‹ Le babillardChapitre 95 sur 356 · CLITANDRE, ARLEQUIN · texte numérisé non relu

CLITANDRE, ARLEQUIN

CLITANDRE

Damon m’a su convaincre, et sa raison m’éclaire; Mon effroi se dissipe aux traits de sa lumière :

Sans lui, sans ses conseils, dans mes fausses terreurs, J’allais, à mes dépens, divertir les acteurs :

J’aurais, à leurs regards dévoilant ma faiblesse, Ajouté follement une scène à ma pièce,

Dont j’allais devenir moi- même le héros.

Je lui dois ma raison, je lui dois mon repos.

C’en est fait, mon esprit ne croit plus au présage. J’attends présentement le sort de mon ouvrage Avec la fermeté qu’un sage doit avoir;

Et, sans trop présumer, je sens un noble espoir :

Je prétends me montrer, quoi que le destin fasse, Modeste dans ma gloire, ou fort dans ma disgrâce.

ARLEQUIN

Ah! qu’entends-je, monsieur? quel heureux change-

[ment !

Puissiez-vous persister dans un tel sentiment!

CLITANDRE

Oui, j’y persisterai; je suis aimé d’Hortense;

Mes feux vont être heureux, selon toute apparence; Que me faut-il de plus? armé d’un tel bonheur,

Je puis du sort jaloux défier la fureur.

ARLEQUIN

Tremblez, monsieur, j'entends la pendule qui sonne.

CLITANDRE

Voilà l’heure fatale, et tout mon corps frissonne!

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