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pouvait dire qu'aucun homme ne lui fut semblable, qu'aucun n'observa au même degré les commandements du Très-Haut, il fut comblé des faveurs de Dieu et l’objet de la bienveillance et de l'amour de tous. Loin de s’en glorifier, il rapportait tout à la grâce; rempli d’une profonde humilité, il connaissait l'esprit d'orgueil qui cherche à se produire dans de semblables circonstances. Il évita toujours avec soin les coups de l'ennemi, afin de ne pas tomber, ébloui par les nuages trompeurs des flatteries humaines, dans l’abime de l’orgueil. Comme tout ce qui vit devant la face de Dieu, il marchait en sa présence, toujours prêt à aller là où l’appelait l’inspiration de l'Esprit. Il méprisa les honneursterrestres, et n’estima pas plus la mitre ou la crosse épiscopale que la besace et le bâton du moine.Il n’aima rien ici-bas, si ce n’est le Christ et sa justice (4). »
(1) Sighart, 177,
Science du B. Albert.
Il est temps de parler de la science d’Albert. C’est elle qui lui a valu dès son vivant le surnom de Grand. Ses contemporains disaient de lui qu’il possédait toutes les connaissances qu'il est possible d'acquérir. à
Alexandre IV, en annonçant aux membres du clergé de Ratisbonne qu'il leur avait donné Albert pour évêque, lui décerna les plus grands éloges. On lit dans le Bullaïre Dominicain, que Pie IT, dans un discours prononcé à Mantoue, lui donna le titre de Bienheureux et de Docteur de l'Eglise. Saint Antonin le proclame un homme qui illumine le monde par la sainteté de sa vie et par la réputation de sa science.
Ces éloges et tant d’autres que nous passons sous silence ne sont pas exagérés: car la science d'Albert tient vraiment du prodige. Ses œuvres se composent de 21 volumes in-folio, et depuis leur publication on a découvert 52 ouvrages dont l’authenticité est parfaitement établie et 46 autres qui doivent
D EE être l’objet d’un examen ultérieur. De sorte que la nouvelle édition des œuvres du Bienheureux com-
prendra une trentaine de volumes in-folio: On a fait remarquer judicieusement qu’il faudrait près :
d’une vie d'homme pour copier les œuvres du grand Docteur. :
Ce qui leur donne une nouvelle et prodigieuse splendeur, c’est la variété; car il a parlé de toutes les matières divines et humaines avec une fécondité et une érudition qui n’ont pas été surpassées. |
Il est une circonstance qui vient donner une nouvelle preuve de ce qu’il y a de prodigieux dans la science du B. Albert: ce sonf les diverses charges qu’il oceupa et les nombreux voyages qu'il fit. I fut prédicateur et professeur dans un grand nombre de villes d'Allèmagne; deux fois provincial, évêque de Ratisbonne, prédicateur de la croisade, légat du Pape en Pologne. I séjourna deux ans à Rome ete. Il se rendit trois fois à Paris, parcourut bien des fois l'Allemagne, la Pologne, la Souabe, la Franconie et la Bavière. Après son épiscopat on le voit construisant un grand nombre d'églises en Allemagne et dans les Pays-Bas. Enfin, après avoir été à Paris pour défendre saint Thomas, à peine de retour à Cologne, il repart pour le Coneile de Lyon. On se demande comment un homme qui a tant
voyagé a pu tant écrire, et l’on s'étonne qu'après
avoir tant écrit il ait pu tant voyager.
La 2h
en,
Afin de donner un idée plus exacte de l'étendue et de la fécondité de la science d'Albert, il nous faut jeter un regard rapide sur ses œuvres.
Elles se divisent en deux parties. La première est consacrée à la philosophie et aux sciences naturelles.
Viennent d'abord plusieurs traités sur la logique; ce sont les commentaires sur Aristote si célèbre au moyen âge, Albert nous donne la philosophie du Stagyrite complétée et corrigée.
Après la logique, la physique.
Les grands docteurs du moyen âge appelaient physique la seconde partie de la philosophie, et la définissaient: la science qui a pour objet l'étude de l'être sujet au mouvement sensible. Cette partie de la philosophie embrasse l’universalité des êtres. On le verra, depuis les minéraux cachés dans les entrailles de la terre, jusqu’au soleil qui brille au firmament, depuis l’humble insecte qui rampe sur la terre, jusqu’à l’homme, tous les êtres qui ne peuvent échapper aux lois du mouvement, ont passé par le creuset de la puissante analyse d'Albert.
Il faudra bien que l’on nous permette de ne donner ici qu’une simple énumération. Notre docteur scrute d’abord les entrailles de la terre pour lui arracher ses secrets. C'est ce qu’il fait dans ses traités de géologie et de minéralogie, Il étudie la configuration de la terre et consigne ses observations dans ses magnifiques livres de cosmographie et géogra-
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phie. De là il passe à l'étude des diverses productions de la terre et des êtres qui l’habitent. Il nous a laissé un ouvrage sur la botanique. 11 a consacré un volume in-folio à la zoologie, sans compter quelques traités spéciaux sur la même matière.
S'élevant au-dessus de ce monde, il contemple le ciel avec ses astres innombrables, et bien qu'il n'eüût pas à sa disposition les instruments qui ont fait faire à la science de si merveilleux progrès, il est cependant arrivé à des découvertes étonnantes. Il a écrit en outre des traités spéciaux sur l'architecture, la géométrie, la mécanique, la perspective, la musique, la statique, l’agriculture, la chasse, la pêche, la navigation, la-médecine. Mais c’est quand il arrive à l’homme que son génie semble s'élever à de nouvelles hauteurs. Avec quelle puissance de pénétration il analyse le corps humain, avec quelle sûreté de coup d'œil il sonde jusqu'aux derniers. replis de l’âme, avec quelle abondance, quelle précision il décrit dans des traités spéciaux les diverses facultés de l’homme, l'intelligence, la volonté, la mémoire! C’est un des plus beaux traités de psychologie que nous connaissions.
Et pour finir ce qui est du domaine de la physique, que de découvertes ne devons-nous pas au génie du B. Albert le Grand? Récemment encore la Revue catholique de Louvain (1) en énumérait plu-
(1) L'étude de la nature au moyen âge, par M. A. Proost. Livraisons de février et de mars 1873. — On trouvera dans cet article une ré
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sieurs dont notre. siècle s’est glorifié à tort d'être l’auteur. Ses biographes recueillent des légendes pleines de poésie qui le montrent transformant l’hiver dans un printemps délicieux, fabricant un automate doué du don de la parole et du mouvement. Grâce à ses découvertes, il fit tant de choses merveilleuses qu’on le prendrait pour un magicien si nous ne le voyions attaquer lui-même à outrance la magie dans un ouvrage venu jusqu’à nous.
La métaphysique, qui occupe facilement la première place après la théologie, trouva dans Albert en quelque sorte son fondateur. Aristote, il est vrai, avait laissé quelques traités sur cette matière, mais incomplets et renfermant bien des erreurs. Albert retient l’or de la vérité, le dégage de tout alliage, en construit un splendide édifice et porte si loin la perfection de cette science que ses successeurs n’eurent plus qu’à amplifier ou à préciser davantage certaines parties. C’est là qu’il nous montre les esprits célestes ; et au-dessus du monde, et au-dessus des âmes, et au-dessus des anges, il nous fait contempler Dieu autant que les forces de la raison peuvent le découvrir.
Vaine serait la science qui s’arrêterait à une froide etstérile contemplation des êtres. Toujours elle doit nous porter à aimer Dieu et à pratiquer nos devoirs.
ponse suflisante à bien des préjugés contre la physique du moyen âge.— Le R. P. Danzas dans son ouvrage déjà cité consacre un appendice aux sciences naturelles d'Albert. (T. II, app. C.)
Aussi le B. Albert, après avoir montré d’un côté
l'homme avec toutes ses facultés et toute sa gran-
“deur, et de l’autre Dieu, l'infini, le créateur, nous dévoile les relations qui existent entre ces deux êtres ; en d’autres termes les devoirs que Dieu impose à l’homme. C'est ce qu’il fait dans ses dix livres d'éthique. Dans cet ouvrage il parle longuement de la vertu et du bonheur qui en est le terme prédestiné, et ici nous retrouvons le grand Docteur avec toute la puissance de sa dialectique. La lecture de ces livres procure au savant de bien douces jouissances, en lui faisant mesurer l’immense supériorité de la morale de Jésus-Christ sur la morale du paganisme représentée par Platon et Aristote. Les œuvres philosophiques se terminent par un traité sur la politique. Avec quelle profonde sagesse Albert donne des leçons aux peuples-et aux rois!
A la vue de cet abime de science, l'intelligence s’effraye et se demande: Est-ce bien là le travail d’un seul homme? et cependant nous n’avons que
les matières traitées par ce grand Docteur dans les.
six premiers volumes de ses œuvres complètes. Il nous reste à traiter de la science théologique, à laquelle sont consacrés les 15 derniers volumes. C'est là que nous le verrons briller d'un nouvel éclat.