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adjoint au ministère de la Guerre. Thuillier et Gâteau avaient été accusés de vols et de concussion, et, comme Carnot s'élevait violemment contre eux, Saint-Just les avait pris sous sa protection : « Les patriotes ne peuvent jamais être des concussionnaires, avait -il répliqué, puisque tout leur appartient. Seul, un mauvais citoyen peut les accuser (i). » De même Robespierre avait fait un jour à Meillan l'éloge de Desfieux, personnage taré qu'il se décida plus tard à envoyer au Tribunal révolutionnaire.
« — Mais votre Desfieux, répliqua Meillan, est connu pour un coquin.
— N'importe, c'est un bon patriote.
— Mais c'est un banqueroutier frauduleux.
— C'est un bon patriote !
— Mais c'est un voleur.
— C'est un bon patriote ! »
a Je n'en pus arracher que ces trois paroles, rapporte Meillan (2). »
Plus tard, Saint-Just casa un de ses secrétaires, Augustin Lejeune, de Soissons. au bureau de police du
Saint-Jnsf, par David. (Bibliothèque Xationale. Estampes.)
(1) Bégis. Saint-Just et le bureau de la Police générale.
(2) Meillan. Mémoires. 7.
Comité de Salut public. Ce Lejeune qui, avec un autre employé du Comité, Lemasse, fît disparaître, le 9 thermidor (i), les papiers compromettants de Saint- Just, se trouva dans une situation fort difficile après l'exécution de son patron. Il avait des souvenirs curieux et il publia ceux qui pouvaient servir à sa justification. Ce Saint-Just en déshabillé est un comédien admirable. « Je rencontrai, une fois chez lui, raconte Lejeune, la fille d'un chevalier de Saint- Louis pour lequel elle avait obtenu la continuation d'un traitement de pensionnaire de l'État. Elle nommait Saint-Just le bienfaiteur de son père. Quand elle fut sortie, Saint-Just me dit : « Je ne puis la voir sans « attendrissement ! Que d'innocence ! Que de courage dans « ses peines ! Comme elle aime son père ! » Et Saint- Just en parlant, avait les yeux mouillés de larmes. Je saisis ce moment d'émotion pour lui demander la réintégration d'un commissaire des guerres de Soissons que la privation de sa place pouvait réduire à la misère. Saint- Just promit. Le lendemain, me croyant bien sur des effets de cette promesse, j'allai dans la salle des séances présenter à Saint-Just le projet de réintégration. Il met le projet en pièces et me dit, en me montrant de la colère : « Je me suis plusieurs fois aperçu que tu t'intéresses aux « royalistes (2). »
Si Couthon et Saint-Just sont de vrais lieutenants de Robespierre, le second et le troisième triumvirs, les autres Montagnards du groupe, Augustin Robespierre, Lebas, David, viennent bien après comme importance. Augustin Robespierre, au témoignage des contemporains, n'était qu'un homme d'un mérite assez médiocre. « Misérable avocassier, dit le secrétaire Villiers, sans moyens, faux, ivrogne, bas et crapuleux, il me faisait l'honneur de m'estimer et de m'emprunter argent et linge qu'il ne me
(1) Notes de Courtois. Révolution française, t. XII, p. 817.
(2) Bégis. Saint-Just et le bureau de la Pulice générale.
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rendit jamais (i). » Il était à cette époque, au temps de la Constituante, en froid avec Robespierre et, en novembre lygo, sa liaison d'enfance avec Duport-Dutertre lui faisait espérer quelque poste. Il écrivait à son ami Buissart : « Je puis me livrer personnellement à quelques lueurs d'espérance. Il m'est impossible de ne pas croire à l'intérêt que le nouveau garde des sceaux m'a montré depuis que je le connais. Si j'avais quelques années de plus d'exercice d'homme de loi, je n'aurais pas besoin de solliciter son souvenir (2). » Quand il arriva à la Convention, il s'y fit remarquer par l'envergure de ses poumons. On l'appelait à la Montagne le grand hurleur, le mugisseur national l3i. Camille Desmoulins disait : « Il n'est pas jusqu'au son de la voix de Robespierre jeune, qui ne flaire la bêtise. » Un jour, parlant des opinions qu'Augustin émettait à la tribune, il déclara que c'était une affaire de poitrine, mais jamais une affaire de tête 14). « Robespierre jeune, a dit Baudot, prononçait les discours les plus incendiaires conime s'il eût récité une leçon. Au demeurant, il possédait les vertus de famille. Il était bon frère, il admirait sincèrement Maximilien et le regardait comme le plus vertueux des hommes. C'était une cruche qui résonnait quand son frère frappait dessus. Il aimait non moins sa sœur et logeait avec elle, quoique celle-ci le querellât souvent, parce que si elle ne se mêlait pas de politique, elle était intraitable au point de vue des mœurs (5|. » Il était brave et le prouva pendant sa mission à l'armée d'Italie. Lafond, de Toulouse, juge militaire à cette armée, l'accusa ainsi que Ricord d'énormes dilapidations. Maximilien fit jeter l'accusateur dans un cachot d'où il ne sortit qu'après Thermidor 161. Les accusations
(1) Villiers. Souvenirs d'un déporté.
(2) Mémoires de l'Académie d'Arras, t. V, p. 375.
(3) Notes de Courtois. Révolution française, \,.W\,ji. 939.
(4) Ibid. id.
(5) Baudot, yotes historiques.
(6) La vie de Maximilien Robespierre, Arras, 1850, p. 286-287.
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de Lafond ne furent pas vérifiées,' et les dilapidations de Robespierre jeune, ses entassements de trésors aux dépens de la République, semblent se réduire à des réquisitions de mobiliers pour l'installation des Représentants à Nice (i). Augustin Robespierre fut un des premiers protectevxrs du général Bonaparte. Dans une lettre du début de la campagne d'Italie, il s'exprimait à son sujet en ces termes : « J'ajoute aux patriotes que je t'ai déjà nommés, le citoyen Buonaparte, général-chef de l'artillerie, d'un mérite transcendant. Ce dernier est Corse. Il ne m'offre que la garantie d'un homme de cette nation qui a résisté aux caresses de. Paoli et dont les propriétés ont été ravagées par ce traître. »
Lebas, l'intime ami de Saint-Just, méritait certainement beaucoup plus d'attention qu'Augustin Robespierre. Les discours de Maximilien l'avaient absolument conquis. Sitôt qu'ils étaient imprimés, il les adressait à son père, en y joignant des commentaires admiratifs. Né à Frévent (Pas-de-Calaisi, en 1764, c'était le fils de l'intendant du prince de Rache, l'aîné de treize enfants. Arrivé à la Convention à l'âge de vingt-huit ans, il s'était aussitôt prononcé contre l'infernal modérantisme et avait pris place sur les bancs de la Montagne. Au dire de Baudot, il était personnellement asser doux, et c'est à Saint-Just, le plus terrible des hommes, qu'il faut attribuer les actes de férocité qui avaient marqué leurs missions (3). Le jour où Marat, acquitté par le Tribunal Révolutionnaire, fut porté en triomphe, le 24 avril ijqS, Charlotte Robespierre avait amené à la Convention Elisabeth Duplay (4). Lebas vint saluer la sœur de Maximilien et engagea les deux citoyennes à assister à une prochaine séance de l'Assemblée
(1) Arch. nat.. Dossier Ricord.
(2) Stéphane Pol. Le Conventionnel Lebas.
(3) Baudot. Notes historiques, p. 2 '3.
(4) Notes de M™» Lebas. (Stéphane Pol. Le Conventionnel Lebas. p. 202 et suivantes.)