LÉANDRE, VALÈRE
LÉANDRE
Ah ! vous voilà, monsieur ; j’en suis charmé, vraiment. C’est peu que de vouloir m’enlever ma maîtresse ; J’apprends que vous avez encor la hardiesse De former des desseins sur le gouvernement Qui, par la mort d’Enrique, est demeuré vacant,
Et que j’ai demandé pour prix demôn courage,
Sans respecter mes droits, mes services, mon âge. Mais, mon petit cousin, je vous trouve plaisant, D’oser, d’affecter d’être en tout mon concurrent.
Vous vous taisez ?
VALÈRE
J’attends le moment favorable,
Et vous trouve, monsieur, parleur fort agréable.
Vous avez tort, pourtant de vous mettre en courroux; Vous savez que je suis officier comme vous.
LÉANDRE
Officier comme moi ! Tu te moques : à d’autres! Oses-tu comparer tes services aux nôtres ?
Dès l’âge de quinze ans j’ai porté le mousquet; Quand j’étais lieutenant, tu n’étais que cadet.
J’ai vu trente combats, vingt sièges, six batailles;
J’ai brisé des remparts, j’ai forcé des murailles;
J’ai plus de trente fois harangué nos soldats;
Et, bourgeois, je me suis ennobli par mon bras.
Je n’oublierai jamais ma première campagne;
Je crois que nous faisions la guerre en Allemagne. Dans un détachement... c’était en sept cent trois,