‹ Le 9 Thermider; d'après les document a d'archives et les mémoiresChapitre 6 sur 22 · ROBESPIERRE ET SES AMIS 7I · texte numérisé non relu

ROBESPIERRE ET SES AMIS 7I

dont il leur vanta l'intérêt. Cette fois encore, Lebas vint les saluer et les engagea à rester à la Convention pour assister à la séance de nuit. Député et jeunes filles mansîèrent ensemble des oranges et des sucreries. Ces rendez- VOUS patriotiques se multiplièrent, et, un jour, Lebas laissant sa lorgnette à Elisabeth, déroba sa bague qu'il avait feint d'examiner de près. Quelques jours après, Elisabeth sut que Lebas était tombé malade et ne paraissait plus à la Convention. « Cette nouvelle me fit grande impression... Moi, si jeune, si gaie, je devins triste et rêveuse. Tout le monde s'aperçut de ma tristesse, jusqu'à Robespierre qui me demanda si j'avais quelque chagrin. Je l'assurai que je n'avais rien, que ma mère ne m'avait pas grondée, que je ne pouvais pas me rendre compte de ce que j'éprouvais. « Petite Elisabeth! dit-il avec bonté, « regardez-moi comme votre meilleur ami, comme un bon « frère, je vous donnerai tous les conseils dont on a « besoin à votre âge. » Pendant longtemps, Elisabeth n'entendit plus parler de Lebas. Pour lui rendre de fraîches couleurs, ses parents l'envoyèrent passer un mois à Chaville, chez M™<= Panis. A son retour, il s'écoula encore de longs jours avant que sa mère l'envoyât, par hasard, aux Jacobins avec sa sœur Victoire, retenir des places pour la séance du soir où devait parler Robespierre. Elle y aperçut Lebas qui aussitôt s'approcha d'elle et engagea la conversation. « Il me demanda si je ne devais pas bientôt me marier, si j'aimais quelqu'un, si la toilette et les plaisirs étaient de mon goût et si, mariée, devenue mère, j'aimerais à nourrir mes enfants. « Je lui répondis que je suivrais l'exemple de ma bonne mère. Alors il me dit que, sachant que j'étais très bonne, il voulait me prier de lui chercher une femme, très gaie, aimant les plaisirs et la toilette et ne tenant pas à nourrir elle-même ses enfants, que cela la rendrait trop esclave et la priverait des plaisirs qu'une jeune femme doit aimer. » Elisabeth très troublée, désolée de découvrir de tels sentiments chez un homme qu'elle adorait en secret, fut sur le point de se trouver mal. « Bonne Eli-

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sabeth, lui dit alors Lfbas, je vous ai fait bien de la peine, mais pardonnez-le moi. Celle que je vous priais de me chercher, c'est vous. » Puis, lui prenant les mains, il ajouta : « iVlais tu ne réponds pas? Est-ce que tu n'éprouves pas pour moi ce que je sens pour toi? » Et il lui raconta tous les efforts qu'il avait fait pour avoir de ses nouvelles par les deux frères Robespierre. L'arrivée de Mm-' Duplay interrompit le tête-à-téte et, comme la lecture du discours de Robespierre était remise au lendemain, on se rendit aux Tuileries, et, par un temps superbe, en faisant plusieurs tours d'allée, Lebas s'ouvrit à M°>'= Duplay de ses projets d'avenir. M""^ Duplay se borna à répondre que sa fille était bien jeune et un peu étourdie. Lebas insista, et, comme on allait fermer les Tuileries, M""' Duplay invita le jeune Conventionnel à venir lui-même le lendemain présenter sa demande à son mari. Rentrée au logis, elle instruisit le bonhomme Duplay de la conversation qu'elle venait d'avoir avec Lebas. Robespierre fut appelé au conseil. Il plaida la cause de Lebas, le plus digne des hommes, affirma que cette union ferait le bonheur d'Elisabeth, et, à près d"une heure du matin, la jeune fille qui écoutait à la porte, entendit quand Maximilien venait de se retirer, son père dire : « Il n'y a pas à balancer après l'éloge que Robespierre vient de faire de son ami. » En effet, le lendemain, quand Lebas se présenta, après avoir fait une longue morale à sa fille pour la punir de son manque de confiance envers sa mère. Duplay autorisa Lebas à considérer Elisabeth comme sa fiancée. La conversation dura jusqu'à plus d'onze heures, et, quand il traversa la salle à manger pour sortir, le jeune conventionnel prit la main de sa promise et lui dit : « Au revoir, ma bienaimée, je dîne avec toi, ta digne famille et notre ami Robespierre. »

Sitôt que les projets de Lebas furent connus, il eut à résister aux conseils que lui donnait « dans son intérêt » son collègue et compatriote Guffroy. Chargé de famille, l'imprimeur Guffroy avait une fille à marier et avait jeté.

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