PROPOS D EXAMINATEUR
Chaque année, avec les premières roses et les dernières feuilles, je vois revenir, non sans une grande mélancolie, la saison du baccalauréat. Et cette mélancolie est par-
\ tagée par vingt mille familles françaises au temps des roses, par dix ou douze mille, à l'octave des trépassés. Ce n'est point le labeur professionnel qui m'attriste ; un sage règlement a limité le nombre d'exemplaires de bacheliers que chacun de noils'-
I est tenu de livrer h la patrie. Non, mais
^ LE BACCAI^UREAT
cette pensée qui, chaque année, me tourmente UQ peu plus : à quoi bon jeter sur la seuil des carrières libérales un si grand nombre de jeunes gens incapables d'y trouver l'honneur et la fortune de leur vie?
Pourquoi ce grec et cette métaphysique, ces Atrides et cette algèbre, la chanson de Roland et le Manuel d'Epictète imposés à ces braves garçons qui seront, avec beaucoup de chance et de très grands hasards, de modestes fonctionnaires des contributions, des postes, ou de l'Hôtel de Ville, d'honnêtes vétérinaires, do scrupuleux pharmaciens ou des curés de village ? Et puis, par quel mystère d'ironie advient-il que, plus le baccalauréat se complique et se hérisse, plus les études semblent déclinep, plus les bacheliers sont médiocres, plus nous sommes obligés de leur verser à flots l'indulgence et la pitié ? J'ai opéré, depuis plus de trente ans, sur une demi-douzaine de baccalauréats-ès-lettres ; je crois bien que le meilleur de tous était le plus ancien, celui de 1865, par cela seulement qu'il était
LE BACCALÂCBEAT
le plus simple. J'ai vu, avec inquiétude, vers 1874, l'examen se partager en deux épreuves, en deux années, réforme dont le r résultat le plus clair fut de gâter non seu- I lement la rliétorique, mais la seconde, par ' la préoccupation stérilisante du diplôme.
Toute idée fausse, appliquée à l'ensemble . des études, a toujours eu sur le baccalau- I réatson effet fâcheux; celle-ci, par exemple, t que l'éducation des jeunes esprits peut et I doit se faire par l'accumulation précipitée t de notions positives aussi diverses que le , sont les sciences dont elles dérivent. Et, à l son tour, le baccalaurént surchargé, harcelé, essoufflé, a réagi d'une façon déplo- [ rable sur l'ensemble des éludes, tel qu'une I bête de somme accablée par son fardeau, qui regimbe contre les coups, le malheureux animal. Mais ce sont là de fort grosses questions et des fagots d'épines auxquels I je ne veux point, tout en courant, me piquer \ les doigts.
Je laisse donc là l'examen et retourne aux I examinés. Il m'en est passé environ seize