‹ Le babillardChapitre 117 sur 356 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Le scrupule est sottise en pareille matière,

Et je ne ferais pas grâce à mon propre père.

LE MARQUIS

Moi, je ne me sens pas tant d’intrépidité;

Et quand même j’aurais cette témérité;

Que puis-je espérer?

LE BARON

Tout, monsieur, puisqu’on vous aime; Vous devez réussir, j’en répondrais moi-même.

LE MARQUIS

A quoi tous mes efforts pourraient-ils aboutir?

LE BARON

Mais à rompre un hymen qui doit mal l’assortir.

Il est trop avancé. le baron.

Qu’elle avoue à son père Votre amour réciproque.

LE MARQUIS

Elle est d’un caractère,

D’un esprit trop craintif, pour tenter ce moyen, D’autant qu’elle a donné sa voix: à ce lien;

Moi-même à l’y porter j’ai de la répugnance.

Le remords que je sens...

LE BARON

Le remords ? Pure enfance !

Ayez pour mes conseils plus de docilité,

Et le succès... le marquis.

J’en vois l’impossibilité;

Car son hymen, vous dis-je, est près de se conclure Demain, ce soir peut-être, et ma disgrâce est sûre.

LE BARON

Je veux que cela soit : mettons la chose au pis.

LE MARQUIS

Que puis-je faire alors?

LE BARON

Ce que fait tout marquis ;

Vous vous arrangerez.

Et de quelle manière?

L’HOMME DU JOUR

LE BARON

En voyant cette belle, en tâchant de lui plaire.

LE MARQUIS

A mon ami ferai-je un affront si sanglant?

LE BARON

Sur cet article-là votre scrupule est grand !

A son plus haut degré c’est porter la sagesse.

Si vos pareiis avaient cette délicatesse,

Et marquaient tant d'égards pour messieurs les maris, Je plaindrais la moitié des femmes de Paris.

Ne tenez pas ailleurs un langage semblable;

11 vous ferait, marquis, un tort considérable.

LE MARQUIS

Quand vous parlez ainsi, c’est sur le ton badin ;

Je forme et je veux suivre un plus juste dessein :

A mes sens révoltés quelque effort qu’il en coûte,

Le devoir me l’inspire, il faut que je l’écoute.

De l’erreur d’un ami j’abuse trop longtemps ;

Je veux la dissiper dans ces mêmes instants,

Et je vais sans détour, à quoi que je m’expose,

De mon trouble secret lui dévoiler la cause.

LE BARON

Ah! gardez-vous-en bien, vous allez tout gâter.

LE MARQUIS

Juste ciel ! est-ce vous qui devez m’arrêter?

LE BARON

Oui, vous allez commettre une extrême imprudence : Mais a-t-on jamais fait pareille confidence ?

LE MARQUIS

Eh quoi! voulez-vous donc que je trompe en ce jour Un homme que j’estime, et qui m’aime à son tour?

LE BARON

Oui, trompez-le, monsieur.

LE MARQUIS

C'est lui faire un outrage.

LE BARON

Trompez-le encore un coup, trompez-le, c’es L£ege.

LE MARQUIS

Vous me le conseillez?

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