président. — Les procès-verbaux constatent que la liste des maires a été arrêtée par MiM. Gambetta et Arago, et qu'on a môme fait un reproche assez vif à M. Gambetta d'avoir publié cette liste dans le Journal officiel sans avoir consulté le gouvernement.

M. Pelletan. — Les procés-verbaux doivent constater qu'il a été décidé que des fonctions aussi importantes que celles de maires de Paris et de préfets ne pouvaient être conférées que de Tavis du gouverne-

ment tout entier. On n'est pas revenu sur ces nominations premières, mais depuis aucune ne s*est faite sans rasseritiment et le contre-seing du gouvernement.

M. Perrot. — Comment a eu lieu la désignation des membres du gouvernement et quel a été le motif* de la résolution prise de n'y faire entrer que des députés de Paris?

M. Pelletan. — Vous savez comment les gouvernements s'improvisent au moment d'une révolution. Devant cette population soulevée, qui proclamait la déchéance de l'Empire, il fallait constituer un gounement nouveau. Nous n'avons pas voulu l'appeler gouvernement provisoire, nous l'avons appelé gouververnement de la défense nationale ; nous avons pensé que les députés de Paris auraient sur la population parisienne plus d'autorité morale; comme d'ailleurs nous pressentions que, sous peu de temps, Paris serait bloqué, nous nous sommes dit que les représentants de la capitale y exerceraient une influence toute naturelle.

M. LE COMTE DE DORFORT. DE CîVRAC. — N'y avaît-U

pas encore un autre motif, celui d'écarter certaines individualités politiques?

• Après avoir déclaré que donner un motif c'était discuter, lorsque nous voulions expliquer notre participation au 4 septembre, M. Daru nous demande notre motif, parce qu'il espère en tirer profit.

M. Pelletak. — Non, il n'y avait que la raison que je viens d'indiquer.

H. Perrot. — Je comprends celle raison! Mais Paris n'est qu'une partie de la France * el le gouvernement du 4 septembre avait assurément la prétention de gouverner la France et non Paris seulement. Personne n'y a-t-il donc songé*?

M. Pelletah. — Il est de toute évidence que le gouvernement que nous nommions devait être tout d'abord accepté par l'opinion publique de Paris, car c'était à Paris qu'il fallait, dès le premier moment, sauver la situation. M. le Président me demandait tout à l'heure si j'étais arrivé un des premiers à l'Hôtel de Ville.

Non, et voici pourquoi. Je ne savais pas où siégeaient les collègues qui m'avaient précédé, lis délibéraient 4ans une petite salie qui a servi plus tard au télégraphe. J'errais de salle en salle pour les rejoindre, et j'ai pu voir que dans chaque salle on nommait des gouvernements différents; sur les listes figuraient les noms de Blanqui, Raspail, etc. 11 fallait présenter des noms capables d'inspirer confiance à la population de Paris, et quels pouvaient-ils être sinon les députés qui avaient été élus à Paris à des majorités foudroyantes. La coexistence de deux ou trois gouvernements rivaux pouvait provoquer à l'heure même

' Nous nous en doutions.

■ Ce personne n'y a-t-il songé? est un trait de génie que M. Daru n'a peut-être pas atteint.

les plus terribles conflits. Je crois pouvoir affirmer que le gouvernement de la Défense nationale a coupé court à toute autre compétition, qu'il a été immédiatement acclamé par Paris. Ce n'est pas nous, en définitive, qui nous sommes nommés; on ne fait pas à volonté un gouvernement de telle ou telle façon ;i existe d'avance dans l'opinion qui le reconnaît, l'accepte et l'acclame. Si on avait essayé d'un autre gouvernement, on se serait jeté dans de nouveaux troubles, on aurait eu la Commune avant Theure.

M. Perrot. — La §eule chose que je tenais à constater, c'est que le gouvernement a été formé uniquement en vue de Paris *.

M. Pelletan. — Mais Paris, à ce moment, c'était la France!

M. LE Président. — Oh! nous ne pouvons accepter de telles assertions.

M. Pelletan. — Le sort de la France était lié à celui de Paris. Nous discuterons ces questions plus tard, si vous le voulez.

M. Perrot. — Est-ce que, dans l'opinion de M. Pelletan, Paris doit dominer la France entière*.

M. le Président. -r^Ce serait là une prétention peu

• Rassurez-vous, monsieur Perrot, le gouvernement n'a pas été fondé uniquement en vue de Paris.

* Non, monsieur Perrot, Paris ne doit pas dominer la France entière; mais vous ne l'empêcherez pas d'être une capitale et vous ne l'empêcherez pas d'exercer sur la France l'influence d'une capitale,

soutenable, un paradoxe peu digne d'un homme politique tel que notre honorable collègue. La vérité, c'est que Paris est une partie de la France et non la France entière ^.

H. Pelletan. — Je dis et je maintiens que, dans ce moment-là, si Paris avait ètè à feu et à sang, la France était perdue.

Quand il y a une Assemblée nationale librement élue, Paris n'a pas plus de droits que le reste de la France; mais quand la France acclame ce qui a été fait à Paris, on peut dire que Paris représente la France entière. Ainsi, en 1830, la révolution faite par Paris a été reconnue par l'immense majorité de la nation. J'avais l'âge d'homme à cette époque, je m'en souviens parfaitement.

Au 4 septembre, je l'affirme également, nous n'avons pas rencontré l'ombre d'une résistance.

M. LE Président. — Tout cela, c'est de la discussion * : nous vous demandons la permission de ne pas vous suivre sur ce terrain. En entendant exprimer des opinions comme celles que vous nous apportez, il est difficile cependant de se taire, et nous pourrions nous laisser entraîner dans des contradictions;

* Au lieu d'arrêter M. Perrot avec sa formule : C'est de la discussion, M. Daru renchérit sur la discussion elle-même avec le sans-facon d'un président d'enquête qui se croit permis de traiter une opinion de paradoxe : paradoxe vous-même !

' Vous vous apercevez maintenant que tout cela est de la discussion; mais c'est vous qui l'avez soulevée, et quand on vous Tépondi^ous vous bâtez de la fermer.

c'est ce que nous ne voulons pas. On vous a demandé pourquoi les membres du gouvernement du 4 septembre avaient été pris exclusivement daiis la députation de Paris, vous avez répondu : c'est que Paris Ta voulu ^ ! à vos yeux cela suffisait, c'était le droit de Paris de gouverner la France.

M. Pelletan. — Pardon, on me pose une question dont je vois bien le sous-entendu...

M. Perrot. — Permettez, il n'y a pas le moindre sous-entendu.

Nous tenions à connaître le motif qui a dicté les choix des membres du gouvernement du 4 septembre ; vous nous dites que c'est le désir de plaire à la population de Paris. La question et la réponse sont parfaitement claires.

M. Pelletan. — * Vous me demandez pourquoi on a pris pour former le gouvernement les députés de Paris, à l'exclusion de tous autres; puis vous me dites : Paris n'est pas toute la France! Par conséquent vous donnez à entendre qu'il y a eu usurpation de noire part. Dès lors, je suis bien obligé d'expliquer quel a été le mobile de notre conduite en cette conjoncture. M. le Président me dit que notre opinion est un paradoxe. Nous devrions nous abstenir de pareilles expressions, permettez-moi de vous le dire,

M. LE Président. — Je ne vous le permets pas, car cetle expression n'a rien de blessant ••

* Ce n'est, pas là ma réponse, M. Daru l'a travestie.

* Que vous permettiez ou que vous ne permettiez pas, peu

M. Pblletan. — J*y serai bien obligé si vous me parlez encore de paradoxe.

M. LE Président. — Un paradoxe est une proposition contraire à Topinion commune. Voilà le sens du mot.

M. PsLLETAN. — Ah! monsieur le Président, nous ne pouvons pas continuer ce dialogue; je demanderai à être entendu devant la Commission tout entière.

M. LE Président. — Comme il vous, plaira. Je constate que H. Perrot vous a posé une question ; .que pour moi, je me suis borné à intervenir dans le débat pour vous prier de répondre à la question qui vous était faite, sans vous jeter dans des discussions sur le mérite des révolutions en général et de celle du A septembre en particulier. Je vous répète que la Commission a pour mission de recevoir des témoignages et non de discuter des opinions ^

Si vous préférez être interrogé devant la Commission réunie tout entière, dites-le, nous en resterons là.

M. Pellbtan. — Nous avons chacun notre opinion personnelle, mais nous relevons tous de l'opinion publique. J'espère un jour raconter Thistoire de la

nous importe; nous vous répondrons que le mot de paradoxe a quelque chose de blessant; nous n'avons eu qu'un tort, c'est de croire que vous pouviez nous blesser.

* Et que faites-vous à chaque minute?

révolution du 4 septembre, et je saurai faire la part de ceux qui y ont participé.

M. LE Président. — II ne s*agit pas de cela, vous n'êtes pas ici comme* historien, ni comme prévenu, vous êtes appelé comme témoin à déposer sur des faits.

M. Pelletàn. — Je le sais bien. Nous serions plutôt des accusateurs, au besoin, que des accusés.

M. LE Président. — J'ai dit et je répète que vous n'êtes devant nous ni Tun ni Tautre ; je ne veux rien ajouter de plus. Je constate seulement que H. Perrot n'a pas dépassé son droit en vous faisant cette question : (( Pourquoi, seuls, les députés de Paris ont-ils pris place dans le gouvernement de la défense nationale? »

Si je me suis permis de vous arrêter dans vos explications, c'est que je trouvais que vous vous écartiez de la question.

M. Pelletan. — Si vous avez des questions précises à me poser, je suis prêt à y répondre.

M. LE Président. — Un acte important suivit de près la formation du gouvernement de la Défense nationale, c'est l'envoi d'une délégation en province. Comme Paris allait être complètement cerné, vous avez d'abord expédié M. Grémieux, avec de grands pouvoirs, puis M. Glais-Bizoin, puis M. l'amiral Fourichon,. puis, le 8 octobre, si je ne me trompe, M. Gambetta, en ballon*.

^ Ah ! cette fois, M. Daru porte son masque à la main ; ce n'est plus le président d'une enquête qui n'a que le droit d'interroger, c'est l'ennemi politique qui accuse sous forme de question*

Était-ce un acte bien prévoyant, que de rester, vous gouvernement, emprisonné dans Paris? Le ministre de la guerre était-il nécessaire auprès d'un gouverneur général disposant de toutes les forces militaires ? Sa présence n'eût-elle pas été plus utile au dehors pour organiser les, armées? Était-il nécessaire de garder le ministre des affaires extérieures à Paris, quand on avait si grand besoin d'être en rapport avec les puissances étrangères pour tâcher de nous concilier les sympathies de l'Europe? de garder le ministre des finances, etc., etc., et d'envoyer à Tours une délégation comme celle qui a gouverné la France pendant cinq mois ^ ?

H. Pelletan. — Je répondrai sur les faits : Oui, nous avons envoyé en province d'abord Grémieux, puis Glais-Bizoin, puis l'amiral Fourichon, puis Gambetta. Quant à savoir si c'était là une mesure sage et politique, si je devais m'expliquer à cet égard, nous entrerions forcément dans la discussion, et c^est ce que vous voulez éviter.

M. LE Président. — Geux de vos collègues, membres du gouvernement, que nous avons entendus avant vous, se sont expliqués sur ce point : M. Jules Favre a dit qu'on avait bien pu se tromper, M. Gambetta a cru qu'on s'était trompé. Je voulais vous met-

* Et M. Daru appelle cela ne pas discuter, il fait nodeux que discuter il accuse.

tre à même de dégager, s'il y avait lieu, votre part de responsabilité à cet égard*.

M. Pelletàn. — Je me borne à déclarer qpie j'en accepte la responsabilité, car, si j'essayais de démontrer que c'était là un acte sage et raisonnable, nous retomberions dans les dissertations. Je ne répondrai que sur des questions de fait.

M. LE Président. — Vous acceptez la responsabilité de renvoi de cette délégation en province; quant aux actes des délégués, nous n'avons pim à vous en entretenir, puisque vous étiez enfermé dans Paris.

Il n'y a plus rien d'important à vous demander jusqu'à la journée du 31 octobre. Je crois que, ce jourlà, vous n'êtes pas resté à THôtel de Ville, et que vous n'avez pas vu les scènes de violence dont MM. Jules Favre, Jules Simon, etc., ont été les témoins et ont manqué d'être les victimes.

Vous n'avez assisté qu'au commencement des scènes du 31 octobre?

M. Pelletàn. — Le 31 octobre, bien que j'aie été, moi aussi, l'objet de certaines violences, j'ai pu me retirer, et je me suis rendu là où m'appelait mon devoir, c'est-à-dire au centre de la résistancci chez le général Trochu.

J'y ai trouvé M. Picard ; puis le général Trochu est arrivé pour prendre les mesures que commandaient

Me vous tiens quitte de l'intérêt que vous voulez bien portera ma considération ; ma conduite politique attaquée par tous ne court aucun danger.

les circonstances. C*ètait à lui qu'il appartenait de

donner des ordres aux troupes, mais j'étais là, au

poste où je devais me trouver, une fois que THôtel

de Tille était envahi.

tf. LE Président. — Quelle heure était-il quand TOUS avez quitté THôtel de Ville?

H. Pblletan. — 11 pouvait être de six à sept heures; je suis sorti après M. Picard; il faisait déjà nuit.

II. Pbrrot. — M. Pelletan voudrait-il bien nous dire comment il a pu sortir?

M. E. Pelletah. — J'étais au lit sous le coup d'un accès de fièvre, au moment où la foule se portail sur l'Hôtel de Ville. Je me levai aussitôt pour aller rejoindre mes collègues. Peu d'instants après mon arrivée, la salle du gouvernement fut envahie et je fus gardé à Yuepar les pupilles de la République. Un lieutenant de la garde nationale, me voyant souffrant, me dit : « Citoyen, venez avec moi, » et il me fit sortir par le fond de la cour de Tllôtel de Ville.

M. Perrot. — Ce lieutenant de garde nationale vous a considéré comme un simple citoyen et non comme membre du Gouvernement ?

M. E. Pelletan. — Je crois que ce garde national avait dû me connaître au moment des élections, car il me dit : « Citoven, vous êtes un de nos élus. » Je crois qu'il ajouta qu'il était électeur- du faubourg Saint-Marceau. Du reste, j'ai déposé sur ces points devant le juge chargé de l'instruction des faits du

31 octobre.

M. LE Pai50E3T. — Êt-ri-T o* iJL quand la réonion des nuires lui s ê^zeaieat «ians La salie Toisine. a de mimié àJi &:-av.fraenieiit soaaihé^ioii [hjar £iîrepror oéit-fr i «i*:^ èlei'tLons ni'jnitri raies le lendemam?

M. El Peulet.v5. — Je a'ai eût que traTerser la saile da Coaseil m:i:ÛL'.'pal.

M. L£ Pii;^iD£3T. — Avei-Tocis dooiiè Totie adhésion à cette pro^o^itioa des maires?

X. E. Pellexjl5. — Vocis me pariez de notre décret. Je erob? Noos avions eonToqaê les maires, mois r.oa-^ a avions aucun rapport avec eux pendant I*Tnfaiiisik:nient ie I Hôtei de Viile.

M. L£ PRi5i]>E5T. — Je me sois probablement mal expliqué,] e répète ma question.

Pendant que Le Gouvernement siégeait à l*Hôtel de Tille, quand TUotel de Ville n*était pas encore envahi, les maires délibéraient dans une pièce voisine. Trèsinquiets de Tétat des esprits^ pensant que, pour calmer i'etiervesirence du moment, le meilleur movea serait d'autoriser des élections pour ia formation de municipalités élues, ces maires ont envoyé auprès du Gouvernement M. Et. Arago et lui ont demandé son agrément pour procéder à des élections qui seraient faites le lendemain matin. Étiei-vous là?

M. E. Pelletai. — Je ne me rappelle pas ce fait. Je ne sais pas si nous étions déjà envahis...

M. LE Pbésidest. — Non, vous n'étiez pas encore tout à fait envahis : vous alliez l'être.

M. E. Pelletai. — Ce que je me rappelle parfaite^

ment, c'est qu'on a demandé au Gouvernement deux choses : d'abord de donner sa démission, ce qu'il a énergiquement refusé, même sous la menace...

M. LE Président. — Pardon, ne vous placez pas après r envahissement ^. Les maires siégeaient dans une salle voisine de la vôtre, et le soir même une affiche, signée de M. Arago, de M. Schœlcher et de plusieurs autres, annonçait les élections dans tout Paris. Cette mesure avait été prise avec le consentement du Gouvernement. Ce consentement avait été donné antérieurement à Tinvasion. N'en avez-vouspas eu connaissance?

M. E. Pelletan. — Je sais seulement qu'à ce moment-là notre préoccupation, comme pendant tout le siégé d'ailleurs, avait été d'éviter la guerre civile et l'effusion du sang.

H. LE Président. — Vous ne répondez pas à ma question.

M. E. Pelletan. — Il n'est pas douteux que cette mesure ait été présentée comme le meilleur moyen d'apaiser cette population qui, à côté de revendications qui avaient un caractère de légitimité, voulait évidenunent renverser le Gouvernement et installer la Commune à l'Hôtel de Ville. Je crois que, dans ces circonstances, tout ce qui pouvait apaiser la multitude était un acte de bonne politique. En recueillant

* Un président de cour d'assises ne parlerait pas autrement.

mes souvenirs après coup, je ne sais pas quelle a pu être mon opinion à ce moment-là ; vous sentez que dans ce tumulte, dans ce chaos, il a pu y avoir bien des choses qui m'ont échappé. Si j'avais été aveili à l'avance des questions qui pouvaient m'être posées, j'aurais consulté les souvenirs de mes collègues, de mes amis, et j'aurais pu vous donner une réponse précise ; je ne veux pas lennoins du monde, bien entendu, décliner la responsabilité qui peut incomber à chacun de nous au 51 octobre. Tout ce que je peux dire, c'est que le Gouvernement a toujours été dirigé par la pensée d'éviter l'effusion du sang.

M. LE Président. — Mais ce que je vous demande est un fait très-simple. Sans vous rappeler quelle a pu être alors votre opinion particulière sur la question des élections, vous pouvez vous souvenir si les maires ont demandé ou non au Gouvernement son agrément, pour procéder à l'élection des maires, et si le Gouvernement l'a donné.

M. E. Pelletan. — Nous aurions d'autant plus incliné vers celte idée que nous avons fait les élections après le 51 octobre ; no,us avons cherché à donner satisfaction à cette partie de l'opinion qui demandait un conseil municipal. Ce n'était à vrai dire qu'un prétexte chez les émeutiers partisans de la Commune, mais enfin, il faut toujours retirer à ses adversaires le grief qui peut paraître légitime.

M. LE Président. — Je n'ai aucune question à vous adresser sur ce qui s'est passé après votre départ de

l'Hôtel de Ville le 31 octobre; mais le lendemain, vous avez tenu un conseil de Gouvernement. Vous avez su qu'entre ces grands coupables, MM. Flourens, Blanqui, etc., etc., et certains membres du Gouvernement, était intervenu un arrangement, dans lebutdesauver la vie des otages, MM. Jules Favre, Jules Simon; qu'en vertu de cet arrangement, M. le général Tamisier était sorti de l'Hôtel de Ville bras dessus bras dessous avec Blanqui ; vous avez délibéré en Conseil sur la répression du crime commis. Il y a eu là des opinions différentes. Si ma mémoire me sert bien, vous étiez de ceux qui inclinaient vers l'indulgence

M. E. Pelletan. — Monsieur le Président, vousvous trompez. Je n'assistais pas à la première délibération où a été traitée la question des poursuites, mais je me suis trouvé à la seconde. A la première réunion du Conseil, l'impunité avait été volée, je crois, à une voix de majorité. A la seconde réunion, le gouvernement crut devoir revenir sur cette mesure, et si je ne me trompe, ma voix déplaça la majorité. Bien qu'il ne nous en ait jamais été donné lecture, ceci résulte dos procès-verbaux, s'ils ont été tenus exactement, comme je n'en doute pas; mais ce que je crois pouvoir affirmer, ce que j'affirme, parce que mes souvenirs sont présents, c'est qu'à la seconde délibération, au lieu d'incliner vers l'impunité, j'ai voté au contraire pour la poursuite. Il est vrai que j'étais dans d'autres con- ' dilionsque beaucoup de mes collèguesquisecroyaient tenus d'honneur, à la suite du compromis fait pour

éviter un massacre à l'Hôtel de Ville, de maintenir leur parole; quant à moi qui n'étais pas lié et ne pouvais être lié par un semblable engagement, j'ai cru pouvoir agir dans la plénitude de ma liberté d'action.

M. LE Président. — Je suis bien aise que vous ayez pu rectifier un fait présenté inexactement^ et que vous ayez précisé votre conduite dans cette circonstance, ou les responsabilités de chacun sont gravement engagées; l'impunité du 31 octobre a créé le 22 janvier; l'impunité du 22 janvier a peut-être créé le 18 mars, et, d'impunités en impunités, nous sommes arrivés au désordre qui s'est répandu dans les esprits*.

M. E. Pelletan, — Je voudrais vous expliquer à cet égard la situation de Paris. Sans doute, j'ai voté pour les poursuites ; mais ces poursuites étaient-elles aussi faciles qu'on semble le croire après l'événement? Notre force était avant tout une force morale, appuyée sur la garde nationale qui pouvait nous échapper à chaque instant. Puis il y avait d'autres causes de faiblesse. Nous n'étions pas toujours soutenus par l'autorité militaire. Ainsi je peux vous rapporter un fait qui a dû déjà vous être cité. Vous avez entendu le préfet de police ?

M. LE Président. — Oui.

M. E. Pelletan. -^ a la suite d'un article insur-

* Mais c'était vous et vous seul qui avez présenté le fait i nexactcment.

* Toujours le juge, jamais l'enquêteur. Mais vous n'avez pas d'opinion à émettre. Attendez l'heure de votre rapport.

rectionnel qui avait paru dans le journal de Delescluze après la bataille de Buzenval, il y eut le jour même une attaque de vive force contre rilôtel de Ville, un officier y fut grièvement blessé. Or la veille, Delescluze, dans l'article dont je viens de parler, avait poussé la population à marcher sur THôtel de Ville. Nous donnâmes Tordre d'arrêter Delescluze, au préfet de police ; mais le général Soumain, commandant de la place de Paris, quelque temps après, le fait relâcher et non-seulement le fait relâcher, mais il lui donne un certificat d'innocence; et 'cependant il y avait là un fait qui. était indéniable : un article qui excitait à la guerre civile, qui poussait la population à marcher sur l'Hôtel de Ville pour renverser le gouvernement. Ce n'était pas là un simple délit de presse, c'était une provocation à la guerre civile, suivie d'effet puisqu'il y avait eu attaque à main armée contre l'Hôtel de Ville , et pourtant Delescluze fut mis en liberté.

M. LE Président. — Pas précisément, car le général Vinoy est intervenu. *'

M. E. Pelletaw. — On lui délivre une attestation qui nous fait passer aux yeux de toute la presse hostile pour un gouvernement oppresseur, tyrannique, et quand nous avons fait arrêter un coupable, le général chargé de Tinstruclion déclare qu'il n'est pas coupable et le fait mettre en liberté !

M. LE PRESIDENT Daru. — Quellc était la personne quiiivait assisté Delescluze dans cette circonstance?

M. E. Pelletan. — Je ne me rappelle pas son nom.

M. Perrot. — Était-ce M. Arago?

M. LE Président. — M. Arago avait été, dit-on, le défenseur de iM. Delescluze; il pouvait être disposé pour lui à de l'indulgence, mais il ne faut parler aujourd'hui que des faits qui sont personnels à M. Pelletan, M. Arago iV est pas ici. C'est à lui qu'il conviendrait d'adresser une pareille question.

Vous nous avez raconté quelques faits que nous savions déjà. Nous avons entendu MM. Vinoy, Leblond, Arago ; leurs dépositions nousonttoutappris. Il est vrai qu'on ne comprend pas l'impunité dont certaines personnes ont été l'objet; cela se rattache peut-être au système du gouvernement, dans son ensemble, qui. voulait faire appel à ce que le général Trochu appelait la force morale. Craignant, ce qui se comprend à merveille, que les Prussiens n'eussent la joie d'entendre des coups <ie fusil tirés dans Paris, il a*incliné vers l'indulgence, à tel point qu'aucun gouvernement ne peut se faire respecter quand il pousse l'indulgence si loin. Vous nous avez dit que vous étiez pour la répression; je n'ai plus à cet égard de questions à vous adresser.

M. E. Pelletan. — Oui, j'ai voté pour les poursuites, et comme je ne sais pas renier mes actes, je* tiens à ce que le fait soit constaté dans le compte rendu.

M. LE Président. — Il l'esl. Du reste, vous pouvez revoir votre déposition, vous y apporterez lès modificatians que vous jugerez nécessaires dans l'intérêt de

la vérité. Tous les témoins ont ce droit, h la condition de ne pas altérer, bien entendu, le fond de lour lémoignage.

Passons à un autre ordre d'idées. •

Après les troubles de Paris, un fait grave, à notre sens, s'est produit. Vous avez su parfaitement la mesure, la durée du temps pendant lequel Paris serait approvisionné. Dans le procès-verbal d'une de vos séances, M. Magnin, au commencement do novembre, fait un rapport dans lequel il indique la date précise où les vivres manqueraient; c'était, si je ne me trompe, le 10 ou 12 janvier. Jusque-là il garantissait que Paris aurait du pain, et même un peu au delà, car il y a des ressources cachées dans une grande ville; cette date devait être dépassée, il la donnait comme unminimum. Cecim'amène à vous faire une question. Avez-vous informé le gouvernement de Tours, par les moyens dont vous disposiez, — vous aviez des ballons, — avez-vous informé le gouvernement de Tours, chargé de constituer des armées au dehors, du temps que vous pouviez tenir?

M. E. PelletaNi — Dans le gouvernement, il y avait en fait la portion executive et la portion délibérante- Jamais le gouvernement n'a correspondu collectivement avec .la délégation de Tours ou de Bordeaux, c'èiaittantét le général Trochu, tantôt M. Jules Favre, qui transmettait et recevait les dépêches.

M. us PRÉSIDENT Dard. — Pcu importc; vous comprenez qu'il était nécessaire de faire connaître à

M. Gambelta la .durée possible de la résistance de Paris. 11 avait des armées à organiser; elles pouvaient être plus ou moins bonnes selon la durée du temps *qu*on aurait pour les former, les équiper, les habiller, les armer, les instruire ; elles pouvaient acquérir plus ou moins de consistance, plus ou moins de moyens de se mesurer contre les Prussiens, tandis que si on précipitait ces organisations d'arioées, si l'on jetait contre des soldats disciplinés, exercés, instruits, des hommes non habillés, non équipés, mal armés, mal formés, il y avait peu de chances de succès. De l'ensemble de la conduite de M. Gambetta il paraîtrait résulter qu'il ignorait, ou du moins il a agi comme s'il avait ignoré la durée possible de la résistance de Paris. 11 importerait de savoir si le gouvernement de Paris a exactement prévenu celui de Tours de la durée probable des subsistances.

M. E. Pelletan. — Nous avons dû croire que soit M. le général Trochu, soit M. Jules Favre avertirait la délégation de Tétat de nos vivres, puisque le calcul des Prussiens était de nous prendre par la famine. Du reste à cet égard, la délégation aurait pu avoir des renseignements authentiques, par la lettre que j'écrivais au préfet de la Charente-Inférieure, lettre saisie à la chute du ballon qui la portait, soit dans les Hgnes prussiennes, soit en Allemagne. Dans cette lettre je disais : « Nous avons encore des vivres pour deux mois; » ce quifious menait au milieu de janvier. Le gouvernement prussien s'est empressé de publier

cette lettre, elle a paru dans tous les journaux. Il est évident que par cette lettre la délégation pouvait être plus ou moins renseignée.

M. Perro*. — Cette lettre ne pouvait guère servir de document, parce que des lettres de cette nature peuvent être écrites dans l'intention de tromper l'ennemi. M. E. Pelletan. — Personne ne supposait que le siège durerait aussi longtemps; ensuite nous avonsallongé la courroie par le rationnement, par les réquisitions ; puis enfin nous avons été aidés par le dévouement de la population et par les précautions particulières ; car il y avait un fonds de vivres cachés que nous devions forcément ignorer, chacun ayant fait plus ou moins ses provisions.

M. Perrot. — Au commencement, les investigations avaient élé incomplètes. Si elles avaient été mieux faites, on aurait su que les chiffres annoncés d'abord étaient inexacts.

M. LE Président. — Lorsqu'on a fait partir M. Gambetta pour la province, avait-il mission d'empêcher les élections? Quelles ont été les raisons qui ont déterminé le gouvernement à ajourner la convocation d'une assemblée.

H. E. Pelletan. — Je crois que la raison a dû vous être donnée déjà bien des fois. Ceci est d'ailleurs un peu jnatière à discussion. Je vous déclare très-sincèrement que nous avons voulu les élections, par plusieurs raisons. Le fardeau du pouvoir ne nous souriait pas ; s'il y avait même quelque chose de triste^

parmi nous, c'était souvent de voir les démissions si facilement offertes ; il est vrai qu*on les retirait aussi par esprit de conciliation et de patriotisme. Quand nous sommes arrivés, notre premier acte, que- vous connaissez tous, a été de déclarer que nous étions le gouvernement de la Défense nationale et que nous convoquerions le plus tôt possible une Assemblée...

M. LE PRÉSIDENT Daru. — Pardou, si je vous interromps ; mais vous avez déclaré que votre premier acte avait été la proclamation de la République. Vous ne vous êtes pas borné à dire que vous étiez le gouvernement de la Défense nationale. Il y a un décret .qui établit d'autorité la forme du gouvernement républicain.

M. E. Pelletan. — Je n*ai pas à discuter la forme du gouvernement, ceci nous entraînerait sur yn terrain brûlant. Nous n'avions pas d'ailleurs à discuter la République, elle existait. Ce que je veux seulement dire, c'est que ce gouvernement voulait les élections, et qu'il les a voulues dans le délai le plus bref possible. La meilleure preuve, c'est la démarche de Jules Favre à Ferrières. Pouvait-on faire des élections sans armistice ? Nous ne l'avons pas cru. Nous avons fait out au monde pour avoir un armistice, mais on ne pouvait pas, sans armistice, avoir une représentation sérieuse du pays. Cette opinion n'était pas seulement celle du gouvernement; c'était aussi celle d'hommes qui étaient bien éloignés de nous, c'était Favis de M. Vitet, de M. Guizot je crois, et de la rédaetioii du

Journal des Débats ; tous ont déclaré que sans armistice il n'y avait pas d'élections possibles.

C'était alors si bien l'avis du gouvernement, que nous avons fait de nouvelles démarches pour l'armistice après l'arrivée de M. Thiers. Nous aurions peutêtre réussi au 31 octobre sans Tinsurreclion.

H. Ulric PerrÔt. — Lors du départ de M. Gambetta, le fait n* était pas aussi clair que vous le dites, puisque la délégation de Tours avait été d'avis diamétra- Jement opposé au vôtre ; par conséquent ce n'était pas l'opinion" unanime du gouvernement.

M. E. Pelletan. — Je vous donne les raisons pour desquelles, nous, nous n'avons pas fait les élections. M. LE Présidekt Daru. — Le gouvernement de Tours boulait les élections ; il les avait ordonnées, connaissant l'opinion de la province. Le Gouvernement de ^^ris n'en a pas voulu; pourquoi? nous vous le de- 'ïiandons. Pourriéz-vous nous donner l'explication, ^inon des motifs qui ont agi sur la décision du Gouvernement, tout au moins de ceux qui vous ont personnellement détournés de procéder aux élections?

M. E. Pblletak. — Mais je viens de vous le dire. C'est que nous n'avons pas cru qu'il y aurait une représentation sérieuse, acceptable, jouissant de l'influence et de la part d'autorité qu'elle devait avoir ^ns le pays, si le tiers de la France n'y était pas représenté. Un tiers du sol était envahi ; nous n'avons pas pensé que sans armistice on pût procéder à des élections.

M. LE PRESIDENT Darc. — Soît ; mais le 31 octobre, lorsque rarmistice vous a été proposé sans ravitaillanont, — on avait d*abord espéré avoir la faculté de ravilaillemeiit, Témeute du 31 octobre avait fait échouer cette négociation ; toujours est-il que H. de Bismark avait offert Tarniistice sans ravitaillement ; — vous connaissiez à cette époque les ressources de Paris ; vous saviez que vous aviez du pain pour trois mois ; pourquoi alors avez-vous refusé, même sans la facullé (le ravitaillement, cet armistice qui vous perliiettait de faire des élections ?

M. E. Pelletan. — Ceci c'est de la discussion; mais, tenez, je vais vous le dire. Si nous avions accepté rarmistice dans ces conditions et fait les élections avec une situation pareille, elles auraient été profondément frappées de discrédit. C'était notre opinion, ce n'était pas seulement la nôtre, je pourrais, je vous l'ai déjà dit, vous montrer qu'elle était partagée par les esprits les plus conservateurs; c'était aussi Topinion unanime de Paris que des élections faites ainsi, avec armistice sans ravitaillement, auraienl ôausé de graves embarras à la France et amené peutêtre les plus épouvantables catastrophes.

M. Ulric Perrot. — A Paris, c'était l'opinion gén^ raie, mais je constate qu'en province c'était l'av ^s contraire qui dominait.

M. LE PRÉSIDENT Dard. — Ccci prouvc une fczz^is de plus que l'opinion de Paris et celle de la VràX^^ ^ ne sont pas toujours les mêmes.

M. E. Pelletan. — Ah! monsieur le Président, l'opinion de Paris, l'opinion de la France, où est-elle au- Ihentiquement ?

M. LE Président. — Dans la représentation na- . tiojoLale >.

M. Ulric Perrat. — Ainsi sur la question posée, vous constatez que l'opinion de Paris était contraire aux élections?

M. E. Pelletan. — Vous voyez que nous nous trouvons entraînés malgré nous sur le terrain de la discussion. Je vous ai donné les raisons qui nous ont feil agir. Ceci, dites- vous, c'est l'opinion de Paris, ce Qest pas Tçpinion de la France. Nous discuterons le point devant Topinion publique ; c'est notre meilleur . i"ge.

M. Perrot. — Je n'ai que constaté un fait. Sous Prétexte de ne pas discuter, vous ne répondez point ^ nos questions *.

il. Pelletan. — Croyez bien que nous n'avons pas ^&i sanô motifs, et il en a fallu de bien graves, car '^^Us étions tous désireux d'être débarrassés du pou- ^^ir et de le remettre entre les mains d'une Assem-

M. LE PRÉSIDENT Daru. — Après les faits dont nous ^^ïions de vous entretenir, nous aurions à vous parler

P ^ *^ Oui, quand eUe est nommée; mais je ne suppose pas qu'elle

^ t nommée au mois d'octobre.

> ^ Je n'y ai que trop répondu. Si j'avais su devant qui j'a- ^^"Vais à répondre, rinlerrogatoire .aurait été singulièrement ^éKé.

S6 . APPE5DICEr

de faits diplomatiqaes. Vous les ayez connas. Les approTisionnemeats épuisés, le Goayernement s'est vu dans Tobli^atioa de traiter d'un armistice. Dans cet armistice, il y a eu une stipulation malheureuse, celle qui concernait Tarinée de TEst ; grâce à cette stipulation, ignorée de M. Gambetta, l'armée de l'Est a été perdue. Qu «ivez-vous ^ nous dire?

-M. E. Pelletai. — L'armée de l'Est était déjà battue au moment de l'armistice. A mon avis, il n'y avait plus aucun moyen de résistance ni dans l'Ouest, ni dans TEst.

M. LE pr£side:!it Dâbïï. — Dans tous les cas, pourquoi a-t-on excepté l'armée de l'Est de l'armistice ?

M. E. Pelletai. — Les négociateurs n'ont pu aloi

tracer une ligne de démarcation entre les armées bel

ligérantes. M. Jules Favre a dû vous donner à ce — égard toutes les explication?. Étions-nous libres alor- — < de discuter les conditions 'de 1 armistice ? Nous avoi^h^s résisté jusqu^à la dernière minute. 11 était possib^Be que si nous avions tardé de deux jours, Paris se r' veillât avec la famine. Comprend-on la famine à Pari Se fîgure-t-on cette population, ces malheureux baV^itants sortant de leurs maisons pour se jeter sur 120 morceau de pain ? C'eût été terrible. Nous avons résisté encore un coup jusqu'au dernier moment, et, quand est venue l'heure de la capitulation, nows n'étions pas maîtres des conditions ; nous avoiis ^^ les subir. M. Jules Favre a, dans ces désastres, d^BS ces douleurs, évidemment accepté le rôle le plu^ P^

nible dont un grand citoyen puisse ôlre chargé. Il a dû discuter pied à pied ces hontes, ces humiliations, ces souffrances de la capitulation. Il Ta fait cependant, et pour ma part, je crois qu*on lui en saura gré quand toutes les fumées et toutes les poussières qu'a soulevées l'esprit de parti seront tombées.

M. LE PRÉSIDENT Daru. -=— Veuillez le remarquer, ces considérations sur la famine et sur les malheurs effroyables qu'elle eût entraînés ne sont pas une réponse à la question que je vous ai posée ^ Je vous demande la permission de vous y ramener purement et simplement.

Toutes nos armées, celle du- Nord, celle de l'Ouest, celle de la Loire, ont été comprises dans Tarmislice, c'est-à-dire que les officiers ont suspendu les hosti- Mtés et déterminé la zone neutre qui devait séparer les troupes françaises des troupes ennemies ; une seule armée a été exceptée de Tarmistice, c'est Tar- Daée de l'Est. Nos généraux n'ont même pas été prévenus de cette exception, et alors que, conformément aux lois de tout armistice, ils restaient immobiles à la place où l'armistice les avait saisis les généraux prussiens continuaient leurs mouvements, informés que les armées de l'Est n'étaient pas comprises dans la ««Pitulation.

^e \ous demande, à vous, membre du Gouverne-

^ais c'était parfaitement une réponse, puisque la famine ^^® oltiigeait à subir les conditions de M. de Bismark.

ment, pourquoi vous avez laissé les armées de l'Est en dehors de l'armistice et dans l'ignorance de la situation qui leur était faite?

M. E. Pelletan. — M. Jules Favre a dû répondre à celte question.

M. LE Président. — C'est un des actes les plus graves de votre Gouvernement, et nous vous interrogeons pour savoir ce que vous pouvez nous en dire.

M. Pelleïan. — Ce que je puis affirmer, c'est que M. de Bismarck a exigé la reddition de la place de Belfort ; c'est précisément parce qu'on ne voulait pas rendre Belfort que M. de Bismarck a dit : « Nous ne pouvons pas tracer une ligne de démarcation puisqu'il y a encore des hostilités ; nous ne savons pas où sont les corps d'armée puisqu'ils sont en marche ; laissons celte question à l'écart ; on tracera une ligne de neutralité pour les autres armées, mais puisqu^^

vous ne voulez pas donner Belfort, les opérations coa ^ .

tinueront dans l'Est. »

M. de Sugny. — Alors, il y a eu de votre part ï^^^n oubli considérable ; vous auriez dû prévenir le G(v ^%j. vernement de Bordeaux que l'armée de l'Est n'éi^^it pas comprise dans la capitulation, pour que, de là, on pût avertir le général Clinchant. Tous les générsi^x ont été unanimes pour se plaindre de ce fait qu^ le général Manteuffel, sachant qu'il n'y avait pas A'^^" mistice, ait continué à les envelopper, tandis qiE* ^^} se sont arrêtés, et ont perdu la chance, minime x^*^ ^^^ réelle selon eux, de pouvoir passer par lavallè^

Pontarlier, pour arriver par le Jura du côté de Lyon, échappant ainsi à un désastre affreux.

C*est sur cet oubli que nous voudrions avoir quelques' renseignements ; on a télégraphié de Bordeaux au général Clinchantque Tarmistice s'étendait à toute la France, et alors cette armée s'est trouvée dans une situation épouvantable.

M. Pelletan. — Je ne puis pas vous donner de renseignements sur ce point. Comme je vous le disais tout à l'heure, il y avait un pouvoir exécutif dans le goavemement ; nous autres, nous étions appelés aux délibérations; les dépèches, qui étaient envoyées par Jules Favre et par le général Trochu, nous étaient lues souvent. Quant à moi, je ne puis donner aucune ^pUcation qui repose sur des faits suffisamment au- Uientiques ; je ne les connais pas assez, et je pourrais Commettre des erreurs.

H. LE Président. — Nous vous demanderons alors des explications sur votre voyage à Bordeaux. D'après de nombreuses dépositions que la Commission a reçues, il y aurait eu à Bordeaux, entre M. Gambetfa et M. Jules Simon, un conflit qui aurait pu prendre des proportions considérables, mais qui, heureusement, 51 pu être évité. Vous avez été envoyé de Paris, avec d'autres membres du gouvernement, MM. Arago et Gramier-Pagès, pour donner force à M. Jules Simon, jvscpe-là seul. Veuillez nous dire ce que vous savez de ce conflit, des causes qui l'ont amené, et des proportions qu'il a eues. La scission pouvait-elle amener

une guerre civile comme on paraissait le craindre à cette époque?

M. Pelletan. — Nous avons été envoyés à Bordeaux pour donner un point d'appui à M. Jules Simon. La délégation, — c'était un fait public, — ne reconnaissait plus le gouvernement de Paris ; elle allait jusqu'à dire qu'il était pri onnier de guerre de la Prusse ; elle ne voulait pas, d'abord, faire les élections; elle voulut les faire ensuite, dans des conditions déterminées, que nous n'avions pas acceptées à Paris.

H. Jules Simon s'est trouvé en face de la délégation de Bordeaux, à peu prés isolé, et il fallait rétablir la majorité. Alors, nous avons été délégués, MM. Garnier-Pagés, Arago et moi, pour faire prévaloir l'opinion du gouvernement de la Défense nationale dans son intégrité, à Bordeaux aussi bien qu'à Paris.

Vous connaissez les faits; vous savez que nous avons fini par triompher des résistances de M. Gambetta; nous avons agi avec toute la prudence et toute la fermeté qu'exigeait la gravité des circonstances, et nous avons eu le bonheur de réussir. Nous avons convoqué cette Assemblée ; et nous avons déposé nos pouvoirs dans ses mains, bien soulagés, je vous assure, de passer à d'autres le terrible fardeau des responsabilités que nous avons eues à subir.

M. LE Pré^iident. — Nous connaissons les faits, mais nous avions sur différents points des dépositions contradictoires, et c'est pour cela que nous vous inteirogeons. Est-il vrai que l'irritation de M. Gainbetla ait

APPEÎÏDICE. 861

pu aller jusqu'à la signature d'ordres d'arrestation que M. Ranc aurait été chargé d'exécuter?

M. Pelletan; — Je n'en ai pas eu connaissance; je n'étais pas dans l'intimité des délibérations du ministre de l'intérieur. Quant à moi, après avoir eu avec M.Gambetta une entrevue qui a été, quelquefois, un .peu animée, je n'ai pas eu de doute que l'esprit de la majorité du gouvernement ne finît par l'emporter.

Quant à des menaces d'arrestation et autres faits semblables, pour ma part, je n'en ai eu aucune révélation directe ; je ne les ai connues que par ouï-dire; nous sommes arrivés tout à fait à 1 a fin du régn e de Gambetta . M. LE Président. — De son régne *■ !

M. Pelleta^. — Non, à la fin de ses pouvoirs ; je ne veux pas me servir de mots blessants ; j'ai dû combattre sa politique ce jour-là, il ne me siérait pas Diaintenant de l'attaquer.

M. LB Président. — Vous n'avez rien à nous dire qui Prisse éclairer la Commission sur ce qui s'est passé lorsque M. Gambetta, levant à demi l'étendard de la ''évolte*, a manqué tout au moins de déférence vis-à- ^is du gouvernement de Paris ?

^' Pelletan. — Non, je ne connais pas les faits qui ^ sont passés.

M- LE Président. — M. Jules Simon a-t-il couru 9^6%e danger, comme il l'a dit à la tribune?

S ^^^ M. Daru, il faut surveiller ses expressions. jg ^j ^-^ant Vétendard de la révolte, on voit que M. Daru a fait ^^SSe derhétorique; mais M . Gambetta n'a levé aucun étendard.

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