‹ Le babillardChapitre 234 sur 356 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Que vous êtes précisément Le parti que pour lui son père veut élire.

LA COMTESSE

Non, monsieur ; il sait simplement Qu’on le doit marier d’abord en arrivant :

Il n’est point informé du nom de la personne.

Après l'avis que je vous donne,

Jugez combien il nous est important De mettre, à nous cacher, tout notre soin prudent.

LÉÀNDRE.

Allons, puisqu’il le faut, je veux bien m’y soumettre ; Mais, pour me consoler, daignez donc me promettre De m’accorder, de temps en temps,

Madame, le plaisir que j’ai dans ces instants,

De vous voir en bonne fortune.

LA COMTESSE

C’est trop risquer, nous serions vus.

LÉ AND R E

Mais, pour n’être point aperçus,

Si vous voulez, nous choisirons la brune,

LA COMTESSE

Je crains trop le serein. Adieu, séparons-nous; Quelqu’un pourrait venir et nous surprendre.

LEANDRE

Ayez auparavant la bonté de m’apprendre Si je me reverrai bientôt seul avec vous.

LA COMTESSE

Mon amour en ce lieu vous donne rendez-vous...

LEANDRE

Tantôt? ce soir? dites, ma chère.

Le jour que j’apprendrai le sort de mon procès : Jusqu’à ce jour, que je crois près.

Je 11e vous verrai plus qu’en qualité de frère,

Et qu’en présence de témoin.

LEANDRE

Ah! ce jour est encore loin !

Tant de rigueur me désespère;

Vous me traitiez moins durement

LE MARI GARÇON

Quand je n’étais que votre amant.

Souvent, pour adoucir la rigueur de ma chaîne,

Je pouvais, en secret, vous dire au moins ma peine : Que le mari soit sur le même pié,

Songez qu’au fond la faveur n’est pas grande.

Ma tendre, ma douce moitié,

De votre époux ayez pitié;

A genoux je vous le demande.

LA COMTESSE

Dans une promenade où l’on est vu de tous! Levez-vous au plutôt; ce trait est des plus fous,

Vous méritez que je vous gronde.

Si vous étiez surpris, mon frère, à mes genoux,

Juste ciel ! que dirait le monde?

Partez, ou vous allez exciter mon courroux.

LÉ AN D RE

Je ne demande plus qu’une grâce légère,

Que je baise la main d’une sœur aussi chère;

C’est peu pour un amant, et rien pour un époux.

LA COMTESSE

Oui; mais c’en est trop pour un frère.

LEANDRE

Je l’obtiendrai, malgré votre rigueur.

LA COMTESSE

Arrêtez, voilà Cidalise;

Songez que je suis votre sœur :

Aucune liberté ne vous est plus permise.

LÉANDRE, nvec ilcpit.

Son importunité m’est contraire en tous temps!

LA COMTESSE

Non, non; elle vous favorise,

Puisqu’elle sert de frein à vos feux imprudents.

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