SCÈNE VI
LE ROI, ULRIG, CLOTALDE, ARLEQUIN
caché.
LE ROI, sortant du lieu où il était caché
Quel spectacle touchant pour les regards d’un père!
Dieux! qu’il accroît le remords de mon cœur!
Que l’état de mon fils m’a fait sentir d’horreur,
Et que l’aspect de sa misère M’a bien puni de ma rigueur!
Astres cruels, que je devais moins croire,
Ah! j’ai pris trop de soin de vous justifier!
Si ses emportements semblent vérifier Votre prédiction si terrible et si noire,
Vous n’en devez toute la gloire Qu’aux barbares moyens que j’ai fait employer.
Mon fils était né bon, vertueux, débonnaire;
Ma cruauté pour lui, mes ordres rigoureux Ont aigri son orgueil, allumé sa colère.
J’ai moi seul, malheureux!
Fait un tyran d’un prince généreux.
Que dis-je ! les transports que son cœur fait paraître Partent d’une noble fierté.
Digne du sang qui l’a fait naître.
J’ai vu môme, au travers de sa férocité,
Briller des traits de générosité,