‹ Le babillardChapitre 110 sur 356 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

Et de mes sentiments si je puis être sûr.

LE MAR QUIS

Tous les biens sont mêlés, et chacun a sa peine.

Il n’en est point qui soit comparable à la mienne. Pour cet objet fatal je passe, tour à tour,

Du désir au dégoût, du mépris à l’amour.

Je la trouve imbécile, et je la vois charmante :

Son esprit me rebute, et sa beauté m’enchante.

Pour nous unir, son père arrive incessamment :

Je tremble comme époux, je brûle comme amant.

Quel bien de posséder une amante si belle !

Mais prendre, mais avoir pour compagne éternelle, Une beauté dont l’œil fait l’unique entretien,

Sans âme, sans esprit, dont le cœur ne sent rien;

Pour un homme qui pense, et né surtout sensible, Quel supplice, marquis, et quel contraste horrible !

LE MARQUIS

Je plains votre destin ; mais quoiqu’il soit fâcheux,

Je connais un amant beaucoup plus malheureux.

LE BARON

Gela ne se peut pas; mon malheur est extrême.

Qui peut en éprouver un plus grand ?

le marquis. C’est moi-même.

LE BARON

Vous, marquis? le marquis.

Moi, baron ; et pour vous consoler, Mon cœur veut à son tour ici se dévoiler.

Apprenez un secret ignoré de tout autre :

Ma confiance est juste, et doit payer la vôtre.

Notre choix a d’abord de la conformité.

J’adore, comme vous, une jeune beauté Que j’ai vue au couvent, dont la grâce ingénue Frappe au premier abord, intéresse, et remue.

Le doux son de sa voix, et ses regards vainqueurs Sont d'accord pour porter l’amour au fond des cœurs. La nature a tout fait pour cette fille heureuse,

Et ne s’est point montrée à moitié généreuse.

Votre amante, baron, n’a que les seuls dehors,

L’IIOMME DU JOUR

La mienne réunit seule tous les trésors.

Ses yeux, et son souris où règne la finesse, Annoncent de l’esprit et tiennent leur promesse;

Elle parle fort peu, mais pense infiniment :

A l’égard de son cœur, c’est le pur sentiment,

11 s’attache, il est fait exprès pour la tendresse,

Et pétri par les mains de la délicatesse.

LE BARON

Vous en parlez trop bien pour n’être pas aimé.

Oui, je crois l’être autant que je suis enflammé.

LE BARON

Vous êtes trop heureux, et je vous porte envie.

LE MARQUIS

Attendez, mon histoire encor n’est pas finie;

Vous ignorez le point critique et capital.

Obligé d’entreprendre un voyage fatal,

J’ai perdu malgré moi ma maîtresse de vue.

Je ne sais, qui plus est, ce qu’elle est devenue. Nous nous sommes écrit d’abord exactement,

Et ses lettres suivaient les miennes promptement : Mais elle a tout à coup cessé de me répondre.

J’ai pressé mon retour, je suis parti de Londres ;

Et mes feux empressés, d’abord en arrivant,

M’ont fait, pour la revoir, voler à son couvent.

Vain espoir! on m’a dit qu’elle en était sortie ;

C’est tout ce que j’en sais. Une main ennemie,

Que je ne connais pas, l’arrache à mon amour,

Et ce coup à mes yeux l’enlève sans retour.

LE BAR ON

Vous possédez son cœur.

LE MARQUIS

Douceur cruelle et vaine !

Le bonheur d’être aimé met le comble à ma peine.

Vos recherches, vos soins, pourront la découvrir.

LE MARQUIS

Non, je n’espère plus d’y pouvoir réussir;

Et dans tous mes projets le malheur m’accompagne;

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