‹ Le 9 Thermider; d'après les document a d'archives et les mémoiresChapitre 3 sur 22 · ROBESPIERRE ET SES AMIS · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE ET SES AMIS

prit Couthon par sa passion, l'avarice (i). En réalité, il lui fit accorder en qualité de sans-culotte pauvre, un logement aux Tuileries, du côté de la cour du Manège, de façon qu'il lui fut aisé de se rendre à la Convention (2). En outre, les commissaires artistes de Versailles furent autorisés à mettre à sa disposition un fauteuil élastique qui avait appartenu à la comtesse d'Artois (3), et quand il devait parler à la tribune, on l'y hissait sur un fauteuil. Bien qu'il affirmât que rien autre chose que le vrai et le juste ne fût capable de l'influencer, Couthon, vivait dans un état d'exaspération qui explique comment cet homme qui assurait n'avoir jamais fait de mal à un poulet, pouvait en arriver à proclamer qu'il verrait couper la tête aux Girondins sans détourner les yeux (4). Il souffrait atrocement, presque sans que son mal lui laissât une heure de répit, et il voyait souffrir auprès de lui un de ses enfants. Hippolyte, qui expira, en l'an II, d'un mal mystérieux qui était évidemment une transformation de la maladie paternelle. Dans ses heures d'accalmie, Couthon revenait à son caractère naturel. Cambon lui disait un jour, comme il revenait d'une mission dans le Limousin ;

« — Ce n'est vraiment pas la peine d'avoir tant écrit et déclamé contre les prêtres. Il paraît que là-bas vous ave: été leur bienfaiteur.

— Je n'ai pas changé de sentiment, répliqua Couthon, mais on n'égorge pas des gens pour des opinions. Il est odieux qu'on ait fait un ogre de la République. »

Pour Maximilien, Couthon fut un allié très utile, surtout aux Jacobins dont il avait l'oreille et où il défendait victorieusement Robespierre. Au Comité de Salut public, il ne jouait pas un rôle capital, sauf dans les derniers mois

(1) Leblanc. Vies secrètes et politiques de Couthon, Saint-Just, Robespierre jeune.

(2) Arch. Nat. Papiers de la Commission des Tuileries, T. 1077".

(3) Cabanes. Op. cit., p. 234.

(4) Mémoires de Dnmouriez, t. II, p. 390.

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de l'existence du triumvirat où ses interventions furent même parfois compromettantes.

Saint-Just, au contraire, d'une éloquence moins prenante à la tribune de la rue Saint-Honoré, s'imposait, par sa brutalité et son flegme, au Comité de Salut public. « Il se possédait bien dans la dispute, dans la discussion, a écrit Barrère. Il était absolu, impérieux et tranchant. Son esprit était de feu, son cœur de glace. Il avait quelque chose du sentencieux et spirituel Montesquieu et de l'obscurité concise de Tacite. Il parlait beaucoup contre les tyrans et il se montrait propre à exercer la tyrannie. Il visait à être original et ressemblait pourtant beaucoup à Sénèque (i). »

Saint-Just était né en 17Ô7, à Decize, dans la Nièvre, d'un ancien maréchal des logis des gendarmes d'ordonnance du duc de Berry, chevalier de Saint-Louis. En 1786, en vacances à Blérancourt, chez sa mère, veuve, il fractura ses armoires, fit main basse sur l'argenterie et les bijoux et fila à Paris (2). Sa mère porta plainte contre lui au lieutenant de police, et obtint un ordre pour le faire mettre en lieu de sûreté (3). On ne lui tint, d'ailleurs, pas rigueur très longtemps. Sa mère était mourante,

On le rappela à Soissons où il devait travailler dans une étude de procureur. A vingt ans, il publia un

(1) Mémoires de Barère, t. II, p. 235.

(2) Bégis. Saint-Just, son emprisonnement sous Louis XVI. Lettres et documents inédits.

(3) Plus tard Saint-Just se vengea en mettant Thiroux de Crosne, lieutenant de police, dans une des fournées du Luxembourg (9 floréal an II). Le chevalier d'Ivry, que la mère de Saint-Just avait chargé de transmettre sa plainte, lui attribuait également son incarcération sous la Terreur. « Ayant toujours aimé la Kévolution parce qu'il la croyait nécessaire, et sa conscience ne lui reprochant rien qui puisse le mettre même dans la classe des gens suspects, il ne peut attribuer son arrestation qu'à la haine que lui avait vouée le scélérat Saint- Just pour avoir dévoilé aux yeux du lieutenant de police d'alors sa conduite atroce envers sa mère. »

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