KOBESPIERRE ET SES AMIS
formes et son empressement à obliger (i). » Son cabinet était d'un accès facile aux pauvres, assurés d'y trouver des consultations gratuites, et il était le conseil de quelques hôpitaux et autres établissements publics. Malheureusement, depuis 1787, Couthon était affligé de malaises qu'il attribuait aux rhumatismes goutteux et qui lui rendaient difficile l'exercice de sa profession. Luimême imputait l'origine de son mal à un accident qui lui était survenu durant une nuit de bonne fortune. Il faisait l'amour à une jeune femme, lorsque le père de sa bien-aimée parut. Couthon se réfugia dans une cuve pleine d'eau
oti il demeura plongé jusqu'au cou. Quand les causes de sa fuite eurent disparu, il reprit le chemin de la ville couvert de ses vêtemenls mouillés, qui se séchèrent, pour ainsi dire, sur son corps. Le froid, qu'il avait longtemps enduré, lui causa un saisissement universel à la suite duquel il perdit presque entièrement l'usage de ses jambes (2).
Georges Couthon, d'après Gabriel (Bibliothèque Xalionale. Estampes.)
(1) D'' Cabanes. Le Cabinet secret de l'Histoire. 3" série, p. 225. Deux culs-de- jalle célèbres.
(2j Observations sur la nature et le traitement du rachitisme ou des courbures de la colonne vertébrale et celle des extrémités supérieures ou inférieures, par Aiiloiiic Portai, Paris, 1797.
A cette cause, la Société de Médecine, qu'il consulta en lygi, en ajoutait une autre dont la publication inspira à Couthon pour Vicq-d'Azyr, alors secrétaire perpétuel de la Société de Médecine, une haine qui obligea celui-ci à se cacher pendant la Terreur, a Nous ne nous occuperions pas davantage, disaient les médecins consultants, de la recherche très conjecturale des causes qui ont pu déterminer une suite d'affections aussi dignes de remarque, si M. Couthon ne nous avait appris lui-même que, dès sa tendre jeunesse, on l'avait laissé s'abandonner avec excès aux plaisirs solitaires, et que cette malheureuse habitude n'a cessé vers l'âge de puberté que pour être remplacée par un usage inconsidéré de plaisirs plus conformes aux vœux de la nature, mais dont l'excès n'est pas moins nuisible (i). » La maladie fit des progrès effrayants que rien ne put enrayer (2). « De là, dit une autre consultation médicale, a résulté l'extrême débilité des solides, l'irritabilité du système nerveux, et des dispositions à l'arrêt des liquides. A ces diverses causes, s'est jointe une éruption cutanée qui peut même en avoir été l'effet. Son imagination ardente, ses occupations habituelles, achèvent d'irriter une fibre déjà agacée par des sucs dépravés et affaiblis par des excès. » Il semble que la maladie ait métamorphosé le caractère de Couthon. Depuis qu'il s'adonnait à la politique, il vivait, ainsi que sa femme, Marie Brunel, dans une médiocrité qui confinait à la misère, toutes ses ressources étant absorbées par les soins de tous genres, les bains, les traitements électriques, les saisons à Néris ou à Saint-Amand. Son état d'infirmité intéressait tout le monde en sa faveur. Leblanc prétend que Robespierre
(1) Lemontey, dans son éloge de Yicq-d'Azyr (p. 32), raconte que Portai, appelé à donner des soins à Couthon, lui proposa de placer son confrère Vicq-d'Azyr dans un Comité scientifique. — Quoi donc ? s'écria Couthon, est-ce que ce scélérat existe encore ? Portai eut soin d'avertir Vicq-d'Azyr de se cacher.
(2) Marcellin Boudet. — Les Conceniionnrls de l'Anfergne, 1874.