‹ Le 9 thermidor, d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 7 sur 12 · I. "arrestation est décidée · texte numérisé non relu

I. "arrestation est décidée

Augustin Robespierre et Lebas, qu'on aurait facilement épargnés, ont seuls le courage de demander à partager le sort de leur chef. Tandis qu'ils se solidarisent avec lui, Saint-Just tremble.

Gouthon, qui caresse son chien, montre ses jambes paralysées à ceux qui lui reprochent de vouloir escalader le trône. On les adjoint tous les quatre à Robespierre, et comme les huissiers entraînent vers la sortie les députés proscrits : « Eh, mes amis! dit encore (Gouthon aux Dantonis-

tes, croyez-vous que je partage les crintes de ce monstre? » (2)

f.a lutte est terminée. Surpris, effrayés de leur victoire.

De

lîillaud- ]' arc unes.

;sin anonyme. (Bil)lioth«j([ue Kstainpcs.

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(1) Coiirlois. Hupport, p. 71.

(2) H(Miss{>l. Le Chùienii des Tiiilcrics. Il, 'M'k.

les Conventionnels dépêchent hâtivement le reste de la séance. A 5 heures, il n'y a plus personne dans la salle. Les vainqueurs commettent la faute de laisser dans Paris le champ libre à la Commune. Celle-ci avait prévu une « journée ». Trois nommes la dirigeaient : Fleuriot-Lescot, petit commis d'architecte, marié à une costumière de théâtre (i) et dont la Révolution avait fait un des lieutenants de Fouquier; Payan, d'abord juré du Tribunal révolutionnaire, membre actif des Jacobins, agent national de la Commune depuis le g Germinal, époque où il avait remplacé Chaumette, un de ceux qui avaient le plus maltraité, la veille, Billaud aux Jacobins; puis Hanriot, l'homme d'action, le grand sabre de la bande. Tous trois, convaincus qu'en temps d'insurrection, quand les lois se taisent et que la hiérarchie des pouvoirs est intervertie, une municipalité révolutionnaire est le dépositaire immédiat de la Souveraineté du peuple et ne reconnaît pas d'autre autorité, tous trois avaient résolu, comme au lo août, au 3i mai, de prendre et d'exercer momentanément le pouvoir suprême. Leur plan était celui qui avait si bien réussi pour vaincre les Girondins. Il s'agissait de jeter sur la Convention les cohortes jacobines tandis que la masse, rangée en armes derrière ces enfants perdus, ignorerait même la cause et le but du mouvement.

Les précautions militaires, déguisées sous le prétexte de préparer la fête de Viala et Bara, avaient été prises par Hanriot avant 9 heures du matin. Il disposait de toute la force armée. Aussi bien des bataillons des sections, que des troupes régulières de la 17c division. Il avait donc convoqué à la maison commune les chefs de légion et les adjudants généraux. Fleuriot-Lescot depuis qu'il est rentré des Jacobins, n'a pas quitté la mairie qu'il habitait. Vers onze heures du matin, comme il y avait séance municipale, il se rend à l'Hôtel de Ville où Payan l'attendait avec impa-

(1) Aichivcs Nationalos, Série T. 501.

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tience(i). Après un court conciliabule, les instructions de la dernière heure furent lancées. La première légion reçut peu après midi, l'ordre de se masser place de la Maison- Commune. Hanriot, vers la même heure, faisait battre la générale dans tous les quartiers, appelait à l'Hôtel de Ville toute la cavalerie, sous les ordres d'Aymard, demandait 400 hommes à Mathis^le chef de la troisième légion, tandis que Fontaine, son adjudant, appelait sur la place de Grève, les canonniers de la section des Arcis avec leurs canons. A cette heure-là, Henriot avait reçu de l'huissier de la Convention Courvol le décret lui enjoignant de se rendre à la barre, ainsi cjue Fleuriot-I.escot et Payan. Lorsque Courvol s'était présenté à lui, Hanriot était déjà ivre. L'huissier demandait à Fleuriot-Lescot reçu du décret. Le général lui arracha la plume des mains. « Je t'en f..., cria-t-il à Courvol, on ne donne point de reçus dans un moment pareil, va-t'en dire à tes j...-f... de scélérats que nous sommes ici à délibérer pour les purger. » Puis se ravisant : « Gardez-moi ce drôle-là, » dit-il aux gendarniës qui l'entouraient. Vers 3 h. 1/2, un aide de camp d'Hanriot fit relâcher Courvol. « Dis à Robespierre qu'il soit tranquille et qu'il n'ait pas peur. Va, mon camarade, tu m'entends bien, va! » Courvol ne se fit pas répéter la consigne. Il courut à la Convention convaincu qu'il avait mérité des félicitations. Quand il s'approcha de Thuriot qui présidait, on venait de voter l'arrestation des robespierristes. « Va te faire f.... F... -moi la paix. Tant pis pour toi! » lui cria Thuriot en guise de consolation (2). Il était d'ailleurs de bonne humeur. Le (Comité de Sûreté générale avait à 3 heures fait mettre en état d'arrestation Payan et l'avait dirigé sur la Forcé. Taschereau, arrêté peu après avait été conduit à l'hôtel Talaru, rue Richelieu et quant à Dumas, président au Tribunal révolutionnaire, on l'avait cueilli sur son siège même, sans que cette aventure inter-

(1) Courtois, l'apiers inédits de Robespierre.

(2^ D'Héricaiilt. La licvoliition de Thermidor, p. h'I'^.

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rompit la séance du tribunal (i). Les événements du jour d'ailleurs ne retardèrent pas le départ des condamnés. Fouquier-Tinville, sa besogne faite, s'en alla diner à l'île de la Fraternité, en face du Pont- Rouge, chez son ami Vergne. Il y avait là, à table, Coffinhal et Scellier, tous deux vice-présidents du Tribunal révolutionnaire; Gribauval, un des substituts; Desboisseaux, un des membres les plus ardents de la Commune et un juge au Tribunal criminel. Pendant le dîner, on entendit battre la générale, mais ce ne fut qu'au dessert que Fouquier connut les arrestations. Il s'empressa de regagner son cabinet au Palais. On lui dit que Fleuriot-Lescot était venu lui parler et le priait de se rendre -à la Maison-Commune. Il n'eut garde de se fourvoyer dans un endroit aussi dangereux et s'enferma dans son cabinet où il attendit les événements jusqu'à minuit et demi (2).

Vers 4 h. 1/2, c'est-à-dire à l'heure où Fouquier-Tinville était encore à table, on avait appris, au Palais de Justice, l'arrestation de Robespierre et de ses complices. La gendarmerie chargée du service des Tribunaux venait, par ordre d'Hanriot, de se ranger devant le palais. Elle comptait deux compagnies et passait pour très dévouée aux Comités. Dans la matinée, Hanriot, le pistolet au poing, avait maltraité quelques-uns des hommes qui la composait, et un peu avant 4 heures, il avait enjoint à un gendarme qu'il rencontrait, en lui appuyant son pistolet sur la poitrine « d'aller dire à son coquin de commandant d'assembler promptement sa troupe ». Vers 5 heures, Fontaine, accompagné de douze canonniers vint enjoindre au lieutenantcolonel de la gendarmerie Botot-Dumesnil de se constituer en arrestation. Le gendarme qui, frère du secrétaire de Barras, n'ignorait pas la gravité de la crise, discuta l'ordre qui était irrégulier. Fontaine s'en fût à la Commune,

(1) Gampardon. Le Tribunal Rét'olutiunriaire de Paris, I, p. ^18.

(2) Fouquier-Tinville. Mémoire.

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