‹ Le 9 Thermider; d'après les document a d'archives et les mémoiresChapitre 8 sur 22 · ROBKSPIERRE ET SES AMIS · texte numérisé non relu

ROBKSPIERRE ET SES AMIS

tit (i). L'assiduité dans les bureaux, ou se décidait le sort de l'Etat, rendait tout-puissant. Il fallait, selon les époques, trois ou cinq signatures pour rendre valable un arrêté. Il n'y avait généralement à connaître la nnatière dont il traitait, que celui qui les proposait à la signature. Les autres signaient de confiance. « Au Comité, dit un contemporain, il y avait cinq cents objets majeurs à signer chaque jour. S'il eut fallu les lire tous, un jour n'eût pas suffi pour la vingtième partie de ce qu'il fallait signer (2). » D'ailleurs, comment oser discuter et ne pas devenir suspect? La Vicomterie avouait plus tard que Robespierre avait un tel empire sur ses collègues que, pour sa part, il hésitait à l'affronter quand on délibérait à comités réunis. Il raconte encore que le jour où Saint-Just tira, à l'improviste, de sa poche le rapport contre Danton et les Dantonistes, la surprise fut générale. Le discours était si séduisant ! Saint- Just le débita avec tant d'âme! Après la lecture, on demanda si quelque membre voulait parler. Personne ! On mit aux voix et ils furent unanimes. Chacun sentait que, derrière Saint-Just, il y avait l'inspiration de Robespierre et en effet, l'on possède les notes que Maximilien, rassemblant ses souvenirs, avait livrées au rapporteur. Danton qui avait hésité à résister, persuadé qu'on n'oserait, se trouva arrêté dans la nuit du 10 au 1 1 Germinal par Héron. A la Convention, Legendre protesta seul; aussitôt terrifié par une menace de Robespierre, il devint muet. Celui-ci fut étonné de son triomphe. « Il faut convenir que Danton a des amis bien lâches, » dit-il en venant chez Duplay (3).

« Telle était, dira plus tard Couftois pour excuser son silence, la nature de l'accusation dirigée contre Danton, qu'elle imposait même à ses meilleurs amis, la nécessité de se taire dans la crainte d'être traités de même. Mais si

(1) D'Héricault. La Révolution de Thermidor, p. 63-71.

(2) Cousin Jacques (Beffroy de Regny). Testament d'un électeur, p. 139.

(3) Noies de Courtois. Révolution française, t. XII, p. 817.

elle fut capable d'opérer cet effet, ou même d'intimider ses amis, elle ne donna pas le droit à quelques-uns, au sortir de la séance, d'aller serrer la main de Robespierre et de Billaud et de les féliciter de ce coup d'autorité (i). »

Après Danton et son groupe (2) vint le tour d'Hébert et des athéistes. Cette fois encore, ce fut Saint-Just qui se fit l'instrument des desseins de Robespierre. Le prétexte de la brouille avait été la question des yS, restants désemparés de ce qui avait été le parti girondin. Fallait-il les guillotiner ou devait-on leur pardonner? « Je frappe l'énergie, disait Robespierre. Ceux qui sont dans la stupeur servent mes projets, ils s'efforcent de mériter leur pardon (3). » Le 16 Ventôse, les principaux chefs des Hébertistes étaient livrés à Fouquier-Tinville et c'est Robespierre qui, par l'intermédiaire de Dumas, président du Tribunal Révolutionnaire, dirigea à son gré tout le procès. Sa main protectrice s'était abaissée sur la tète de Pache, de Lubin, d'Hanriot, de Simon, le gardien du Temple dont il lui plaisait de garantir le patriotisme (4). Dès lors, Robespierre était maître omnipotent. Il le fût resté si les cartes ne s'étaient brouillées entre les deux comités, et si l'entente était demeurée la même, au milieu de Prairial, qu'au jour du double attentat d'Admiral contre Collot d'Herbois et de Cécile Renault contre Robespierre. Les pistolets qui ratent, les petits canifs inoffensifs, transformés en instruments de martyre que Pitt remettait à ses suppôts pour en frapi>er les personnages les plus importants de la démocratie.

(1) Notes de Courtois. Ihid. p. 816.

(2) D'après Courtois, Saint-Just vint lui-même désigner au cimetière de Montceau, la place où devaient être déposés les corps des Dantonistes. Il habitait une petite maison dont la vue donnait sur ce' cimetière.

(3) Nadrelaxe. Tuide la vérité, An III, p. 16.

(4) Fouquier-Tinville. Réponse p. 55-56. Ainsi on n'impliqua pas dans le procès, la femme de Momoro qui, grâce à ses relations au Temple, renseignait les royalistes sur Louis XVII et qui avait été arrêtée pour cette cause en même temps que des agents royalistes qui ne furent pas traduits non plus au Tribunal révolutionnaire.

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