COM^ V N : DE PARIS
Lfitre des Robespierre et de Saint-Jiisl a Coiitlion pnnr
iapfjc/er à l'Hôtel de Ville.
(Archives Nationalrs.)
est le seul homme qui en aura le courage (i). » Alors, les Comités firent une démarche auprès de Barras, pour lui offrir le commandement en chef, mais Barras ne se souciait pas de tenir le pouvoir des Comités. Billaud. cepen-
(1^ C.>iiil(.i>. /{ui>puit. j). (i'.i.
dant, pataugeait à la tribune, incapable de prendre, incapable même de proposer aucune mesure utile. « Il faut savoir mourir à son poste, déclamait-il. — Nous le saurons tous!» s'écria la Convention d'une voix. Et Collot d'Herbois montait au fauteuil présidentiel et se couvrait en signe de détresse. « Le moment est venu de prouver notre force, disait-il d'une voix grave. Hanriot vient d'être délivré par une troupe de scélérats armés. Ils se sont emparés des Comités. Hanriot arrive à notre porte avec du canon. — Hanriot nous assiège, mettons Hanriot hors la loi, ^-épondit la Convention. « Jamais, dira plus tard Durand- Maillane, je ne me suis cru aussi près de la mort. Mais Vouland s'était accroché à l'idée de F'réron. Il ouvrit à la tribune l'avis de confier le commandement général de la Garde Nationale de Paris à Barras. Acclamé par toute la Convention, Barras ne pouvait plus refuser. Il demanda seulement qu'on lui adjoignit des lieutenants. La Convention vient d'apprendre que Robespierre est à la Commune; il s'est dérobé au mandat d'amener; elle le traite, lui, ceux qui l'imiteront, ceux qui le soutiendront, comme il traita les Girondins fugitifs. La mise hors la loi est votée à l'unanimité (i). Sur la proposition de Beaupré, député de la Plaine, la Convention décide d'avertir les sections de son accord unanime contre Robespierre (2). Fréron, Beaupré, Féraud, Bourdon de l'Oise, Rovère, Bollet, Delmas, Léonard Bourdon, Auguis, Legendre, Goupilleau de Fontenay, Huguet sont désignés pour celte mission. Ils sortent aussitôt de l'assemblée et y rentrent quelques instants après, l'écharpe à la ceinture et le sabre à la main. Quelques-uns de leurs collègues leur servent de seconds et ils s'en vont dans Paris, accompagnés de gendarmes, d'huissiers portant des torches, proclanaer par les carrefours et
(1) Moniteur. Séance du 'J Thermidor soir.
(2) Ce fui «elte mesure i[ui ^allva la Convention, car les Sections marchèrent à son secours sitôt qu'elles lurent avisées que, contrairement à ce que disait la Commune, la mise hors la loi n'était pas le fait d'une luction.
LA P'IN DU DRAMi: I7I
les places, la mise des rebelles hors la loi par Vunanimité de la Convention. Il est onze heures du soir quand l'assemblée appelle ainsi le peuple au secours des représentants. Une proclamation de Barère, qu'ils sont chargés de répandre dans les sections, affirme que Robespierre est un agent des royalistes. Aussitôt que la Convention a pris ainsi l'initiative de la résistance, les sympathies commencent à lui arriver. Il est temps, car elle ne tient plus aucun de ses prisonniers.
Au moment où Hanriot est sorti du Comité de Sûreté générale, il a raconté à la foule assemblée devant le pavillon de l'Horloge que les Comités lui ont rendu pleine justice. Les Sectionnaires, qui l'entourent, se mettent à chanter ses louanges. « Il sut tellement profiter de cet espèce d'enthousiasme, dit un témoin oculaire, que par une sorte d'élan spontané, il entraîna toute la troupe à sa suite. » Il va droit au Luxembourg où il croit que Robespierre est écroué, et ne l'y trouvant pas, il se rend à la Mairie. « Entre huit et neuf heures du soir, rapporte un contemporain, un fiacre s'arrêta à la porte d'entrée de la Mairie. Un gendarme sort de la voiture et se rend au Comité des administrateurs de la Police. Il revient sur le champ avec trois administrateurs décorés de leur écharpe. L'un d'eux ouvrô.la portière. Tout à coup se lève un homme égaré, qui tenait un mouchoir blanc sur sa bouche et, de ses deux coudes,' frappait ceux qui l'entouraient, comme pour leur faire lâcher prise, et sortir le premier. C'était Robespierre. Quand il eût vaincu leur résistance, sans toucher au marchepied il s'élança dans la cour. Il était l>lême et tout abattu. Il fit avec précipitation volte-face vers la voiture. Les administrateurs l'accueillent avec les plus vives démonstrations d'amitié, l'un étend son bras droit derrière son corps et le presse affectueusement, l'autre le prend pardessous le bras. C'est dans cette attitude qu'ils s'éloignent de la voiture et dirigent leurs pas vers le Comité en longeant les appartements du Maire. L'employé qui se trouvait à une fenêtre du premier étage, n'entendit que ces mots,
IJZ LE 0 THERMIDOR
que prononçait l'un des administrateurs : « Rassure-toi, rassure-toi donc, n'es-tu pas avec des amis? » A peu près à la même heure, Augustin Robespierre, incarcéré à la Force, était délivré par deux membres de la Commune et emmené au Conseil général. Lebas était avec lui. Sa femme et sa sœur lui apportaient dans un fiacre un matériel de couchage, au moment où Ton délivrait les prisonniers. « J'abandonne aussitôt la voiture, raconte Mme Lebas, pour courir vers mon mari. Nous marchons tous trois dans la direction de l'Hôtel de Ville. Chemin faisant, il m'exhorte à retourner chez moi, me fait mille recommandations au sujet de notre filsce Nourris-le de ton lait, me dit-il, inspire-lui l'amour delà patrie, dis-lui que son père est mort pour elle. Adieu, mon Elisabeth, adieu. » Il me fallut me séparer de lui. (i) >
La Commune, lorsqu'y arrivèrent Augustin Robespierre et Lebas, venait d'élire un Comité d'exécution de neuf membres, auxquels on avait adjoint douze personnes chargées de former un sous-comité sous la présidence du savetier Simon (2). Le Comité d'exécution où siégeaient Chatelet, Coffinhal, Lerebours, Grenard, Legrand, Desboisseaux. Arthur, Payan et Louvet apprenant la présence de Maximilien à la Mairie, envoya Lasnier porteur d'une lettre, invitant l'Incorruptible à venir l'assister de ses conseils. Il refusa de quitter la Mairie. Il se trouvait fort bien dans un lieu de détention où les geôliers étaient ses amis. Si le mouvement de la Commune réussissait, il en profitait; s'il échouait, il n'avait pas aggravé sa situation en se soustrayant au mandat d'amener (3). Quand, près d'une heure après, avec un grand fracas de chevaux, Hanriot e\ Coffinhal se présentèrent à leur tour, Maximilien ne voulul rien entendre. A la seconde démarche d' Hanriot seulement, il céda, traversa sous escorte le Palais de Justice et gagna l'Hôtel de Ville. Il était environ onze heures du soir. Augustin
(1) Steph. Pol. Le Conuentionnel Leban, p. 137.
CTj Courtois, Rapporty p. 110.
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Robespierre. ei\ arrivant Je la Force, avait déclaré que les auteurs de son arrestation n'étaient pas la Convention, mais des traîtres qui conspiraient depuis cinq ans. Maximilien fit son entrée dans la salle des séances en prononçant ces mots : « Le peuple vient de me sauver des mains d'une faction qui voulait ma perte. » La vue de la place de Grève, toute couverte d'hommes, de piques, de baïonnettes et de canons, l'avait évidemment réconforté. Saint-Just arriva bientôt après. Couthon se fit prier pour accepter sa liberté. Il ne céda que sur un billet de Saint-Just et des Robespierre, lui affirmant que le peuple entier s'était levé (i). « Les deux Robesj^ierre, rapporte l)ulac, étaient
(1) D'Hériraiilt, Aa Rt't'oliition île l'Iirrrniilor, p. '«(')<». - Ha/tfxtrt Courtois, p. 198. D'aprrs la loi tir de l*«'til, ronrierge provisoire de Port-Lihr«', (]<iulh(»ii n aniail (|iiitlf la pi-isoii iju'uiu' liotire aprt-s minuit .
assis l'un auprès du président Fleuriot-Lescot, et l'autre auprès de Payan, agent national. Couthon était encore suivi de son gendarme. Le premier mot de Couthon que j'entendis fut : « Il faut écrire aux armées! » Robespierre dit : « Au nom de qui? » Couthon répondit : « Mais au nom delà Convention, n'est-elle pas partout où nous sommes? Le reste n'est qu'une poignée de factieux, que la force armée dont nous disposons, va dissiper et dont elle fera justice. » Ici Robespierre aîné sembla réfléchir un peu. Il se baissa à l'oreille de son frère, ensuite il dit : « Mon avis est qu'on écrive au nom du peuple français. » Il prit dans cet instant la main du gendarme entré avec Couthon et il lui dit : M Brave gendarme, j'ai toujours aimé et estimé votre corps. Soyez-nous toujours fidèle. Allez sur la porte et faites en sorte de continuer à aigrir le peuple contre les factieux (i). » Lebas écrivait cependant à Bretesche, commandant du camp des Sablons : « Un complot affreux vient d'éclater, lui disait-il. Je suis au nombre des représentants fidèles que les conspirateurs ont fait arrêter. M.es soupçons sur la destination du camp sont réalisés. C'est à toi de t'opposer à ce qu'on ne l'abuse pas au point de s'égorger lui-même en marchant sur les étendards du traître. Le peuple t'observe : il est déterminé à se sauver, songe à lui être fidèle (2). » C'était en quelque sorte appeler l'École de Mars au secours de la Commune; la Convention craignait que telles ne fussent les dispositions des chefs et des élèves de l'Ecole. Aussi les représentants Brival et Bentabole y avaient-ilS; été envoyés à la nuit close, mais les fils de suspects, qui composaient la majorité des élèves et qu'on avait choisis pour vexer leurs familles, n'étaient nullement d'humeur à servir de garde prétorienne à Robespierre (3).
(1) Rapport Dulac.
(2) Stéphane Pol. Le Conventionnel Lebas, p. 291.
(3) La Révolution française, XL, p, 219. Ce sont les souvenirs d'un ancien élève de l'École. — Voir également le livre remarquable d'Arthur Chuquet, L'École de Mars.