ACTE I, SCÈNE V
Instruire est le devoir d’un maître.
CLOTALDE.
Les dieux n’approuvent point la curiosité Que vous faites paraître.
SIGI SMOND.
Clotalde, je suis homme. En cette qualité Je mérite de me connaître.
CLOTALDE.
Ah ! vous ne l’êtes plus par votre cruauté.
Tes affreux traitements font ma férocité,
Et si je suis cruel tu m’enseignes à l’être.
Sur les parents qui m'ont fait naître Une éternelle obscurité,
Des fers, une prison sauvage,
Sans nul espoir de liberté,
Nul relâche à mes maux qu’accroît ta dureté, Barbare voilà mon partage Et tes leçons d’humanité.
CLOTALDE.
J’exécute l'arrêt que le ciel a dicté,
Pour mettre un frein à votre violence,
Dont il est révolté ;
C’est elle, c’est votre arrogance Qui vous a fait proscrire avant votre naissance. Dépouillez donc tant de fierté.
Vous ne sauriez désarmer sa vengeance Que par l’humilité,
Par la douceur et par l’obéissance.
SIGISMOND
Ce discours me révolte. Est-ce par la rigueur Que l'on prétend m’inspirer la douceur?
Tes châtiments cruels, ta conduite sévère Ne font qu’augmenter ma fureur;
Et dans les mouvements qui saisissent mon cœur...
CLOTALDE.
Aux transports de votre colère Ces murs vont servir de barrière;
Us sauront vous humilier.
LA VIE EST UN SONGE
SIGISMONB.
Tu peux trancher mes jours, non me faire plier;
Et je brave...
CLOTALDE.
Qu’on le saisisse,
Et qu’on l’enferme sans tarder.
si GIS MO ND.
Dieux ! qu’à la force il est dur de céder!
Et que la dépendance est un cruel supplice Pour un cœur qui se sent digne de commander!
(On l’entraîne et la porte de la tour se referme.)