‹ Le 6e brigade en TunisieChapitre 3 sur 16 · I.a 6" brkade · texte numérisé non relu

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main, sur l'emplacement des faisceaux, prêts à recevoir l'ennemi à la baïonnette. La défense de charger et de tirer a pour objet d'empêcher la troupe de fusiller les grand'gardes. Quant à celles-ci, leurs chefs restent libres d'exécuter des feux dans la direction opposée au camp. Jamais du côté du camp.

)> L'artillerie devra s'inspirer des mêmes idées que l'infanterie en ce qui concerne l'économie des munitions et tâchera de ne tirer aucun coup de canon qui reste sans effet, de peur que les indigènes ne perdent la terreur que leur inspire l'artillerie en voyant qu'ils ne sont pas atteints. Elle n'a, du reste, rien à craindre de l'ennemi lorsqu'il est à plus de 500 mètres. Ses fusils ne portent pas à cette distance,

» Le général met la cavalerie en garde contre les charges en fourrageurs poussées à grande distance. Toutes les fois que la cavalerie continue la charge jusqu'à la limite extrême du souffle des chevaux, elle est en danger de perdre beaucoup de monde dans le ralliement. Il faut donc chercher et attendre les occasions de charger à petite distance et à rangs serrés, en se conservant des réserves pour protéger le retour.

» Le général a été témoin, dans les expéditions d'Afrique, de paniques produites la nuit par les causes les plus futiles : un homme qui rêve, qui a un cauchemar, un cheval qui se détache, un cri poussé par hasard, un coup de feu tiré par un maladroit. La troupe qui se rend coupable d'une telle maladresse se couvre de ridicule aux yeux de toute l'armée d'Afrique et s'attire des sobriquets qui ne s'effacent plus. On évite les paniques si les officiers prennent

le soin d'avertir leurs hommes, de les mettre en garde contre ces surprises et si, dans les premiers temps, ils exercent à tour de rôle une surveillance de tous les instants.

Ordre n° 4.

(( La 6e brigade campera, sans exception, en formant un carré long, dont les grands côtés seront dans le sens de la marche et qui sera partagé, par quatre rues perpendiculaires entre elles, en quatre carrés longs, égaux. L'angle gauche du carré sera indiqué par le fanion du général. Le 1er régiment formera la lre et la 2e face. Le 2e régiment la 3e et la 4e face.

» Le petit carré de gauche, en avant, sera réservé au génie, à l'état-major avec la garde de police, la prévôté, les postes, le trésor et les télégraphes. Celui de droite sera occupé par l'ambulance, les services administratifs et le convoi.

)> Celui de droite en arrière par l'artillerie. Celui de gauche en arrière par la cavalerie.

» Le centre du grand carré, où se rencontrent les rues, est destiné à servir de marché. Personne ne doit circuler en dehors des rues et du marché; on arrêtera les hommes rôdant en dehors du petit carré affecté à leur troupe.

» L'installation au bivouac devra se faire immédiatement et sans perdre de temps en alignements. C'est l'affaire des officiers montés de précéder un peu la troupe et de fixer à l'avance les emplacements. Une fois les tentes dressées, on ne les fera jamais déplacer.

)) Chaque régiment déterminera la place de ses grand'gardes, qui devront toujours être assez fortes pour se suffire à elles-mêmes et n'auront jamais de soutiens, même la nuit. Chacune des grand'gardes se construira un petit réduit. La moitié dressera les tentes et formera les faisceaux, mais cette faculté est interdite, de la façon la plus absolue, à l'autre moitié, dont les hommes auront toujours avec eux leurs fusils non chargés. Avec une arme à tir rapide, il est inutile de charger d'avance; aucun fusil ne doit donc rester chargé à l'exception de ceux des sentinelles. En rentrant, elles doivent le présenter au chef de poste, qui s'assurera qu'il est déchargé.

» Dans ces conditions, on ne doit jamais entendre un coup de feu partir au hasard par maladresse. Tout accident entraînerait une punition sévère. Les capitaines devront habituer leurs hommes à distinguer les objets la nuit, à ne pas confondre une pierre, une branche agitée par le vent avec un ennemi. A cet effet, ils pourront au début mettre les sentinelles par groupes de trois, afin de leur donner confiance, et les conduire voir et toucher les objets de forme indécise.

)) L'accès du camp est interdit aux étrangers et à tous les marchands autres que ceux autorisés par la gendarmerie. Ils ne pourront jamais circuler dans le camp et resteront sur le marché.

» Il est essentiel d'éviter les vols d'armes, auxquels les indigènes sont fort habiles. A cet effet, on resserrera les faisceaux de façon que les fusils forment une seule masse solide et inébranlable.

)> De même, afin d'éviter les vols de chevaux des

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officiers, on devra attacher ces animaux par les pieds et par le col.

» On habituera les hommes à faire tous les soirs leur sac, et tous les soirs aussi les cantines devront être prêtes à charger et toutes les dispositions prises pour pouvoir lever le camp et partir en moins d'une heure.

» Il est très important que les muletiers apprennent à arrimer solidement les charges des mulets, afin que ces charges ne tournent pas en route, ce qui retarde la marche. Chaque fois qu'un de ces accidents se produira, on devra de suite placer le mulet et sa charge en dehors du chemin.

» Le général est d'ailleurs décidé à faire abandonner, s'il le faut, les chargements plutôt que de perdre du temps ou d'allonger la colonne .»

Nous débarquâmes à Tunis le 17 septembre, et momentanément la brigade fut installée au camp de Carthage. Camp détestable, déjà contaminé par le séjour de nombreuses troupes et où les hommes souffraient beaucoup de la poussière et du soleil.

Aussitôt après, accompagné du chef d'état-major, je me rendis à la Manouba, près de* M. le général de division Logerot, pour faire la visite d'arrivée et avoir quelques notions sur la destination de la brigade. Me voyant boiteux, il m'offrit de me faire rester à Tunis et remplacer à la tête de la 6e brigade. Je répondis que, puisque j'avais été désigné, j'accomplirais ma mission dans la limite de mes forces; que seulement, les médecins m'ayant recommandé de m'exposer le moins possible, j'achèterais une voiture et ne monterais à cheval qu'en cas d'absolue nécessité; que je

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passerais bien en voiture où passeraient les arabas et les voitures de ma batterie de campagne.

Sous quelques jours, d'après ce que m'a dit le générai de division, nous allons marcher sur Kairouan. Les troupes qui sont destinées à prendre part à cette opération sont : la brigade Sabathier, qui est déjà sur la route; la brigade Etienne, débarquée à Sousse et qui marchera directement de Sousse sur Kairouan ; la 6e brigade (Philebert), en formation à Tunis; enfin, la division Forgemol, de Constantine. C'est un formidable rassemblement de troupes. Il paraît qu'on s'attend à une énergique résistance dans cette seconde capitale de l'Islam, qui est entourée d'une forte muraille, et que nous serons obligés d'en faire le siège en règle. Je ne sais pas, puisque je n'ai encore eu le temps de causer avec personne du monde indigène, mais, pour mon compte, j'ai peine à croire que Kairouan se prépare à une résistance quelconque. Sans doute, c'est une ville sainte, dont les souvenirs remontent jusqu'aux premiers temps de l'expansion de la conquête musulmane, et les sectateurs du Prophète ne la verront pas entre nos mains sans prononcer contre nous toutes les malédictions ; mais je ne vois ici aucune trace d'excitation . L'expérience m'a appris que les levées de boucliers et les héroïques défenses de places saintes ne se produisent pas sans manifestations préalables.

L'état-major de la brigade est à Dar Sidi Abd-el- Aziez. C'est une grande et vaste maison appartenant à un parent du bey, située non loin de la petite chapelle de saint Louis. En face de nous, la rade immense avec ses eaux d'un bleu foncé, sur lesquelles s'élèvent ma-

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jestueusement les grands cuirassés de l'escadre, dont se détachent à chaque instant de petits monstres à vapeur qui nous apportent des vivres et des renforts. Quels souvenirs ! Carthage, Régulus, Annibal, saint Louis, que de grandes gens et quelle impossibilité de les imiter et de suivre même de loin leurs traces ! Au milieu de ce panorama immense, sur ces ruines, en vue de toutes ces colonnes de marbre qui en émergent, de tous ces souvenirs héroïques, on se sent honteux de n'avoir fait dans sa vie rien de grand, ni de beau, et on se laisserait facilement aller à devenir ambitieux. Il est vrai qu'à quelques pas on a sous les yeux l'exemple bienfaisant de l'humilité, de l'abnégation, du sacrifice et de tous les détachements des grandeurs et des biens de la terre. Nous avons pour voisins les missionnaires d'Afrique, vulgairement nommés les pères blancs, et de suite nous avons lié amitié avec eux. Eux aussi sont grands par leur renoncement d'eux-mêmes et leur vie entière vouée au sacrifice. Le supérieur, l'abbé de Guerry, est le neveu de ce curé de la Madeleine que les insensés de la Commune ont fusillé à Paris, et que son martyre rend à jamais glorieux dans le ciel et sur la terre. Nous avons eu vite fait connaissance, car il est difficile de rencontrer une physionomie plus ouverte et plus franche et une conversation plus gaie et plus intéressante. Il connaît toute l'Algérie, toute la côte, et nous avons mille souvenirs communs. Il voyage, lui et ses pères, dans le monde entier pour bâtir, à la place de la mesquine chapelle de saint Louis, une cathédrale digne du saint roi de France. Ils ont déjà bâti, là, en

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face de nous, sur un polit mamelon, un vaste collège, dont le savant père Delaitre a fait un musée, et où, enlourés du respect et de l'estime de tous, ils élèvent les enfants de toutes les nations : tunisiens, maltais, anglais, juifs, musulmans, qu'on leur confie ici sans appréhensions et sans préjugés. Il n'en sera probablement pas longtemps ainsi : l'exportation française y sèmera bien, avant longtemps, l'irréligion et ses conséquences...

Pendant le séjour assez long que nous fîmes au camp, les troupes furent tous les jours exercées à marcher, à charger, décharger les mulets, camper, etc.

J'en ai aussi profité pour chercher des renseignements au consulat. On m'y a reçu avec beaucoup de déférence et l'on m'a mis en relation avec un agent, qui est, parait-il, de tous, le plus versé dans la connaissance du pays. Après quelques efforts, j'ai constaté qu'en dehors de la banlieue de Tunis les renseignements étaient nuls et que les archives étaient vides. Heureusement qu'il m'a offert de faire mettre à ma disposition trois cavaliers du bey. Ceux-là ont couru le pays, l'ont parcouru dans tous les sens ; ils sont bons à confesser, et nous allons grâce à eux avoir de nombreux renseignements.

Dans ces voyages à Tunis, j'ai rencontré, par hasard, dans la rue, un vieil ami, M. de Piennes. Notre amitié remonte à l'époque où j'étais capitaine et chef du bureau arabe de Miliana et lui receveur des domaines. Plus tard, devenu directeur du service des domaines, il a été envoyé à Tunis comme membre de la commis-

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sion internationale de la dette tunisienne. C'est, à Tunis, le personnage important de la finance; nous aurons peut-être bien des questions à traiter ensemble, comme autrefois, et sa loyauté à toute épreuve, sa sévère, opiniâtre et laborieuse honnêteté assurent aux affaires une solution toujours sage et droite. Dans ce monde d'intrigues, c'est une bonne fortune que la présence de cet ami si sûr.

Composition de la6^ brigade.

Général de brigade : Philebert.

Officier d'ordonnance : Gariel, capitaine au 110e, breveté.

Chef d'état-major : Le Coat de Saint-Haouen, chef d'escadron d'artillerie.

Capitaine adjoint : Le Brun, capitaine de cavalerie, breveté.

Interprète militaire de 3e classe : Vallet.

Brigade topographique : Besson, capitaine du génie, breveté; Mercier du Paty de Clam, capitaine d'infanrie, breveté.

Sous-intendance .Garrig, adjoint de lre classe; Joudou, adjoint de 2e classe.

Ambulance : Driout, médecin-major de lre classe;

Aumônier : abbé Estéris.

Trésor et postes : M. Sorbier.

Gendarmerie: 1 maréchal des logis, 6 gendarmes.

27e bataillon de chasseurs à pied : commandant Malaper.

Ier régiment : lieutenant-colonel Frayer mouth, du

43e de ligne; commandant Forget (33°); commandant Delamarre (43°); commandant Godart (100e).

2° régiment : colonel Debord; commandant de Cantillon (80e); commandant Guelfucci (73e); commandant Sauffrignon (127e).

(Ce dernier régiment resta concentré à la Manouba) ;

Cavalerie : 1er hussards, colonel d'Agout.

Artillerie : chef d'escadron Lichtfousse; 10e batterie de montagne, capitaine Sée; 9° batterie montée (34e), capitaine Courtes.

Génie : capitaine Pin tard.

Train des équipages : 5e compagnie du 16e escadron, capitaine Plisson; 5e compagnie bis, capitaine Picard.

Le 2e régiment, lieutenant-colonel Debord, n'a jamais rejoint la brigade. Dès le 20 septembre, le général de division en dispose pour protéger la vallée de la Medjerda, menacée par l'insurrection des Ouled Ayar. Malgré quelques engagements énergiquement conduits, il est obligé de l'y maintenir pour garder le chemin de fer, et dès lors il se trouve lié aux opérations qui ont lieu dans cette vallée, et il est remplacé quelque temps après à la 6e brigade par un autre régiment commandé par M. le lieutenant-colonel Travailleur et ainsi composé :

2e régiment : lieutenant-colonel Travailleur; commandant de Santi (46e); commandant de Battisti (61e) ; commandant Ghalamon de Bernardy (IIIe).

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