‹ Le babillardChapitre 186 sur 356 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Ah! gare leÎ3alcon! c’est fait de notre vie.

Malheureux Arlequin! tu vas faire le saut.

Voyons un peu s'il est bien haut.

Sa hauteur m’épouvante, et d’horreur j’en frissonne. Avant d’exposer ma personne,

Je vois qu’il est de mon honneur De faire rire monseigneur.

De bien réjouir Son Altesse A présent je suis en humeur.

(Après plusieurs lazzis.)

Je ne vous fais pas rire, et cette gentillesse...

s IGISMON D.

Non, tu me fais plutôt dépit.

ARLEQUIN

Cette mine, avouez qu’elle vous divertit.

SIGISMOND

Elle me révolte, au contraire.

ARLEQUIN, à part.

11 me fera perdre l’esprit.

(A Sigismond.)

Et ce lazzi que vous me voyez faire,

Ne le trouvez-vous pas charmant?

SIGISMOND

Il me parait impertinent.

Cet entrechat a-t-il l’art de vous plaire?

SIGISMOND

Il a celui de me mettre en colère.

ARLEQUIN, à part.

Je suis à bout de mon rôle à présent.

Que deviendrai-je, misérable?

(Haut.)

Prince, êtes-vous chatouilleux?

(il le chatouille.)

SIGISMOND

Insolent!

Tu vas servir d’exemple à tout mauvais plaisant.

LA VIE EST UN SONGE

ARLEQUIN, se jetant à ses pieds.

Ayez pitié d’un misérable!

J’ai cru vous faire rire et je suis pardonnable.

SIGISMOND

Il n’est qu’un seul moyen de te sauver le jour:

C’est de m’apprendre sans détour Deux choses que je veux connaître.

Premièrement, dis-moi dans cette cour Si je suis en effet le maître.

ARLEQUIN

N’en doutez pas, seigneur, puisqu’il dépend de vous De me jeter par la fenêtre.

Votre bras vous répond des hommages de tous.

SIGISMOND

Ce n’est pas tout, il faut m’instruire De tous les grands de cet empire Qui sont du sang royal sortis.

Je veux tous les connaître alin de les détruire: Descendus de Basile ils sont mes ennemis.

ARLEQUIN, tirant un almanach de sa poche.

Cet almanach va vous le dire.

Tenez, sire (on vous a sans cloute appris à lire),

Vous verrez là-dedans tous les noms des proscrits.

SIGISMOND

Lis toi-même.

ARLEQUIN

Seigneur...

SIGISMOND

Lis donc, sans plus remettre

ARLEQUIN

Lisons, quand je devrais épeier chaque lettre.

(il lit.)

« Fédéric, âgé de trente ans,

« Neveu du roi, grand-duc de Moscovie. »

(il s’interrompt.)

Sur le trône ce duc comptait depuis longtemps;

Mais il comptait sans l’hôte.

(il continue à lire. )

« Sophronie,

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