ACTE II, SCÈNE II
LE BARON
Très-fort, et je fais plus ;
Je t’exige de vous.
LE MARQUIS
Je demeure confus!
LE BARON
Mais dans vos procédés je ne puis vous comprendre ! Vous avez pour cet homme une amitié bien tendre;
Et portant à son cœur le coup le plus mortel Par un aveu choquant autant qu’il est cruel,
Vous voulez faire entendre à sa flamme jalouse Que vous êtes aimé de celle qu’il épouse.
Si quelqu’un s’avisait de m’en faire un égal,
Par moi son compliment serait reçu fort mal.
LE MARQUIS
Ces mots ferment ma bouche, et changent ma pensée : Mon ardeur, puisqu’enfin elle s’y voit forcée,
Va cuivre le parti que vous lui proposez :
Mais souvenez-vous bien que vous l’y réduisez,
Que vous êtes, monsieur, garant de ma conduite Que vous deviendrez seul coupable de la suite;
Et que si trop avant je me laisse entraîner,
C’est vous, et non pas moi qu’il faudra condamner.
Quoi qu’il puisse arriver, je prends sur moi la chose; Sur ma parole, osez.
LE MARQUIS
Je vous crois donc, et j’ose.
LE BARON
Avant que vous sortiez : je serais curieux
Que vous vissiez l’objet... Mais il s’offre à nos yeux.