ACTE II, SCÈNE V
Léandre et moi, monsieur, je veux bien vous rapprendre,
Nous sommes tous les deux d’accord pour le suspendre.
ÉRASTE
Votre tante...
lucinde .
A coup sûr m’accordera du temps :
Je suis jeune, et je puis attendre au moins deux ans. Ecoutez, il me vient une idée excellente.
Je me fais de ce plan une image charmante ;
Vous l’allez approuver, monsieur, sans contredit ; Pendant ces deux ans-là, pour les mettre à profit,
Je veux faire avec vous mon cours d’indépendance.
Du véritable bien comme elle est la science,
Vous viendrez chaque jour m’en donner des leçons;
Et je veux parvous-mème en être instruite à fond.
ÉRASTE
C’est un piège nouveau que vous voulez me tendre.
Au premier entretien, mon cœur penche à se rendre. Vous parlant tous les jours, pourra-t-il résister?
LUCINDE
Je vous jure, sur lui, de ne point attenter.
Par la liberté...
ÉRASTE
Non : je le perdrais moi-même,
En voulant près de vous établir son système.
LUCINDE
Ne craignez rien.
ÉRASTE
Je sens, et je vois le danger.
LUCINDE
Ce péril prétendu, je dois le partager.
Si pour la liberté vous craignez, moi je tremble.
Pour soutenir ses droits unissons-nous ensemble. Déridez votre front ; un peu plus de gaîté.
Sur ce pied voulez-vous accepter le traité ?
éraste. [faites.
Tout le risque est pour moi dans l’accord que vous
LE SAGE ÉTOURDI
Vous ne hasardez rien, de l’humeur dont vous ôtes.
LUGINDE.
Vous-même du danger vous êtes à l’abri,
Grâce à l’éloignement dont vous êtes rempli.
Ne me refusez pas un bien que je souhaite,
Et pour la liberté formez une sujette Qui ne vous fera pas sûrement déshonneur.
ÉRASTE
.Malgré moi je me rends à votre vive ardeur:
Mais à condition, pour calmer mes alarmes,
Que vous tempérerez le brillant de vos charmes Dans les instructions que je vous donnerai.
LUGINDE.
Ze n’est qu’en négligé que je vous recevrai.
ÉRASTE
Ma liberté redoute, en cette conjoncture,
L’éclat de la personne, et non de la parure.
Vous ornez l’art vous-même. Ainsi mettez vos soins A prendre un air surtout qui m’intéresse moins.
LUGINDE.
Oui, je vous le promets.
Pour raisons plus pressantes, de rendrai mes leçons courtes et peu fréquentes.
LUGINDE.
Commençons. Donnez-moi la première à présent.
Quel est le vrai devoir d’un cœur indépendant ?
ÉRASTE
De fuir cè qui le gêne, et tout ce qui l’ennuie.
LUGINDE.
Sa règle?
ÉRASTE
Son repos.
LUGINDE.
Sa loi ?
ÉRASTE
Sa fantaisie.
Oh ! le mien, pour le coup, est dans son élément.