‹ Le B. Albert le GrandChapitre 4 sur 18 · WI 1H · texte numérisé non relu

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Conrad de Hochstraden, contemporain d'Albert et archevêque de Cologne, jeta les premiers fondements de la basilique. Grand nombre d'écrivains qui ont parlé, soit de cette cathédrale, soit du Bienheureux, nous disent que celui-ci fut chargé d’en tracer le plan (1). Une légende nous raconte que ce dessin vient en effet de lui, mais qu'il n’est pas le fruit de ses efforts personnels. Il est dû à une nouvelle faveur de la Mère de Dieu. Nous ne résistons pas au désir de terminer ce chapitre par ce touchant récit.

« Un jour Albert était assis dans sa cellule, méditant profondément sur le projet de construction ; il demandait avec ferveur d’être éclairé dans l’ac-

.complissement de l’œuvre qu'il voulait entreprendre pour la gloire du Très-Haut. Soudain un éclair brille à ses yeux; effrayé, il lève la tête et se voit enveloppé d'une douce clarté qui fait resplendir tous les objets environnants. Et voilà que quatre personnages pénètrent dans la cellule; sur leurs têtes brillent des couronnes d’or, étincelantes comme les diamants exposés à la lumière. Le premier, vieillard d’un aspect imposant, portait une riche barbe, dont les ondes éblouissantes couvraient sa poitrine; il avait dans sa main droite un compas.

(4) I n’y a pas unanimité complète sur ce point. La plupart des auteurs admettent l'authenticité de ce fait. Ceux qui semblent le rejeter affirment toutefois que le B. Albert prit une large part à la construction de ce chef-d'œuvre gothique.

opte

Le second, d’un. visage plus jeune, portait l’équerre. Le uroisième, homme robuste, au menton ombragé par une barbe noire et épaisse, tenait la toise; et le quatrième, jeune homme à la fleur de l’âge, aux boucles abondantes et blondes, avait le niveau. Ils annoncèrent qu ‘ils ävaient été maîtres dans l’architecture sacrée. Ils s’avançaient d’un pas grave et solennel. Venait ensuite la Vierge sainte, mère de Dieu, tenant dans sa main droite un lis dont la blanche corolle resplendissait du plus vif éclat. Les quatre maîtres se mirent alors, avec le plus grand-empressement, à tracer, d'après les indications de leur souveraine, le plan d’un temple majestueux. Le plan extérieur se dessinait peu à peu au moyen de lignes étincelantes, et formait un monument grandiose tel qu’Albert n’en aurait jamais imaginé. Mais cette belle vision ne fut pas de lon- ‘gue durée. L'édifice tout entier environné d’un éclat semblable à la lueur vacillante des étoiles, prit soudain un ensemble ravissant; puis tout s'évanouit aux regards stupéfaits du bon religieux. Cependant Albert conserva dans sa mémoire le modèle merveilleux qu’avaient tracé les quatre maitres aux couronnes d’or (1), sous l'inspiration de Marie, et il put livrer au prince-évêque un des-

sin capable de satisfaire ses désirs les plus ambi-

tieux. »

(1) Les 4 Martyrs couronnés. — Nous donnons la légende d’après Sighart.

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Charges qu'occupa le B. Albert.

Dieu par un dessein secret de sa providence, voulut montrer qu'Albert n'était pas seulement destiné à être un grand docteur. Il le fit passer successivement dans l'Ordre de S. Dominique et dans l'Eglise par les dignités les plus élevées.

L'an 1254 le chapitre provincial d'Allemagne plaça notre Bienheureux à la tête de la province. Celle-ci comprenait non-seulement l'Allemagne tout entière, mais s’étendait jusqu’en Hollande et en Flandre. Ce fut certes un grand sacrifice pour le savant religieux, mais voyant dans les suffrages de ses frères la manifestation de la volonté de Dieu, il n'hésita pas à quitter momentanément sa chaire et ses études. Les chroniqueurs de l’époque le représentent faisant toutes ses visites à pied, un bâton à la main et mendiant sa nourriture de chaque jour. Plusieurs des règlements qu'il fit sont parvenus jusqu’à nous. Leur but est de maintenir et de perfectionner l’observance régulière, surtout la pratique

de la pauvreté. Malgré la vigueur de la discipline, les couvents se peuplèreut tellement, qu'ils ne suf: firent bientôt plus à contenir les novices qui se présentaient. Albert dut songer à de nouvelles fondations.

Quand le Pape Alexandre IV apprit la sagesse avec laquelle le provincial d'Allemagne gouvernait ses frères, il lui confia la difficile mission aller prêcher l'Evangile aux peuples de la Pologne (1). Ils avaient résisté jusque-là au zèle des nombreux missionnaires envoyés vers eux par les Souverains Pontifes. Dieu bénit la parole de leur nouvel apôtre; ces peuples se laissaient gagner par son éloquence et surtout par sa sainteté. Il termina son pénible apostolat en emportant la consolation d'avoir ramené au sein de l'Eglise un grand nombre d’âmes

égarées.

Pendant que notre saint étendait au loin sa prodigieuse influence et convertissait des peuples entiers, Cologne l’appelait de nouveau dans ses murs. La bourgeoisie de cette ville S’était révoltée contre l'archevêque Conrad. Les troupes des deux partis en étaient venues plusieurs fois aux mains dans de

(1) Ce peuple avait reçu depuis deux siècles la lumière de l'Évangile el avait.même défendu sa foi, les armes à la main; mais par suite de circonstances malheureuses, de guerres interminables avec les Monbols et de dissensions intestines, sa foi s'était tellement

affaiblie, qu'il était redevenu en quelque sorte païen et à demi

barbare.

sanglants combats. Albert fut appelé de commun accord pour tout pacifier. Il y réussit au delà de toute espérance.

À peine avait-il, comme un ange de paix, rendu le calme à une grande ville agitée par la tempête, qu'un autre orage, se levant formidable sur les Ordres religieux, l’appela à la cour pontificale, Cet orage éclata au sein de l’université de Paris, que notre saint avait illustrée par son incomparable génie. Guillaume de S.-Amour, célèbre docteur de cette école, lança contre les religieux de S. François et de S. Dominique le libelle fameux : « Des périls des derniers temps. » Cet ouvrage fourmille des plus noires calomnies. La règle et l’organisation de ces deux Ordres naissants y sont l’objet des attaques les plus injustes. Pas de malheurs, pas de corruption dont ces religieux ne soient la cause et la source. Cet auteur pousse l’audace jusqu'à appeler les Frères-Prêcheurs et Mineurs les précurseurs de l’antéchrist. Il ne craint pas de dire que les Souverains Pontifes, qui les ont solennellement approuvés, ont commis une erreur et une faute que leur suppression seule peut réparer.

On le voit, au moyen âge déjà commençaient contre les Ordres religieux ces attaques que chaque siècle, et le nôtre en particulier, a vu se renouveler. Les disciples ne sont pas au-dessus du Maitre, et ce sera toujours pour eux une gloire et un honneur de participer à ses souffrances, comme ils s'efforcent

Soi

d'imiter sa vie. Mais Dieu veille sur ceux qu'il a choisis pour être plus spécialement ses disciples.

Et toujours Rome, au moyen âge comme aujour-

d’hui, a élevé la voix pour les venger et les encourager dans leur glorieuse mission. Les Dominicains demandèrent et obtinrent de pouvoir soumettre ce libelle au Souverain Pontife. Le pape Alexandre IV fit appeler Albert à Agnani, où il résidait alors. S. Thomas d'Aquin et S. Bonaventure vinrent le rejoindre.

Les trois illustres docteurs défendirent avec tant d'éclat les Ordres Mendiants, que le Pape publia quelques jours après une bulle qui condamnait Guillaume de Saint-Amour comme calomniateur et ordonnait la destruction de son livre.

Cette victoire éclatante que remporta le B. Albert sur les détracteurs de l’état monastique, fut révélée deux ans auparavant à un pieux pèlerin. Voici comment Thomas de Cantimpré rapporte cette intéressante légende :

Le prévôt d’un monastère d’Augustins en Bavière, appelé Gavilus, homme de très-sainte vie, était allé à Rome deux ans avant la grande tribulation survenue aux moines. Étant un jour en prière dans la basilique du prince des Apôtres, il vit en extase l'église se remplir tout à coup d’une grande multitude de serpents dont les épouvantables sifflements n'effrayaient pas seulement ceux qui étaient présents, mais encore Rome tout. entière. Saisi de

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* ALBERTS COLLEGE LIBRARY

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