SCÈNE V. — MO NT VAL, caché derrière son portrait; LUCILE, LISETTE
LUCILE, à Lisette, qui court au-devant d’elle.
Lisette, soutiens-moi ; j’ai besoin de ton bras :
Je me sens déjà lasse, et n’ai fait que deux pas.
LISETTE
Vous serez beaucoup mieux quand vous serez assise.
LUCILE
Ah ! je suis mal partout ; rien ne me tranquillise. N’importe, donne, approche un peu ce fauteuil-là. Mettons-nous à l’ouvrage, il me délassera.
(Elle peint.)
Cher Montval ! attendant le bonheur de te suivre, J’aime sur cette toile à te faire revivre.
Ton portrait est fidèle, il est d’après mon cœur ;
Et c’est le seul plaisir qui tlatte ma douleur.
Que ne peux-tu, des lieux où repose ton âme,
LE MÉDECIN PAR OCCASION
Ah ! que ne peux-tu voir ces marques de ma flamme! Que ne peux-tu porter tes regards jusqu’à moi.
Sentir ce que je sens, ce que je fais pour toi ! j Dans mes justes regrets que ne peux-tu m’enten Ire ! Que n’es-tu le témoin de l’ainour le plus tendre !
! LISETTE
Il l’est, mademoiselle, il l’est dans cet instant.
MO NT VAL, bas à Lisetfe, par un coin du portrait.
•Je vais...
LISETTE, bas, à Montrai.
Non, cachez-vous.
(A Lucile.)
Il vous voit, vous entend, Et ne perd pas un mot de tout ce que vous dites.
LUCILE, peignant toujours.
Loin d’apaiser par là mon chagrin, tu l’irrites.
Il ne se repaît pas d’un discours aussi vain.
LISETTE
Supposons, un moment, qu’il respirât enfin,
Qu’il parût devant vous.
LUCILE
Ah ! j’en mourrais de joie!
Mais ce n’est plus un bien que le ciel me renvoie. Pour jouir de sa vue et de son entretien.
Il ne me reste plus que ce faible moyen.
(Elle repeint. )
Ma main seule à mes yeux peut retracer ses charmes, Et sa perte à jamais fera couler mes larmes.
LISETTE
Je vous l’ai déjà dit, votre amant n’est pas mort;
Et si vous vouliez bien écouter mon rapport.
Je vous en convaincrais d’une façon si claire...
LUCILE
Depuis six mois entiers tout m’a dit le contraire.
Un songe, encore un songe...
LISETTE
Ah ! le jour qui vous luit Est fait pour dissiper les erreurs de la nuit.