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CHAPITRE IX

Expédition au Nefzaoua. — Préparatifs et organisation des convois. — Oum-Ali. — Le kahya du Nefzaoua. — Passage des chotts. — Ou m Smâa. — Neggah. — Mançourah, son bordj et ses vieux canons. — Kcbili. — (îuclaa Douz. — Les Mrazig.

Tout était prêt pour l'exécution de cette petite opération, lorsque le général reçut du général de division Tordre de réunir toute sa brigade en ramenant de Gilma le lieutenant-colonel Frayermouth et deux des bataillons sous ses ordres et de se préparer à marcher avec sa brigade entière sur le Nefzaoua. Aussitôt, on renonce à l'opération sur Mech et Ton se hâte de compléter les travaux de défense de façon qu'un seul bataillon, le 46e, puisse seul garder Gafsa. Puis, le 61e se rend de Gafsa à El-Guettar pour y construire une redoute, qu'à l'aide de voyages successifs de chameaux on remplit de vivres pour les prendre au passage des troupes expéditionnaires. Le reste de la brigade se concentre à Gafsa ou à El-Guettar.

Le 23 mars, le lieutenant-colonel Frayermouth rallie Gafsa avec deux bataillons : 33e, commandant Forget ; IIIe, commandant Ghalamon de Bernardi.

Le même jour, le général reçoit le télégramme suivant :

« Prenez vos dispositions pour que votre colonne se mette en mouvement de façon à être le 31 à Ou m- Smâa. »>

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Le départ est fixé au 25 mars.

Malgré tous les efforts, le convoi n'est pas au complet Les chameaux des Fraichich (400 à 500) ne sont pas arrivés encore à Gafsa. Il est décidé que cette partie du convoi suivra la colonne aussitôt que possible, sous l'escorte des goums de Mohamed-Salah et le commandement du capitaine Lebrun, de l'état-major de la brigade. Le convoi, chargé le 26 mars, se met en marche le jour même. Il est suivi, le 27, par les goums, qui le rejoignent en route et arrivent le même jour vers 3 heures en vue du défilé d'Oum-Ali.

Sur ces entrefaites, des nouvelles avaient été reçues par le général lui annonçant l'arrivée de djichs importants. Pour parer à toute éventualité, il fit rétrograder un bataillon pour occuper les gorges d'Oum- Ali et être à même d'y recueillir le convoi et les goums-

Aucun cavalier dissident ne parut.

Il fait déjà chaud.

Le général ordonne que trois chameaux seront donnés à poste fixe à chaque compagnie pour porter les vivres d'ordinaire, les capotes, les couvertures, qu'on réunira en paquets par escouades puis par section, afin que, le matin, on les charge sur les chameaux et que, le soir, la distribution en soit immédiate. Les hommes marcheront en pantalons de toile et en bourgerons, et le soir ils revêtiront les vêtements de drap pour la nuit.

Un seul bataillon venant de Gilma, le 43e, n'a pas encore rallié ; le général lui envoie l'ordre de changer son itinéraire. Afin de pouvoir rejoindre plus vite, il ne passera plus par Gafsa, mais marchera directe-

ment sur le défilé d'Oum-Ali, puis sur Oum-Smâa, où il nous rejoindra le 31.

Dans les journées des 25, 26 et 27, les troupes se concentrent peu à peu, avec tous les transports, vers l'entrée du défilé d'Oum-Ali. Le temps est extrêmement mauvais et il pleut abondamment. C'est désagréable, mais c'est pour nous une grande bonne fortune au début de cette expédition dans l'extrême sud, car cette pluie va mettre de l'eau dans tous les puits et, chose plus utile encore, de l'herbe dans toutes les vallées — ce qui assurera la bonne santé de nos chameaux, condition indispensable pour pouvoir marcher vite et longtemps. L'opinion générale croit le chameau très résistant. C'est vrai tant qu'il est gras ; on peut alors en user hardiment. Mais, s'il vient à maigrir, il est, au contraire, extrêmement douillet, et, si sa bosse vient à diminuer, à s'amaigrir, il meurt très facilement, et souvent des expéditions sont arrêtées par la mortalité des chameaux. Aussi est-ce une bonne fortune sans pareille de partir pour une expédition saharienne avec des chameaux gras et bien portants.

Le 28 mars, la colonne traverse le Bled-Cegui, grande plaine parsemée de ruines romaines. C'est un spectacle des plus grandioses que la vue de ces colonnes, dont les armes reluisent au soleil, marchant gaiement à travers cette plaine couverte d'un sainfoin épais et tout en fleur, dans lequel les hommes enfoncent jusqu'au-dessus du genou. Les bandes nombreuses de nos chameaux de convoi y marchent lentement, et l'ordre est donné de ne pas les presser, afin que ces bonnes bêtes puissent, pendant la route, manger à pleine bou-

<che et en remplir les vastes cavités de leur estomac, pour ruminer ensuite à plaisir au bivouac. Quelle satisfaction pour le chef d'une colonne, qui va affronter le désert et ses marches sans fin, à travers les dunes arides, de voir ces bons animaux, luisants de graisse, leurs bosses toutes rondes, répandant à distance les effluves fortement odorantes de leur plénitude ! Jamais nous n'étions partis pour expéditionner au loin dans des conditions aussi avantageuses. Ils mangèrent ainsi pendant plusieurs lieues, enfonçant jusqu'au ventre au milieu de ces herbes aromatiques, disputant les fleurs à une multitude d'abeilles et d'insectes qui s'attaquaient en vain à leur peau épaisse et rude, et, le soir, le bivouac était intenable, tant l'odeur qu'ils répandaient était forte.

Malgré tous nos efforts pour compléter nos moyens de transport, nous nous trouvâmes un peu à court au moment du départ. Nous nous voyions obligés de laisser une certaine quantité d'orge, et ce n'était pas sans regret, car nous savions qu'il serait bien difficile d'en acheter en route. Le vieux capitaine d'artillerie tunisien nous conseilla de charger cette orge sur des ânes. Nous y avions bien pensé, car nous les avions déjà employés à notre départ du camp d'El-Oukanda; mais nous y avions renoncé parce qu'il nous semblait que, pour un si long voyage, il fallait absolument emporter des vivres pour leurs conducteurs, ce qui augmenterait notre charge. Il m'affirma qu'il était inutile d'emmener des conducteurs, que les ânes marcheraient et coucheraient au milieu des chameaux, qu'ils sont habitués à suivre, et que les chameliers suffiraient

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pour les charger et décharger; que, de plus, ils le feraient avec plaisir, parce que, dans les longues marches, ils monteraient dessus. Nous emmenâmes donc, en plus de nos chameaux, déjà si nombreux, 300 petits ânes, sans brides, sans bâts, tout nus, sur le dos desquels on se borna à placer un sac d'orge. Ce qu'avait affirmé le vieil artilleur se réalisa. Ils marchèrent paisiblement avec les chameaux, ils contractèrent de suite avec eux une amitié solide; pas un ne s'écarta du chemin et de sa place, pas un ne perdit sa charge; ils ne nous donnèrent ni ennui ni préoccupation. Intelligents et fidèles comme des chiens, ils broutaient paisiblement le long du chemin, s'installaient au bivouac à côté de leurs grands camarades au long cou. Le matin avant le départ, ils acceptaient, réclamaient même leur fardeau. Jamais fatigués, jamais malades; gras et dispos sous leurs 50 kilog. d'orge, surmontés souvent d'un chamelier dont les longues jambes traînaient à terre. Bref, ils nous inspirèrent à tous une estime très méritée. Au départ, nous pensions que, dans le cas où la viande viendrait à nous manquer dans ces immenses et lointaines solitudes, ils pourraient nous être une dernière ressource ; nous avons été heureux de ne pas être forcés d'en venir à cette cruelle extrémité, de manger des ânes qui nous avaient si bien servis.

Le 29 mars, nous traversions, sous une forte pluie d'orage, le défilé étroit et difficile d'Oum-Ali, vraie gorge de brigands, qui ferme le principal passage des chotts dont le lieutenant-colonel Roudaire voulait faire sa mer intérieure. Aussi les Romains avaient-ils

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barré le défilé par une muraille colossale, qui le fermait absolument. Les ruines en sont encore imposantes, et témoignent de la puissance du peuple-roi et de l'importance du passage. Nous nous arrêtâmes sur les bords mêmes du chott que nous devions franchir le lendemain.

C'était une opération difficile et que jamais encore troupe française n'avait essayée. Les bruits les plus alarmants couraient sur la solidité de la route, des récits effrayants, dont on ignorait la provenance, se murmuraient tout bas sur -les dangers de cette traversée et rappelaient les morts horribles de cavaliers disparus et engloutis par les sables mouvants. Le cœur nous battait bien fort à l'idée que, le lendemain, nous aurions à engager tant de monde sur cette route, et surtout qu'il faudrait y faire passer les lourdes pièces de nos batteries. Aussi est-ce avec un sentiment intime de joie que nous vîmes arriver à notre bivouac le chef du Nefzaoua, le khaya, ou lieutenant-colonel tunisien, Si Ahmed el Hamadi, avec une escorte d'une centaine de beaux et bons cavaliers. C'étaient là des guides sûrs, connaissant à fond le pays, et nous offrant toutes les garanties désirables. Quoique très emprunté et un peu gauche dans son costume d'officier tunisien à l'européenne, c'était un superbe cavalier, célèbre par sa vigueur, son énergie, et sa mâle figure donnait toute confiance en son intelligence. Quant à sa loyauté, son ami Hassein el Longo, le vieil artilleur de Gafsa, l'affirmait énergiquement et s'en portait garant. Lui-même, malgré son grand âge et son embonpoint exagéré, avait voulu nous

accompagner et marchait bravement en tête de sa compagnie indigène de Gafsa et de celle de Tozer, qui lui était subordonnée. Quelques instants de causerie nous mirent l'esprit en repos pour le lendemain, tout en nous faisant sentir la nécessité de prendre de très sérieuses précautions.

Le passage d'Oum-Ali à Seftimiest un des meilleurs de ceux qui traversent les chotts, et cependant il n'est pas rare qu'il y arrive des accidents. D'après l'opinion du commandant Roudaire, qui nous a paru très justifiée, ces lacs sont très profonds. Ils étaient autrefois alimentés par toutes les rivières qui s'y déversaient. Maintenant, la plupart n'ont d'eau que lors des crues, mais alors elles y apportent des quantités d'eau considérables. Or presque tous les terrains que traversent ces rivières sont fortement imprégnés de sel. Pendant la plus grande partie de l'année, l'action très puissante du soleil produit une évaporation considérable. Peu à peu, le niveau baisse, les couches inférieures, de plus en plus salées, arrivent à une très forte densité, et les sables apportés par les vents se déposent à la surface et y forment une couche de plus en plus épaisse. Ceci ne peut être mis en doute, puisque, sur tous les points, et ils sont nombreux, où le commandant Roudaire a percé des puits, il a trouvé l'eau à peu de profondeur, eau salée bien entendu, et qu'après avoir traversé la couche de sables, le plomb s'enfonce à une profondeur considérable avant de trouver le fond. Les couches de sable sont donc en suspension sur l'eau.

Dans ces conditions, ces couches de sable, ayant une

épaisseur de quelques mètres, sont très solides lorsqu'une série de chaleurs les a fortement desséchées; mais, lorsque des pluies torrentielles ont versé sur la surface des masses d'eau, le sable s'imbibe peu à peu et devient naturellement moins ferme. Quelque sécheresse qu'il ait fait, tout passage qui n'est pas fréquenté redevient spongieux et par conséquent dangereux. Le gué d'Oum-Ali est un des plus fréquentés et par conséquent des meilleurs. Cependant, c'est une simple trace de 4 à 5 mètres de large, et, en dehors de ces 4 à 5 mètres, le sol n'a plus de solidité, et malheur à l'imprudent qui s'écarterait à droite ou à gauche, même de quelques pas : il serait inévitablement englouti! Le défilé a 25 kilomètres de long; c'est donc une journée entière de marche, et une journée de grande fatigue, puisque, tout le long de ce parcours, il n'y a pas possibilité de s'arrêter, sous peine d'enfoncer. Il faut donc parcourir ces 25 kilomètres sans repos, sans temps d'arrêt.

Comme nous l'avons dit, la veille et l'avant-veille il avait plu abondamment, et les crues générales des rivières nous disaient assez que nous avions à franchir les chotts dans les plus mauvaises conditions. Malgré Tordre reçu d'être le 31 à Oum-el-Smâa, j'aurais volontiers, si j'avais été seul, retardé le passage d'un jour ou deux. Mais le kahya était passé la veille au soir avec ses cavaliers; il affirmait le passage possible; il affirmait la certitude de le franchir sans danger si l'on observait les précautions nécessaires.

Un ordre lu et expliqué avec grand soin à tous les hommes, pour leur faire comprendre les dangers de

s'écarter du chemin, la nécessité de ne point s'arrêter, l'organisation de la colonne fut l'occupation de la soirée. Pour que la fatigue de cette longue marche sans temps d'arrêt fût moindre, on déchargea les sacs des hommes et l'on lit porter par les chameaux tout ce qu'on put. On décida aussi que, pour tasser la route et la solidifier, les chameaux de la colonne marcheraient en tête. C'était, en fait, plusieurs milliers de chameaux marchant trois ou quatre de front, dont les larges pieds damaient le sol. Ce long ruban mit longtemps à défiler. Immédiatement derrière eux marchaient les mulets porteurs de nos canons, pour lesquels nous avions une réelle inquiétude. Ils avaient gardé avant d'entrer dans le chott un assez long intervalle en arrière des chameaux, afin de ne subir aucun temps d'arrêt dans la marche.

A 7 h. 1/2, la tête de la colonne s'engage sur le chott. La marche est très pénible sur cette route, très boueuse, coupée de nombreuses flaques qui ressemblent à des rivières et dont le courant est poussé par un très fort vent d'ouest. Ce vent violent appuie fortement sur les sables humides, qui suintent comme une éponge; puis, en passant, il pousse, réunit toutes ces mollécules d'eau, les agglomère et en forme, dans les dépressions, des cours d'eau; comme il fait, sur la mer des vagues courant toutes dans le même sens, là aussi, en les poussant dans la même direction, il produit un courant. Ce sont de vraies rivières à traverser et, dans quelques-unes, l'eau monte jusqu'au genou des soldats.

Cependant, les chameaux avancent d'un pas uni-

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forme. La colonne les suit. Elle est silencieuse : ni chants ni causeries; on sent que tout le monde a le sentiment du danger, et les ordres donnés sont scrupuleusement observés. Un seul, d'un grade élevé, s'est écarté d'un pas ou deux et eût été englouti avec son cheval, si on ne lui eût porté un secours immédiat.

A midi 1/2, la queue de la colonne, à notre grande satisfaction, est sortie du chott sans accident aucun ; un seul chameau a disparu dans le gouffre, et nous sommes bien heureux d'en être quittes pour un si petit sacrifice.

Seftimi, où nous nous arrêtons au sortir du chott, est une petite oasis appartenant à une famille de marabouts, qui l'a abandonnée devant tous les dangers que les coureurs ennemis renouvelaient à chaque instant. Les eaux y sont abondantes et permettraient d'arroser un nombre beaucoup plus considérable de palmiers; mais probablement c'est une propriété habous, par conséquent vouée à l'abandon.

C'est un point très important à garder, puisqu'il commande un des passages les plus faciles et les plus fréquentés du chott. C'est l'un de ceux par lesquels les bandes d'insurgés pénètrent en Tunisie pour y porter le pillage et le vol, et il en était ainsi du temps des Romains, du temps des Jugurtha et des Massinissa, comme le prouve la muraille romaine d'Oum-Ali. Cela explique aussi pourquoi les marabouts l'ont abandonné : les bandes les pillaient en passant. Un poste fixe serait bien placé là et aurait une action salutaire sur la tranquillité de la Tunisie. Le 31 suivant, l'ordre reçu, la brigade se porte à Oum-Smââ

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petite ville à 22 kilomètres de Seftimi, par une route sablonneuse qui suit le bord du lac et est égayée, de distance en distance, par des oasis, dont la magnifique végétation vert foncé se dptache vigoureusement sur le ton monotone des sables ou des terrains blanc de sel des chotts. Oum-Smââ (la mère des deux ou la ville des cieux) est un nom bien ambitieux pour une pauvre bourgade située sur le sommet d'un rocher qui a à peine quelques mètres d'élévation. Il est vrai que le pays environnant est tellement plat qu'à quelque distance ce petit relief apparaît de certaine importance. La population est absente ; elle est parmi les insurgés. Dans la lutte que j'ai racontée dans mon livre la Conquête pacifique de l'intérieur africain, elle a pris parti contre le kahya et pour le chef des Ouled Yacoub. Elle fait partie par conséquent du çofï du bey. Comme les Ouled Yacoub, avec lesquels ils sont liés ont été de tout temps des brigands dangereux et toujours en lutte avec le monde entier, les gens d'Oum-Smàà ont aussi une réputation détestable. Tous voleurs et receleurs. Il est donc nécessaire de leur infliger une punition. Ils savent bien, du reste, qu'ils l'ont méritée puisqu'à notre approche tous se sont enfuis. Le 2 avril, les compagnies indigènes de Gafsa et de Tozer, qui, dans le but de les compromettre et de les lier davantage à notre cause, ont été chargées de cette exécution, montent à Oum-Smââ et rasent les maisons de ceux qui se sont signalés par leur hostilité et qui sont désignés par le kahya comme les plus engagés dans la révolte. De plus, on exige la livraison des armes et le paiement d'une amende.

Le 3 avril, une colonne légère se porte à l'oasis de Neggâa, îlot de palmiers au milieu des chotts.

Quelle vue étrange! Les chotts miroitent au soleil et produisent les effets de mirage les plus complets et les plus bizarres que j'aie jamais vus. Quel nombre immense de palmiers dans le tour d'horizon! Partout des oasis d'une végétation luxuriante.

Ces bouquets, ces quelques villages sont superposés à des villes romaines dont on retrouve partout les traces, et plus que partout ailleurs à Kebili, Becheri et Oum-Smàa.

La fertilité de l'oasis de Neggâa est proverbiale, et ses habitants y jouiraient d'une félicité sans pareille si la jalousie, l'envie, la haine et la guerre perpétuelle n'y stérilisaient pas le travail de l'homme.

Ce joli pays du Nefzaoua, si vert, si riant, où il serait si facile de vivre, c'est le pays de la trahison, du guet-apens, de l'assassinat. Aussi, peu à peu, il s'éteint et se meurt dans le dépeuplement et la misère.

Jadis, c'était une seule forêt de palmiers, d'oliviers, d'orangers et d'arbres fruitiers. Aujourd'hui, il ne surnage plus que des îlots séparés, mais il y en a heureusement beaucoup, et certains de ces îlots ont encore 50 à 60.000 palmiers.

A l'extrémité nord, dans le chott, presque noyé dans le lac, des noms qui éveillent des souvenirs si lointains, qu'on ne peut retrouver la trace des événements qui s'y sont passés : Chott Faraoun, le lac des Pharaons ; Bled Faraoun, le pays des Pharaons; Iles Faraoun, les îles des Pharaons.

Comme ceux dont il porte le nom s'effacent et s'en-

La f> brigade. Il

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sevelissent dans le passé de l'histoire, le pays, lui aussi, disparaît peu à peu dans les sables et les boues du lac.

Quelques bouquets de tamaris ou quelques parties surélevées apparaissent seuls pour affirmer le séjour de l'homme et, par suite, provoquer le désir de retrouver la trace des événements ; mais il est à craindre qu'on ne l'essaie en vain : la tradition s'en est évanouie. Un jour peut-être, quand la connaissance de la langue arabe sera plus répandue et qu'on traduira les livres des riches bibliothèques des zaouias arabes, trouvera-t-on cette énigme, pour la solution de laquelle nous avons en vain interrogé les vieux du Nefzaoua et qui a évoqué parmi nous cette lugubre histoire de Cambyse enseveli dans les sables du désert avec son immense armée.

Combien de malheureux aussi ont péri dans ces sables mouillés du lac ! Mais ils n'ont pas de nom dans l'histoire, à moins que ces Faraouns ne soient des témoins d'une semblable catastrophe.

Seftimi n'est pas loin de Bled-Faraoun, et plus d'une fois ce rapprochement a troublé ma pensée.

Neggâa, où nous allions, est une belle oasis de 25.000 palmiers.

Nous y étions appelés parce que Neggaa est la proT priété des Ouled Yacoub et que le chef de l'insurrection dans ces contrées, Si Mohammed bou Allègue el Yacoubi, y possédait un bordj ou château fort.

C'était le repaire du chef de la tribu des Ouled Yacoub, cette bande de pillards qui écument le Sa-

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hara; il s'était, au Nefzaoua, constitué l'ennemi et le rival du kahya.

Nous nous rendions à Neggâa pour démolir ce repaire, le faire sauter, et nous avions, dans cette intention, emmené avec nous le chef du génie. Nous lui avions fait part de notre intention, et par un pressentiment que justifia l'événement, ayant quelques doutes sur la bonne conservation de la dynamite, soumise à trop d'intempéries pendant nos longs voyages à travers ce pays, réfractaire entre tous aux progrès, nous lui avions demandé si elle était en bon état et s'il était sûr qu'on pouvait compter sur elle.

Nous ne lui avions pas dissimulé que, s'il y avait doute, nous préférions la simple poudre ordinaire, moins brillante, mais plus fidèle et plus sûre. Sur son affirmation, il avait été convenu qu'il emporterait de la dynamite comme un vrai ingénieur de France et que nous ferions sauter très haut en l'air cette forteresse célèbre.

Afin de donner à ces bons sauvages du Nefzaoua une idée tout à fait considérable de notre puissance, nous les avions convoqués en grand nombre à ce spectacle, espérant que cette manifestation de notre pouvoir lettr inspirerait un profond respect et assurerait un long avenir de soumission.

Arrivés à Neggâa, nous y trouvons une foule nombreuse de bons nègres, de femmes, même d'enfants. On leur explique que le château va s'envoler dans les airs, et que c'est pour leur faire voir cette juste punilion des méfaits des Ouled Yacoub qu'on les a fait venir. Le capitaine ingénieur place ses cartouches et il

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y mot le feu... Elles ratent : la machine scientifique ne fonctionne pas.

Naturellement, nous avons l'air très attrapés, et les bons Bédouins commencent à chuchoter; il est clair qu'ils ont envie de se moquer de nous. C'est vexant. Le capitaine du génie m'apparaît comme une victime expiatoire, et je suis obligé de me retenir pour ne pas céder à la tentation de le sacrifier. Mais à quoi cela servirait-il ? Gela n'empêcherait pas sa machine d'avoir raté et l'effet sur lequel nous comptions d'avoir complètement manqué.

Heureusement qu'il me vient une inspiration qui soulage mon amour-propre. Je me retourne vers les Bédouins et leur dis : « Mes enfants, vous êtes bien naïfs... Vous avez cru que nous avions le moyen de faire voler en l'air un bordj comme un oiseau. Dieu seul a ce pouvoir. Je vous ai fait dire cela pour que vous veniez nombreux. Puisque vous êtes là, prenez vos pioches et vos hachettes et mettez-le-moi par terre. » Ils se ruèrent dessus avec des cris assourdissants, et en un clin d'œil ce monument fut éventré, disloqué et détruit. L'amour-propre vis-à-vis des bons sauvages était sauf, mais ma confiance dans les engins de la science, en ces pays lointains, avait reçu ifti échec dont elle ne s'est pas relevée.

Le 4 avril, la 6e brigade se porte d'Oum-Smâa à Tembar, à travers un vaste marais où l'eau est partout à fleur de terre. Tembar est une très belle oasis de 40 à 50.000 palmiers en pleine prospérité. Les habitants sont restés soumis. Le général visite sa voisine, Telmine, aussi riche et aussi fertile autrefois que Tembar,

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mais sa population, en hostilité séculaire avec celle de Kebili, a pris fait et cause pour les révoltés. Justice a *été faite avant notre arrivée par le kahya et ses partisans. Ce récit a déjà été fait dans mon livre : la Conquête pacifique de l'intérieur africain, et il est inutile d'y revenir.

Le bataillon du 43e (commandant Delamarre) nous rejoint à cette oasis, en amenant avec lui un convoi de ravitaillement.

A cette époque, toute la brigade, à l'exception du bataillon du 46e (commandant de Santi), qui garde Gafsa, est réunie près de Tembar. Pour montrer toujours des troupes en arrière sur notre ligne de communication et y faire répandre des nouvelles favorables et sûres de la colonne, le général envoie à Tozer la compagnie indigène du Djerid, par la route de Ceddada, et celle de Gafsa par la route d'Oum-Ali.

Le général et les officiers vont visiter la belle oasis de Mançourah à quelques kilomètres de Tembar et de Telmine. Il y a là, au milieu d'une immense forêt de 100.000 palmiers, une source magnifique, qui est certainement un ancien puits artésien effondré, comme on en voit en grande quantité dans l'oued Rir et dans toute cette région. La cause de ces effondrements est que les coffrages en bois placés' par les indigènes pour maintenir les terres sont lentement minés en dessous par l'action des eaux; par suite, les terres sablonneuses et sans cohésion se détachent peu à peu, et dès lors la désagrégation, qui va toujours en augmentant dans le dessous du puits, ne laisse plus aucune force de résistance au poids énorme de la masse du dessus, qui

finit par s'enfoncer et créer ces vastes entonnoirs appelés, du reste, aïn par les indigènes, comme les puits artésiens eux-mêmes.

Bien loin dans le Sahara, on retrouve ces traces du travail humain, qui prouvent qu'il n'a pas toujours été inhabité, et l'une des plus curieuses est l'aïn Taïba, qui se trouve au sud d'Ouargla, sur la route de Termassinine, dans les grandes dunes qui la barrent.

Ici, on voit, du fond de l'aïn Mançourah, sourdre une énorme quantité d'eau limpide, pure, qui s'épanche par une multitude de canaux pour fertiliser les superbes et immenses jardins de l'oasis. A côté de la fontaine, un vieux bordj turc, avec son inofïensive garnison de zouaouas, se succédant de père en fils dans la même incurie et la même oisiveté. Nous sommes là au xive siècle. La date est sur les murs. Deux embrasures de la vieille bâtisse laissent passer les gueules de deux instruments dont les formes antiques nous étonnent et auxquels nous sommes embarrassés pour donner un nom : bombarbes, fauconneaux, on ne sait. Il y a de quoi rendre nos artilleurs rêveurs. Ils se composent de deux morceaux, un tube et une espèce de levier à deux branches (comme la partie arrière de nos charrues de labour) sur lequel il s'appuie. Ce levier, qu'on peut saisir à deiix mains, permet de mouvoir le tube et par conséquent de le placer en direction. Quant au tube, il se décompose en deux morceaux : un canon et une culasse. Nous n'avons point essayé de le charger et d'y mettre le feu; il nous aurait sans doute sauté à la figure.

Mais la curiosité nous a entraînés : nous en avons

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enlevé un de son embrasure et nous l'avons emporté, sans même que le zouaoui qui gardait le fort cessât de tricoter son bas et fît la moindre observation. Nous avions l'intention d'en faire cadeau au cercle des officiers de Gafsa pour orner l'entrée, et nous avons confié à l'artillerie le soin de l'y transporter et de l'y placer. Mais, comme elle a informé le directeur de l'artillerie à Tunis de cette découverte, que du reste elle n'avait pas faite, on a profité de mon absence pour le transporter à Tunis au lieu de Gafsa, et le placer au musée d'artillerie, qu'il orne au lieu d'orner le cercle des officiers de Gafsa.

A mon retour, j'aiénergiquement réclamé. Le général en chef a donné ordre de me le rendre ; mais, comme toujours l'artillerie a été la plus forte, et nous ne l'avons jamais revu.

Le 5 avril, la brigade arrive à Kebili. C'est aujourd'hui la capitale du Nefzaoua, puisque c'est la résidence du kahya. Gomme je l'ai raconté dans la Conquête pacifique, il a été attaqué par les insurgés, mais a énergiquement résisté, grâce à un bordj bâti hors de la ville et ressemblant bien plus à une prison, avec ses voûtes épaisses, espèces de caves juxtaposées sans ouvertures et sans air, mais impossibles à renverser sans artillerie et faciles à défendre avec peu de monde. L'oasis compte 60.000 palmiers, beaucoup d'arbres fruitiers et est bien cultivée et bien entretenue; elle est arrosée par une fontaine abondante, qui est en dehors de l'oasis, à un kilomètre environ, et par conséquent en cas de siège peut être privée d'eau. C'est cette grave raison qui a fait bâtir le bordj du kahya en dehors de

l'oasis et du même côté que la source. La brigade a établi son camp sur un petit plateau, qui cache sous lui les ruines complètement détruites de constructions romaines.

Nous recevons là, à notre arrivée, une lettre du général de division renfermant des instructions ministérielles qui recommandent une extrême prudence dans le voisinage de la frontière de Tripoli, afin d'éviter tout conflit pouvant amener une complication internationale. Il est évident qu'à Paris, dans les conseils du gouvernement, la présence de 12.000 hommes et de 8 batteries turques à Tripoli produit une certaine émotion, dont mon ami Féraud a la responsabilité. Sans doute, un échec à la frontière engagerait le drapeau; mais je suis très loin de la frontière. Le général Jamais et sa brigade n'y sont pas non plus arrivés, et rien ne fait croire, jusqu'à présent, que les Turcs quittent Tripoli et s'avancent à pareille distance. Ils seraient fort embarrassés de vivre, dans ces lointaines contrées, puisque déjà à Tripoli ils ont peine à assurer leur subsistance. Quant aux insurgés massés à la frontière, sans doute leurs cavaliers feront de temps en temps quelques pointes audacieuses et rapides, mais la masse qui y a cherché abri y restera tranquille et ne viendra point se soumettre tant qu'ils seront convaincus que nous ne les y atteindrons pas. Si, à Paris, on s'effraie des objurgations de la Porte et qu'on nous défende de rien tenter, cela pourra durer longtemps. Bientôt les chaleurs vont arriver, et il ne fera pas bon dans ces pays pendant les mois de juillet, août et septembre. S'il nous faut y rester, nous

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devons nous attendre à voir une grande partie de nos colonnes s'en aller aux hôpitaux. Quoi qu'il en soit, il peut se faire que je sois appelé à renforcer le général Jamais et à me rapprocher de la frontière. Je me hâte, en conséquence, de prendre ici les précautions nécessaires, d'autant plus que l'on commence dans le pays à parler des affaires d'Egypte et qu'elles pourraient bien y produire quelque effervescence.

Une commission de médecins et d'officiers du génie est de suite chargée d'analyser les eaux de Kebili et les environs au point de vue de la salubrité de l'occupation par une petite garnison française.

La réponse de la commission se ressent de la mauvaise réputation des pays d'oasis et surtout des chotts, peut-être aussi un peu de la crainte que peut avoir chacun des membres de faire partie de la future garnison.

Puisqu'il est inutile de chercher davantage et Kebili paraissant, du reste, le point le plus favorable, le général commence dès le lendemain la construction d'une redoute ou biscuit-ville, et il envoie aussitôt à Gabès une colonne chercher des vivres pour l'approvisionner.

Nous avons bien reçu un convoi amené deGafsapar la compagnie indigène, mais il n'est pas suffisant pour se porter à la frontière.

D'un autre côté, afin d'économiser les vivres, le général se fait livrer les récoltes de dattes des jardins des insurgés et les fait remettre à l'administration, qui les distribue aux soldats en remplacement d'une partie de la ration de biscuit. Il fait acheter des fèves, des

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légumes, des bœufs et tout ce qu'on peut trouver.

La ration d'orge des chevaux est diminuée et remplacée aussi en partie par des dattes, des fèves sèches, etc., qui sont achetées en assez grande quantité et à un prix consenti par les indigènes.

Le général, ne voulant pas laisser sans surveillance l'immense pays en arrière de lui, a prescrit à Ali Srir, le caïd des Fraichich, de réunir un goum, et de parcourir tout le pays jusqu'aux bords des chotts et d'en faire la police. Les nouvelles qu'il en reçoit montrent que le caïd a exécuté les ordres reçus avec énergie, fermeté, et que tout le pays a été maintenu en paix et en ordre.

C'est un grand service rendu, car jusqu'à Gilma, toutes ces contrées n'ont plus ni troupes, ni représentants de l'autorité.

Pendant que le lieutenant-colonel Travailleur, avec le 61e, le IIIe, une section de montagne et un peloton de hussards, se rend à Gabès par Zaouiet-Limaguès (10 kilomètres), Nebeht-el-Dieb (18 kilomètres), Oum- Lahoussem (3 kilom.5), Oum-Mkila (18 kilomètres), Oued-el-Mgrouna (14 kilomètres), Dabdab (10 kilomètres), Gabès (22 kilomètres), la colonne laisse un bataillon dans la redoute de Kebili et descend vers Douz, centre de la tribu des Mrazigue.

Elle campe d'abord à El-Galâa, avec deux bataillons, deux sections d'artillerie, deux pelotons de hussards, la section du génie et le goum.

Le 14 avril, le général, accompagné de la cavalerie et des officiers de la colonne, va visiter Douz.

Dans la Conquête pacifique, j'ai assez longuement

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parlé de Douz et de la tribu des Mrazigue. Je me bornerai donc à dire que, les négociations entamées ayant pleinement réussi, nous arrivâmes vite à être en bons termes, grâce à l'intervention, tout à fait inattendue et tout à fait fortuite, d'un Algérien nommé Ben Slim ben Fodaïl.

Ce personnage était d'une tribu des Ouled Sidi Ahmed des Ouled Naïls, du cercle de Djelfa, que j'avais commandé dans ma jeunesse. Il était fils du vieux Mohammed ben Fodaïl, qui avec Telly, avait été l'ennemi de Si Schérif ben el Arech, bach agha des Ouled Naïls. Ces deux derniers avaient autrefois entraîné les Ouled Sidi Ahmed dans l'insurrection de 1852, non par hostilité contre nous, mais pour ne pas reconnaître l'autorité de Si Schérif.

Lors de leur retour de l'insurrection, le fils, Ben Selim, toujours dans le but d'échapper à l'autorité de Si Schérif, s'était engagé aux spahis et avait été employé auprès de nous. Il s'y était distingué par sa vigueur, son énergie, sa connaissance des gens et sa grande influence.

En 1863, malgré Si Schérif, il avait été nommé caïd de sa tribu et la commandait à notre satisfaction. Lors de l'insurrection de 1864, malgré tous ses efforts, sa tribu s'enfuit avec les autres dans le sud, mais il resta avec nous ainsi que ses parents, et il était à côté de nous pendant le combat d'Aïn-Malakoff .

Plus tard, Si Belkassem ben el Arech, qui avait succédé à son frère Si Schérif et qui, naturellement, avait hérité de sa haine pour les chefs des Ouled Sidi Ahmed, parvint à le faire destituer à l'aide d'une de

ces accusations banales de concussion si faciles à provoquer en pays arabe. Depuis il vivait dans sa tribu, mécontent de son sort. Dès qu'il sut que j'expéditionnais en Tunisie, il vint avec quelques gens des cercles de Djelfa, de Boghar et de Laghouat, tous ayant joué un rôle jadis, et quelques-uns personnages marquants, tels que: Si Belkassem ben Baach, ancien spahi, médaillé pour avoir, au combat d'Aïn-Naga, donné son cheval à son officier démonté et depuis longtemps caïd de la grande tribu des Ouled Dhia, des Ouled Naïls; Lakdar ben Aouda, des Ouled Mokhtar du cercle de Boghar ; Tahar ben Ghuttoeh, des Bou Aïch, tous gens solides et dévoués, qui menaient le goum, donnaient l'exemple et sur lesquels je pouvais absolument compter.

Quand nous arrivâmes à portée des Mrazig, Ben Slim se souvint qu'il y avait dans sa tribu des Ouled Sidi Ahmed, une fraction originaire de la tribu des Mrazigue, qui l'avait quittée je ne sais plus à quelle époque ni à l'occasion de quelles disputes ou de quels drames, mais qui était, après bien des péripéties et ■depuis bien longtemps, venue échouer aux Ouled Sidi Ahmed, y avait été bien traitée et depuis faisait partie intégrante de cette tribu. Il se rendit près du principal rassemblement des Mrazigue, qui étaient dans les dunes à quelques journées de marche de Douz, il rappela à leur souvenir leurs frères de Djelfa, leur en donna des nouvelles, raconta leurs histoires. Bref, il fut vite avec eux sur le pied de l'intimité et naturellement les engagea à se rapprocher de nous, à avoir confiance et nous facilita les négociations.

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J'en profitai pour faire parvenir à certains des insurgés des lettres destinées, par les propositions qu'elles contenaient, à rompre le faisceau compact qu'ils avaient formé jusqu'alors et à jeter parmi eux la désunion.

Les lettres furent portées et ne restèrent pas sans effet : car nous apprîmes bientôt qu'il s'était produit entre les diverses tribus insurgées un essai de séparation qui avait amené des disputes et des violences.

Aussi, à tout hasard et sans idée bien arrêtée, je leur demandai des renseignements sur la route de Ghadamès et sur la possibilité de m'y rendre avec ma colonne.

Ils furent si favorables, et la route, avec leur aide, me parut si facile à parcourir, que je me décidai à écrire au général de division pour lui offrir de tenter cette marche, — qui, à coup sûr, si on l'avait laissé faire, ce qui cependant n'était pas probable, aurait eu un grand retentissement dans le monde indigène, — lorsque je reçus de lui l'ordre d'étudier la route de Bir-Sultan et de m'y transporter avec toutes me& forces dès que je le pourrais.

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