‹ Le 9 thermidor, d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 6 sur 12 · LA JOURNEE DT <) THERMIDOR · texte numérisé non relu

LA JOURNEE DT <) THERMIDOR

Son chapeau à la main, Robespierre incliné vers TAssemblée demandait la 'parole, quêtant déjà la faveur des hommes du centre (i). « Non, à bas le tyran! A bas le tyran! Barère, Barère, à la tribune! » crient les Conventionnels. Alors Barère, qui avait à peu près pris sa détermination, vint mollement attaquer Robespierre. Il fit décréter une proclamation assez habile, mais où Robespierre n'était pas nommé. Après lui, Vadier vint recommencer ses commérages, bafouillant tantôt sur sa vertu et tantôt sur l'affaire Théot. C'était comme une parade grotesque qui risquait de distraire l'attention de la Convention de la bataille engagée. Les propos ineptes de Vadier menaçaient de désarmer les colères, d'empêcher d'aboutir {2). Tallien en sentit l'inconvénient. « Ramenons la discussion à son vrai point, » s'écria-t-il, en demandant la parole. « Je saurai l'y ramener, » riposte Robespierre. Mais, de nouveau. l'Assemblée lui rappelle qu'il n'a pas la parole, qu'elle appartient à Tallien. Et cette fois, Tallien, dans un mouvevement oratoire que d'autres ont employé avant lui, menace Robespierre d'un poignard (5). Mais ce n'est pas un poignard de réthorique, c'est un vrai poignard qu'il a sorti de son sein et Robespierre, qui n'a pas le courage physique, redescend une marche de la tribune, tandis que Tallien lui reproche sa lâcheté au 10 août. Les accusations s'accumulent. Tallien se répand en paroles. Peu importe ce qu'il dit. On le sent, ce qui importe, c'est que Robespierre ne puisse parler. Mais CoUot d'Herbois est las de diriger le débat. C'est le montagnard Thuriot qui lui succède. Alors Robespierre s'exaspère, il use sa voix à réclamer la parole. Thuriot sonne à tour de bras. « Tu n'as pas la parole! tu n'as pas la parole! » répète-t-il avec rage. La Montagne vocifère. Quelques-uns de ses membres sont aux prises. Les enthousiastes et les courtisans de Robespierre se collettent

(1) Barère. Mémoires, II. 2 23.

(i) Toulongeon. Histoire de France. II. 5(i().

(3) Turquand. La Citoyenne l'allicn, p. IfjS.

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avec les Dantonistes. Lecointrc voudrait qu'on laissât parler Robespierre. Une demi-heure lui permettrait de révéler les crimes de Billaud, de Barère et des autres, pense-t-il, et déjà il se pourléche les lèvres. « Oui, répond un autre, mais alors, il pourra entraîner la majorité. » Le triumvir impuissant les menace du poing. « Lâches!» leur crie-t-il. Alors il se tourne vers la Plaine. Il a hésité jusque là, à faire appel à ces alliés dont il est sûr. Il a attendu jusqu'au dernier moment, pour démasquer la batterie où il a mis son suprême espoir. « Députés du côté droit, implore-t-il, hommes probes, hommes vertueux, donnez-moi la parole que ces brigands me refusent. » A cet appel, la Plaine frissonne. Il y a dans ses rangs cette oscillation, ce flottement que produit le vent dans les blés prêts pour la moisson, mais pas un mot, pas un mouvement ne trahissent les sentiments qui Tagitent. Alors, Robespierre pâlit. La sueur perle sur son visage. Ce silence solennel et effrayant, c'est sa défaite et sa condamnation. Mais aussitôt, la colère le ranime^ le sang afflue à ses joues et à ses tempes. Ses yeux parcourent les rangs des Conventionnels comme pour y chercher ceux qui l'applaudissaient tant la veille. Un flot d'injures monte seul à ses lè\'res. « Président des assassins, je-tte-t-il d'une voix rauque au visage de Thuriot, dont la sonnette coupe chacun de ses mots, une dernière fois, je te demande la parole. » Alors Garnier de l'Aube lui crie : (( Tu ne peux plus parler. L-e sang de Danton t'étouffe. — Ah! brigands, riposte Robespierre. C'est donc Danton!... » l^e nouveau la sonnette de Thuriot coupe sa phrase. « Lâches, murmure-t-il, pourquoi ne l'avez-vous pas défendu r » Alors il recule. Comme affolé, il va chercher asile sur les bancs de la droite. « N'avance pas, lui crie Féraud, ne sais-tu pas que c'est ici que s'asseyaient Condorcet et Vergniaud. » Robespierre rebrousse chemin vers la tribune. Il n'a plus de voix. La sonnette l'a vaincu. Alors Louchet, Loiseau, Charles Duval proposent le décret I' d'accusation. Billaud demande l'arrestation immédiate. Robespierre veut parler. « Tu n'as pas la parole, » répètç

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encore Thuriot. Pendant qu'on mettait aux voix le décret d'accusation, Robespierre roulait entre ses doigts un petit canif ouvert. Il regarda les tribunes, comme s'il se demandait quel effet produirait

une tentative de suicide sous leurs yeux. Au cri :

« Aux voix ! ( I ) -) la Droite .

la Plaine, les Montagnards, tous sont debout.

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