‹ Le B. Albert le GrandChapitre 3 sur 18 · AL TUE · texte numérisé non relu

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jeunesse des universités et la jetait en foule dans les cloitres dominicains. Peu d'hommes ont possédé, à un degré aussi éminent, le merveilleux talent d'attirer les cœurs. Sa science, sa sainteté, ses miracles exerçaient un irrésistible attrait sur tous ceux qui l’approchaïent. Plus de mille novices recurent de ses mains les blanches livrées du Frère- Prêcheur. Aussi les chroniques de l'époque racontenf-elles avecunenaïveté qui n’est pas sans charme : « Quand le B. Jourdain traversait les rues, les miè- » res s’empressaient de cacher leurs enfants, de » peur qu'en le voyant, ils ne pussent résister au » désir de le suivre. » L’illustre Dominicain devina sans peine quelle serait un jour la gloire du jeane seigneur allemand. I] l’admit sur-le-champ et celuici échangea les splendeurs du monde contre l'hum-

ble cellule du religieux. C'était en 1223. Vu

Ainsi transporté dans la maison du Seigneur, Albert s’appliqua avec un saint zèle à conserver la pureté de son âme, à se consacrer tout entier aux études et à marcher de vertus en. vertus.

Les supérieurs ne tardèrent pas à l'envoyer à Bo- Jogne, le second berceau de l'Ordre. Là il se prépara, par la prière et par l'étude, à la grande mission que lui réservait le Ciel. Les premiers jours de son noviciat, il goûta ces joies délicieuses dont Dieu aime à combler dans le principe les âmes qui se donnent à lui sans réserve. Mais ce bonheur et ce calme ne furent pas de longue durée. L'éternel en-

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nemi du genre humain prévoyait ce que serait un jour le fervent novice, qui trouvait dans l’oraison ses délices les plus chères. Voulant le jeter dans le découragement, il lui persuada qu'il était incapable de remplir dignement les fonctions difficiles du Frère-Prêcheur. Chose étonnante! l'esprit malin parvint à convaincre le jeune novice. Dieu permit qu'une certaine lenteur de conception et un défaut de mémoire vinssent momentanément éprouver sa vocation. S

Heureusement Marie, qui protégea toujours visiblement l’ordre de S. Dominique, veillait sur son fidèle serviteur. Un jour qu'Albert songeait à quitter en secret le monastère et cherchait les moyens d'exécuter ce projet, la B. Vierge lui apparut, le consola et le pressa vivement de persévérer dans l'étude des sciences et dans la pratique de la vertu. « Vous serez averti, ajouta-t-elle, du terme de votre » pèlerinage, lorsqu’au milieu d’une leçon publique » Ja mémoire vous manquera tout à coup. »

La vocation d'Albert était confirmée. 11 s’adonna désormais avec passion à l'étude des sciences théologiques, sans négliger toutefois la grande science des saints. Voici ce que nous apprend sur cette pé= riode de sa vie un de ses plus anciens biographes : « Albert, dit-il, fut un véritable amant de la sagesse. fl ne recherchait point la gloire passagère du temps, mais la science divine, et mettait tous ses soins à recueillir dans son cœur un trésor plus doux que

le miel: l'extrait parfumé des diverses fleurs de Ia vertu. »

Ses supérieurs voulurent enfin récompenser ses travaux et son application qui l’élevaient au-dessus de ses frères. Ils le promurent au grade de lecteur, et l’envoyèrent à Cologne, la célèbre métropole scientifique de l'Allemagne.

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Enseignement du B. Albert.

Après avoir esquissé la première période de la vie du B. Albert, qu'on peut appeler la période de préparation, nous voici arrivé au moment où Dieu va placer l'humble et modeste religieux sur le chandelier, pour qu'il brille aux regards de tous. Nous le verrons croître sans cesse en science et en sainteté.

L'année même de la mort de S. Dominique (1221); les Frères-Prêcheurs vinrent s'établir à Cologne: Dieu bénit avec profusion leur apostolat, et leur enseignement devint célèbre par toute l'Allemagne: Dès son arrivée en cette ville, le B. Albert enseigna la philosophie et la théologie avec un grand éclat et une incontestable supériorité. Sa réputation devint bientôt si grande, qu'à chaque nouvelle fonda tion de l'Ordre en Allemagne, Albert recevait de ses supérieurs l’ordre de s’y rendre pour faciliter par . son crédit l'établissement nouveau. C'est ainsi que

nous le trouvons successivement à Hildesheim, à.

Strasbourg, à Fribourg et à Ratisbonne. Cette der-

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nière ville conserve avec un légitime orgucil la chaire du haut de laquelle notre docteur enseignait la théologie. La Providence lui fit parcourir pendant six ans toute l’Allemagne pour y fonder des écoles dont chacune publia l'étendue de son savoir et la splendeur de son génie,

En 1240 Cologne le rappela. Déjà parmi ses élèves se distinguaient le B. Ambroise de Sienne et Thomas de Cantimpré, mort en odeur de sainteté après nous avoir laissé de pieux détails sur son illustre maître (1). C’est alors que Dieu lui amena un disciple vraiment digne de lui, Thomas d’Aquin, l’un des plus beaux génies qui aient honoré l'Église et l'humanité, et que les siècles proclament avec admiration le prince des théologiens. Rien n’est touchant comme le récit que nous ont laissé les contemporains, des relations. d'Albert et de Thomas. Il y a là des détails charmants, pleins de la plus suave poésie, qui nous montrent que l'étude et la science n'avaient pas desséché le cœur du théologien. Albert entoura son disciple des soins les plus affectueux et lui fit donner une cellule proche de la sienne, afin d’être toujours près de lui. Aussi, quand Albert fut envoyé à Paris pour y con-

(1) Liber de apibus. — Thomas de Cantimpré, auteur de plusieurs ouvrages remarquables, naquit à Leeuw-S!' Pierre près de Bruxelles, Il mourut vers 1280 au couvent de Louvain, où il remplissait la charge | de sous-prieur, (V. Choquetius, Sancti Belyii Ordinis l'rædicatorum. Duaci 1618.)

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tinuer et y développer son enseignement, nous le voyons conduire avec lui son disciple de prédilection.

Nous les retrouvons ensemble s'arrêtant au couvent de Louvain, et quand Albert y chante la messe, Thomas l’assiste au saint autel. À Paris la réputation d'Albert attira de nombreux disciples autour de sa chaire. Les historiens de l’époque nous disent que des évêques, des prélats, des princes, des religieux de tous les ordres venaient se mêler à la foule des étudiants. Bientôt l'auditoire devint si nombreux qu'aucun local ne pouvant le contenir, le professeur fut forcé de donner son cours sur une place publique, qui de nos jours encore en conserve le souvenir. C’est la Place Maubert (1). La renommée de cet enseignement attirait dans la capitale beaucoup d'étrangers, et chacun d’eux pouvait dire comme autrefois la reine de Saba en parlant de Salomon : « Tout est donc vrai dans ce bruit qui était parvenu jusqu’à moi au fond de mes états, touchant la sagesse de vos paroles et de votre esprit! Je n’y voulais point ajouter foi; mais maintenant que je suis venue, que j'ai vu de mes yeux, je reconnais que non-seulement on n’avait point exagéré, mais qu'on m'avait même caché plus de la moitié de ce que j'ai pu constater par moi-même! »

Le B. Albert revint peu de temps après à \ Cologne

(1) Le mot Maubert n’est qu'une contraction de Maitre-Albert,

Te pour y jeter les fondements d’une école publique, appelée à devenir un jour l’université de cette ville. Cette fois encore il ne reprit le chemin de sa patrie qu'accompagné de son eher et bien-aimé disciple. Le cours du maître n'allait plus se borner aux religieux de son ordre. Cologne vit alors se renouveler les, prodiges qu'avait déjà admirés Paris. Des foules se pressaient autour de sa chaire avec un enthousiasme, dont l'histoire n'offre peut-être aueun. exemple. Ce qui transportait ces multitudes avides, c’est que sur ce front où resplendissaient les éclairs du génie, brillait. aussi l’auréole de la sainteté. Est-il donc étonnant que ses discours, empreints de cette double beauté et rehaussés par le prestige d’une éloquence peu commune, eussent le secret si rare de ravir et de transporter cet immense auditoire? ;

L'Europe vit un jour avec admiration des flots de peuple suivre partout, des hautes montagnes de l’'Hespérie aux plaines fertiles de la Flandre, les pas d’un fils de S. Dominique. Les ‘foules étaient toujours avides et jamais rassasiées d'entendre sa parole. L'histoire qui raconte ces prodiges ne sait assez les admirer. Eh bien ! ce ques. Vincent Ferrier fit au XIV: siècle par la parole sacrée, Albert l'opéra au XIII par l’enseignement de la philosophie et de la théologie. Et de même qu'à la sainteté de Vincent se joignit la science, de même à la science extraordinaire d'Albert vint se joindre une grande sainteté.

Notre bienheureux consacrait habituellement de longues heures aux lectures pieuses et aux saintes méditations. «J'ai, dit Thomas de Cantimpré, observé par moi-même Maitre Albert, dont j'ai longtemps suivi les leçons. Bien qu’il enseignât alors la théologie, il se livrait à la prière nuit et jour. D'ordinaire il récitait le psautier tout entier (1) ; et, ses leçonsret ses conférences terminées, il s’'adonnait à la contèmplation des choses divines. »

Nous serions tenté de regarder comme impossible qu’un professeur si ocenpé et qui a tant écrit pût consacrer tous les jours un temps considérable à la prière et à la méditation, si le religieux qui nous raconte ce pieux détail n'avait longtemps été son disciple. « Faut-il s'étonner après cela, » s'écrie un de ses plus anciens biographes (Ro- » dolphe de Nimègue),que ce docteur se soit enrichi » de tant de connaissances surhumaines et que sa

» parole enflammäât plus les cœurs que celle des » autres maitres? » Nous savons maintenant de quelle source jaillissaient cette science extraordipaire et cette tendre piété. pe

Mais tandis qu’Albert élevait dans l'Eglise un des plus grands monuments théologiques, Dieu voulut qu'il prit une large part à la construction d” un autre glorieux édifice, chef-d'œuvre de l’architecture gothique, la cathédrale de Cologne.

(1) La récitation du Psautier ne peut guère s'achever en moins -

de cinq heures. +

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