‹ Le 9 Thermider; d'après les document a d'archives et les mémoiresChapitre 4 sur 22 · ROBESPIERRE ET SES AMIS · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE ET SES AMIS

poème, Organt, imitation de la Pucelle d'Orléans, vers faciles qui n'auraient pas suffi à assurer sa célébrité :

Je veux avoir une gente maîtressse,

Je n'entends point pour gente une déesse,

Car je Tirais choisir parmi les champs.

Je veux qu'elle ait une taille gentille,

Un cœur ouvert, qu'elle ait toujours quinze ans,

Qu'elle soit douce et que son œil pétille.

Je lui voudrais un petit souris fin

Sans hardiesse, un petit air malin.

Auprès de moi surtout qu'elle rougisse

Et qu'elle soit enfin telle que Nice.

Des vers plus dangereux se trouvaient en nombre dans ce poème satirique, écrit à l'occasion de l'affaire scandaleuse du Collier, et, sitôt qu'il parut, un ordre ministériel ordonna d'en rechercher l'auteur pour le mettre à la Bastille. Saint-Just se réfugia à Paris chez un compatriote et y demeura jusqu'à l'époque des États Généraux. Que faire en un gite. à moins que l'on ne songe et qu'on lise? Dans sa retraite, Saint-Just lut le Contrat social, les œuvres de l'abbé Raynal (i). Il faisait son éducation d'homme politique selon la formule du temps. Nul ne fut plus ardent pour les idées nouvelles. En 1791, il écrivait à Daubigny : >< Depuis que je suis ici, je suis tourmenté d'une fïèvre républicaine qui me dévore et me consume. Il est malheureux que je ne puisse rester à Paris. Je me sens de quoi surnager dans le siècle. Ma palme s'élèvera pourtant et vous obscurcira peut-être. » Il essaya de se faire élire à l'Assemblée Législative. Il était parvenu à se faire nommer électeur à force d'intrigues, mais Gillet, notaire à Blérancourt, produisit son extrait de baptême duquel il résultait qu'il n'avait pas vingt-quatre ans, âge requis par la loi. Comme vengeance, sans doute, Saint- Just séduisit sa fille qui avait épousé le notaire Thorin, la

(t) Bégis. Saint-Just et le bureau de la Police générale.

fit divorcer et fit jeter dans les fers toute la famille (i). Il ne tarda pas, cependant, à réparer son échec électoral. L'année suivante, il était élu à la Convention Nationale à l'âge de vingt-cinq ans, et il se liait aussitôt avec Robespierre. Il avait comme lui l'esprit dogmatique, le ton autoritaire, et, comme lui, un soin raffiné de sa toilette. Camille Desmoulins l'en raillait dans un pamphlet célèbre : « Après Legendre, le membre de la Convention qui a la plus grande idée de lui-même, c'est Saint-.Iust. On voit à sa démarche et à son maintien qu'il regarde sa tête comme la pierre angulaire de la République, et qu'il la porte sur ses épaules avec respect comme un Saint- Sacrement (2,) » Le lardon de Camille Desmoulins excita d'autant plus la colère de Saint-Just, que cette haute et large cravate dans laquelle sa tête immobile était exhaussée comme un ostensoir, n'était nouée avec tant de soin que pour cacher la trace de ses écrouelles. « Je lui ferai porter la sienne comme saint Denis, répliqua Saint-Just. » Même cher lui, Saint-Just sacrifiait à l'élégance. Georges Duval, alors clerc de notaire, venu un matin cher lui pour lui faire signer une procuration, le trouva « vêtu d'une robe de chambre de bazin d'une blancheur éclatante. Ses pieds étaient emprisonnés dans des babouches élégantes de maroquin jaune. Il passait et repassait ses mains dans les boucles ondoyantes de sa chevelure parfumée qu'il disposait à l'entour de son cou, avec un soin aussi minutieux que l'orateur Hortensius les plis de sa toge (3) ». Il était sans cesse entouré de secrétaires et de créatures choisis parmi ses compatriotes, anciens clercs de basoche ou de notariat. C'étaient Thuillier et Gâteau, de Blérancourt, qui l'accompagnèrent dans ses missions aux armées, Vilain Daubigny, tour à tour juré au Tribunal révolutionnaire et

(1) Notes de Courtois. Révolution française , t. XII, p. 932.

(2) Duval. Souvenirs Thermidoriens, p. 191.

(3) Duval. Souvenirs Thermidoriens, p. 183*

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