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LE MARQUIS, CIDALISE

CI D ALISE

Je vous y prends, marquis. Ah ! voyons, je vous prie, Les vers que vous écrivez là.

LE MARQUIS

Ce n’en sont point.

CIDALISE

Seul dans la rêverie !

Des tablettes en main! Sûrement en voilà.

Je sais que monsieur versifie Comme jamais on ne versifia.

LE MARQUIS

(A part.)

Non. Ah! j’enrage.

CIDALISE

En vain votre bouche le nie :

Vous avez sur le front un air de poésie Qui m’est un garant de cela.

Montrez donc. De les voir il me tarde déjà.

J'aime les vers à la folie.

LE MARQUIS

(A part.)

Les miens sont trop mauvais. Comment les lui cacher?

CIDALISE

Trêve de fausse modestie.

Faut-il donc vous les arracher ?

LE MARQUIS

(à part.) (A Ci ilâlise . )

Peste de la fâcheuse ! Eh ! non, je suis sincère.

CIDALISE

Seriez-vous du nombre de ceux

LE MARI GARÇON

Qui brûlent; à la fois, et rougissent d’en faire; Qu’on nomme poètes honteux?

Si j’en faisais de bons, si je pouvais le croire,

De les montrer je ferais gloire.

11 n’appartient qu’aux sots de rougir des talents.

Mais par malheur, les miens sont si méchants, Qu’après les avoir faits, souvent je les déchire,

Et qu’à moi seul j’ai le front de les lire.

CIDALISE

Pour si mal réussir vous avez trop de goût,

Et je ne vous crois point du tout.

Vos vers ne restent point dans une nuit profonde. Vous en faites pour tout le monde;

Pour vos amis surtout.

LE MARQUIS

Je vous l’avoue ici,

Pour un ami j’ai fait ceux-ci;

Mais j’avais juré de le taire,

Et de vous en faire un secret,

Quoique vous en soyez l’objet.

CIDALISE

Qui? moi? Je suis l’objet de ce mystère? Nouvelle raison pour les voir.

Ma curiosité n’en devient que plus vive.

LE MARQUIS

Les voilà, puisqu’enfin vous voulez les avoir.

Sans cet incident qui m’arrive,

Votre main par un autre eût du les recevoir.

CIDALISE

Et par qui donc?

LE MARQUIS

Puisqu’il faut vous l’apprendre, C’était par la main de Léandre,

CIDALISE

De Léandre!

LE MARQUIS

De lui. Je n’ai fait simplement Que rimer ce qu’il pense, ou plutôt ce qu’il sent.

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