ACTE I, SCÈNE VI
Qui pour mon fils me l’ont fait reconnaître.
CLOTALDE.
Seigneur, de ce retour Glotalde est enchanté.
Contre un fils malheureux, victime de mon zèle,
A regret j’ai servi votre sévérité...
En vous obéissant dans ma charge cruelle,
J’ai soupiré cent fois de ma fidélité.
Grand roi, pour prix de mon obéissance Accordez-moi sa liberté;
Je serai trop payé par cette récompense,
Qu’à vos genoux j’ose vous demander.
Rendez à vos sujets leur prince légitime,
Et recouvrez un fils né pour vous succéder.
Qu’il passe de l’horreur de cet affreux abîme Au trône qu’il doit posséder:
Cessez de redouter la fureur qui l’anime;
Dès qu’il reconnaîtra la splendeur de son sang,
Il sera magnanime,
Et saura se montrer digne de ce haut rang,
Ne résistez donc plus à l’ardeur qui m’entraîne,
Et laissez-vous fléchir.
Faites que ce bras qui l’enchaîne Ait le bonheur de l’affranchir;
Dût-il aujourd’hui m’en punir,
Dût-il dans cette tour affreuse Me rendre tous les maux dont ma main rigoureuse L’a malgré moi fait si longtemps gémir:
Il me sera plus agréable De vivre dans les fers, accablé de rigueurs,
Et de faire régner mon maître véritable,
Que d’être l’instrument de son sort déplorable,
Et de me voir comblé de toutes vos faveurs.
ULRIC
Seigneur, c’est tout l’Etat qui par sa voix s’explique. En cette dure extrémité,
, La nature, les lois, la raison, l’équité.
Même la politique:
Tout vous parle en faveur d’un successeur unique; Comme lui, devant vous, je me prosterne ici.
LA VIE EST UN SONGE
ARLEQUIN, sortant de son coin.
Seigneur, je viens m’y prosterner aussi.
Ayez pitié d’un fils que j’ai pris pour le diable,
Tant vous l’avez réduit en un sort pitoyable.
Par les pleurs qu’à vos pieds vous me voyez verser...
LE ROI
Levez-vous, votre roi voudrait vous exaucer;
Mais puis -je, tel qu’il est, me déclarer son père?
Et pour le couronner,
Ce prince est-il, hélas! en état de régner?
Donnerai-je un tyran à la Pologne entière? [sauts, Non, quels que soient les cris de mes remords presse ne dois écouter que mon amour pour elle:
Il étouffe en mon cœur l’amitié paternelle;
Et mes sujets sont mes premiers enfants.
CLOTA LDE.
Ah! si vous consultez le bien de la patrie,
Vous remettrez le sceptre aux mains de votre fils.
Le prince Fédéric, grand duc de Moscovie,
Et la princesse Sophronie,
De votre sang également sortis,
Divisent tout l’Etat en proie à deux partis;
Il aime en vain cette princesse,
Et voudrait par l’hymen voir leur droits réunis.
On sait qu’elle a toujours rejeté sa tendresse; L’hyménée est un joug qui blesse sa fierté;
Et, comme son courage égale sa beauté.
Elle veut régner seule et n’avoir point de maître.
Je doute, quand son cœur pourrait y consentir,
Que l’on voulût d’ailleurs le reconnaître.
Par un prince étranger s’il se voyait régir,
L’Etat de la Pologne aurait trop à rougir.
C’est allumer les feux d’une guerre civile;
C’est trahir votre fils pour troubler vos sujets.
Lui seul, seigneur, lui seul peut assurer la paix. Sigismond reconnu va rendre tout tranquille.
Ce nom seul vous répond du cœur des Polonois;
Il n’appartient qu’au fils du grand Basile De réunir toutes les voix.