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crainte, le prévôt vit bientôt entrer dans le temple un homme vêtu de l’habit des Frères-Prêcheurs. Pendant que son regard étonné contemplait l’inconnu, il lui fut dit par révélation divine que cet étranger s’appelait Albert. Celui-ci court à l’ambon, où il commence à lire l’évangile selon saint Jean. Lorsqu'il fut arrivé à ce passage : « Et le Verbe s’est fait chair, » le sifflement des reptiles cessa tout à coup, ils furent chassés de l’église et la paix revint. Le saint homme ne comprit pas cette vision, et il s’en retourna dans son pays. Or, un jour qu'il faisait part à sa sœur, sainte recluse d'Allemagne, de ce qu'il avait vu à Rome, celle-ci lui dit, toute remplie de joie : « Chose merveilleuse! cet Albert que vous avez vu dans votre extase, vient d'arriver, m'’a-t-on dit, chez le comte d’Ottenheim. » Le prévôt se réjouit beaucoup de cette nouvelle et dit: « Je veux voir et examiner si c’est bien lui, car j’espère reconnaitre encore le visage qu’il avait pendant la vision. » Il courut donc en toute hâte au château, où il reconnut Albert à des marques très-certaines, à sa pose, à son visage, à la couleur de ses cheveux. IE lui fit part de sa vision, mais ni l’un ni l’autre ne purent en comprendre le sens. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans la fameuse dispute arrivée plus tard entre les Ordres Mendiants et l’Université de Paris, tout se passa. exactement comme le prévôt l'avait vu pendant son extase (1).
(1) Des autorités graves croient que cette vision ne trouvera sa
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Notre bienheureux se préparait à reprendre le chemin de l’Allemagne, quand le Souverain Pontife le força à rester près de lui, en lui imposant la charge importante de Maitre du Sacré Palais. S. Dominique, le premier, avait été investi de cette dignité qui, depuis lors, a toujours été confiée à un de ses enfants. Albert était digne de ce choix, puis que le Maitre du Sacré Palais est appelé le théologien du Pape. Pendant qu'il remplit ces fonctions, nous dit un de ses contemporains, ilexpliqua devant la cour pontificale l’évangile de S. Jean, et grâce à Dieu ce commentaire est parvenu jusqu’à nous (1).
A peine rentré en Allemagne, le grand Homme fut arraché de nouveau à sa solitude. Les suffrages de ses.frères vinrent le placer pour la seconde fois à la tête de sa province. Il se remit à la parcourir en tout sens pour maintenir dans les couvents soumis à sa juridiction la ferveur et la rigueur de la diseipline monastique. En 1959 il assista au chapitre général de Valenciennes, qui faisait alors partie de la Belgique, et y obtint à force d’instances d’être déchargé du provincialat.
réalisation que le jour où le B. Albert recevra les honneurs suprêmes de la canonisation. Année Dominicaine, Novembre 1873.
(1) Quoique certains auteurs ne placent pas le hienheureux Albert dans la liste des Maîtres du Sacré Palais, noùs avons cru devoir l'y mettre, à cause des témoignages formels de Thomas de Cantimpré et du P. Joseph Catalano, oratorien, dans sa grande histoire des Maî-
tres du Sacré Palais. Quoi qu'il en soit, il est impossible de nier qu’il en ait rempli les fonctions pendant près de deux aus, e
iv:
Épiscopat du B. Albert.
Notre Bienheureux venait de rentrer dans la vie silencieuse du cloître et de reprendre ses chers. livres. Il espérait qu'après avoir atteint sa soixantesixième année, et occupé tant de charges, il pourrait se préparer par l'étude et la prièré au grand et glorieux repos de l'éternité. :
Mais la Providence en avait disposé tout autrement.
Comme un flambeau éclatant que l'Écriture nous avertit de ne pas laisser dans l'ombre, Dieu voulait élever son serviteur sur l’un des siéges les plus illustres de son Église. Celui de Ratisbonne étant vacant, le Souverain Pontife jeta les yeux sur Albert pour l'y faire monter. Ce fut à Strasbourg, où il assistait au chapitre de l'Ordre, qu'il apprit la terrible nouvelle de son élévation à l’épiscopat.
Qui nous dira les démarches qu'il fit pour échapper à cette dignité? Il fit valoir son grand âge et son incapacité, et s’excusa en outre sur ce qu'autrefois on avait accepté son refus, quand de semblables honneurs lui étaient offerts. Le général de l'Ordre,
Humbert de Romans, lui écrivit pour l’encourager dans son humble résistance. Cette lettre qui est parvenue jusqu'à nous, montre quel prix l'Ordre des Frères-Prêcheurs attachait à la possession du bienheureux Albert. Il joignit ses larmes à ses prières. Le Pape demeura inflexible. Par un bref du 9 janvier 4260, Alexandre IV commanda au modeste religieux d'accepter cet honneur. Albert obéit et partit immédiatement pour Ratisbonne.
Afin d'éviter toute manifestation, ce fut pendant la nuit qu'il entra dans sa ville épiscopale, accompagné de quelques religieux de son Ordre.:Il alla | d’abord au couvent des Frères-Prècheurs, où il avait autrefois enseigné la ‘théologie. Le. lendemain, de grand matin il se rendit à la cathédrale, se dirigea vers le sanctuaire, s’y prosterna la face contre terre et répandit devant Dieu d’abondantes larmes et d’ardentes prières. Bientôt la rumeur «le nouvel évêque est dans la cathédrale » court par la ville, le peuple arrive en foule à l’église, et en présence d’une multitude immense et ivre de joie Albert fut placé sur le trône épiscopal de S. Wolfgang. C'était le 30 mars 1260.
Ici commence une nouvelle phase de la vie déjà si remarquable de notre Bienheureux. Nous l'avons vu docteur etreligieux, nous allons l’admirer comme prince-évêque à la tête d’un des plus grands diocèses de l'Allemagne.
Albert, se souvenant qu'il était religieux, vécut
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avec la plus grande simplicité'et se conforma autant que possible aux austères prescriptions de la règle qu'il avait embrassée. Il transforma le palais épiscopal en un véritable monastère et appela auprès de sa personne plusieurs frères de son Ordre. Sa vie était partagée entre les exercices de piété, l'étude et l'administration de son diocèse. Jamais il ne parlait que de Dieu ou avec Dieu. Ses entretiens tout célestes communiquaient à ceux qui les entendaient lesouffle de l'amour divin. Que d'heures ne passait-
‘il pas chaque jour dans le saint exercice de la contemplation et de la prière! Inutile d’insister davantage sur ce côté de la vie du nouvel évêque de Ratisbonne. Nous la connaissons déjà sous cet aspect.
La seconde partie de son temps était consacrée à l'étude. Malgré les graves occupations de son épiscopat, il sut trouver le temps de composer à cette époque plusieurs ouvrages, et entre autres un Commentaire sur S. Luc. Cet ouvrage, un des plus remarquables du saint docteur, est si volumineux qu'un écrivain du XVE siècle dit qu'un homme ne sau-
‘rait le transcrire en une année, n’eût-il aucune autre occupation. Or, l'épiscopat d'Albert dura à peine deux ans. C’est à propos de ce Commentaire que certains auteurs affirment que la science du Bienheureux tient du miracle,
La troisième partie était pour son diocèse. Albert l'avait trouvé dans un déplorable état; dés luttes
continuelles, des guerres sans cesse renaissantes en- | 2
tre les seigneurs et les villes avaient amené une grande dépravation morale qui s'était glissée jusque dans le sanctuaire.
Loin de se laisser effrayer par la grandeur du mal, le nouvel évêque tâcha de mettre son zèle à la hauteur de sa délicate et difficile mission. Non content de’protéger ses ouailles par le bouclier de la prière, il se mit à leur annoncer la parole de Dieu. Convaincu que c'était là un de ses principaux devoirs, il parcourait à pied son vaste diocèse pour remplir le ministère de la prédication, et le Ciel bénit surabondamment son éloquence et sa vertu.
Chaque fois qu’une fête se présentait, il célébrait lui-même les offices à la cathédrale et ne manquait jamais d’y annoncer la parole divine. On le vit présider toujours les offices de son chapitre avec une angélique ferveur. Ilemploya d’autres moyens que lui suggéra son zèle pour ranimer dans les cœurs l'amour de la vertu. Albert ne négligea aucune occasion de faire disparaitre les abus qui auraient pu se glisser dans le sanctuaire. A
D'après le témoignage de plusieurs auteurs, il construisit un grand nombre d’églises et en fit réparer et orner beaucoup d’autres.
Connaissant par expérience les immenses avantages que l'Église retire du ministère des religieux, notre Bienheureux combla d'éloges et de priviléges. les monästères de son diocèse dans lesquels florissait la vie régulière. Ceux qui avaient perdu une partie
= For de leur première ferveur furent plus spécialement encore l'objet de son attention et de son zèle. Il travailla avec un consolant succès à y faire revivre. dans toute sa splendeur l'esprit monastique et religieux.
Se souvenant qu'un évêque est le pasteur et le père de ses ouailles, notre Bienheureux se faisait tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ. Les pauvres non moins que les riches pouvaient s’approcher sans crainte de lui. Personne ne le quitta jamais sans emporter la consolation dont il avait besoin. Toujours il donnait de salutaires conseils et faisait d’utiles exhortations. Sa sollicitude s’étendait non-seulement aux pauvres, qu'il assistait de ses aumônes, mais aussi aux malades auxquels il prodiguait des soins vraiment maternels. Il existe des documents qui le prouvent, entre autres l'acte d'une donation faite à l'hôpital de Sainte-Catherine de Ratisbonne. C’est un des plus beaux monuments de charité que le moyen âge nous ait laissés.
Le pouvoir temporel était un second fardeau que l'épiscopat avait placé sur ses épaules, car l’évêque de Ratisbonne était en même temps Souverain. On conceyra aisément que notre Bienheureux, qui a écrit des pages si belles et si profondes sur la politique et le gouvernement des peuples, ici encore ne pouvait pas être au-dessous de sa mission. Elle était difficile, mais il la remplit avecune si haute sagesse, que, sous ce rapport, il mérite d’être placé au rang des plus grands princes.
2h30 ee
L'Empire était sans chef!.….. des luttes incessantes avaient amené de grandes dilapidations et dans bien des endroits le peuple était opprimé par des exactions sans nombre. Le prince-évêque commença par retrancher tout luxe dans sa maison et parvint ainsi, tout en soulageant le peuple, à rétablir les finances de l'État. Les violences dont les petits étaient souvent victimes au moyen âge attirèrent encore l'attention du bon pasteur. Dans bien des cas on ne reconnaissait d'autre droit que celui de la force. Notre saint évêque tâcha de porter remède à ce mal si invétéré dans les mœurs de l’époque. Il vit bientôt dans toute l'étendue de l'Etat la justice prendre la place de la force, et mérita à bon droit d’être appelé le Père de son peuple.
L'épiscopat d'Albert nous présente un grand phénomène. Pendant que la plupart des hommes de génie s’adonnent tout entier à l'étude des sciences et passent leur vie dans le silence du cabinet ou dans l’enseignement des écoles, nous voyons notre saint, un des génies les plus profonds, un des écrivains les plus savants et les plus féconds de tous les temps, nous le voyons administrer avéc une sagesse et une vigueur prodigieuses: un vaste diocèse. Nous le voyons tenir d’une main ferme la plume du docteur, la crosse de l'évèque et le sceptre du souverain. C’est le cas de s’écrier avec le roi prophète : Mirabilis Deus in sanctis suis!
Albert cependant sentaittout le poids de la charge
Le" qu’Alexandre IV lui avait imposée. Il fit de nombreuses instances auprès du Pontife pour être déchargé de ce redoutable fardeau. Ce fut en vain.
Notre saint fit de nouveaux efforts auprès d’Urbain IV; et celui-ci, ne pouvant résister à .ces demandes réitérées, lui permit d’abdiquer enfin son évêché.
Il s’en démit sur l'heure, rejetant, nous dit un chroniqueur, la charge épiscopale, comme on rejette un charbon enflammé qui brûle la main. Au moment où il était monté sur le trône de S. Wolfgang, il avait trouvé le diocèse dans l’état le plus déplorable, et après deux ans, sur le point de reprendre le chemin de sa cellule, il le remettait florissant entre les mains de son successeur. Partout régnaient la paix et le bonheur. Les pauvres et les malades étaient soulagés ; l’état sans dettes voyait avec joie ses coffres s’emplir d’or ; le peuple, ramené à la piété des premiers jours du christianisme, trouvait dans ses prêtres les représentants de Dieu par la double majesté de leur consécration et de leur vertu ; enfin dans les monastères, les religieux, rappelés à leur antique ferveur, offraient un spectacle digne des anges et des hommes. Albert pouvait donc, sans faillir aux devoirs de sa conscience, déposer la crosse; en peu de jours il avait rempli de longues années.
Le B. Albert après son Episcopat.
Albert, rendu à une liberté qu'il avait si ardemment désirée, rentra avec joie dans son humble cellule. Cette fois du moins il espérait passer dans la prière et l'étude les quelques années qui lui restaient encore à vivre. Cependant la jouissance d’un repos nécessaire et si bien mérité ne fut pas longue.
Le souverain pontife Urbain IV, qui l'avait déchargé de l’épiscopat, lui imposa la mission à la fois difficile et fatigante de prêcher la croisade. Dieu voulait que l'Allemagne tout entière vit resplendir cet illustre flambeau qui avait brillé d’un si vif éclat à Ratisbonne. Agé de 70 ans, tout couvert des rides du vieillard, notre bienheureux retrouva les accents et l'enthousiasme de sa jeunesse. I] sil= lonna en tous sens la Bavière, la Souabe, la Franconie et Ja Bohème, et partout sa parole puissante soulevait les populations. Nobles et roturiers, pauvres et riches, séduits par cette éloquence de feu, sentaient passer dans leur âme une sainte ardeur pour la délivrance des lieux qui virent naître et
NAN ES mourir le Christ, Ce fut à deux reprises différentes que Rome lui confia le soin de prêcher la guerre sainte. |
Dès qu'il eut rempli cette mission et entrainé une partie de l'Allemagne vers le tombeau du Christ, le saint vieillard se retira au couvent de Wurtzbourg, où il passa quatre ans. Il mit ce temps à profit pour prêcher, enseigner et écrire plusieurs ‘ouvrages. L'estime que tous avaient de la sagesse d'Albert vint l’arracher bien des fois au silence de sa cellule. Surgissait-il un différend entre l’évèque et la bourgeoisie, on l’appelait de commun accord pour le terminer. Il existe encore un bon nombre d'actes d'arbitrage qu’il fit à cette époque. C'est ‘ainsi que nous le voyons prévenir les horreurs de la guerre civile, qui était sur le point d’armer les milices bourgeoises contre l’évêque de Wurtzbourg. Pendant ce même séjour, Albert dirigea les constructions du couvent et de l’église des dominicains de cette ville.
Mais bientôt d’autres maisons de l'Ordre réclamèrent sa présence et ses conseils. Le B. Albert partit pour la Souabe et l'Alsace. Sur ces entrefaites de tristes événements jetaient la désolation et le trouble dans la ville de Cologne. L’Archevêque tombé au pouvoir des factieux gémissait dans les fers depuis plus de trois ans. Albert résolut de se rendre dans sa seconde patrie, le berceau de sa grandeur. Dès qu’on eut reçu la nouvelle du voyage,
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les partis ennemis s’entendirent sur-le-champ pour faire au Bienheureux une magnifique réception: le peuple, la noblesse, le clergé, la ville tout entière accourut enthousiaste au-devant de lui. En retour de ces honneurs, il rendit à cette ville le calme que depuis trois ans elle ne connaissait plus. Quelques jours suffirent à sa sagesse pour tout pacifier. L’Archevêque recouvra sa liberté, l'union revint entre le pasteur et les brebis et Cologne proclama une seconde fois notre saint l’Ange de la paix.
Il se retira aussitôt, comme dit un de ses biographes, dans son ancienne cellule et reprit son premier genre de vie. L’exactitude minutieuse avec
laquelle il accomplit les moindres prescriptions de .
la règle édifia d'autant plus qu'il avait occupé une place plus élevée dans la hiérarchie eeclésiastique. I1 remonta dans sa chaire de théologie et travailla à la composition de nouveaux ouvrages. De toutes parts on s’adressait à lui pour la solution des plus grandes difficultés qui se rencontraient alors dans l’enseignement de toutes les sciences. Il existe encore des consultations envoyées par l’université de Paris à notre illustre docteur. Les historiens remarquent qu'à mesure qu'il avançait en âge, Albert s'appliquait davantage à la culture des sciences divines et à la méditation des Saintes Écritures.
C'est à cette époque de sa vie qrie le Bienheureux,
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courbé sous le poids de la vieillesse, parcourut une partie de l’Allemagne et des Pays-Bas. Nous le trouvons consacrant les églises d’Esslingen et de Bâle, visitant Colmar, Strasbourg etc. Dans les Pays- Bas il consacra des églises à Nimègue, Utrecht, Maestricht, Anvers, et deux autels dans l’église dès dominicains à Louvain (1).
Albert, dans ses nombreux voyages, fut témoin du prodigieux mouvement qui porta le XITT° siècle à élever de superbes cathédrales et à couvrir l’'Europe de monastères. Au témoignage d’un de ses plus Savants biographes, il contribua lui-même à l’érection de plus de cent maisons religieuses et églises. Une des constructions les plus célèbres qu'il dirigea pendant les dernières années de sa vie, fut celle de l’'admirable chœur de l’église des dominicains à Cologne ; c’est ce que prouvait l'inscription d’un des vitraux qui disparut avec le reste de l’église sous les coups du Vandalisme de 1793,
Pendant que le saint vieillard construisait avec une magnificence sans pareille le chœur de l’église : de son couvent; tandis qu’il ne cessait de prêcher, d'enseigner et d'écrire, un grand événement se préparait dans l'Eglise: c'était un concile général convoqué à Lyon. Grégoire X y amena avec lui S. Bonaventure, et ordonna à S. Thomas d’Aquin d'y venir sans retard. Celui-ci se mit aussitôt en route.
(4) Voir l'Appendice I.
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Pendant le voyage de Thomas, son ancien et vénérable maitre, assis au réfectoire avec ses frères, se mit à sangloter. Comme on l'interrogeait, il s'écria: Thomas, mon fils dans le Christ, l’éclatant flambeau de l'Eglise, vient en ce moment même de s’en aller de ce monde vers son Seigneur. Et en di: sant ces mots il répandit d’abondantes larmes. On observa attentivement le jour et l'heure de cet événement, et il se trouva que c’étaient exactement ceux où le Docteur angélique avait quitté la terre. Chaque fois que dans la suite Albert entendait parler de Thomas, il se mettait à pleurer. Il suffisait de prononcer son nom pour qu'il fondit en larmes.
Notre saint entendit quelque temps après, que les écrits de son illustre disciple étaient l’objet de violentes critiques de la part de certains docteurs. Cassé de vieillesse, car il avait quatre-vingt-quatre ans, il part pour Paris, convoque toute l’université et venge dans plusieurs discours S. Thomas de toutes les accusations qu'on avait élevées contre sa
. doctrine.
C'est là à notre avis un des traits les plus touchants de la vie de notre Bienheureux. Il prouve que la grâce ne détruit pas la nature et que la science ne dessèche pas le cœur.