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Science du B. Albert (SUITE).

Avant d'étudier la science théologique du B. Albert, écoutons-le nous montrant la place qu'occupe la théologie parmi les sciences humaines. « Il la considérait comme la reine de toutes les sciences et ses décisions lui paraissaient fondées sur le roc inébranlable; sa méthode lui semblait plus sûre, son empire plus magnifique, ses découvertes plus vastes, plus nombreuses, plus célestes que celles de toutes les autres. »

Ce sont ces parages que sa grande intelligence aimait à visiter; de là il nous a rapporté de nombreux écrits d’exégèse, de dogme, de morale et d’ascétisme.

Commençons par l’Ecriture Sainte. Les écrits du B. Albert sur les livres inspirés n’occupent pas moins de six volumes in-folio. Il a commenté les Psaumes, les Lamentations de Jérémie, Baruch, Daniel, les petits Prophètes, les Proverbes, les quatre Evangélistes et Apocalypse de S. Jean. Le ca-

talogue authentique de ses œuvres non renfermées

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dans l'édition de Lyon contient des notes sur toute la Bible, des commentaires sur Job, sur les Cantiques, sur Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, et sur toutes les épitres de saint Paul.

Le B. Albert ouvre-une ère magnifique à l’explication des livres inspirés. Avec la profondeur remarquable de son génie, l’exquise splendeur de son imagination, l'étonnante richesse de son érudition, il fit de ses commentaires une suite non interrompue de chefs-d'œuvre. Le grand Docteur explique verset par verset le texte sacré, en montre le divin enchainement et en expose les sens variés. « Familier, nous dit Ozanam (1), avec les langues de l'antiquité et de l'Orient, il avait puisé à ces deux sources de la tradition des forces gigantesques. » Il avait donc une intelligence parfaite des mots et de leur valeur, ce qui donne à son interprétation une grande puissance. Mais allant plus loin, il scrute et expose les différents sens cachés. sous la lettre de l'Ecriture. Et dire que ces commentaires si beaux et si nombreux ont été écrits, alors que notre Bienheureux occupait des charges qui sufliraient à épuiser toutes les ressources. d’une intelligence même plus qu'ordinaire !

Son commentaire sur S. Luc, chef-d'œuvre d'exégèse qui forme un énorme volume in-folio, fut écrit pendant une des années de son court et laborieux épiscopat.

(1) Le Dante.

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À côté de l’Ecriture viennent se placer les Pères, seconde source de la théologie.

Albert avait lu les plus remarquables d’entre eux. Il cite sans cesse S. Jérôme, S. Augustin, S. Hilaire, D. Bernard, S. Chrysostôme, S. Damascène, S. Denis, etc. Il fit sur les ouvrages de ce dernier un commentaire et y découvrit des choses admirables sur le royaume de Dieu. Le Ciel lui-même, dans une vision célèbre, l’aida dans ce travail d’une difficulté extrème. S. Paul lui apparut et lui donna l'explication de toutes Les obscurités qui l’arrêtaient dans la composition de cet ouvrage. II nous a laissé des annotations sur plusieurs livres de S. Augustin : les Confessions, la Trinité et de l’Immortalité de l’âme, la Genèse etc., sur un opuscule de S. Jean Chrysostôme et sur les sentences de S. Prosper:

Nous voici arrivé aux écrits théologiques proprement dits de notre grand Docteur, dans lesquels il embrasse toutes les parties de cette science. Les deux ouvrages les plus importants sur cette matière, sont le commentaire sur le Maitre des sentences, et la Somme théologique.

« Le commentaire sur Pierre Lombard, qui embrasse trois in-folio,surpasse, nous dit le biographe de notre saint, tous les travaux du même genre en ampleur et en pénétration: il est curieux de voir combien l'unité apparait sous sa plume dans un ouvrage qui en manque généralement. Unissant la

LThORES prière à la science, il termine souvent ses commentaires par une ardente invocation. »

La Somme théologique de notre Bienheureux peut être considérée comme le couronnement de toutes ses œuvres. Il l’écrivit dans les dernières années de sa vie, alors que son génie avait atteint l'apogée de sa puissance. Cette Somme vraiment gigantesque renferme la science universelle de Dieu et du monde, du ciel et de la terre. Quand il commença cet ouvrage, le B. Albert ne connaissait pas la Somme de son illustré disciple. Dès qu'il la vit apparaitre, il brisa aussitôt sa plume et ne voulut point continuer son œuvre. Il lui suffisait d’avoir frayé la voie à S. Thomas qui se servit des connaissances de son maitre, suivit sa méthode et ses divisions.

Ce ne fut pas seulement dans les universités et dans les écoles que Albert enseigna, souvent il montait en chaire pour expliquer au peuple les vérités de la foi.

Il parcourait l'Allemagne en tous sens pour prêcher l'Evangile. fl nous a laissé un certain nombre de ses sermons: sermons du temps, homélies sur tous les évangiles de l’année, panégyriques des saints, trente-deux sermons sur l'Eucharistie. Nous ne dirons rien de la profondeur et de la richesse de.ces compositions, ni de leur éloquence. Admirons comment ce génie incomparable, accoutumé aux plus hautes spéculations de la science, sait s’abaisser

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jusqu’au langage simple et familier de la foule. Les plus profonds mystères de la foi et de la vie chrétienne sont rendus dans ses sermons accessibles aux intelligences les plus vulgaires. Aussi rien d'étonnant, si des foules avides d'entendre sa parole se pressaient enthousiastes au pied de sa chaire. Pour ne citer qu'un exemple, quelques-uns de ses frères lui avaient demandé de leur donner en forme de sermons la doctrine si difficile du mystère eucharistique. Il leur composa sur cet adorable mystère trente-deux sermons que l'éditeur de ses œuvres appelle vraiment divins. Nous citons de préférence cet ouvrage parce qu'il a été réédité plusieurs fois en ce siècle (1). C’est une mine inépuisable. Tous peuvent en tirer de merveilleux trésors; le prédicateur y trouvera des sujets aussi simples que féconds, et l’âme pieuse des considérations, qui augmenteront sa dévotion et son amour pour Jésus eucharistique.

Non content de donner dans tous ses écrits une part à l'esprit de piété, il voulut faire des ouvrages spéciaux sur cette matière. Un dés Pères de l'Eglise qui le premier a expliqué les rapports intimes de

(1) Cet ouvrage a été réimprimé sous le nom de S. Thomas, en Allemagne et en Belgique. C’est bien à tort. Car le manuscrit écrit de la main du B. Albert se voit encore aujourd’hui à Cologne. Il en a paru une traduction chez Casterman, sous ce titre : De l'adorable Sacrement de l'Eucharistie, par S. Thomas d'Aquin.

l'âme avec Dieu, est saint Denis. Nous avons vu le B. Albert en faire une étude approfondie et en donner un beau commentaire. Il voulut encore consacrer son talent à écrire sur la perfection religieuse et composa un ouvrage sur la vie monastique. Mais il ne suffit pas de connaitre le chemin pour aller à Dieu, il faut avoir la force de le suivre toujours. Or cette force nous la puisons dans la prière et dans les sacrements.

Le B. Albert l’avait compris. Aussi trouvons-nous dansses œuvres d’admirables formules de prières en l'honneur de chaque saint. Il n’oublia jamais qu’il appartenait à un Ordre qui se glorifie d’avoir reçu de Marie son habit et le rosaire. Il n'oubliait pas non plus que c'était à Elle qu'il devait sa vocation et sa science. Albert était si dévot envers la sainte

Mère de Dieu, dit Rodolphe, qu'il ne pouvait taire :

ses louanges, et que bien plus il ajoutait à tous ses livres quelque chose sur sa Dame bien-aimée,

ou terminait ses études par un chant à sa gloire. .

Il composa en l'honneur de la glorieuse Vierge plusieurs séquences sabbatines qui se distinguent par leur harmonie et leur esprit intérieur autant que par leur sens profond. C’est dans le jardin du monastère qu'il aimait à les chanter avec beaucoup de suavité, de dévotion et d'enthousiasme. Souvent des soupirs et des larmes interrompaient son chant et trahissaient ainsi la violence de son amour et la candeur de sa piété.

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Il nous a laissé sur Marie plusieurs ouvrages dont le plus important a pour titre Mariale, travail étonnant de science et d’érudition, plus étonnant encore de piété et d’onction. Là Marie apparait dans toute sa gloire et toute sa grandeur. On y sent tressaillir l’âme d'Albert. Ce ne sont pas de simples traités, mais de véritables poèmes. Il composa en outre un petit office en l'honneur de $S. Joseph, auquel il avait une particulière dévotion.

A côté de la prière se trouvent les sacrementfs, dont l'Eucharistie, dit S. Thomas, est la fin et la consommation. Or qui dira la dévotion du B. Albert pour l’adorable Sacrement de l’Autel, sur lequel il a écrit plusieurs ouvrages ?

Quel beau livre que celui sur le saint sacrifice de la messe! Il y rassemble tout ce que les Pères et docteurs ont écrit. Il y ajoute des remarques toujours originales et profondes. Il écrivit encore un traité sur l'Eucharistie considérée comme sacrement, traité dont on a pu dire, que tout ce que les âges modernes ont mis au jour sur ce sublime mystère n’est pour ainsi dire qu'un fragment, un écho de ce pieux cantique chanté par Albert à la gloire du Saint des saints.

Arrivé au déclin de l’âge, prêt à aller s'unir à Dieu dans les joies du paradis, il composa deux ouvrages : le Paradis de l’Ame et de l’Union avec Dieu. Dieu permit que son dernier écrit indiquât d'une manière facile et attrayante la voie de la per-

fection, qui consiste à s'unir à Dieu ici

grâce et là-haut par la gloire.

Pouvait-il plus dignement terminer sa d'écrivain et chanter un plus beau cantique ment de mourir à la vie du temps pour all dans les splendeurs de l'éternité?

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