CHAPITRE X L’'ENQUÉTE DE
Dans la circulaire du 10 février 1885 adressée aux recteurs, Armand Fallières écrivait : « Les baccalauréats, bien que profondément enracinés dans nos mœurs scolaires et sociales, ont provoqué de tout temps des plaintes dont la vivacité s’est accrue dans ces dernières années. Sans parler de l’aléa inhérent à tout examen, on leur reproche d’exercer sur les études une fâcheuse influence.
« Le baccalauréat doit être, par destination, et suivant une heureuse définition, le dernier des examens de passage (1), l'examen de passage du Collège à la Faculté. L'usage en a fait autre chose, et trop souvent l’on réussit à s’y préparer par des moyens artificiels et hâtifs. Il en résulte dans les classes des troubles de plus d’une sorte : nombre d'élèves qui se figurent volontiers qu'il leur sera possible de réparer en rhétorique et en philosophie le temps perdu où mal empoyé depuis la sixième, et nombre de maîtres sont conduits, contre leur gré, à prendre les exigences de l'examen pour régulateur de leur enseignement, dont ils déplorent de diminuer ainsi la liberté, l’élévation et la portée.
« Les réformes de 1864 et 1874 avaient pour but de remédier à ces défauts. On n’en saurait méconnaître l’heureux caractère et les utiles effets. Pourtant, au rapport des jurys d'examen, elles n’ont fait qu'atténuer le mal et ne l’ont pas supprimé. Les doléances se sont renouvelées depuis lors, et elles ont justement préoccupé l’opinion, dans l’Université et hors de l’Université.
« Le moment paraît venu de se demander s’il ne conviendrait pas, après avoir modifié successivement les programmes et les épreuves
gnement Supérieur dans les Facultés. En un mot ie regarde l’examen du
des baccalauréats, d’en modifier la constitution. Différents systèmes ont été mis en avant à ce suJet, on a même proposé de substituer aux baccalauréats des examens Spéciaux qui seraient Subis à l’entrée des Facultés et de certaines carrières publiques. Je soumets l’examen de ces questions aux corps les Plus capables d’en rechercher et d’en préparer la solution, aux assemblées des professeurs des Lycées et des Collèges de plein exercice, aux diverses Facultés, aux Conseils académiques, et je le souméttrai ensuite au Conseil Supérieur de l’Instruction publique. L'Université a trop le sentiment et le souci de ses devoirs et de Sa responsabilité pour ne pas Comprendre l’importance et la gravité particulières de cette enquête. 11 peut en sortir un grand bien pour l’enseignement Secondaire et pour l’enseignement supérieur, c’est-à-dire, en définitive, pour l'élévation intellectuelle et morale de la France.
« Afin de faciliter le rapprochement et la comparaison des Opinions, j'ai dressé un questionnaire, mais, il est bien entendu que ce questionnaire ne limite en rien l'exposition et la discussion des idées qui pourront se produire.
« Il est deux points seulement que je crois devoir recommander à l'attention des assemblées : le premier, c’est qu’il s’agit non pas de supprimer les preuves d’études que, depuis bientôt un siècle, l’Etat exige et est en droit d'exiger à l'entrée des Facultés et de certaines carrières, mais de les mieux adapter à ce qui les précède et à ce qui les suit; le second, c’est que la solution à intervenir n’intéresse pas seulement l’Université. Si tous les candidats aux baccalauréats sortaient de nos lycées et collèges, le problème serait plus facile à résoudre. La liberté de l’enseignement le complique, mais c’est un facteur que nous n'avons pas le droit de négliger. Les solutions proposées seraient incomplètes et fausses, si elles ne le faisaient entrer en ligne de compte.
« 1°) Y a-t-il lieu de décider que le baccalauréat peut être subi, au gré des candidats, soit devant leë Facultés, soit à l’intérieur des établissements d’enseignement secondaire ?
« 2°) Quelles seraient alors la forme et la nature de cet examen intérieur? Se ferait-il en une seule épreuve, à la fin de la philosophie (baccalauréat ès lettres) et après les mathématiques élémentaires (baccalauréat ès sciences) ?
« Dans ce cas quel serait le Jury ? Serait-il exclusivement composé de professeurs de l’enseignement secondaire ?
« 3°) Se ferait-il, au contraire, en une série d'épreuves correspondant aux examens de passage à partir de telle classe à déterminer, avec un examen spécial à la classe de philosophie ? — Ce dernier examen porterait-il seulement sur les matières de la classe
de philosophie, en considérant comme acquis les résultats constatés par les examens de passage antérieurs ?
« 4°) Cet examen intérieur pourrait-il être subi dans tous les lycées et collèges de plein exercice, ou seulement dans ceux qui seraient autorisés à le faire subir, par décision ministérielle rendue après avis, soit du Conseil académique, soit d’un Comité spécial à instituer à cet effet au chef-lieu académique, soit au Comité consultatif de l’enseignement secondaire, et pouvant être retirée dans les mêmes formes ?
« 5°) Y aurait-il lieu de concéder le même droit aux établissements libres, sous des garanties à déterminer ?
« 6°) Quelles devraient être ces garanties ?
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« 4°) Dans le système précédent, pour les élèves qui n’auraient pas subi l’examen à l’intérieur du lycée, collège ou école, et dans le cas où cet examen intérieur ne serait pas établi, convient-il d’apporter des modifications au régime des baccalauréats subis devant les Facultés ?
« 2°) Ces changements devraient-ils porter sur les matières de j’examen : par exemple, conviendra-t-il d’instituer un baccalauréat unique, comprenant, avec un fonds commun, des séries facultatives entre lesquelles le candidat pourrait choisir, et dont il serait fait mention sur le diplôme ? |
« 3°) Quelles seraient dans ce cas, les épreuves communes et les matières de séries facultatives ?
4°) Les candidats seraient-ils autorisés, sur leur demande, à subir en des sessions différentes les épreuves communes et les épreuves des séries facultatives ?
«€ 5°) Y aurait-il lieu d’adjoindre au Jury des membres de l’ensei-
gnement secondaire, et dans quelle proportion ?
«€ 6°) Y aurait-il lieu de tenir.compte aux candidats des notes obtenues au cours de leurs études ? Quels seraient les moyens pratiques d’en tenir compte ?