A2 LE BACCALAURÉAT
qui lui appartient, l’enseignement secondaire se montre peu disposé à en accepter l’héritage complet. Les professeurs de lycée voient bien que leur présence dans les jurys contribuerait à mettre l’examen au point. Ce sentiment est même l’un de ceux qui ressortent le plus nettement de l’ensemble des réponses fournies par l’enquête (1). Maïs toutes les assemblées mettent, comme condition expresse à la participation des professeurs de l’enseignement secondaire aux examens du baccalauréat, que ces professeurs seront pourvus du titre d’agrégé ou du grade de docteur, qu'ils ne seront pas appelés à interroger leurs élèves et qu’ils seront pris à un établissement ou à un département voisin de manière que les candidats soient des inconnus pour les juges et les juges des étrangers pour les candidats. Deux assemblées, celle du lycée de Rennes (2) et celle du collège de Saint-Etienne (3) ajoutent à ces précautions une mesure qui ne deviendra officiellement obligatoire que quarantedeux ans plus tard (4), l'anonymat des compositions (5).
Ces réserves indiquent suffisamment que les professeurs de l’enseignement secondaire répugnaient à se charger de la responsabilité que l’examen intérieur substitué à l’examen de faculté, ferait peser sur eux (6). Plusieurs mettent en doute la valeur pédagogique d’une telle réforme. « Encore si les études, écrit Gréard, devaient tirer de ce régime quelque bénéfice. Mais est-ce un examen que cette appréciation dernière, préparée et presque commandée par toutes les appréciations antérieures ? Assuré par avance du Jugement qui l’attend, l’élève se gardera bien de faire le grand, l’indispensable effort de la fin. Ce qui d’ailleurs donne au diplôme son prix, c’est qu’il faut l'emporter de haute lutte, en présence de camarades de toute provenance, dans une sorte de concours où chaque maison prend à cœur de soutenir l'honneur du drapeau. A côté de ces titres publiquement conquis que sera ce certificat
(1) Cf. Ibid, notamment les délibérations des assemblées des lycées de : Lyon (p. 424), Janson-de-Sailly (p. 687), Louis-le-Grand (p. 693-694), Ve ( ae) pue ee ë M RRRCEes (p. 796), Poitiers (p. 799), Toulouse P. 518), Coutances (p. 144), Avignon (p. 17), Nice MO T)E (p. 491), Reims (p. 745), Nantes (p. 832) : Re sans
(8) Cf. Ibid, p. 837.
(HACÉ TOI D A8, (4) Décret du ? août 1927, art. -3.
(5) Cf. Gréard, Education et Instruction, Enseignement secondai Paris, Hachette, 1877, p. 200. Gréard note qu’une Pétition en 1883 au Conseil supérieur par des représentants de l’enseignement libre demandait que les noms des candidats, remis sous pli cacheté. ne fussent apposés sur les compositions qu'après la correction et le classement.
(6) Cf. Enquêtes et documents, XVIII Voudraient un iur exclusi ment composé de membres de l'enseignement PR re ruée Bayonne (p. 104) et de Bourg (p. 421) les collèges de Fontainebleau (P. 763) La Rochefoucauld (p. 810), Saint-Jean-d’Angély (p. 814), Blaye (p. 195),
ns (p. 842), Saïnt-Servan (p. 848), Bagnères (p. 882), Saint-Gaudens
délivré intra muros, furtivement ? (1) Il commencera par avoir une valeur fort inégale : il y aura des bacheliers de lycée de première et de deuxième catégorie, des bacheliers de lycée et des bacheliers de collège. Et, comme les établissements, qu’on le veuille ou non, seront classés d’après la moyenne des diplômes qu'ils délivreront, on rivalisera d’indulgence, si bien que partout, inévitablement, les épreuves fléchiront. Nous ne parlons que des candidats. Et les juges ? En vain essayera-t-on de réagir : force sera bien de couvrir ces faiblesses, qu’on craindra de mettre en lumière en les réprimant trop sévèrement. Ne sait-on pas combien il est difficile de faire exécuter les règles les plus raisonnables des instructions relatives aux examens de passage ? Il faut enfin compier avec l’enseignement libre. Sous le régime de l’examen intérieur, que deviendrait-il ? Pourra-t-on, comme en Allemagne, obliger ses élèves à venir prendre le certificat devant les jurys des lycées ou des collèges ? En présence de la loi de 1850, poser la question, c’est la résoudre » (2).
Le problème qui résulte de la concurrence entre l’enseignement de l'Etat et l’enseignement privé constitue en effet, de l’avis de tous, le plus insurmontable des obstacles à l’adoption du système allemand, obstacle qui n’existe pas en Allemagne parce que les règles de l’enseignement de l'Etat y sont acceptées par l’enseignement libre comme la loi commune. Or, loin de proposer que l’enseignement libre, quelque condition qu’il soit prêt à consentir — garantie des grades, exercice de l’inspection de l'Etat, assistance d’un délégué du gouvernement aux examens — Jouisse des mêmes prérogatives que l’enseignement public, toutes les assemblées, même celles qui ont quelques sympathies pour le régime de l’examen intérieur, refusent d'envisager une telle possibilité. Elles estiment que le droit d'enseignement n’implique pas le droit d’examen et que la collation d’un grade, ou la délivrance d’un diplôme équivalent à un grade, ne peut être confiée qu’à un corps qui représente l'Etat et engage son autorité. Quel-
(4) Cf. Petit de Julleville, Le Jury du Baccalauréat ès lettres in Revue internationale d'enseignement Supérieur, 15 avril 1881 : « Si les études faiblissent dans une maison, si les élèves cessent d'y travailler, le baccalauréat ne tarde pas à le révéler. Supprimez la comparaison qui s’y établit entre es élèves rivaux, examinez isolément chaque classe dans chaque maison, le résultat sera moins clair et surtout plus facile à dissimuler ». Il est bon de se comparer avec des concurrents étrangers » vous disait dans notre dernière séance M. le Directeur de l'Ecole normale, en soutenant avec force l’objection que je rappelle aujourd’hui. M. Fustel de Coulanges ajoutait : « Ce qui fait la force de notre Ecole normale, c'est que seule entre toutes les grandes écoles, elle est jugée dans des examens publics et ouverts à tous. À la licence, à l'agrégation, chaque élève se trouve en concurrence et en comparaison, non seulement avec ses camarades qu’il connaît, mais avec les rivaux qu'il ignore ». Le jour où il y aurait un bacalauréat décerné dans chaque établissement, le$ études perdraient tous les avantages de cette concurrence féconde ».
8) Cf. Gréard, Education et Instruction, Enseignement supérieur, Paris, Hachette, 1887, p. 109, 110.
ques-unes vont jusqu’à demander le retour au certificat d’études exigé avant le décret du 16 novembre 1849 (1). Quant à la coexistence de deux jurys, jury intérieur pour les élèves des établissements de l’État, jury de Facultés pour les autres candidats, elle aboutirait, par l’inégalité fatale de l’examen, au discrédit de l’un ou de l’autre jury et du diplôme délivré.
La conclusion de l’enquête est que l’examen intérieur doit être écarté et que l’examen extérieur, égal pour tous, subi devant la Faculté, est le système auquel il faut se tenir. Mais, tout le monde se trouve d’accord pour reconnaître que l’examen a besoin d’être amélioré. Ceux qui en défendent l'institution sentent la nécessité d’une profonde réforme, avec autant de conviction que ceux qui l’attaquent, et appellent de tous leurs vœux des modifications dans la forme des épreuves et dans l’organisation fondamentale de l’examen. Les propositions touchant les modifications de forme ont trait au dossier du candidat, à la procédure et à l’appréciation des épreuves, au programme, à la composition du jury.
En 1838, de Salvandy avait prescrit l'institution des bulletins scolaires (2). Le but de ces bulletins était de présenter un historique exact et complet de la vie scolaire des collégiens, toutes les circonstances essentielles de leurs études et de leur conduite, année par année, classe par classe. Etablis sous forme de livrets, ils devaient être produits par tout élève comme document irréfragable de sa moralité et de sa capacité. La mesure avait au point de vue scolaire de réels avantages : tout le monde en COnvenait. Mais on voulut en exagérer la portée : on prétendit que «en cas de compétitions pour des fonctions, ces livrets devaient être une preuve probante.. Cette conséquence exagérée ruina l'institution des bulletins scolaires. La circulaire du 5 octobre resta donc sans effet, et provoqua seulement une violente polémique » (3). Quant au rapport adressé en 1854 à de Fortoul par le Comité des inspecteurs généraux: de l’enseignement supérieur pour réclamer l'institution d’un livret scolaire, nous avons vu qu'il n’eut aucun écho. En 1885, le dossier du candidat au baccalauréat ne comprend done, avec son acte de naissance, que
(1) Cf. Enquêtes et documents, XVIII. Facultés de droit de Pari 599) de Grenoble (p. 304), lycées de Moulins (p. 187), de Poitiers (D. 800). Re proposition de loi déposée par Marcou, député, et les rapports présentés à la Chambre les 14 janvier et 13 mai 1882 : « Seront seuls admissibles aux épreuves du baccalauréat ès lettres et ès sciences les élèves qui justifieront de leur certificat régulier après avoir fait les trois classes de seconde, de ARE et de philosophie, ess dans leurs familles, soit dans les lycées
:oUeges communaux, soit dan instituti imilé De DB Rte ne S les institutions assimilées aux éta-
(2) Cf. Circulaire du 5 octobre 1838.
(3) Cf. Kilian, Tableau histori ue À “ucti j ; Paris, Delalain, 1841, p. 239, 2400 de l’Instruction secondaire en France,
les compositions qu’il a faites pour l’examen même. La propo- Sition tendant à y joindre un livret Scolaire, sorte de curriculum viuæ, indiquant les notes, les places, les récompenses que l'élève a obtenues pendant les dernières années avec un certain nombre de compositions à l'appui, est rejeté par les assemblées de huit Facultés (1), de douze Lycées, de dix-neuf Collèges et par un Recteur, celui de Grenoble. À quoi, dit-on, servirait ce dossier ? Les bons candidats n’en ont pas besoin et il ne peut sauver les mauvais. Bien plus, un tel témoignage ne Saurait être, pour la conscience des juges, qu’un élément de trouble et pour les familles une tentation de recourir aux recommandations, peut-être même à la fraude pour la falsification des documents présentés. Mais ces raisons ne prévalent pas. Les assemblées de vingt-et-une Facultés ou Ecoles d’enseignement Supérieur, de Cinquante-trois Lycées et de soixante-douze Collèges se prononcent nettement pour l'institution du livret scolaire. Les Recteurs de Besançon (2), Bordeaux (3), Chambéry (4), Clermont (5), Dijon (6), Douai (7), Montpellier (8), Rennes (9), Alger (40), y voient pour les élèves méritants un motif de sécurité légitime, pour les professeurs un moyen d'autorité, pour l'examen une condition de moralité. « La règle, écrit Gréard, en est déjà appliquée aux demandes de bourse.” et: a, Paris, l’usage n’existe-t-il Pas, pour les candidats, d’annexer à leurs copies de Composition les billets d'admission au concours général ? » (11)
En ce qui concerne la procédure des épreuves l’enquête révèle qu'il y à unanimité dans les lycées et les collèges pour condamner le système de convocation des candidats par séries au siège des Facultés. On demande que tous les candidats réunis au chef-
(1) Cf. Enquêtes et documents, XVIII, p. 280. L'opposition la plus catégorique est celle de la Faculté des sciences de Lille : « L'égalité la plus absolue, la condition sine qua non de l’impartialité à l'égard de tous les candidats, qu’elle qu’en soit l’origine, c’est qu'ils soient tous inconnus du jury, quels que soient leurs antécédents »,
(2) Cf. Ibid, p. 73.
(3) Cf. Ibid, p. 124.
(4) Cf. Ibid, p. 174.
(5) Cf. Ibid, p. 201.
(6) Cf. Ibid, p. 246.
(7) Cf. Ibid, p. 347.
(8) Cf. Ibid, p. 512.
(9) Cf. Ibid, p. 854.
10) Cf. Ibid, p. 9085.
(11) Cf. Gréard, Education et Instruction, Enseignement Supérieur, Paris, Hachette, 1887, p. 120. — Cf. Jules Simon, La Réforme de l'Enseignement secondaire, Paris, 1874, p. %5 : « De mon temps on avait coutume de joindre à Sa Copie, son billet de concours général ou les certificats attestant qu’on avait eu des prix ou des accessits dans son collège. Je ne saurais dire s’il en est encore ainsi, mais je le pense. Cette coutume à cela d’excellent qu'elle rassure un bon élève contre ce qu’il ÿ a toujours d’un peu aléatoire dans un examen, même bien fait ».
lieu du département auquel ils appartiennent subissent les épreuves écrites en même temps sur des sujets communs (1) et que les épreuves orales ne commencent qu'après que toutes les corrections sont terminées. Vingt-cinq lycées et trente-six collèges désirent que les candidats soient appelés à traiter, le même Jour, à la même heure, la même composition, dont le Ministère de l’Instruction publique donnerait le texte (2) après avis du comité consultatif de l’enseignement supérieur. Quelques-uns, comme le lycée d'Avignon, proposent même que le papier soit fourni par l'Etat et qu’il soit de couleur variée suivant les compositions et les sessions (3). Toutes les assemblées des lycées et des collèges expriment aussi le vœu que la deuxième session, au lieu d’être close le 15 novembre, puisse prendre fin le 15 octobre au plus tard afin de permettre aux classes de rhétorique, de philosophie et de mathématiques de fonctionner normalement quelques jours après la rentrée (4). Enfin on demande qu'aux épreuves orales les explications soient suffisamment prolongées (un quart d'heure par texte est indiqué comme mesure) et que les interrogations comprennent toujours plus d’une question.
Pour l’appréciation des épreuves, quelques assemblées proposent que tous les candidats subissent non seulement l’examen écrit mais aussi l'examen oral, les deux séries d'épreuves n'étant pas de trop pour motiver le succès ou l’échec ; d’autres désirent que l’échelle de notation allant de 0 à 5 soit remplacée par l’échelle allant de 0 à 20 comme étant plus nuancée et offrant par là même plus de chances de justice relative ; d’autres encore préconisent l’attribution d’un coefficient aux différentes matières en prenant, pour base du rapport, le plan d’études ; d’autres enfin estiment qu’il serait juste de maintenir le bénéfice de l’admissibilité à ceux qui l’ont une fois acquise, soit à terme indéfini, soit pendant une ou deux années, soit seulement d’une session à l’autre. Les Facultés de droit de Bordeaux (5), de Paris (6) et de Toulouse (7), les Facultés des Lettres de Bordeaux (8) et de Poitiers (9), la
(1) L'arrêté du 6 juin 1882 avait déjà prescrit cette mesur académies de Toulouse, Poitiers, Clermont, Rennes et Cache RASE
(2) Cf. Sup., p. 116, 117, ce que nous avons di qi quée par Duruy en 1863. À dit de cette mesure appli
(3) Cf. Enquêtes et documents, XVIII, p. 20.
. (4 Cette réforme d’une indiscutable utilité pédagogique, atten
jours encore, sa réalisation. Elle a été ni en ous à T4 RES done so des RÉPARER de Paris seulement, où depuis cette date es examens du baccalauréat se terminent, pour i études, le 10 octobre au plus tard. s An UT
(9) Cf. Ibid, p. 788.
Faculté des sciences de Lille (1) vont jusqu’à souhaiter qu’il soit tenu compte à ceux qui ont échoué à l’examen oral, des parties pour lesquelles ils ont obtenu une note satisfaisante. Dix lycées et six collèges expriment le même vœu.
L’unanimité des avis fait place à la divergence lorsque l’enquête porte sur la question des programmes. Trente-deux lycées et vingthuit collèges ajouteraient volontiers de nouvelles matières à l’examen, tant écrit qu’oral, à l’examen écrit surtout. lei on voudrait un thème latin et une version grecque (2), avec ou sans alternance avec la version latine ; là une composition spéciale de cosmographie, une composition d’histoire, un dessin ; ailleurs, une épreuve de composition française et même une épreuve de grec au baccalauréat ès sciences. La raison de ces vœux est purement, pédagogique : toutes les matières de l’enseignement doivent, sous peine d’être délaissées par les élèves, être l’objet d’un examen, d’un examen tout au moins possible. Elle est aussi docimologique, car on estime qu’en multipliant les épreuves on multiplie les chances en vertu du système des compensations. Les Facultés, au contraire, montrent peu d’enthousiasme pour ces extensions. Dix-sept d’entre elles sont nettement d’avis qu'il faudrait restreindre le programme : la multiplicité des épreuves écrites ou orales ne leur paraît servir que les préparations superficielles. Ce qu’elles demandent à l’examen, c’est moins une constatation des connaissances acquises par le candidat qu’une preuve de sa culture générale et de son développement intellectuel.
C’est parce qu’elles constatent que, trop souvent, chez les élèves qu’elles reçoivent, la culture générale fait défaut (3), que les Facultés, chacune se plaçant plus particulièrement au point de vue qu’elle représente, proposent la eréation d’un baccalauréat élémentaire commun et de baccalauréats supérieurs répondant aux divers besoins de la science et de l’enseignement : baccalauréat ès lettres ou de philosophie, baccalauréat ès sciences mathéma-
(2) Depuis le décret du 17 juin 1808, qui avait institué le baccalauréat, le grec ne figurait qu'aux épreuves orales .
(3) Huit Facultés de droit se plaignent que beaucoup de jeunes bacheliers non seulement dénotent trop d'incertitude dans les connaissances essentielles, maïs ne possèdent pas ces qualités de spontanéité, cette manière de penser en quelque sorte indépendante ui doivent distinguer les elèves de l’enseignement supérieur. « On est ainsi conduit, déclarent les professeurs de la Faculté de Caen à proposer d'établir des examens Spéciaux à l’entrée des Facultés ». (Cf. Enquêtes et documents, XVIII, p. 128). Les Facultés de médecine déclarent que le baccalauréat est insuffisant comme garantie des connaissances nécessaires pour les études médicales. Elles feraient volontiers abandon du baccalauréat restreint qui ne leur offre pas de gages suffisants, pour avoir un baccalauréat ès sciences physiques et naturelles. Les Facultés des sciences sont du même avis que les Facultés de médecine. Quant aux Facultés des lettres, seule la Faculté de Lyon propose l'institution d’un examen d'entrée afin de barrer le passage aux « bacheliers incapables », mais on peut conclure, des doléances exprimées par les autres, y compris celle de Paris, qu’elles sont loin d'être hostiles à l'institution d’un examen spécial.
tiques, baccalauréat ès sciences physiques et naturelles, et, pour la sanction de l’enseignement spécial, baccalauréat ès arts. Le baccalauréat élémentaire se préparerait et se passerait dans les lycées et collèges à la fin de la seconde ; les baccalauréats supérieurs, dans les Facultés des sciences et des lettres. Pour les Facultés de droit et de médecine, il serait suppléé à l’absence de tout grade y donnant accès, par une année de candidature ou de stage probatoire, ainsi que l’exigeait le statut du 16 février 1810 (AE
Une telle organisation rendrait chacun maître chez soi. Bien plus, le problème de la participation des professeurs de l’enseignement secondaire aux examens du baccalauréat (2) ne se poserait plus. Mais au lieu d’être comblé, le fossé qui existe entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, serait plus large, plus profond et sans la moindre passerelle pour le franchir. Gréard, qui n’est guère partisan de l'admission des professeurs de lycée dans les jurys du baccalauréat (3), nee dissimule pas que la création d’un baccalauréat élémentaire aurait pour résultat l’abaissement du niveau général aussi bien des études supérieures que des études secondaires. « Ilest, dit-il, tant d’ambitions qui s’en trouveraient satisfaites. Ce serait, à bref délai, le découronnement de l’enseignement secondaire, qui, si l’examen, comme on le propose, était placé à la fin de la seconde, n'aurait plus de rhétorique, ni de philosophie, ces deux classes maîtresses, moins encore peut-être à cause des études qu’elles représentent
(1) Cf.Statut du 16 février 1810, art. 16.
(2) Nous avons vu, (cf. sup., p. 167) que les professeurs de l’enseignement secondaire écartaient le système de l'examen intérieur pour cette raison, entre autres, que le diplôme délivré exclusivement par eux diminuerait de valeur. Mais en ce qui concerne la composition du jury de l'examen subi dvant la Faculté, soixante assemblées de professeurs de lycée et soixante-sept de professeurs de collège se ralliaient à l’idée d’un jury composé de professeurs de l’enseignement supérieur et de l'enseignement secondaire. Dans la pensée de plusieurs professeurs de lycée, l’enseignement secondaire devait avoir la prépondérance au sein des bureaux d’examen : c’est à lui aussi qu’ils estimaient raisonnable et juste de laisser le choix des sujets d'épreuves.
(3) Cf. Gréard, Education et Instruction, Enseignement supérieur, Paris, Hachette, 1887, p. 131. Gréard invoque des raisons budgétaires et des raisons pédagogiques : « Qui pourvoira, dit-il, au service des professeurs de l’enseignement secondaire durant leur absence ? Il n’y faudra rien moins qu'une légion de suppléants. Or a-4-on prévu les dépenses résultant de cette organisation ?.. C’est tout un budget qu'il serait indispensable de constituer pour indemniser les titulaires de l’enseignement secondaire délégués et rétribuer leurs suppléants : un budget de deux ou trois cents personnes au moins. Ajoutez que ces maîtres manqueraient à leurs classes quand ils y seraient le plus utiles, au commencement et à la fin de l’année scolaire, juste au moment de donner l'élan aux premiers efforts ou de consacrer les résultats acquis ».
Quant à l’idée proposée par les assemblées de douze lycées. dont Louisle-Grand ét Saint-Louis, et de quatre collèges, dont Rollin, idée soutenue aussi par le Recteur de Montpellier, de constituer un système de commissions régionales composées de professeurs, en congé, en retraite, hors cadre : « des irréguliers. des émérites, des consulaires » comme les appelle Gréard, le vice-recteur de Paris estime qu'il ne convient pas de s’y arrêter : « Pour éclairer le jury il ne saurait suffire, dit-il. d’avoir appartenu à l’enseignement secondaire : les procédés d'enseignement se renouvelant, les programmes se modifiant, il faut ne pas avoir cessé d’y appartenir »
qu’en raison de la maturité relative avec laquelle on les aborde et qui en assure le profit. Si du moins la mesure devait tourner à l’avantage de ceux qui pousseraient au delà du terme commun. Mais comment espérer sérieusement faire marcher de front avec cette élite la masse de ceux qui seraient résolus par avance à ne pas fournir toute la carrière ? C’est cette masse paresseuse et lourde, sans fond ni foi, qui comme toujours ferait la loi. Et sur une base aussi affaiblie que pourrait édifier l’enseignement supérieur ? Pour ne parler que des Facultés des lettres, après avoir très utilement transformé une partie de leurs cours en conférences, elles devraient donc convertir leurs conférences en classes avec correction de devoirs écrits et retour aux premiers principes !…. Dépression des études secondaires, au grand détriment de la eulture intellectuelle moyenne du pays, et déviation de l’enseignement supérieur, au détriment non moins grand de la culture la plus élevée, tels sont les deux termes auxquels aboutirait fatalement l’organisation du baccalauréat à deux degrés... N’enlevons rien à l’enseignement secondaire, si nous voulons, d’une part qu'il offre à l’enseignement supérieur un support résistant, d’autre part qu'il demeure le régulateur autorisé de l’esprit public et continue à former pour la société des cadres solides » (1).
C’est précisément parce qu’elles veulent que l’enseignement secondaire conserve ce grand rôle et qu’il puisse le remplir avec succès, que la plupart des assemblées réservent, dans leurs délibérations, une place considérable à la question des examens de passage. Les unes proposent d’instituer, soit pour toutes les classes, soit au moins pour les classes supérieures, un jury spécial, composé mi-parti de professeurs étrangers. Présidé par l’inspecteur d’Académie ou par un délégué du Ministre, ce jury, à la suite d’une double série d'épreuves, épreuves écrites et épreuves orales, procéderait, comme au baccalauréat, à des éliminations sévères (2). Les autres, tout en faisant des réserves, qui s’inspirent d’une expérience pédagogique aussi riche que généreuse, sur les dangers de cette application extrême, en adoptent le principe et demandent que le diplôme de bachelier soit conféré d’office aux élèves qui seraient arrivés d’examen en examen jusqu’à la philosophie, sans sortir du premier quart de la classe, ou tout au moins que les examens (le passage subis avec succès, de quatrième en troisième et de seconde en rhétorique, deviennent une condition préalable à l’obtention du diplôme (3). Chez toutes, la raison commune des
(DACEATA MID IT ND RAANetES TL.
(2) Cf. Enquêtes et documents, XVIII, passim. — Les assemblées de sept Facultés, de neuf lycées et de trente-neuf collèges se rallient à cette proposition.
(3) Cette proposition est faite par les assemblées de huit lycées et de treize collèges. On la trouve dans le contre-projet opposé par Alfred Mézières au projet Marcou sur le rétablissement des certificats d’études dont nous avons parlé plus haut.
combinaisons sages ou hardies qu’elles proposent, c’est de relever le niveau des études secondaires et par là même, la valeur du diplôme qui les sanctionne, en opérant, par des examens de passage plus ou moins sévères, une intelligente sélection.
Gréard voit dans le fonctionnement méthodique et ferme du système sélectif des examens de passage le seul moyen, non seulement de régénérer le baccalauréat, mais encore de consolider l’enseignement spécial. Si l’on veut, dit-il, que les éliminations « tournent au profit des enfants qu’elles frappent, ne faut-il pas qu’on puisse leur dire : il y a d’autres études secondaires qui se proposent, elles aussi, dans une large mesure, l’éducation générale de l’esprit, que la société honore et auxquelles elle assure les avantages compatibles avec les garanties qu’elles fournissent ? » (1) C’est le sentiment qui s’imposait de plus en plus à l’opinion éclairée (2), et qui, au cours de l’enquête, s’impose aux diverses assemblées. Dix Facultés, quinze Lycées, dix-huit Collèges, discutent longuement sur le rôle que peut jouer l’enseignement spécial pour une meilleure orientation des élèves. Les rapports de plusieurs recteurs parlent de cet enseignement avec une évidente sympathie et la ferme conviction qu’il contribuera à fortifier les études classiques, tout en donnant à une importante catégorie d'élèves des possibilités de développement intellectuel plus propices à leurs penchants. Que l’enseignement spécial obtienne, pour les diplômes auxquels il aboutit, des privilèges, presque toutes les assemblées le souhaitent. Qu'il ait sa place dans l’organisation générale des études secondaires, tout le monde le désire.
Telles sont, succintement analysées, les principales réponses apportées par la vaste enquête de 1885 au problème du baccalauréat. L’ampleur de la consultation devait fatalement donner lieu à une divergence d’avis quant à la valeur des solutions pro-
(1) Cf. Gréard, Education et Instruction, Enseignement supérieur, Paris, Hachette, 1877, p. 217.
(2) Cf. Charles Bigot, Les Programmes de l'enseignement secondaire, in Revue politique et littéraire des 13 et 20 décembre 1884, 3 et 10 janvier 1885. « Plus nous aurons de types divers de l’enseignement, plus nous aurons de chance que tout jeune homme rencontre ici ou là la direction qui lui est propice ; les intelligences seront moins coulées les unes et les autres dans le même moule et l’activité du pays tout entier Y aura gagné. Hélas, s’il sort de nos lycées tant de véritables avortés, ce n’est pas à eux seuls qu’en appartient la faute ». — Cf. Th. Reinach, apud, Le Temps, 8 octobre 1879 : « La véritable réforme des études, secondaires, la réforme la plus urgente, est de fermer l’accès des classes supérieures à un grand nombre de jeunes gens qui ne font que les encombrer ». Et, Th. Reinach demande qu'on ouvre à ces jeunes gens les portes de l’enseignement secondaire spécial régularisé et fortifié. — Cf. in Journal Officiel, 3 décembre 1882, la conclusion de l’intervention faite par Chavandier de Valdrôme « Quant au moyen de défendre l'examen contre tout aLaissement de niveau qui tiendrait à la faiblesse de la majorité des candidats, tout en parant aux conséquences d'examens de passages rigoureux et officiellement constitués. ce n’est pas, il me semble, dans un simple remaniement des baccalauréats, mais dans
nee réorganisation de notre système d'enseignement qu’il faudrait le chercher ».
posées. Elle n’a cependant pas empêché l’unanimité de se faire Sur la donnée fondamentale du problème, c’est-à-dire sur la nécessité de rendre à l’enseignement secondaire la large assise qui lui manquait en faisant du baccalauréat, non plus une fin en SOI, mais le couronnement normal d’études bien suivies. Et cette unanimité — toutes les discussions en témoignent — fut le résultat des préoccupations qui dominaient dans les assemblées universitaires et répondaient, avec un rare bonheur, au sentiment très profond et très net des besoins du pays.