‹ Le 9 thermidor, d'après les documents d'archives et les mémoiresChapitre 8 sur 12 · ÉTAT-MAJOR-GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

ÉTAT-MAJOR-GÉNÉRAL

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Huuriol : Lt-ttie à Foiiquiei-'l'im'ille avec (iniiolalii)n de la /nain

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(Archives NationaK-s.)

et apporta im ordiv signé Payaii et Klouriot. « Les condamnés, rapporte Botot-Dumesnil, étaient sur le point de partir: beaucoup de canonniers étaient au Palais de

Justice; les gendarmes paraissaient s'agiter; la moindre résistance de ma part pouvait produire l'insurrection que voulaient sans doute Hanriot et ses complices. J'ordonnai aux gendarmes de rester à leur poste et je m'en fus, escorté de douze canonniers, à la maison de discipline militaire, rue du Bouloi (i). » A peine Fontaine et son prisonnier étaient-ils partis qu'une ordonnance apporta un paquet pour le lieutenant-colonel. Il fut ouvert par le lieutenant Degesne. « J'y trouvais, dit celui-ci, une lettre du citoyen Herman qui enjoignait de mettre sur-le-champ à exécution les décrets de la Convention Nationale qui mettaient Hanriot et d'autres en état d'arrestation (2). Degesne assembla ses gendarmes et se rendit à l'État-major. Il constata l'absence de ceux qu'il venait arrêter et se disposait à se retirer quand il fut invité de se rendre à la Maison commune à la barre du Conseil général. Il ignorait que la Commune de Paris était en insurrection contre la Convention. « Je crus, dit-il, devoir obtempérer à cette invitation. Lorsque je fus entré dans la salle du Conseil, je fus environné de gendarmes et conduit presque en face de Fleuriot qui, dans ce moment-là, présidait. Fleuriot me demanda qui j'étais et ce que je venais faire. Les municipaux, qui étaient venus me chercher, demandèrent à ce que je sois arrêté, désarmé et incarcéré. La proposition fut mise aux voix par le maire et passa à l'unanimité. Élevant alors le décret au-dessus de ma tête, je dis d'une voix ferme : « Je « vous avertis que c'est un décret de la Convention Nationale « dont je suis porteur. » Ou me hua de toutes parts. On m'arracha le décret de la main et la lettre de Herman que Payan et Fleuriot chiffonnèrent avec colère. A l'instant, la garde qui était là, s'empara de moi avec zèle, me désarma et m'emmena hors de la salle, tandis que les municipaux, de dessus leurs bancs, me poursuivaient des cris de : « Vil

(1) Courtois. Rapport, XXXI, 2« pièce.

(2) Courtois. Rapport, XIX, 9^ inhc.o..

LA .ioiHNi:r. Dr o thkkmidou i?.-»

« esclave, tu nous menaces, mais demain tu seras guillo- « tiné (i). »

A l'Hôtel de Ville, en effet, l'exaspération était grande. Toute la journée, les mauvaises nouvelles n'avaient cessé d'arriver. Vers deux heures, Didier, l'un des gardes du corps de Robespierre, avait quitté la Convention et semé l'alarme parmi les partisans de l'Incorruptible (2). Alors Henriot avait armé ses aides de camp, chargé l'un d'eux. Ulrick, d'aller convoquer la section des Gravilliers pour l'emmener à l'Hôtel de Ville. Un autre avait été dépêché à Chardon, le chef de la 4'-' légion, avec l'ordre de faire fermer les barrières et d'avertir à son de caisse les officiers municipaux d'avoir à se rendre à la Maison commune. Bazanerie, commandant en chef de la section du Temple que Talbot, membre de la Commune, conduisait à l'Étatmajor, y trouvait, vers trois heures, Hanriot criant à tuetète qu'il fallait que toutes les sections lui obéissent. Il enjoignit à Bacanerie de faire battre la caisse et de mettre toute la section sous les armes. De même on battit la caisse dans toutes les sections (3\ Quand, un peu plus tard, Hanriot eut connaissance de l'arrestation de Robespierre, il monta à cheval et se dirigea par la rue Saint-Antoine vers le faubourg. Les ouvriers qui habitent ce quartier étaient très tranquilles et dans une parfaite ignorance des événements {4). Lancé au galop, sabre nu, criant : « Aux armes ! Aux armes ! Les coquins et les scélérats triomphent, ils viennent d'arrêter Robespierre et tous les meilleurs patriotes. » Hanriot s'efforçait de soulever le faubourg (5).

Les voitures, amenant les condamnés, cheminaient vers la place de l'exécution. La pluie tombait. Elle chassa l'escorte habituelle de tricoteuses et de sans-culottes qui

(1) Courtois. Rafjpoit. XIX. 9» pièce.

(2) Archives Nationales, F^ 4433.

(3) Archives Nationales, AF II, 47.

(4) Rapport Courtois. X.XXIX, Rapport de Dti/ac.

(5) Rapport Courtois, fbi'd.

irO LE 0 THERMIDOR

accompagnait les condamnés en les insultant. Le peuple travailleur s'approcha des charrettes. Les gendarmes, désorientés par les arrestations de leurs chefs, se relâchaient dans leur consigne. Quelques spectateurs engageaient les condamnés à se sauver. D'autres demandaient qu'on tournât bride et qu'on les reconduisit en prison. Hanriot survenant fit presser la marche du convoi (i). Puis, revenant vers l'Hôtel de Ville, il enleva Payan, qu'un agent du Comité de Sûreté générale et un gendarme conduisaient à la P^orce, et fit emprisonner les deux gardiens après les avoir roués de coups de plat de sabre. Dulac, qui observait au faubourg Saint-Antoine pour le compte du Comité de Salut public, se hasarda à cette nouvelle à entrer à la Force. « Dans ce moment, le concierge reçut un ordre de la police municipale pour faire remettre en liberté Vilate, juré du Tribunal révolutionnaire, incarcéré depuis peu de jours (2). » Un moment plus tard, on vint chercher Boulanger, général de la garde nationale.

Hanriot, cependant, avait ramené Payan à l'Hôtel de Ville oii on l'avait accueilli à bras ouverts et où on lui avait aussitôt fait signer l'ordre d'arrestation de Botot- Dumesnil. Une lettre d'Herman venait de révéler que Robespierre et ses amis étaient enfermés au Comité de Sûreté générale. « Je vais les délivrer, » cria Henriot. Et entraînant avec lui Deschamps, le coureur de Robespierre, Martin, juge de paix de la section des Gravilliers, à la tête de la gendarmerie du Luxembourg, il galope par la rue Saint-Honoré vers le Pavillon de Marsan. « Hardi, Hamriot! lui crie Massard, membre du Comité révolutionnaire de la section des Amis de la Patrie. Nous te soutiendrons au péril de notre vie. » A la barrière des

H) iVIorellct. Le Cri des Familles. — lieaulien. Essais /lislorif/ites sur les causes et les effets de la liefolution de France ai'ec notes sur <inel(fue% événeineids et iaslitiitians.

{•!) Kiippoil Coiiilois. XXXIX. Ila/>/)(>rt Dn/ac.

i.A .loi RNi:i; Dc (| thi:r.mii)()R 137

Sergents, Hanriot fait halte pour haranguer des ouvriers auxquels il a | firme que Ton a soudoyé des assassins pour tuer Robespierre; puis il se précipite au galop sur la place du Palais Fgalité, arrête Merlin de Thionville qu'il fait incarcérer au poste du Palais qu'occupaient les forces de la section de la Montagne. Mais le Conventionnel n'eut pas

En~iéle du papier à lettre du i'omité de Siin'eillauee de Lille. (Archives Nalionales.)

de peine, sitôt qu" Hanriot eut tourné les talons, pour se faire relâcher par des sectionnaires qui n'avaient rien de robespierristes (i ).

(Courtois et son collègue, Robin de l'Aube, dinaient chez le traiteur Berger a quelques pas du Palais Égalité. Ils avaient vu la scène et accoururent. Courtois réquisitionna le poste, tandis que Merlin haranguait quelques gendarmes sous le commandement d'un lieutenant et les entraînait au secours des Comités 12). Au Pavillon de Marsan, Hanriot

(1) Moniteur. Dis»i»iiis île McmIIii. St-aturi) Kiippnit Courloi-.. Hvcit de l{<d)iii.

(le iiuil (lu '.( therinidor,

LE n THERMIDOR

avait pénétré sans difficultés jusque dans la salle où étaient enfermés Robespierre et ses amis. Il vit Amar se sauver à toutes jambes, tandis que Ruhl criait : « Arrêtez-moi ce scélérat ! » Hanriot s'élance sur Ruhl. Il rencontre l'étreinte d'un caporal. « A moi, ma gendarmerie! » crie-t-il. Alorô c'est une mêlée. Ruhl a disparu. Des sectionnaires de la Montagne arrivent. Robin amène ses gendarmes. Dossonville, premier agent du Comité, ordonne aux grenadiers de la Convention de cerner Hanriot et ses aides de camp. Quelques instants après, ils sont solidement garrottés. Robin les fait conduire au Pavillon de Flore où Barère et Billaud-Varennes les voient arriver à contre-cœur. Le Comité de Salut Public ne se soucie nullement d'attirer sur le pavillon où il est installé les efforts que la Commune peut tenter pour délivrer son général. On renvoie donc les prisonniers au Comité de Sûreté Générale. Ils traversent la cour au milieu des huées, car les sections fidèles à la Convention commencent à envoyer des renforts (i). Il est entre sept heures et sept heures et demie du soir. Les partisans de la Commune s'agitent encore dans la foule. Poultier saisit l'un d'eux au collet et le fait saisir (2). On remarque qu'Hanriot fait des signes aux deux Robespierre. On envoie donc les députés en arrestation au Secrétariat avec leurs gendarmes (3). On leur donne à dîner et on les dirige sur différentes prisons : Couthon à La Bourbe, Saint-Just aux Écossais, Lebas à la Conciergerie, Augustin Robespierre à Saint- Lazare, Maximilien au Luxembourg. Dossonville n'est plus au Comité de Sûreté Générale. Il s'est rendu à la Force et là, il a réconforté le Concierge le persuadant de garder Vilate et de se mettre aux ordres de la Convention (4). Cette intervention se produisait en temps

(1) Dossonville. Papiers de mon cabinet. — Rapport Courlois. — Barère. Mémoires.

(2) Moniteur. Discours de Poultier. Séance de nuit du 9 thermidor.

(3) Courtois. Rapport, p. 66.

(4) Dossonville. Papiers de mon cabinet.

LA JOURNLE 1)1" Q THKRMIDOR 1 59

utile : Lebas, que l'on refusera tout à l'heure à la Conciergerie, Augustin Robespierre que l'on refusera d'écrouer, au greffe de Saint-Lazare, y seront reçus et incarcérés, mais, depuis la visite de Dulac, le congierge de la Force n'avait eu aucune nouvelle des Comités et il recevait des administrateurs de police, de qui il dépendait, des ordres dictés par le dévouement à la cause robespierriste. Cette toutepuissance des administrateurs de police sur les prisons, était un reste des pouvoirs qu'avait usurpés la Commune de Paris, à la faveur des événements du 3i Mai. Deux de ces administrateurs, cependant, étaient réputés vendus aux Comités. C'étaient Michel et Benoît. On mit le premier en arrestation à 5 heures du soir. Faro et Jonquoy, malgré ses protestations, le traînèrent à la chambre d'arrêt de la mairie et Benoît l'y rejoignit bientôt après (i). Les autres étaient des solides, sauf Guyot que Courtois qualifie de trop honnête pour avoir eu le secret de ces messieurs. Celui-là, aussitôt qu'il arriva à la Mairie, on l'avait envoyé au conseil qui siégea de une heure et demie à près de trois heures dans la salle Egalité. Restaient Faro, Henr^', Lelièvre, Quenet, Tanchon, Bigant, Witchéritz. Faro, qui aspirait à être seul à la tête de la police de Paris, l'écharpe sur sa chemise, présida toute la journée les travaux du bureau déployant une activité fébrile (2). Pendant que se tenait la première séance du Conseil général, les administrateurs du département de Police avaient de la sorte adressé une circulaire aux concierges de toutes les maisons d'arrêt « leur enjoignant sous leur responsabilité, de porter la plus grande attention à ce qu'aucune lettre ni aucun papier ne puisse entrer ni sortir de la maison, dont la garde leur était confiée, et, leur defend^mt de recevoir .'lucun détenu ni de donner aucune liberté c]ue par le.s

(1) Archives Nationales, F"'' 4774^6. Déclaration de Minier, employé à lu mairie.

(2) Courtois. Rapport, p. 51.

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ordres de radministration de police (i) ». Ainsi, à la chute de la nuit, malgré Taffluence de troupes et de foule qui entoure la Convention, la situation de celle-ci est précaire. Vouland, à qui un observateur rend compte.de ses impressions, se préoccupe de ce qui peut être tenté contre les Comités. Plusieurs députés n'ont pas osé s'éloigner de la Convention. D'autres y sont retenus par la pensée qu'il peut y avoir quelque bénéfice à tirer de leur assiduité. Dulac, un des agents du Comité, rencontrant entre sept et huit heures Barras, lui fait part des inquiétudes de Vouland. Barras le regarde d'un air railleur et lui réplique avec un peu de dédain : « Je pensais que le Comité de Sûreté Générale avait entre les mains tous les nioyens d'assurer sa propre sécurité (2) », et pivotant sur ses talons, il va séances, où il cause avec

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s'asseoir dans la son ami Fréron.

Au contraire, place de Grève, Tenthousiasme était grand, Les gendarmes de l'Intérieur, les canonniers, les ci-devant

(1) Courtois. Jia/j/)oil, p. 102.

(2) Ba/jjjori Courtois. XXXIX. Hapfwrl de Dulac. — Dulac .-ircusc Bîinus de no pas lui uvoii- donné d'ordics. Le coinnutiidcincnl do Biiri-as n'u romincncé (prapics rcnvaliis!-eni(nl (]u Comilc (Je Sûreté générale par Col tin liai.

LA JOrUXir DT' () THrUMIDOR l()I

gardes des ports, manifestent la joie la plus débordante. On vient d'apprendre que la Société des Jacobins s'est assemblée à cinq heures et s'est déclarée en permanence, comme la Convention. Au lieu d'Élie Lacoste qui est conventionnel et suspect, elle a choisi pour la présider Vivier, ancien avoué, juge au Tribunal du 3*^ arrondissement. Le Comité de Sûreté Générale lui a fait demander le manuscrit du discours lu la veille par Robespierre. L'assemblée vient de se déclarer incompétente pour répondre au Comité de Sûreté Générale. Ses sentiments ne sont d'ailleurs pas douteux. Brival, conventionnel qui a voté l'arrestation de Robespierre, est chassé ignominieusement et immédiatement radié (i). A la Commune de Paris, le Maire vient de convoquer le Conseil Général. Du département de police, une lettre de Faro et de Lelièvre lui par- \'ient : « Nous avons reçu deux ordres des Comités de Sûreté générale et de Salut public pour mettre en arrestation les personnes décrétées aujourd'hui. Nous te prévenons que les ordres sont dans les cartons, que nous avons ordonné que Boulanger et Vilate soient mis en liberté. Nous renvoyons à la Commune Couthon qui vient d'être décrété d'accusation. Nous sonimes fermes à notre poste et la République triomphera (2) ». Le Conseil Général de la Commune entre en séance.

(1) Aulard. La Société ilex Jacuhm^. V| -JS!»--.».»!

(2) Courtois. Rapi>ort, [>. 101.

La Fin du Drame.

L règne une telle confusion à l'Hôtel de Ville que Bochard, le concierge de la Maison commune, prétend ne s'être rendu compte de la révolte du Conseil Général que vers sept heures du soir, quand le Maire lui a ordonné de sonner le tocsin (i). Il y avait à ce moment une heure environ que sous la présidence de Fleuriot-Lescot, le Conseil avait déclaré ne pas reconnaître d'ordres des Comités, demi-heure qu'en réponse au décret d'arrestation d'Hanriot et des autres, il avait mis les citoyens décrétés d'arrestation, sous la sauvegarde du peuple, qu'il avait lancé mandat d'amener contre Lasne, commandant de la section des Droits de l'Homme, qui refusait de laisser sortir ses pièces de canon. Le début de la séance témoigne de la plus grande ardeur. Le Conseil délibérait dans un milieu chauffé à blanc, où toute opposition, toute résistance eussent été impossibles. Partout, les mesures militaires prises par Hanriot, le rappel, la générale battue dans les sections, le tocsin sonné aux environs de la Maison commune avaient rempli les rues de curieux et d'enthousiastes, encadrant les troupes des sections et l'artillerie qui marchaient vers l'Hôtel de Ville. Au premier moment, la Commune avait à sa disposition dix-sept compagnies de canon-

(\) l'^ckiird. La Vérité rétablie sur quelques-uns des principaux événements du 9 Thermidor (an II). Pièces justificatives, n" XXXVI. Déclaration positive du sieur Bochard, concierge de la Maison commune.

LA FIN DU DRAME l63

niers. Les premiers arrivés place de Grève furent les canonniers de Mucius Scœvola, les derniers ceux de la Section des Droits de l'Homme qui parurent enfin vers dix heures du soir, après rincarcération de Lasne. Et le tocsin qui sonnait toujours, faisait affluer les sectionnaires des Sans-Culottes, du Muséum, des amis de la Patrie. Ces troupes ignoraient, pour la plupart, la cause de leur réunion. C'étaient des soldats qui marchaient par ordre, et seuls quelques commandants en chefs de sections, comme Richard de la Réunion, se demandaient qui avait succédé à Hanriot» décrété d'arrestation. C'est alors que le Conseil général ayant désigné Giot, Fleuriot-Lescot renvoya Richard en lui disant : « Tu ne seras plus embarrassé : voilà un général! (i) ». Ce malheureux Giot, adjudant général de la ir^ légion, qu'on avait envoyé chercher au Temple où il était de garde, était non seulement sans connaissances stratégiques naais incapable d'initiative et même hors d'état d'interpréter sainement les consignes qu'on lui donnait. De son propre aveu, il n'a rien compris aux événements auxquels il était mêlé et, bon soldat, rompu à la discipline, autant que détestable général, il s'est contenté de perdre la tête (2). Les Robespierristes expiaient par ce choix la haine qu'ils n'avaient cessé de porter au militarisme et la crainte que leur avait inspirée en tout temps une épée puissante aux mains d'un soldat de génie.

Le Conseil général de la Commune avait une déception plus immédiate. Tandis que P'ouquier-Tinville faisait sourde oreille à ses invités, deux hommes qu'on avait considérés comme purs Robespierristes, Herman et Lanne, adjoints aux administrations civile, police et tribunaux, avaient sous l'empire de la terreur fait défection. Lorsque les décrets de la Convention étaient arrivés à Fleuriot- Lescot sous leur contre-sceau, il n'avait pu dissimuler sa

(1) Archives Nationales, W 80. Déclaration de Richard, commandant en chef de la section de la Réunion.

(2) Archives Nationales, \V. 7î«.

iCjj. ^ LF. 0 THERMIDOR

surprise douloureuse (i). Cependant, les nouvelles qui arrivaient de la Convention étaient des plus rassurantes. Le substitut de l'agent national, Lubin, qui était allé à l'Assemblée, rapportait que la consternation y régnait. D'après Bernard, membre du Conseil général, la Convention était cernée dans le Palais National et gardée à vue par les Jacobins, dont « Vcsprit, disait-il, est excellent et énergique (2) ». Enfin, la défection de Lanne et d'Herman était contrebalancée par l'adhésion de Lerebours, directeur de la Commission des secours publics, qui se transportait à la Commune et livrait au Conseil général un portefeuille de papiers qu il avait soustrait aux Comités. Il y avait là, disait-il, la preuve de leurs agissements antirévolutionnaires. Enfin, si Fouquier-Tinville était inabordable, on pouvait compter sur plusieurs des jurés du Tribunal révolutionnaire. L'un d'eux, Chatelet, était venu de sa personne apporter l'assurance que sa section se joindrait au parti de la Mairie (3); d'autres, Chrétien, Nicolas, Didier, Gérard, Renaudin, luttaient dans leurs sections pour la cause de Robespierre. Garnier-Launay, juge au Tribunal révolutionnaire, un de ceux qui, la veille au soir, à la sortie des Jacobins, avaient ramené Robespierre chez Duplay, essayait de convaincre la Section des Piques qu'il fallait ordonner qu'une partie de la force armée se portât à la Commune. Il tentait d'entraîner les suffrages en s'appuyant sur ce qui venait d'être dit aux Jacobins et sur l'exemple de plusieurs sections qui s'étaient déjà portées à la Place de Grève.

(1) D'Hér'uwuilt. La lifuo/uiiun (U 1 lirrniidot . p. 'iH\. SucicssivoiiuMit lUge (\i' (lislrict. j)rosideiil (lu dép<irt<'iiifnl , <lu Tribiiiiiil «liiiiiiiel. (lu Irihuiiiil lévolnlioiinaire, ministre (l<^ rinlérieiir. Herinaii avnitf'U; une do'* plus hiuiles personnalités judu-iaires de Ja Teneur. Inlimeineiit lié avec Lebas. il lut «ondauini! à ujort. lors du pio«rès de Kouquier-Tifiville. Lanne, qui mounil ave<; lui était l'un des témoins de l'acte de naissance de l'enfant de Lebas.

(2) Archives Nationales, V^ Wkl .

(3) Canipai'don. Le Tribunal réi'u/iitionnaire. Il, pièces juslilicalives : Hésurné du procès de l'ouffuier-l'inville. par Caml)«»n du (iard.

l66 LE 9 THERMIDOR

Mais le Comité civil lui répondait sèchement qu'il ne connaissait pas de Jacobins tant quHl n'avait pas d'ordres de la Convention Nationale et qu'il se refusait à faire marcher la force armée (i). Enfin, les Communes des environs, telles que Belleville, Choisy-sur- Seine, Bercy, Montreuil-sous-Bois se déclaraient prêtes à voler au secours de leurs frères de Paris « avec tout le zèle de vrais républicains » [2). Pour soutenir l'enthousiasme, Fleuriot- Lescot et Payan entassaient manifestes sur manifestes. La Convention avait décrété d'accusation les Robespierristes : la Commune offrait une couronne civique aux généreux citoyens qui arrêteraient les ennemis du peuple, les scélérats « qui avaient osé plus que Louis XVI lui-même, puisqu'ils avaient mis en arrestation les meilleurs patriotes ». Mandats d'amener étaient lancés contre Collotd'Herbois, Amar, Léonard Bourdon, Dubarran, Fréron, Tallien, Panis, Carnot, Dubois-Crancé, Vadier, Javogues, Fouché, Granet, Moïse Bayle, pour délivrer la Convention de l'oppression où ils la retenaient. Fleuriot-Lescot et Payan lançaient également une proclamation violente contre les Thermidoriens et les Comités : « La patrie est plus que jamais en danger; les scélérats dictent des lois à la Convention qu'ils oppriment : Robespierre qui fit déclarer le principe consolant de l'existence de l'Être Suprême et de l'immortalité de l'âme, Saint-Just, cet apôtre de la vertu qui fit cesser les trahisons du Rhin et au Nord, ainsi que Lebas qui fit triompher les armes de la République, avec Couthon, ce citoyen vertueux qui n'a que le corps et la tête de vivants, mais qui les a brûlants de l'ardeur du patriotisme; Robespierre le jeune, qui présida aux victoires de l'armée d'Italie. Quels sont leurs ennemis? Un Amar exnoble de trente mille livres de rente ; Dubarran vicomte et des monstres de cette espèce; Collot-d'Herbois, ce partisan de

(1) Archives Nationales, W 79. Section des Piques, Comité civil. Séante du 9 thermidor.

(2) D'Héricault. La Révolution de Thermidor, 451-452.

LA FIN DU DRAMi: lOJ

rinfàme Danton, comédien qui dans l'ancien régime avait volé la caisse de sa troupe; ce Barère qui appartient à toutes les factions tour à tour, et qui a fait fixer les prix des journées des ouvriers pour les faire périr de faim. Voilà les scélérats que le Conseil te dénonce. Peuple lèvetoi! Ne perdons pas le fruit du lo Août, du 3i Mai et précipitons au tombeau tous ces traîtres ( i ). » Le secrétaire greffier Blin et les employés du bureau passèrent plusieurs heures à recopier cette proclamation à de nombreux exemplaires que l'on envoya dans les sections.

Certes, c'était merveille que d'épancher ainsi la plus belle rhétorique révolutionnaire, mais la Commune pensa cependant que des proclamations il fallait passer aux actes. Vers huit heures, deux membres de la Commune, Coffinhal et Lumière, reçurent l'ordre de se transporter au Comité de Sûreté générale pour rendre à la liberté Robespierre, Couthon et « tous les amis du peuple » qui y étaient détenus (2). Ils descendirent sur la place de Grève, rassemblèrent deux ou trois cents canonniers, une poignée de gendarmes, les restes de l'État-Major d'Hanriot et quelques patriotes enthousiastes. Cette troupe, par la rue de la Verrerie et la rue Saint-Honoré, arriva sur la place de la Convention et braqua douze pièces contre le Comité de Sûreté générale. Partie des canonniers précédés par Coffinhal, Lumière et Damour, juge de paix des Arcis, pénétrèrent dans la petite cour qui précédait Ventrée. Là, ils surprirent le représentant Taillefer et des employés que l'on maltraita. Mais on avait hâte de délivrer Hanriot. Les gendarmes, qui le gardaient, se laissèrent prendre sans plus de résistance que l'escorte d'Hanriot deux heures avant. Hanriot monta à cheval mais, refusant d'écouter Coffinhal qui voulait enlever la salle des séances, il s'empressa d'obéir à l'arrêté de la Commune qui lui ordonnait de se rendre à l'Hôtel de Ville. S'il eût écouté Coffinhal,

(1) Courluis. Pa//iers inedils de Ilobespierre.

(2) Courtois. Rapport, p. 55.

I()S LV. q THFRMIDOR

la victoire était assurée. Ni les Conventionnels ni les tribunes n'étaient en état d'opposer une résistance quelconque. Quant à la garde de la Convention et aux compagnies de Sectionnaires postées aux environs des Tuileries, on en aurait eu facilement raison.

Les m.embres du Comité de Salut public s'étaient enfuis et a\'aient cherché asile dans la salle des séances. Les Conventionnels, qui avaient si maladroitement suspendu leur séance à cinq heures, l'avait reprise à peu près au moment où l'on avait expédié aux prisons les députés arrêtés. Par les fenêtres ouvertes, ils entendaient le tocsin, la générale et chacun de ceux qui prenaient la parole venait entretenir l'Assemblée des dangers qu'il avait courus. Poultier, Brival, Goupilleau, Merlin, Bourdon, prouvaient clairement par le récit de leurs mésaventures de la journée, que la qualité de Conventionnel était, dans tout Paris, un titre à la proscription (i). Billaud-Varennes, Collot d'Herbois, La Vicomterie, Vouland, cachés dans la petite salle derrière le bureau du président, aussi abattus dans le péril qu'ils étaient insolents et cruels dans la prospérité de leur pouvoir (2), avaient perdu la tête et jugeaient la situation désespérée. Legendre travaillait à unir la Plaine et la Montagne. Rovère, Fréron, Lecointre, prêchaient le courage et l'énergie et distribuaient des armes à leurs collègues. Dans sa prostration, Billaud avoua que si l'on avait peu de soldats, on n'avait plus de général : Aymard était, depuis plusieurs heures, prisonnier d'Hanriot. A ce moment, il y eut un conciliabule entre Vouland et Fréron. « Connais-tu, disait Vouland, un moyen de .sauver la Représentation Nationale? — Il n'y en a qu'un, répondit Fréron, c'est de faire nommer par la Convention, des représentants pour diriger la force armée de Paris, et de faire lever les sections. — Quels représentants? demanda Vouland. — Barras acceptera, répondit Fréron, il

(1) Moniteur. Séance du 9 Thermidor, soir.

(2) Hiirrj.s. Mémoires, II, 189- l'K».

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