‹ Le 6e brigade en TunisieChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Préparatifs de siège de Kairouan. — Camp d'El Oukanda. — Nouvelles fausses sur les projets de résistance. — Escarmouche sur le camp. — Départ du général Saussier pour Kairouan. — Evacuation des malades. — Première marche. — Deuxième marche sur la zaouia de Sidi- Abd-el-Melek. — Soumissiondes Ouled cl Aoun.

D'après les nouvelles officielles, nous allons marcher sur Kairouan, dont, paraît-il, on doit faire un siège en règle. Pour moi, je n'y crois pas du tout. Cette ville, isolée au milieu d'une plaine nue, sans autre défense que sa muraille, ne me paraît pas susceptible de résister. La population, très serrée dans un espace restreint, y souffrirait affreusement de nos obus. De plus, je ne vois nulle part d'excitation sérieuse. Nous aurons probablement quelque petit combat sous ses murs, mais un Laghouat ou un Zaatcha, je ne le crois pas. Je crains fort qu'au lieu de cet acte de force, qui terminerait la campagne par la grande impression qu'il produirait, nous ne soyons obligés de poursuivre péniblement la pacification en suivant les rebelles pas à pas jusqu'au Sahara, et que cela ne dure bien longtemps. Par expérience, je sais combien ces campagnes sont longues et fastidieuses.

Mais ce n'est pas l'opinion de la masse ni celle de gens qui, par leur pratique des affaires et leur situation, réunissent toutes les conditions pour être très bien informés. Je citerai à ce sujet quelques lettres reçues de mon ami Féraud, consul général de France à Tripoli,

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ancien interprète militaire, qu'il y avait beaucoup de raisons pour écouter, car il était aux meilleures sources d'information et présentait, au point de vue de l'expérience et des connaissances, les plus solides garanties.

« 24 septembre, Tripoli.

» On a eu une excellente idée de vous donner un commandement, et vous allez faire de la bonne besogne. Gela marche mal, lentement, et notre réputation de vigueur se ternit si nous n'agissons pas en force, car l'ennemi est nombreux : tout le pays est en l'air, il ne faut pas se le dissimuler. J'ai la persuasion que les fanatiques de la Tripolitaine donnent un coup de main à leurs voisins tunisiens.

» Je ne serais pas surpris, non plus, que, parmi les morts et les prisonniers que vous ferez, vous ne trouviez des déserteurs de notre garnison turque. L'armée turque a, ici, en ce moment, une armée de 12.000 hommes avec quatre batteries de campagne. Il ne faut pas mépriser l'ennemi devant lequel vous allez vous trouver : il est fanatisé et se fera bravement tuer. Je les crois dirigés par certains Européens déguisés. Remarquez que leurs attaques sont furibondes et toujours en nombre considérable. Si vous marchez sur Kairouan, il faut que vous soyez très nombreux et très forts. C'est ce que je ne cesse d'écrire à Paris. Mes renseignements m'apprennent que l'on a réuni sur ce point de grands moyens de défense et qu'on y a convoqué tous les fanatiques pour vous faire obstacle. Donc

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que Ton n'avance pas si Ton n'est pas fort. Un échec vous coulerait en Algérie, comme en Tunisie. Il ne faut pas se le dissimuler, c'est le réveil de V Islam qui a lieu, en ce moment, d'Orient en Occident. »

« 29 septembre.

» Ici, à Tripoli, ils sont tous en l'air à l'idée que nos troupes vont marcher sur Kairouan. Vous avez dû recevoir des instructions. Je ne sais ce que vous avez à faire en cas de résistance. Détruire et raser Kairouan à la façon du colonel de Négrier. Ce serait terrible alors. Les rancunes seraient grandes, car, ici, il ne s'agit pas d'une simple tombe de personnage, mais d'une localité aussi vénérée que la Mecque du monde musulman. Je vous ai dit que nous avions ici 12.000 hommes de troupes turques. Il y a trois jours est encore arrivé ici un transport chargé d'artillerie. Les Turcs peuvent mettre en ligne 8 batteries à six canons.

)> Kairouan est la capitale religieuse de la Tunisie. Elle a toujours été fermée aux chrétiens; le fanatisme y est donc très ardent.

» Elle s'élève au milieu d'une grande plaine autrefois très boisée, mais aujourd'hui marécageuse et ne recevant d'eau que de la pluie du ciel. Les maisons et les remparts de la ville sont construits en briques. Les mosquées sont bâties en pierres provenant des ruines romaines. Quatre portes principales donnent accès dans la place, qui a environ 4 kilomètres de tour. Kairouan n'a aucune fontaine dans son enceinte; elle

n'est alimentée d'eau que par des citernes-réservoirs. En s'emparant de ces réservoirs, on serait maître de la ville, qui serait ainsi privée d'eau. Le mur d'enceinte de la ville, quoiqu'en assez bon état en apparence, ne pourrait résister à une attaque sérieuse. La première des choses à faire serait donc de savoir exactement de quel côté de la ville sont les réservoirs d'eau. Les édifices religieux sont nombreux. La tour de la mosquée de Sidi Okba est la plus élevée et se voit de très loin. En temps ordinaire, la population inprà muros n'a pas plus de 12.000 âmes; mais, aujourd'hui, la ville est bondée, assure-t-on, de fanatiques arrivés de tous côtés pour la défendre.

)) Beaucoup de zaouias, appartenant à tous les ordres religieux connus en Afrique, ont fait appel à leurs khouans. Aussi faut-il s'attendre à une vive résistance, en même temps qu'à des attaques violentes à l'extérieur. Les retranchements et les grand'gardes autour du camp seront indispensables.

» De grands approvisionnements de munitions ont été préparés; on prétend même que des Européens ont procuré quelques canons. Je crois aussi, d'après mes informations, que des déserteurs de l'armée turque de Tripoli sont dans les rangs des défenseurs de Kairouan. Ils sont armés de fusils Martini.

))Pour obtenir un résultat immédiat, il faudrait agir de façon à attirer à soi, en plaine, les contingents, les attendre à bonne portée et leur ficher une pile où plusieurs milliers restent par terre. L'effet serait concluant; tandis qu'en se livrant à un siège traînant en longueur, il nous arriverait comme à Zaatcha. Nous

serons harcelés nuit et jour devant et derrière. Tous les yeux sont fixés de votre côté; des nuées de fanatiques vont accourir comme à la curée pour défendre la ville sainte, si vous éprouvez le moindre échec, si quelques têtes de Français étaient coupées et promenées. Soyez forts et nombreux avant de vous lancer dans ce guêpier : je ne saurais trop vous le recommander. Arrangez-vous de manière à entretenir vos communications par Sousse ou Monastir. C'est par là que vos approvisionnements pourront parvenir. »

A partir du 15 octobre, la brigade se concentre peu à peu et par petites fractions, se succédant à un jour de distance sur Bou-Hamida, où elle remplace la brigade du général Sabathier. Les étapes successives sont Gour-Djennah, Fifilet, Thilet-bou-Zelan. Le 19, on campe à 'Bou-Hamida sur la rive droite de l'oued Mélianah, dont l'eau est légèrement saumâtre.

Le 20, le groupe du lieutenant-colonel Travailleur rejoint la colonne, et toute la brigade est concentrée à Bou-Hamida. Le même jour, le général Logerot, commandant la division, et le général Saussier, commandant le corps d'armée, avec leurs états-majors, arrivent au camp. Le chef d'état-major du général Saussier est le colonel Boussenard, avec lequel je suis lié d'une vieille amitié de jeunesse.

Le commandant du corps» d'armée amène avec lui un bataillon de zouaves et un escadron de chasseurs d'Afrique.

Les autres troupes de la brigade ont fait au régiment du lieutenant-colonel Travailleur une réception fort aimable, et le soir on a égayé les soldats par des

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jeux olympiques, et on leur a distribué des prix: moutons, poules, canards, de sorte que le camp était très gai.

Le 21 octobre, toutes les troupes réunies se portent à El-Oukanda (lalocanda, mot italien désignant une ancienne auberge bâtie par un Italien).

Le général a probablement eu le désir de s'assurer par lui-même que je parlais et comprenais l'arabe. Il m'a donc prié d'appeler des indigènes qui nous regardaient passer et de les questionner. En un instant, la conversation entre eux et moi est devenue très vive et très animée. Je ne crois pas qu'il y ait compris quelque chose; mais il a dû être convaincu que je n'avais aucune peine à entretenir la conversation avec les bons sauvages du pays, qui eux, de leur côté, me prouvaient que la pacification était facile par leur air de confiance et par l'abandon avec lequel ils se prêtaient à bavarder comme de vieux amis.

Je crois bien que ce petit examen a complètement décidé le général à me laisser seul ici, avec la charge de parcourir et de pacifier le pays.

Sans doute, le général en chef, avant de me laisser agir isolément, a voulu se rendre compté de mes aptitudes ; il m'a, malgré la présence du général de division, chargé du commandement des troupes et de la rédaction de l'ordre de marche. Suivant mon habitude d'Algérie, j'ai formé la colonne en un grand carré, l'infanterie marchant en liberté, en tête, sur les deux flancs et en queue, les bagages au centre, l'artillerie en tête, la cavalerie en avant. Le général Saussier, qui m'a accosté pendant la route, m'a objecté que je

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ne pouvais pas passer partout dans cette formation. J'ai répondu qu'en Algérie j'avais passé partout ainsi, excepté en Kabylie, et qu'ici le pays ne présentait aucune difficulté; qu'en laissant à l'infanterie certaine liberté de mouvement, après lui avoir bien précisé son rôle, on pouvait être certain de se tirer d'affaire. En effet, malgré quelques mouvements de terrain assez accentués et boisés, nous sommes arrivés carrément à El-Oukanda.

Pendant son séjour sur ce point, il y a eu une attaque sur notre camp. C'est-à-dire que quelques Bédouins invisibles sont venus tirer quelques coups de fusil sur nos grand'gardes. Les troupes de l'autre brigade ont pris les armes, ont répondu et ont, paraît-il, tué un Bédouin de quelque importance, car le feu a cessé et l'ennemi a disparu.

En même temps, un groupe ennemi essayait, paraît-il, de couper l'aqueduc qui conduit les eaux à Tunis. Heureusement, les vieux Romains bâtissaient solidement, et le vieil aqueduc ne céda pas à quelques coups de leurs petites pioches. Un escadron de hussards, en tournée autour du camp, arrêta, près de cet endroit, trois Arabes qui tiraient des coups de fusil. Pris en flagrant délit, à une époque où l'on fusillait si facilement les Arabes, ces trois individus étaient fort en danger.

Heureusement pour eux que le général Saussier, à qui on les conduisit, prescrivit de former une commission pour les juger.

On me les envoya pour terminer leur affaire. La commission réunie devant ma tente, le capitaine de

hussards expliqua qu'il les avait pris près de l'aqueduc et qu'ils venaient de tirer des coups de fusil. Leur affaire se présentait mal ; cependant, ils protestaient violemment, quoiqu'ils ne comprissent pas un mot de ce qu'on disait autour d'eux.

Ils expliquaient qu'ils habitaient un petit village, Bent-Saïdan, près l'aqueduc, qu'ils étaient khammès (métayers) de Ben-Azzedin, grand personnage de l'Algérie habitant la Tunisie et que je connaissais depuis longtemps; que, voyant les insurgés travailler à couper la conduite d'eau juste au-dessus de leur village, ils avaient eu peur d'être inondés, noyés et détruits, qu'alors ils avaient pris leurs fusils et avaient chassé les démolisseurs, et que, quand on les avait arrêtés, ils étaient occupés à boucher le trou; que, s'ils avaient été des insurgés, ils ne seraient pas restés là à attendre l'arrivée des hussards. Tout cela était vrai et évident. Mais ils peuvent bénir le ciel que leur exécution n'ait pas précédé les explications. Les colonnes, généralement, n'avaient qu'un seul interprète et encore souvent un tout jeune homme sans expérience, sortant à peine de l'Ecole d'Alger, ayant, il est vrai, bien appris l'arabe qu'on y enseigne, mais pas beaucoup celui des populations. Quant aux Beni-Saïdan, ils se montrèrent très reconnaissants de mon intervention et nous rendirent service plus tard en nous servant de guides et en nous fournissant, contre argent comptant, du gibier et surtout des porcs-épics qui faisaient très bonne figure à notre popote.

Le 23, le général Saussier, le général Logerot, la brigade Sabathier, avec un escadron de hussards, une

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section d'artillerie et deux bataillons de ma brigade (33e et 43e), sous les ordres du lieutenant -colonel Frayermouth, en emmenant aussi une partie de mon convoi de vivres, se mettent en marche sur Kairouan et me laissent à El-Oukanda, avec mission de couvrir la route de Tunis et de rayonner avec des colonnes légères dans le pays pour le pacifier.

Les troupes restées avec moi à El-Oukanda ont quelque chagrin de leur rôle, trop effacé en face de celui des assiégeants de Kairouan, et elles regrettent l'honneur de prendre part aux grands faits d'armes qui ne peuvent manquer de s'y passer, la gloire et aussi les récompenses qui seront leur partage. Mais bientôt cette concentration de 15.000 hommes sous Kairouan paraît assez inutile, vu que, sur les routes, on ne rencontre point de groupements ennemis et que chaque colonne y arrive sans le moindre combat. Et ce chagrin est vite calmé, quand on apprend que la ville sainte, dépourvue de tout défenseur, a ouvert ses portes à l'avant-garde du général Etienne, et même au premier officier de son avant-garde.

Notre première occupation à El-Oukanda, après le départ de tout ce monde, est de bâtir, aussi loin que possible des emplacements occupés et empoisonnés par l'autre colonne, afin d'éviter la contagion, une redoute solide où nous puissions, avec la batterie de campagne, laisser les vivres, l'ambulance, etc., sous la garde d'une faible partie de la colonne et, par suite, rendre le plus de monde disponible pour l'action.

La colonne qui vient de partir nous a laissé, sans remèdes, ni médecins, ni aucuns moyens de secours,

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tous ses malades. Le pont du Fans, à 2 ou 3 kilomètres d'El-Oukanda, est encombré de 400 hommes atteints dé fièvre typhoïde, qui sont pour ma colonne un danger grave et un obstacle à tout mouvement. On m'a laissé aussi des impedimenta de toutes sortes. De plus, les approvisionnements sont réduits de tout ce que la colonne a emporté, et elle a puisé sans gêne dans nos magasins.

Il faut absolument faire un convoi sur Tunis, pour nous débarrasser de tous ces malades et en tirer des vivres. Notre embarras est très grand, car nos moyens de transport, très réduits, sont insuffisants pour convoyer sur Tunis et expéditionner autour de nous.

Nous avons été tirés de cet embarras par l'arrivée de la colonne tunisienne d'Ali-Bey, qui, de retour des environs du Kef, est venue camper non loin de nous. Ali-Bey était suivi d'une grande quantité d'arabas, marchant, comme sa colonne, fort en désordre. Comme il devait désormais rester sur place, nous lui avons demandé, mieux vaudrait dire nous avons exigé, qu'il mît sesarabas à notre disposition. Nous avons alors chargé tous les malades sur les arabas et les avons transportés aux ambulances de la Manouba. Le métier militaire a souvent de cruelles exigences, et cette évacuation des malades, du pont du Fahs reste dans mes souvenirs comme un des tableaux les plus hideux. Beaucoup de ces malades, atteints de la fièvre typhoïde, étaient hors d'état de se tenir sur les arabas. Quelquesuns, de plus, atteints de cette maladie à forme ambulatoire, ne pouvaient se tenir tranquilles et ne cessaient d'essayer de se déshabiller et de s'enfuir,

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de sorte que nous fûmes obligés d'en attacher un certain nombre sur les arabas, et il se passa là, comme on le comprend, des scènes hideuses. Ce n'est point sans grand serrement de cœur et grande inquiétude que nous vîmes partir cette longue queue de voitures chargées de leur triste fardeau, pour accomplir, dans les plus fâcheuses conditions, une route de plusieurs étapes. Mais il ne dépendait point de nous de faire autrement, et nous étions absolument forcés de nous en débarrasser. Malgré toutes ces mauvaises conditions, ils arrivèrent à destination sans avoir fait des pertes considérables et en état bien meilleur que nous n'aurions jamais pu l'espérer. Les médecins qui les conduisaient firent, il est vrai, des efforts surhumains pour leur venir en aide; mais ils constatèrent un mieux si sensible chez beaucoup qu'ils l'attribuèrent au changement d'air, à la joie du départ, au bonheur de quitter les tristes lieux où ils se voyaient mourir.

Aussitôt notre liberté de mouvement recouvrée, nous nous hâtons d'exécuter les ordres du général Saussier qui prescrivent de rayonner avec les colonnes légères autour d'El-Oukanda.

Le 24 octobre, trois bataillons (61e, IIIe et 27e chasseurs à pied), deux escadrons, quatre pièces de montagne et 180 chameaux se mettent en route. Les bagages sont très réduits, les mulets très peu chargés. Les hommes, sans sacs, portent deux jours de vivres dans la musette et en bandoulière la couverture roulée dans la toile de tente. On fait étape à Sidi-Henni; en route, on châtie une fraction coupable d'avoir pillé le bord j de Ben Azzedin, blessé son {ils et un de ses ser-

viteurs. On vide les silos et razzie quelques troupeaux. L'orge est envoyé à El-Oukanda pour relever les approvisionnements. Les bœufs sont envoyés au général de division à Kairouan. Déjà il réclame que, par tous les moyens possibles, on lui fasse passer des bœufs. Cet immense rassemblement de Kairouan commence déjà à manquer de tout. De sorte qu'au métier de pacificateur, il faudra ajouter celui de pourvoyeur.

Le 25, la colonne remonte l'oued el-Kebir et campe au-dessus de Sidi-Henni.

Le 26, elle traverse le massif montagneux et campe à Sidi-bou-Beker, à 3 kilomètres au-dessus de Sidi- Naoui. Les chameaux sont chargés d'orge appartenant à des Hamamas révoltés. Puis, le soir, elle traverse de nouveau la montagne en sens inverse par le chemin des crêtes et vient camper à la koubba de Sidi Abd-el- Kerim, près de puits construits par les Romains.

Le 27, retour à El-Oukanda. Les fours de campagne organisés dans la redoute donnent du pain frais en quantité suffisante pour la colonne.

Le général reçoit une dépêche du général de division prescrivant de pousser une opération dans la direction de la zaouia de Sidi Abd-el-Melek, dans la tribu des Ouled-el-Aoun.

Le 31 octobre, trois bataillons (27e chasseurs à pied, 61e et 110e), quatre pièces de montagne, un escadron de hussards, avec quatre jours de vivres sur mulets ou chameaux, quittent El-Oukanda, où ils laissent le IIIe, la batterie montée, le génie et tous les impedimenta.

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La colonne passe à MIouta, où le génie est invité à construire un barrage pour aménager le cours du ruisseau et retenir les eaux. Elle traverse le défilé deFoumel-Kharouba, fait la grand'halte sur un petit ruisseau qui prend sa source dans de belles ruines romaines et campe sur l'oued Sadi. Trajet, 24 kilomètres.

Le 1er novembre, rencontré sur la route des fractions des Zélass, Ourezla et Our-Rimah, qui font leur soumission, fournissent à la colonne des cavaliers et des chameaux de transport. La colonne campe sur l'oued Nebhan. 12 kilomètres.

Le 2 novembre, la colonne traverse l'étroit et profond défilé de Foum-el-Guefel (la bouche des caravanes). Le chemin est si étroit qu'un des mulets de pièces se heurte contre les parois des rochers, perd l'équilibre et roule au fond des précipices. Nous le croyons mort; mais, à notre grand étonnement, il se relève et se met paisiblement à brouter l'herbe qui pousse au fond du ravin. Ce fut un gros travail que de le ramener, lui et sa pièce, sur la route. On campe endeçà et sur les pentes du djebel Barkou, et, de notre camp, placé sur une éminence et dans de bonnes conditions militaires, nous apercevons au-dessus de nos têtes une série de villages. J'avoue que je n'avais jamais vu, même en Kabylie, de pareils nids d'aigle, et je me demandais quels moyens je pourrais employer pour amener ces gens à la soumission. A coup sûr, je n'aurais pas essayé de faire escalader ces pics si raides et si élevés. Je fus tiré d'embarras par eux-mêmes : ils descendaient de leurs montagnes pour nous rendre hommage et nous offrir la diffa, nombre de moutons

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rôtis enfilés dans de longues perches et nombre de plats de couscous. Ils furent très bien reçus et par moi, qui étais assez embarrassé, et par les troupiers/toujours prêts à faire honneur aux victuailles, qu'on leur partagea. 31 kilomètres.

Le 3 novembre, nous traversons un pays dénudé, sans bois, couvert en entier de terres labourées, riche en céréales — c'est la rebah silianah des Ouled el Aoun — et nous campons sur la rive gauche de l'oued Hakmès, affluent de l'oued Silianah, près de la zaouia de Sidi-Abd-el-Melek. C'est une grande zaouia qui a beaucoup d'élèves. En nous voyant arriver dans l'appareil de guerriers redoutés, ils avaient une peur d'autant plus grande qu'ils furent surpris et ne nous attendaient pas du tout par le passage de la montagne. Mon appareil personnel laisse cependant beaucoup à désirer comme majesté.

Pour épargner les secousses trop violentes à mon genou encore sensible, je me suis fait cadeau d'une mule (madame Catherine), qui promène ma grandeur, au lieu d'un cheval fougueux. Le défilé par lequel nous apparaissons à leur vue est couvert de lauriers-roses et de tombeaux romains encore complets et dont les inscriptions sont parfaitement conservées. Partout, à la sortie des ruines grandioses, des arcs de triomphe, des villas de campagne, etc.

Un beau goum de cavaliers des Ouled-el-Aoun accourt au galop à notre avance et nous accable de marques de soumission. Bien entendu, nous en profitons pour relever nos approvisionnements d'orge, de viande et nos moyens de transport en chameaux,

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qui seuls pourront nous porter dans le sud, quand le moment en sera venu.

Le 4 novembre, la colonne marche parallèlement et au nord du djebel Barkou. Au sommet de cette longue montagne, qui s'étend de Test à l'ouest, on aperçoit un monument colossal, dans le genre du tombeau de la Chrétienne qui s'élève auprès de Goléa, aux environs d'Alger. C'est le tombeau d'une femme du pays qui jouit d'une grande réputation de sainteté. Il est de dimensions colossales et domine de très haut le sol. Le temps nous manque pour faire l'ascension de la montagne et voir de près les détails de sa construction. La colonne campe à Aïn-Fournu, ruines romaines importantes d'un ancien château.

Le 5 novembre, nous descendons la vallée de l'Oued el Kebir et campons dans un bois d'oliviers près de la koubba de Sidi-Amora; le 6 novembre, près de Sidi- Henni.

Le 7 novembre, nous sommes de retour à El-Oukanda.

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