‹ Le babillardChapitre 233 sur 356 · ACTE I, SCÈNE IÏI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IÏI

Jamais tourment !... Vous en riez, cruelle ?

LA COMTESSE

Je trouve la plainte nouvelle ;

Mais, comptez-vous pour rien d’être avec moi, monsieur? De me voir à toute heure, et de me voir fidèle?

LÉ AND RE

Ce bien, accompagné d’une gène éternelle,

Ajoute à mon supplice, et devient un malheur.

Mit-on jamais un homme à cette rude épreuve?

Ma situation est vraiment toute neuve.

J’eusse attendu moins de rigueur Et plus de pitié d’une veuve.

LA C 0 MT ESSE

Mon frère, en vérité, vous me touchez beaucoup.

LÉANDRE

Oh! mon frère ! Ce nom m'outrage, pour le coup.

Si vous vous mettiez à ma place,

Et que vous aimassiez autant que je le fais,

Vous changeriez de façon désormais,

Et vous finiriez ma disgrâce.

LA COMTESSE

Mon cœur, qui le voudrait, le peut moins que jamais.

LÉANDRE

Qu’est-ce donc qui vous embarrasse?

11 n’est point de Cléon à craindre dans ces lieux;

Et vous pouvez, loin de sa résidence,

Avoir pour moi, sans risque, un peu de complaisance.

LA COMTESSE

Non : de plus d’un Argus je dois craindre les yeux ;

Je dois redouter la présence De Gidalise, attachée à mes pas.

Comme il n’est point de villes ni d’Etats Où cette fille n’ait quelque correspondance,

Si notre mariage à Forges transpirait,

Sur-le-champ sa main indiscrète Dans ma province l’écrirait ;

Et j’aimerais autant qu’il fût dans la gazette.

LÉANDRE

L’insupportable fille ! et que mou cœur la hait !

LA COMTESSE

Depuis votre départ, puisqu’il faut vous l’apprendre, Un nouvel incident a traversé nos vœux,

Et nous prescrit, mon cher Léandre, je devoir d’être encor plus circonspects tous deux. Ce sont nos communs avantages.

LÉANDRE

Mais deux époux, quoi qu’on exige d’eux,

Ne peuvent pas être plus sages.

Quel obstacle plus fort nuit donc à mon repos ?

LA COMTESSE

Le fils de Gléon est aux eaux.

LÉANDRE

Quoi! le fils de Gléon, le marquis de Florange Est à Forges ?

LA COMTESSE

Oui.

LÉANDRE

L’aventure est étrange!

C’est ce jeune homme aimable, et des plus opulents, Dont m’a parlé votre Hypocrate,

Et qui donne pour vous des cadeaux si galants ?

LA COMTESSE

C’est contre mon aveu que sa dépense éclate.

Plus que je ne voudrais ce discours m’éclaircit ;

Et du sort, qui se divertit,

Ce sont là les cruels caprices.

Ce fatal et jeune marquis,

Je l’ai vu beaucoup à Paris.

Avec lui, qui plus est, j’ai fait mes exercices,

Et nous étions très-grands amis.

LA COMTESSE

Pour moi, de l’avoir vu je me souviens à peine; Dès l’âge de dix ans il est sorti de Renne,

Sans qu’il y soit rentré depuis;

Il ne me connaît point et ne sait qui je suis.

LÉ A N D R E

Mais voire nom a dû l’instruire

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