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LA RÉFORME DE 1890 ET L’UNIFICATON DES BACCALAURÉATS

Tandis que l’enquête de 1885 avait permis au corps universitaire d'exprimer, avec ses doléances et ses critiques, ses désirs et ses projets, l’opinion publique poursuivait sa campagne pour une réforme profonde du baccalauréat qu'elle accusait d’altérer le caractère des études dans toutes les classes supérieures des établissements secondaires et d’asservir les professeurs à la préparation d’un examen mal conçu, qui se passait dans des conditions fausses, et où l’élève, inconnu des examinateurs, pouvait subir un échec immérité (1).

Les Ministres qui se succèdent, de 1883 à 1889, Fallières, Goblet, Berthelot, Spuller, Faye, Lockroi, tous pavés de bonnes intentions, abondants en sages discours, féconds en circulaires magistrales, proclament l’urgente nécessité de cette réforme, sans apporter cependant aux règlements en vigueur d’autres modifications que d’insignifiantes retouches, les unes relatives à la délivrance des certificats de réception au grade (2), aux dispenses d'âge (3), au délai d’ajournement des candidats (4); les autres, relatives à l’interprétation de certaines parties des programmes (5). Une seule mesure mérite d'être signalée. C’est le décret pris par Spuller le 26 juillet 1887 prescrivant que les maîtres de conférences et les chargés de cours des sciences et des lettres pourvus du titre d’agrégés des lycées siègent de droit dans les jurys du baccalauréat (6).

Mais si le baccalauréat ès lettres et le baccalauréat ès sciences ne subissent aucune transformation importante, malgré les résultats

(1) Cf. Rapport de Bayet présenté au Conseil supérieur de l’Instruction publique en 1890.

(2) Cf. Circulaires des 5 mai 1883, 15 octobre 1885 et 20 avril 1886.

(3) Cf. Circulaires dese? février 1884, 5 décembre 1884, 19 août 1885 et 15 octobre 1888.

(4) Cf. Circulaire du 27 octobre 1884.

(5) Cf. Circulaires des 13 mars, et 30 janvier 1889.

(6) Dans aucun cas, ajoute ce décret (art, 1), chaque jury ne peut comprendre moins de deux membres pourvus du grade de docteur.

20 avril et 24 juin 1885, 30 décembre 1887

de l’enquête et malgré les critiques dont ils sont de plus en plus l’objet dans la presse et jusqu’au Parlement (1), le baccalauréat de l’enseignement spécial se voit attribuer des prérogatives plus étendues que n’avaient osé l’espérer ses partisans. La commission chargée d’examiner les sanctions qu’il convenait d’accorder à ce diplôme se réunit, au Ministère de l’Instruction publique, sous la présidence de René Goblet qui voulait montrer ainsi tout l'intérêt qu'il portait à « une question de si haute importance au point de vue Social, comme au point de vue scolaire ». Exposant aux représentants des différents Ministères le but de la réunion, le Ministre déclarait : « Des réformes considérables se sont accomplies récemment dans l’enseignement supérieur et dans l’enseignement primaire. On a tenté aussi de modifier l’enseignement secondaire: mais les réformes qui y ont été introduites n’ont pas produit tous les résultats qu’on attendait, sans doute parce que le but à poursuivre n'avait pas été déterminé d’une manière assez nette, assez précise. Les études classiques ont incontestablement baissé depuis quelques années, et l’administration de l’Instruction publique doit chercher à en relever le niveau. Il a paru utile, en premier lieu, de réserver l’enseignement classique proprement dit, avec étude des langues anciennes, aux jeunes gens qui en ont véritablement besoin, Où qui peuvent aspirer à une haute culture. Pour les autres, et ce sont ceux qui forment le plus grand nombre, il existe un enseigne- | ment qu’on à improprement qualifié de spécial et qui tout en répondant aux besoins de la société moderne assure à ceux qui le reçoivent les bienfaits d’une instruction générale suffisante pour lui permettre de figurer avec avantage dans les carrières de l’industrie, du commerce, de l’administration, etc. Cet enseignement, qu’il ne faut pas confondre avec l’enseignement primaire supérieur, ou l’enseignement professionnel, dont le but est restreint, doit être considéré comme un véritable enseignement classique sans grec, ni latin. Pour attirer les élèves vers cet enseignement, il a paru nécessaire de donner au baccalauréat, qui en est le couronnement, des sanctions plus efficaces que celles qui lui ont été attribuées jusqu'ici ».

Dans les séances du 7 et du 27 janvier 1886, les membres de la Commission firent, au nom des administrations qu’ils représentaient, des propositions qui se traduisirent par un accord conclu entre le Ministre de l’Instruction publique et ses collègues des divers départements ministériels. Cet accord fut porté à la connais-| sance de toutes les administrations, sous forme d’une note, le 11 septembre 1886. Le Ministère de l’Agriculture admettait les bacheliers de l’enseignement spécial, au même titre que les autres bacheliers, au concours pour l'Ecole forestière et pour l’Adminis-

(1) Cf. Edouard Maneuvrier, L'Education de la bourgeoisie sous la République, Paris, Léopold Cerf, 1888, p. 37, 38, 39, 40.

tration centrale. Le Ministère du Commerce et de l'Industrie leur accordait, comme aux bacheliers ès lettres, pour le concours aux emplois de l'Administration centrale, un avantage de 10 points sur les bacheliers ès sciences. Le Ministère des Finances assimilait le baccalauréat de l’enseignement spécial aux autres baccalauréats pour l’admission dans les cadres de l'Administration centrale, de l’Enregistrement, des Perceptions et des Manufactures nationales. Le Ministère de la guerre permettait aux bacheliers de l’enseignement spécial de participer aux concours de l’Administration centrale, de l'Ecole polytechnique et de l'Ecole spéciale militaire (1). En outre, il les dispensait de l’examen pour le Volontariat d’un an. Les Ministères de l'Intérieur et de la Justice considéraient le baccalauréat de l’enseignement spécial comme un titre égal à celui des autres baccalauréats pour l’admission aux emplois de commis expéditionnaire de l'Administration centrale. Le Ministère de la Marine et des Colonies lui donnait les mêmes avantages qu’au baccalauréat ès sciences dans les concours pour les Administrations centrales, pour le personnel administratif secondaire des ports et arsenaux, et pour les emplois de pharmacien de première classe. Le Ministère des Postes et Télégraphes accordait aux bacheliers de l’enseignement spécial, dans les divers concours, un avantage de points sur les autres bacheliers. Le Ministère des Travaux publics leur permettait de prendre part au concours pour l'emploi de rédacteur de l'Administration centrale et les dispensait de l'examen pour l’emploi d'agent secondaire des ponts et chaussées. Enfin, le Ministère de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes, tout en leur fermant les portes des Facultés de médecine et de droit, les admettait à se présenter aux examens des licences ès sciences et aux concours pour les emplois de l’Administration centrale «et de l’Administration académique. En outre, le baccalauréat de l’enseignement spécial était déclaré équivalent au baccalauréat ès sciences restreint exigé des bacheliers ès lettres pour être admis à entreprendre les études médicales.

En adressant, le 1° mars 1886, au Ministre de l’Instruction publique, un rapport sur les travaux de la Commission qui avait accordé au baccalauréat de l’enseignement spécial toutes ces prérogatives, Zévort, directeur de l’enseignement secondaire, écrivait : «Le but que vous vous êtes proposé était surtout d’assigner à un enseignement qui va sans cesse grandissant et s’améliorant, qui intéresse la prospérité future du pays, le rang qui lui appartient, en constatant qu’il n’est marqué d’aucun caractère d’infériorité.. Ce ne sera pas un médiocre honneur pour votre administration d’avoir présidé à une réforme réclamée par l’opinion, encouragée par les pouvoirs publics, qui répond si complè-

(1) Une majoration de points était cependant réservé idats pouvus du baccalauréat ès lettres. : Dee pee

tement aux besoins de notre laborieuse démocratie, et qui doit avoir sur les destinées de la République, une si sérieuse influence ». On voit par là que la promotion du baccalauréat de l’ enseignement spécial au rang du baccalauréat de l’enseignement classique n’était pas seulement une mesure pédagogique, mais aussi une mesure politique et sociale.

La Société pour l'étude des questions d'enseignement secondaire qui, en 1881, avait approuvé et soutenu le projet de Jules Ferry portant création d’un baccalauréat de l’enseignement spécial, vit dans cette promotion une menace pour l’ enseignement classique et un danger pour le baccalauréat ès lettres et pour le baccalauréat ès sciences. L'élection de l’humaniste Gustave Merlet au Conseil Supérieur, en 4887, fut le premier résultat de la résistance opposée par cette Société à ce qu’elle considérait comme un empiètement grave et une réforme inutile, voire néfaste. On fausse complètement, disait le secrétaire général Pigeonneau, la pensée de Victor Durüy: au lieu de former des employés supérieurs pour le commerce et des contre-maîtres pour l’industrie, on prépare de nouveaux budgétivores. « La conception première, lisons-nous dans l’un de ses nombreux rapports, celle de M. Duruy,: la seule qui ait été logique, pratique et surtout sincère, reposait sur un fait incontestable et qui n’a pas disparu, malgré toutes nos bévues pédagogiques et législatives. II y avait en 1866, il y a encore, en France, un très grand nombre de familles, en particulier dans la classe moyenne des négociants, des agriculteurs, des industriels, et dans celle des petits fonctionnaires, qui veulent quelque chose de plus que l’enseignement primaire, fût-il décoré du nom de supérieur, et qui sentent pourtant que l’enseignement classique, par la durée des études et peut être plus encore par leur caractère et par la direction qu’elles impriment nécessairement à l'intelligence, ne convient pas à leurs enfants. Elles ne veulent en faire ni des avocats, ni des médecins, ni des hommes de lettres, ni même des fonctionnaires; elles n’ambitionnent pas pour eux les professions dites libérales: mais elles ont la légitime prétention de leur donner une culture intellectuelle aussi complète que le permettent les exigences des carrières auxquelles elles les destinent; cette culture que l’enseignement primaire est impuissante à leur assurer, que l’enseignement classique leur donne avec un luxe surabondant et qui peut offrir des dangers, elles la demanderont nécessairement à un enseignement plus élevé et plus général que l’enseignement primaire, moins long, moins exclusivement théorique et d’un caractère moins littéraire que l’enseignement classique : voilà la pensée de M. Duruy, voilà la raison d’être de l’enseignement spécial, qu’on aurait peut-être mieux fait de nommer, comme en Belgique, et en Angleterre, l’enseignement moyen : c’est une nécessité sociale, et ce sont les besoins mêmes auxquels il répond'qui doivent fixer son caractère. Il ne

s’agit pas de savoir s’il doit être égal ou équivalent à l’enseignement classique, ce sont là des questions de mots ou, si on veut, des questions de personnes qui n’offrent qu’un très médiocre intérêt ; il s’agit de faire de l’enseignement spécial un véritable enseignement secondaire, c’est-à-dire de l’élever au-dessus de l’enseignement primaire de tout ordre, ce qui est possible grâce à la durée plus longue des études, et à l'éducation première moins rudimentaire de la plupart des élèves qui s’y destinent : il s’agit aussi de -ne pas aller contre le but qu’on se propose et de se souvenir des vœux des familles et de l’avenir des élèves (1) ».

Sans doute les programmes de 1866 n'étaient pas parfaits : ils se ressentaient des tâtonnements et des illusions d’une première expérience. Cependant de 1866 à 1875, en dix ans, le nombre des élèves de l’enseignement spécial, dans les lycées et collèges, était monté de zéro à 22.708 : et cela dans les conditions les plus déplorables, malgré l’anarchie des méthodes, malgré l'insuffisance d’une partie du personnel, malgré la mauvaise volonté administrative, malgré la vanité des familles qui, tout en disant beaucoup de mal du grec et du latin, voulaient le faire apprendre à leurs enfants parce que le fils du voisin les apprenait. Malheureusement le nouvel enseignement avait les ambitions et les ardeurs de la jeunesse. Il trouvait sa situation trop modeste et son mérite méconnu. Faute d’avoir eu, dès son institution, des prérogatives clairement définies et un rang nettement marqué dans la hiérarchie des grades universitaires, le brevet dont Victor Duruy lui avait octroyé la délivrance et auquel Jules Ferry avait donné le nom de baccalauréat, fut amené, en voulant obtenir ce qu’on avait oublié de mettre dans son berceau, à se poser en rival et en héritier présomptif du baccalauréat de l’enseignement classique. Dès lors la lutte entre partisans et adversaires de l’enseignement gréco-latin qui, depuis la disparition des Ecoles centrales, n'avait passionné que quelques esprits et ne s’était traduite, jusqu’en 1865, que par des discussions théoriques et par de timides tentatives de réforme comme celle de la création de cours spéciaux dans les lycées et collèges, dont nous avons parlé, prit une ampleur considérable.

Tant qu'il ne fut question que de l’organisation, dans les lycées et les collèges, à côté de l’enseignement classique, d’un enseignement secondaire sans grec ni latin, la Société pour l'étude des queslions d'enseignement secondaire, dans ses réunions mensuelles et dans ses assemblées générales aussi bien qu’au sein du Conseil supérieur de l’Instruction publique par l'entremise de ses élus, se montra favorable à l'application de toutes les mesures administralives et pédagogiques susceptibles d'améliorer la réforme de Victor Duruy. Elle voyait dans le bon fonctionnement de l’enseignement spécial, non seulement ce que Victor Duruy y avait VU,

(1) Cf. L'Enseignement secondaire, 10 janvier 1890.

à savoir la possibilité de former, à côté.de la classe bourgeoise chargée de fournir aux professions libérales leur état-major, une classe nouvelle d’où sortirait tout le corps d'officiers de l’armée du travail, mais aussi l’unique moyen de débarrasser l’enseignement classique de tout le poids qu’il traînait après lui, en aiguillant vers un enseignement moins théorique et plus immédiatement applicable aux réalités de la vie les esprits rebelles aux raffinements de la culture classique, impatients d’action, portés vers les choses positives. L’enseignement spécial, par la place plus large qu’il fai- Salt aux connaissances manifestement pratiques, par l’élasticité de ses programmes qui lui permettait de se plier à certaines nécessités régionales, et d’être, sinon un enseignement professionnel, du moins une préparation et une invitation à telle ou telle catégorie de professions, enfin par la durée plus courte de ses études, avait clairement démontré qu’il répondait à un besoin à la fois social et pédagogique. Mais d’une part, au lieu de la maintenir et de la développer dans cette direction, les réformes de 1882 et de 1886, moins encore en élevant ses programmes qu’en abaiïssant le niveau des vieilles humanités, semblaient avoir transformé l’institution de Victor Duruy en un pseudo-enseignement classique. D’autre part, les prérogatives accordées en 1886 au baccalauréat de l’enseignement spécial apparaissaient comme une porte de plus ouverte sur le fonctionnarisme et un nouveau piège tendu à la vanité des familles.

C’est le conflit mettant aux prises ceux qui voulaient un baccalauréat classique français égal en dignité au baccalauréat gréColatin et ceux qui, comme Henry Michel (1) et Charles Bigot (2), prétendaient qu’on pourrait à la fois faire vivre le gréco-latin, le classique français et conserver au brevet créé par Victor Duruy, à défaut du nom, tout au moins le caractère simple et modeste, que Léon Bourgeois essaya d’arbitrer. En 1890, il soumit au Conseil supérieur de l’Instruction publique un projet de décret qui substituait aux baccalauréats ès lettres, ès sciences, et ès sciences restreint, un baccalauréat unique, appelé baccalauréat de l’enseignement secondaire classique. Après avoir fait, devant la Commission chargée de l’examiner, l’objet d’une vive discussion qui dura quatre jours, le projet du Ministre fut rapporté par Bayet devant le Conseil et adopté. Le décret fut publié le 8 août 1890. II était suivi d’un arrêté, pris à la même date, qui en fixait les modalités d'application à partir de la session de juillet-août 1891. Décret et arrêté furent commentés par une circulaire datée du 1° juin 1891, où Léon Bourgeois dégageait les principes qui dominaient les dispositions diverses de la nouvelle organisation du baccalauréat clas-

(1) Cf. Henry Michel, Notes sur l’enseignement Secondaire, Paris, Hachette, édit. 1902, passim.

(2) Cf. Charles Bigot, Questions d'enseignement secondaire, Paris, Hachette, 1886, passim.

sique et qui lui avaient paru propres à « obliger tous les élèves de l’enseignement secondaire classique à suivre jusqu’au bout, c’est-àdire jusqu’à la fin de la rhétorique, les études gréco-latines, à rompre la subordination des études à l'examen, à modeler l’examen sur les études, à alléger les épreuves sans affaiblir la preuve qu’elles doivent fournir, et enfin à donner aux bons élèves toutes les

sécurités possibles contre les chances inhérentes à tout examen ».

Ce qui caractérise la réforme de 1890 c’est donc le désir d’assurer, d’une part, à tous les élèves de l’enseignement classique une même culture générale sans nuire à la préparation des carrières spéciales où ils pouvaient s'engager ensuite, de sauvegarder, d’autre part, les intérêts légitimes des candidats en tenant compte de leur travail dans les trois dernières années d’études. « Désormais, proclame la circulaire ministérielle, il n’y aura plus qu’un baccalauréat de l’enseignement secondaire classique. L’enseignement secondaire classique est un; le baccalauréat auquel il aboutit doit l'être également ». Ainsi le décret du 8 août 1890 mettait fin aux derniers vestiges de la bifurcation. De là l’économie du nouveau baccalauréat : deux degrés d'épreuves, à un an d'intervalle (1); après la rhétorique, deux épreuves communes à tous; puis, l’année suivante, au choix des candidats, des épreuves correspondant ou bien à la classe de philosophie, ou bien à celle de la classe de mathématiques élémentaires. Un diplôme unique, mais avec deux mentions : lettres-philosophie, lettres-mathématiques.

L’allègement de l’examen était obtenu par la réduction du nombre des épreuves écrites. À la première partie, deux épreuves seulement et non plus trois; une version latine et une composition française. L'épreuve de version latine qui devait être faite sans dictionnaires, à l’aide d’un simple lexique, conformément à la règle établie par le décret du 19 juin 1880, et dont la durée était portée de deux à trois heures (2), avait été maintenue comme étant la plus probante « puisqu'elle dénote, dit le Ministre, à la fois la connaissance du latin, celle du français et l’aptitude à suivre un développement et enchaînement logique de pensées ». Le projet ministériel, revenant à la conception docimologique qui avait prévalu dans l'esprit de Victor Cousin en 1840, n’avait d’ailleurs prévu que cette épreuve écrite pour la première partie de l’examen. La Commission, malgré l’énergique opposition de plusieurs membres

(1) L'arrêté du 8 août 1890 maintenait, pour la i

é , té du & € ; seconde partie, un = sion extraordinaire exclusivement réservée aux candidats qui SvAiGnt subi deux échecs et aux candidats aux Ecoles spéciales du Gouvernement. Cette session pouvait avoir lieu en mars ou avril. ;

(2) Cf. Circulaire du 1% juin 1891 : « En augmentant la duré composition, le Conseil supérieur n’a pas ienne Eco re UE RE pas Loin de là, il estime que les textes à traduire doivent être des extes aciles, de la force moyenne de la classe de rhétorique, bien choisis formant un tout, présentant un ensemble d'idées. Il a voulu seulement bien marquer l'importance de cette épreuve, qui est probante entre toutes »

qui réclamaient le maintien de la composition française, aussi bien dans l'intérêt des études que dans l'intérêt des candidats (1), par 18 voix contre 13, avait maintenu le principe, posé par le projet du Ministre, de l’épreuve unique de version latine. Mais le Conseil supérieur, réuni en séance plénière, sur une éloquente intervention de Janet (2), décida que les épreuves écrites de la première partie

(1) Cf. Le Rapport de Bayet : « Plusieurs membres s'opposent énergiquement à la supresssion de la composition française. Ils estiment qu'une pareille mesure est.contraire au principe même des réformes de 1880. La composition française a obtenu place dans toutes les classes depuis la sixième ; on la retrouve à l'entrée de toutes les grandes Ecoles ; dès lors peut-elle disparaître de l'examen placé à la fin des études classiques ? Le baccalauréat classique ainsi mutilé, tomberait. au-dessous du baccalauréat spécial. D'ailleurs l'intérêt des candidats est de ne pas être jugés sur une seule épreuve écrite, la version latine, et le Conseil, qui veut dépouiller l'examen de son caractère aléatoire, l’aggraverait de ce chef. Si on s’est plaint que la composition française ne donnât que peu de résultats, que les copies fussent d’une extrême faiblesse, certaines Facultés constatent au contraire que le niveau de l'épreuve monte chaque année. De tous les exercices écrits, c’est celui qui se prête le moins à une préparation mécanique, celui où l'élève peut le mieux montrer s’il a profité de la culture générale qu'il à reçue, s’il sait écrire sa langue et mettre en ordre ses idées. Dès lors convient-il d'interrompre brusquement une expérience qui n’a été commencée que depuis quelques années et dont ni l’Université ni les familles ne demandent la suppression. A toutes ces objections les partisans de l’épreuve unique ont répondu que l'opinion publique protestait contre la multiplication des épreuves et que le nombre des compositions ne saurait être un critérium de la force des études. Ils jugent que la version latine sera une preuve suffisante de la connaissance du latin, de la connaissance du français et de la logique de l'esprit ».

(2) « La composition française dans le baccalauréat secondaire classique, déclara Janet, représente essentiellement les études de rhétorique. Au temps du monopole universitaire, on n’exigeait qu'une seule composition, la version latine ; maïs à cette époque, on imposait à tous les élèves le certificat d’études, c’est-à-dire l'attestation d’une classe de rhétorique et de philosophie faite dans un établissement de l'Etat. Lorsque le certificat d’études fut supprimé, on a cru nécessaire d'exiger, comme garantie des mêmes études, le discours latin, et plus tard, toujours par le même motif, la composition française. Le choix de la composition française n'était d’ailleurs que le complément de toutes les réformes de 1880, qui partout mettaient au premier rang le devoir français ; dans toutes les classes, à tous les degrés, une composition de style en français était introduite, et la composition française supplantait le discours latin pour le prix d'honneur. Dans tous les examens, même des jeunes filles, même des écoles primaires, un devoir de français sous forme d’histoire ou de morale est aujourd’hui exigé. Dans les Ecoles du Gouvernement, Polytechnique, Saint-Cyr, la composition française est à sa place. Il serait surprenant que le baccalauréat secondaire elassique, remplaçant le baccalauréat ès lettres, füt le seul examen où il n’y eût pas d'exercice de ce genre. La composition phiosophique de la seconde partie ne peut suffire à le remplacer, et d’ailleurs, on sait que dans cette seconde partie deux séries, celle de mathématiques et celle de physique ne seront pas assujetties à la composition de philosophie : il y aurait donc un grand nombre d'élèves qui obtiendraient le diplôme de bachelier sans avoir fait preuve de quelque facilité à exprimer leurs idées en français.

s «Les objections qui pourraient être faites porteraient plutôt sur le choix des sujets de composition que sur l'épreuve elle-même. On a pu dire que trop souvent la composition se faisait à l’aide des manuels : mais cela dépend des sujets donnés. Si en effet on choisit des sujets sur lesquels les élèves n’aient aucune notion personnelle, comme seraient par exemple des sujets empruntés à la littérature du moyen âge, ou même du xvre siècle, les élêves sont bien obligés d'employer des connaissances extérieures ; mais il faut surtout faire appel aux souvenirs de leurs propres études en puisant dans les auteurs classiques qu’ils ont dû nécessairement lire, et que leurs professeurs leur ont expliqués. En outre la composition française ne doit pas se renfermer exclusivement dans les auteurs français. L’Iliade, l’Enéide, les tragédies les plus connues de Sophocle, les discours de Démosthène et de Cicéron que l’on traduit dans les classes, la comparaison des

comprendraient une version latine et une composition française. Ainsi la seule modification apportée à l’article 7 du décret du 49 juin 1880 consistait en la suppression du thème allemand ou anglais aux épreuves écrites de la première partie de l’examen. La seconde partie comportait deux séries d’épreuves, entre lesquelles les candidats pouvaient choisir au moment de leur inscription (1). Elles avaient pour bases les programmes, l’une de la classe de philosophie, l’autre de la classe de mathématiques élémentaires. Pour la première série, une seule composition écrite : dissertation de philosophie. Pour la deuxième ‘série, une seule composition écrite portant à la fois sur les mathématiques et la physique. Enfin, et c’était là une innovation importante destinée à diminuer l’aléa de l’examen, l’article 8 du décret disposait que pour toutes les compositions écrites, sauf pour la version latine, il

anciens et des modernes dans les imitations françaises peuvent fournir des sujets de composition. On n'oubliera pas d’ailleurs que, dans les programmes de 1880, il avait été entendu que la composition française pourrait porter sur l’histoire aussi bien que sur la littérature, et rien n’a été changé en cela. Seulement il ne s’agit pas de l’histoire au point de vue spécial et technique, mais au point âe vue littéraire ; il s’agit toujours de l’art d’exposer. d’ordonner et d'exprimer les idées : des compositions historiques d'un caractère un peu général seront très propres à cet effet. On n’a pas même éxclu l’ancienne forme oratoire : il serait étrange qu'à une époque où plus que jamais la parole est une puissance, on interdît la forme des discours. En un mot, comme il a été dit dans les Instructions de 1880, la composition française peut prendre toutes les formes : dissertations de littérature, de morale ou d'histoire, discours, lettres, fables, parallèles, dialogues, ete. Le tout est d'écrire en français. C’est à l’art des professeurs de choïsir une matière appropriée à l'âge et à la culture des jeunes gens. On évitera de pousser aux souvenirs de manuels, ou de demander des appréciations littéraires trop délicates et qui conviennent à la licence plus qu’au baccalauréat. On se contentera de notions communes qui sont le patrimoine de tous les esprits cultivés, pourvu que ces notions soient exprimées avec correction, justesse et une certaine précision. Tel sera du moins le niveau moyen ; les esprits plus distingués sauront se faire jour et obtiendront par là des rehaussements de notes. Mais le baccalauréat est surtout la preuve d’une culture moyenne telle qu'on peut la demander à tout homme bien élevé qui ne se destine pas exclusivement aux carrières littéraires : ce qu'on y demande surtout, ce sont les qualités d’un bon esprit qui puisse suffire aux devoirs divers qu'exige la société ». À

(1 L'article 13 du décret du 8 août 1890 prévoyait qu'il serait institué une troisième série plus spécialement consacrée aux sciences physiques et naturelles. « En instituant la série des sciences physiques et naturelles lisons-nous dans le rapport de Bayet, on a voulu donner satisfaction aux Facultés de médecine et de sciences qui, depuis longtemps, réclament avec énergie la suppression du baccalauréat restreint pour la partie mathématique. Aussi la Commission a-t-elle été d'avis qu'il fallait immédiatement se prononcer sur la question de principe. Une longue et intéressante dis-

cussion s’est ensuite engagée sur l’organisation de cette troisième série : Si je crois inutile d'en entretenir le Conseil, c’est qu'il à paru nécessaire ‘ d'ajourner toute solution à une prochaine session. On s’est donc arrêté à la rédaction suivante : « I1 sera institué une troisième série plus partieulièrement consacrée aux sciences physiques et naturelles. Un règlement ultérieur déterminera les programmes et les conditions de cet examen Die Cette troisième série ne fut pas instituée. Le décret du 31 juillet 1892 4 suppléa par la création, d'un certificat d'études physiques chimiques à naturelles. Malgré la vive opposition des représentants des professeurs des Ivcées qui demandaient que la préparation à ce certificat fût faite dans les établissements d'enseignement secondaire, le Conseil supérieur de l'Instru

tion publique adopta le projet du Ministre qui la confiait aux Faculté re sciences (Cf. Rapports de Darboux et de R. Poincaré). 4 Fate

devait être donné trois sujets différents entre lesquels les candidats auraient le droit de choisir (4).

La procédure des épreuves orales était la suivante: Examen de la première partie : explication d’un texte grec, d’un texte latin et d’un texte français choisis par l’examinateur dans les ouvrages inscrits aux programmes des classes de troisième, de seconde et de rhétorique des lycées, chacune des trois explications faisant l’objet d’une note variant de 0 à 20 et affectée du coefficient 1 ; explication d’un texte allemand au anglais suivie d’un thème oral ou d’un entretien notée de 0 à 20 avec le coefficient 2 (2) ; interrogation d’histoire et de géographie d’après le programme de rhétorique notée de 0 à 20 d’après l’ensemble de l’épreuve affectée du coefficient Æ; interrogation sur les éléments de mathématiques d’après le programme de la classe de rhétorique également notée de 0 à 20 avec le coefficient 1. Examen de la deuxième partie : Première série : trois épreuves tirées du programme de la classe de philosophie. 1°) Une interrogation sur la philosophie, l’histoire de la philosophie et les auteurs philosophiques notée de 0 à 20 avec le coefficient À ; 2°) Une interrogation sur l’histoire contemporaine notée de 0 à 20 avec le coefficient 1; 3°) Une interrogation sur les éléments de la

(1) Cf. Rapport de Bayet : « Plusieurs membres ont craint que cette mesure, si bienveillante au premier abord, ne devint dans la pratique un danger pour le candidat. Préoccupé par le désir de Choisir le Sujet le plus facile ou celui qu'il connaît le mieux, ne perdra-t-il pas son temps à les soupeser successivement au risque de n'avoir plus le loisir d’en traiter aucun ? D'autre part, sur les trois sujets de philosophie, en donnera-t-on un de psychologie, un de morale, un de logique ; pour les mathématiques : un de géométrie, un de cosmographie, un d’algèbre ? Dans ce cas le candidat préparera son choix pendant toute l’année ; décidé à ne traiter qu’un sujet de psychologie ou un sujet de géométrie, il n’étudiera les autres matières qu'en vue des interrogations orales, nécessairement plus superficielles, À ces observations les défenseurs du projet ont répondu que les doyens, afin de déjouer de pareils calculs, seraient libres de choisir les trois sujets soit dans la psychologie, soit dans la géométrie, etc. ». La circulaire du 1% juin 1891 ajoute : « Pour la composition scientifique, on à fait observer qu'il serait d’une pratique bien difficile, et en même temps qu'il serait contraire à l’intérêt des candidats de leur donner à choisir entre trois problèmes qu’ils devraient essayer successivement avant de s'arrêter à un. {1 à été entendu que les trois sujets prescrits ne différeraient l’un de l’autre que par la question de cours, mais que lorsqu'ils comprendraient un problème, ce serait le même pour tous les trois ».

(2) Cf. Circulaire du 1% juin 1891 : « L'épreuve de langues vivantes a un coefficient double des autres explications. Par là, le Conseil supérieur a voulu marquer nettement quelle importance il y attache, En supprimant à l’écrit le thème allemand et le thème anglais, il a entendu seulement alléger les épreuves. Il lui à semblé que la traduction courante d’un texte, avec un thème oral au tableau, et mieux encore, toutes les fois que l'examinateur juge la force du candidat suffisante, une courte conversation en allemand où en anglais répondaient mieux à ce que l’on doit se proposer de l'étude des langues vivantes dans l’enseignement classique : les apprendre pour les comprendre et pour les parler... Le décret du 8 août ne fait pas mention expresse des interrogations facultatives d'italien et d'espagnol ; mais comme il abroge Simplement les dispositions contraires à celles qu’il édicte, le décret du 15 janvier 1884 est maintenu. Est maintenu de même le décret du 26 décembre 1882 relatif à l'épreuve de langue vivante dans l’Académie d'Alger, en ce qu’il n’a pas de contraire au décret du 8 août dernier. Dans cette Académie, les candidats pourront, sur leur demande, être interrogés sur l'arabe ».

physique, de la chimie et de l’histoire naturelle notée de 0 à 20 avec le coefficient 2. Deuxième série : Cinq interrogations, une sur les mathématiques notée de 0 20 avec le coefficient 2, une sur la physique, une sur la chimie, une sur l’histoire contemporaine, une sur la philosophie, notées chacune de 0 à 20 avec le coefficient 1.

En ce qui concerne les explications d’auteurs, d’après l’article 8 du décret du 19 juin 1880, le candidat désignait lui-même, parmi les auteurs inscrits aux programmes de troisième, de seconde et de rhétorique, un certain nombre d'ouvrages parmi lesquels l’examinateur devait choisir le texte à traduire. C’était une prime aux préparations artificielles. Le décret du 8 août 1890, pour tous les textes, pour les langues vivantes, comme pour le grec, le latin et le français, restituait aux examinateurs le droit de choisir les textes d’explication dans les ouvrages inscrits aux programmes de troisième, de seconde et de rhétorique. A l’examen de la seconde partie (première série) seulement, les candidats pouvaient indiquer, pour l'interrogation portant sur les auteurs philosophiques, les ouvrages qu’ils avaient expliqués en classe.

Le décret et l’arrêté du 8 août 1890 n’apportaient aucune modification importante aux conditions à remplir pour être admis à se présenter à l’examen. L'âge requis restait fixé à seize ans et des dispenses pouvaient être accordées dans les conditions fixées par les cireulaires des 1% juillet 1882, 5 décembre 1884 et 15 octobre 1888. Pour l’inscription à la seconde partie, le candidat était tenu de justifier qu’il s’était écoulé, depuis son admission à la première partie, une année ou le laps de temps reconnu équivalent, c’est-àdire l’intervalle compris entre la session d’octobre-novembre et celle de juillet-août de l’année suivante. Dans le cas où le candidat demandait à se présenter. pour subir les épreuves de la deuxième partie, devant une autre Faculté, la transmission de son dossier devait se faire dans les formes prescrites par les instructions des 7 juin 1875 et 17 novembre 1877. Enfin les candidats à la deuxième partie étaient autorisés à se faire inscrire pour subir soit successivement, soit à la même session, les épreuves des deux séries (1).

Quant à la procédure des examens, elle s’enrichissait de formalités et de prescriptions nouvelles. C’est par arrêté ministériel que serait fixée, comme par le passé, l'ouverture des sessions. Mais les compositions écrites auraient lieu désormais, au choix des Facul-

. (D Cf. Circulaire du 1* juin 1891 : « La question m'a ét é l si un candidat pouvait subir soit SUCCCSSITeD ETS soit Re AE épreuves de plusieurs séries de la seconde partie. L’affirmative n’est ‘pas douteuse. Dans ce cas, le candidat admis après les épreuves de la première série et qui se présente pour subir celle de la deuxième est dispensé, à l'oral. des interrogations sur l’histoire contemporaine et sur la philosophie Le candidat reçu antérieurement à la deuxième série et qui se présente pour Subir les épreuves de la première, est dispensé des interrogations sur l’histoire contemporaine et sur les éléments des sciences physiques et naturelles. En cas de succès le diplôme porte les deux mentions correspondant à la première et à la deuxième série des épreuves .

tés soit en une série unique, soit en séries simultanées, ou en séries successives. Dans le premier cas, il devait y avoir au moins un centre de composition dans chaque département de l’Académie. Dans le second, les compositions auraient lieu au siège de la Fa: culté, et chaque série comprendrait au maximum trente candidats. C’est aux Facultés qu’il appartiendrait de décider si les compositions se feraient en une série unique pour toute l’ Académie. Quel que füt le modé adopté, les instructions ministérielles prescrivaient que la surveillance serait faite par un membre du Jury, assisté, en cas de besoin, de surveillants auxiliaires. Avant de subir les épreuves, chaque candidat était tenu d'écrire et de signer sur un registre spécial, visé et parafé par le doyen, la déclaration qu’il ne s'était pas inscrit ou fait inscrire dans une autre Faculté pour subir le même examen dans la session courante, et qu’il n’avait pas subi l’examen auquel il se présentait dans une autre Faculté pendant la même session. Les deux compositions de la première partie devaient se faire le même jour, avec un intervalle de trois heures au moins. I était interdit aux candidats, sous peine d'exclusion, d’avoir aucune communication avec le dehors ou entre eux. d’ apporter aucune note, aucun cahier, aucun livre autre que les lexiques autorisés. Il était remis à chaque candidat des feuilles à en-tête sur lesquelles il devait écrire ses compositions. Les épreuves orales demeuraient publiques. Leur durée était fixée à trois quarts d'heure en moyenne pour chaque candidat.

L'article 19 de l’arrêté du 8 août 1890 déterminait la composition des jurys ainsi qu’il suit (4) : Première partie : Quatre membres, dont un de la Faculté des sciences. Seconde partie : Première série : Trois membres dont un de la Faculté des lettres. La présidence, aux termes de l’article 20, appartenait au doyen et, en son absence, au professeur le plus ancien de la Faculté. Dans le cas où le jury était formé d’un nombre pair de membres, la voix du président était prépondérante. Une telle organisation avait, comme les organisations précédentes, le grave défaut de ne tenir aucun compte de la spécialisation des membres du jury. Demain, comme hier, un professeur de géographie pourrait examiner les épreuves de grec, de latin ou de français et un professeur de sciences naturelles les épreuves de mathématiques.

C’est aux doyens des Facultés que la circulaire ministérielle du 1° juin 1891, conformément à l’article 26 du décret du 28 décembre 1885, maintenait la prérogative de constituer les jurys. « C’est par lui (le doyen) aussi, ajoute la circulaire que sont choisis les sujets

(1) Cf. Circulaire du 1% juin 1891 : « Toutefois je fais remarquer ici que la disposition des règlements antérieurs en vertu de laquelle le Ministre pouvait adjoindre aux membres des Facultés des docteurs ès lettres ou ès sciences et des examinateurs spéciaux pour les langues vivantes est maintenue »,

des compositions écrites. Le Conseil supérieur a pensé que ce choix devait être fait par une personne unique, responsable. Ce ne pouvait être que le doyen. Mais dans la pratique, il est bien entendu que les doyens sont autorisés comme par le passé à demander des sujets à leurs collègues. Leur prérogative, et en même temps leur obligation, c’est, parmi ces sujets différents, de choisir ».

Ni le décret, ni l’arrêté du 8 août 1890, m la circulaire du 4° juin 1891 ne fixaient de règle absolue et mathématique pour la déclaration d’admissibilité. « D'une manière générale, écrivait le Ministre dans ses intructions, l’admission ne devant être prononcée que si le candidat obtient la moyenne 10 multipliée par le total des coefficients attribués à chaque épreuve, à l’écrit l’admissibilité doit être acquise à tout candidat qui obtient 20 points pour les épreuves écrites (première partie, deux épreuves avec le coefficient 1 ; deuxième partie, première et deuxième séries, une épreuve avec le coefficient 2). Mais, conformément aux intentions du Conseil, les jurys peuvent, s’ils le jugent à propos, admettre aux épreuves orales un candidat qui, à l’écrit, serait demeuré un peu au-dessous de cette moyenne, dans le cas où telle de ses épreuves écrites, ou bien encore l’examen de son livret, permettrait d'espérer qu'il pourra se relever à l’oral. Mais dans tous les cas, pour l’admission définitive, les moyennes fixées par l’article 17 de l'arrêté doivent être obtenues (1) ». Aux termes de l’article 4 du décret du 8 août 1890, le bénéfice de l’admissibilité aux épreuves orales, après échec à ces épreuves, restait acquis aux candidats pendant l’année suivante, c’est-à-dire de juillet à juillet inclusivement, de novembre à novembre inclusivement, à la condition de se présenter pour réparer leur échec devant la Faculté où ils l’avaient subi. Enfin, les règles établies par le décret du 19 juin 1880, qui prescrivaient l’ajournement dans Île cas de plusieurs notes al où d’un nul, étaient abrogées. « Le Conseil supérieur, lisons-nous dans la circulaire du 4% juin 1891, a pensé qu'étant donnée la nature de l’examen du baccalauréat, il fallait y admettre aussi largement que possible le système des compensations. Un candidat a 0 pour une épreuve et 20 pour une autre; sa moyenne est 10; c’est la moyenne requise. Il doit passer. Il fera un aussi bon bachelier et peut-être fera-t-il un homme plus distingué que celui qui, dans chaque épreuve, n’a été ni au-dessous ni au-dessus de la moyenne ». Et la circulaire ministérielle ajoute : « L’admissibilité, ladmission, l’ajournement après les épreuves

(1) Cf. Arrêté du 8 août 1890, art. 17 : Pour être admis, les i fe vent avoir avoir obtenu au moins le nombre suivant de A RU partie : 90 ; Deuxième partie : Première série, 60 ; Deuxième série : 80. Les certificats d'aptitude portent les mentions suivantes : Passable quand le candidat à obtenu la moyenne de 10 points ; Assez bien, quand le candidat a obtenu la moyenne de 12 points ; Bien, quand le candidat a obtenu la

moyenne de 14 points ; Très bien, quand le candid de 15 points ». q at a obtenu la moyenne

écrites ou après les épreuves orales sont prononcées après délibération du jury. Cette prescription, qui n’a jamais cessé d’être obligatoire et dont l'oubli constitue un vice de forme pouvant entraîner la nullité des épreuves, est plus importante que jamais, avec l’examen que les jurys doivent faire des livrets scolaires ».

L’article 6 du décret du 8 août 1890 permettait en effet aux candidats de produire, en se faisant inscrire, un livret scolaire contenant toutes les indications (notes et places obtenues dans les différentes compositions en troisième, en seconde, en rhétorique, en philosophie, en mathématiques élémentaires, prix et accessits, nominations au Concours général, distinctions spéciales, appréciations des professeurs) susceptibles de renseigner le jury sur leur valeur. C'était là une des innovations essentielles du décret. Le livret scolaire était depuis longtemps réclamé par les corps enseignants et par l’opinion publique. Nous avons vu que, au cours de l’enquête de 1885, une imposante majorité en avait préconisé l’institution (1). En novembre 1887, à l'ouverture des conférences de la Faculté des lettres de Paris, Lavisse avait prononcé un discours où, sous la forme d’un véritable réquisitoire qui produisit une vive impression, le baccalauréat était sommé de mettre fin, sous peine de sombrer dans le discrédit, à son caractère de loterie. « L’examen qui veut ignorer les études antérieures, déclarait Lavisse, et traite le candidat en inconnu ne résistera pas longtemps aux critiques soulevées par les méfaits qu’il a commis. Le baccalauréat est sur la sellette. Si j'étais chargé de requérir contre lui, je lui ferais passer un quart d’heure pénible, à supposer qu’un quart d'heure me suffit. Je lui reprocherais la prétention qu’il a d’ouvrir tant de carrières à l’entrée desquelles il a planté ses fourches caudines; ses programmes encyclopédiques, par lesquels il exige tant d’études que les écoliers n’ont plus le temps de rien étudier; ce sentiment que j'éprouve pour ma part, et qui est étrange, d’un examinateur qui ne voudrait pas être examiné sur les programmes où il prend ses questions ; la perturbation qu'il jette dans notre travail et dans le vôtre (2), quand il nous encombre au premier et au dernier mois de l’année de cette cohue de candidats attristés, de parents anxieux, de solliciteurs insupportables. Maïs ce sont là les critiques les plus légères : l’impardonnable tort du baccalauréat, c’est qu’il veut se suffire à lui-même, ne rien savoir du candidat, si ce n’est un nom, qui pourrait être avantageusement remplacé par un numéro, et d’exposer ses justiciables aux chances inégales de compositions aujourd’hui faciles, demain difficiles, pour ne point parler de Ja

(NEC UDr SD L/4/170;:

(2) « En 1885-1886, lisons-nous dans le Rapport du Conseil général des Facultés de l'Université de Paris, le nombre des examens du baccalauréat a été, pour la Faculté des Sciences, de 5.271, pour la Facluté des iettres, de 7.953, soit au total 13.224. »

diversité des humeurs des juges qui sont aussi variables que les compositions. À chaque session, il faut avoir le courage de le dire, le baccalauréat, par sa faute et non par la nôtre, fait des victimes et des heureux qui ne méritent pas leur sort. Il trouble ainsi cette précieuse notion de la justice que donne aux écoliers la vie du collège où chacun est payé selon ses mérites. Il introduit prématurément dans les jeunes esprits le culte immoral de la chance. Aussi ne sera-t-il plus toléré longtemps, sans doute, sous sa forme actuelle, dans un pays où les loteries sont presque défendues, et le moyen sera trouvé d'assurer dans une bonne mesure aux candidats le bénéfice de leurs études antérieures (1) ».

Commentant avec sa verve de journaliste le discours de Lavisse, Francisque Sarcey écrivait quelques jours après: « M. Ernest Lavisse a prononcé la semaine dernière, à la rentrée solennelle de la Faculté des lettres de Paris, un magistral discours qui aura un grand et légitime retentissement. Voilà done enfin une bouche officielle qui dit du baccalauréat ce que nous en pensons : qu’il est la mort des études en France !

« J'ai vu le temps où le baccalauréat était ce qu’il doit être : une constatation et une sanction des études bien faites. Quand on avait passé dans un lycée de l’Etat ou même dans un bon collège communal ses dix années réglementaires, montant chaque année d’une classe à l’autre, on arrivait à ce redoutable examen sans s’y être préparé que par une récollection de ses souvenirs faite dans les derniers jours, et on l’affrontait sans émotion ni trouble. On était sûr, à moins d’un excès de mauvaise chance, d’être reçu tant bien que mal.

« La seule préparation au baccalauréat, c’étaient les dix années d’études régulièrement suivies. Le baccalauréat était comme le fruit naturel de l'éducation universitaire. On n’avait qu’à le laisser venir ; on le cueillerait à son heure.

« Les choses ont bien changé.

« Tandis qu'autrefois, les pères disaient aux enfants : Fais tes études, et le baccalauréat, qui ne saurait te manquer, ne sera qu'une preuve officielle que tu les as faites : les pères disent au- Jourd’hui : Sois bachelier le plus vite que tu pourras.

« Le baccalauréat n’est plus un signe d’études bien faites : c’est un but, à présent. On n’étudie pas pour savoir, pour se former et s’orner l’esprit, mais pour être bachelier. L'idéal, ce serait d’escamoter le baccalauréat sans avoir fait aucune des études auxquelles il sert de constatation.

« Comme ce n’est pas possible, il faut se hâter d’ingurgiter en masse, et pêle-mêle, toutes les matières du programme. Il faut

(1) Cf. Ernest Lavisse, Etudes et étudiants, Paris, Colin, 1890.

empiler dans la mémoire, au risque de la faire éclater comme une malle trop pleine, des réponses toutes prêtes aux questions que peuvent poser les examinateurs.

« On ne travaille donc plus que les yeux fixés sur le programme, et en vue du programme. Et ce malheureux programme est allé se distendant tous les jours : on y a fourré toutes les connaissances humaines. L’encyclopédique Humboldt ne savait pas le quart de ce qu’on demande à cette heure à un aspirant bachelier.

« Il semblerait que cette effroyable multiplicité de connaïissances à se mettre dans la cervelle dût décourager les médiocrités et les paresses. Point du tout. Elle leur offre une prime au contraire. Il est trop clair que, les programmes étant horriblement chargés, on ne peut jamais savoir qu’une partie des matières qu’ils enferment. Ma foi! au petit bonheur! On se hasarde; comme c’est affaire de pure mémoire, si l’on tombe sur ce que l’on sait, on a beau être un cancre, on passe comme une lettre à la poste. Si le hasard ne vous favorise pas, on a beau avoir été bon élève, être capable de comprendre et d'apprécier les classiques et s’être meublé le cerveau de ce nombre d’idées générales sans lesquelles il n’est pas d’honnête homme, on est honteusement refusé.

« M. Lavisse a fortement insisté sur ces mésaventures, qui déconsidèrent le baccalauréat. Ah ! comme il a raison ! C’est que dans l’examen tel qu’il se pratique, tel qu’on est obligé de le pratiquer aujourd’hui, on cherche ce que sait l’élève, tandis qu’il faudrait s'inquiéter seulement de la façon dont il sait ce qu’il sait. Peu importe, au fond, qu’il se trompe sur la nomenclature des rois de France, car, cette nomenclature, il l’aura oubliée huit jours après l’examen passé. Mais ce qui restera toujours, c’est un jugement sain, un esprit vigoureux, un goût affiné.

« Ce fantôme du baccalauréat à conquérir a désorganisé toutes les classes. Ce n’est qu’un cri chez les professeurs : ils n’obtiennent plus aucune attention pour les études désintéressées, les seules bonnes, les seules vraiment utiles. Ça sert-il au baccalauréat ? Les élèves ne sortent pas de là. Et, au lieu de faire les devoirs qu’on leur donne, ils se plongent à corps perdu dans les manuels, où la science est comprimée, entassée et distribuée en tablettes de Liebig.

« Là, comme partout, le signe a fait oublier la chose signifiée » (1).

Etant donné ce qu'était, ce que devait être le baccalauréat,

(1) Cf. Francisque Sarcey, La question du Baccalauréat, apud La République française, 15 novembre 1887. Ajoutons que Sarcey terminait son article par une proposition que Lavisse n’avait pas formulée : « Il n’y a pas à reformer le baccalauréat : on n’en viendra pas à bout. Il faut le sup-

primer ».

on ne comprenait pas que l’élève ne pût pas apporter à ses juges le témoignage compétent et sincère de ses maîtres, la constatation de ses succès ou de son travail. Déjà plusieurs Facultés l'avaient senti, et, à défaut d’un livret régulier, elles accueillaient, provoquaient même tous les renseignements de nature à éclairer les jurys sur le passé scolaire des candidats. En instituant le livret d’une façon officielle et générale, le nouveau décret ne voulait pas simplement diminuer l’aléa inséparable de tout examen ; il avait aussi en vue le bien des études. Il Y voyait l’unique remède au mal scolaire qui sévissait sur les élèves dès la troisième, substituant en eux la préoccupation exclusive et troublante de l’examen au souci libre et désintéressé. du travail, rétrécissant les études, les stérilisant, les travestissant en une préparation mécanique, artificielle, sans sève et sans vertu. On espérait qu’un heureux changement se produirait le jour où le collégien saurait que, désormais, il ne dépendrait que de lui de se créer, par son travail, des témoins qui seraient entendus de ses juges (1).

Par crainte de porter atteinte à l’article 63 de la loi du 15 mars 1850 sur la liberté de l’enseignement, le décret du 8 août 1890 ne rendait pas obligatoire la production du livret. L’article 7 de l’arrêté du 8 août 1890 se contentait de stipuler qu’il pouvait être délivré des livrets et par les établissements publics et par les établissements libres d'enseignement, sous la responsabilité des chefs de ces établissements (2). À défaut du livret, les candidats élevés dans les familles étaient autorisés à produire les notes de leurs professeurs (3). Sauf pour l’Académie de Chambéry, où elle était autorisée devant les Facultés de Lyon et devant celles de Grenoble, la production des livrets ne pouvait se faire que devant les Facultés de l’Académie dans le res-

(1) Cf. le Rapport de Bayet : « ...Dès la troisième, l'élève échappe aujourd'hui à l'autorité du professeur, il devient l’esclave du baccalauréat n’apprend que les matières qui figurent au programme et se fait à lui-même un plan d’études en opposition avec celui que le maître doit faire respecter et appliquer ; désormais au contraire il saura qu'il sera jugé d’après l’ensemble de son travail dans les classes supérieures, que le jury lui tiendra compte des bonnes notes qu’il aura obtenues, même — et je dirai volontiers sutout — pour des interrogations et des compositions qui ne figurent pas au programme de l'examen. Sans doute des livrets scolaires pourront ne pas être d'une sincérité absolue, les bonnes places qui y seront inscrites n'auront parfois qu'une valeur illusoire. car le 1 d’une mauvaise rhétorique peut être inférieur au 15° d’une autre. I] appartiendra donc aux exa- RC pen valeur de ces renseignements, mais depuis longemps veaucoup d’entre eux les réclament. ai i a garantie précieuse ». A ee

(2) Cf. Ibid. « On a exprimé, il est vrai, la crainte que le livret ne parût une atteinte à l’article 63 de la loi du 15 mars 1850, mais le livret scolaire A LE la Re de l'enseignement, il n'est pas obligatoire : les ancidats conservent même le droit, si excessif qu'il soit rése devant la Faculté qu’ils ont choisie ». . He CEA

(3) Cf. Arrêté du 8 août 1890, art. 7. Les signatures des chefs d’établissements libres et des professeurs particuliers devaient être légalisées. :

sort de laquelle se trouvait l'établissement auquel appartenait le candidat au moment de son inscription { A}:

Le projet de décret soumis par le Ministre au Conseil supé- ‘rieur attribuait au livret scolaire une valeur numérique dans le total des points nécessaires pour l’admissibilité et pour l’admission (2). « Après une longue discussion, lisons-nous dans la circulaire du 1* juin 1891, le Conseil supérieur n’a pas cru pouvoir tracer aux Facultés d’autres règles (que celle de tenir compte des renseignements contenus dans les livrets), et il s’en est remis pour l’appréciation des livrets à leur compétence et à leur sagesse. Divers systèmes étaient possibles. On pouvait dire: après examen des livrets, les Facultés peuvent dispenser les candidats de tout ou partie des épreuves écrites et orales. Sans parler d’autres inconvénients, ce système était en contradiction avec la lettre de la loi de 1850. Le Conseil supérieur ne s’y est pas arrêté. On pouvait dire encore : Un nombre déterminé de points est attribué à chaque livret par les jurys, ce nombre entre en compte dans le détail des points nécessaires pour l’admissibilité et pour l’admission. Le Conseil supérieur ne s’est pas arrêté non plus à ce sytème. Il a préféré voir dans le livret non plus une sorte d’épreuve déterminée, donnant lieu à une note spéciale, mais un témoignage permanent, formant un élément d'appréciation dans le jugement de toutes les épreuves, des épreuves orales aussi bien que des épreuves écrites. »

Par ces mesures ce n’était pas seulement la procédure docimologique du baccalauréat qui s’améliorait, c'était aussi le rôle pédagogique de l’examen qui tendait à s’adapter, mais pas suffisamment encore, à la mission éducatrice de l’enseignement secondaire. « L’examen du baccalauréat, écrivait Léon Bourgeois dans sa circulaire du 1°” juin 1891, est coordonné aux études secondaires et aux programmes de ces études ; il faut done qu'il soit dirigé dans le même sens où sont dirigées ces études. La justice l’exige ; l’intérêt des études le commande. En effet, s’il y a discordance entre la nature ou le caractère des questions posées au baccalauréat et la direction imprimée aux classes, si, par exemple, «en histoire on interroge à l’examen sur de menus faits de détail, alors qu'il est recommandé, au Lycée, de s’en tenir

(1) Cf. Décret du 8 août 1890, art. 6.

(2) Cf. de Rapport de Bayet : « Par contre ‘elle (la Commission) n’a pas été favorable à l’article 7 qui attribue au livret scolaire une valeur numérique dans le total des points nécessaires pour Padmission. Cette appréciation arithmétique, placée à la suite de l'épreuve écrite, serait en réalité fort incertaine ; il vaut mieux laisser les examinateurs libres de se guider pendant toute la durée des épreuves par les indications du livret scolaire. Néanmoins l’appréciation de ce livret doit conserver un caractère obligatoire et aboutir à une sanction matérielle. La Commission a entendu le marquer nettement en adoptant la rédaction suivante : « Il est tenu compte, et pour l’admissibilité et pour l’admission des renseignements fournis par le livret ».

aux faits les plus significatifs, à ceux qui mettent le plus en relief les caractères d’une époque, d’une civilisation, il est bien évident que les études en seront faussées, l’effort des maîtres entravé, l’esprit des élèves déconcerté. Aussi ne saurais-je trop prier: MM. les examinateurs de se pénétrer des instructions jointes aux derniers programmes de l’enseignement scondaire, qui leur ont été distribués, et de.s’en inspirer aux examens » (A):

Or le plan d’études qui avait été élaboré en 1890 par une Commission que présidait Jules Simon remettait en honneur les études gréco-latines et donnait à l’éducation classique une certaine unité en associant la culture scientifique à la culture littéraire (2). Unification de l’enseignement classique et du baccalauréat, d’une part, identification du programme du baccalauréat et du plan d’études des lycées, d’autre part, la Société pour l’étude des questions d'enseignement secondaire pouvait considérer cette réforme comme une victoire. En réalité, il n’y avait là qu’un « compromis qui, comme tous les compromis, apaise un temps les partis sans en satisfaire aucun et qui ne règle rien » (3). Léon Bourgeois préparait la réforme qui devait promouvoir l’enseignement spécial au rang d'enseignement secondaire moderne et mettre sur un pied d'égalité le baccalauréat qui devait sanctionner cet enseignement et le nouveau baccalauréat de l’enseignement secondaire classique. Il fallait donc essayer de désarmer les classiques en leur donnant quelques gages.

En même temps qu'il lançait sa circulaire du 1° Juin 1891 relative à l’application du décret et de l’arrêté du 8 août 1890, Léon Bourgeois Soumettait au Conseil Supérieur, qui le discuta et l’approuva au cours de la première session de 4891, un projet de décret transformant l’enseignement spécial en enseignement secondaire moderne et créant un baccalauréat qui prenait le nom de baccalauréat de l’enseignement secondaire moderne. « C’est la

(1) Le Ministre mettait ainsi le doigt sur la plaie qui rongeait le b lauréat. Si, depuis 1847, époque à laquelle les Pro Ten ce a l'ensoienes

de l’enseignement libre furent exclus des jurys, tout i Î ne ; à es les tentatives destinées à mettre en harmonie le programme de l'examen avec le plan d’études

(2) Cf. Lettre du Ministre (Léon Bourgeois) aux membre 0 . . « = & S (I administratif el enseignant des lycées et collèges, du 15 juillét 1890 « Les

est indispensable pour dévelo i 6 dun esbrle DA eu Pper harmonieusement les facultés normales

(3) Cf. Francisque Vial. Trois siè ’histoi 3 i daire, Paris, Delagrave, 1236. . sis EE d'histoire de l’enseignement secon-

La RÉFORME DE 1890 204

réforme du baccalauréat classique, votée l’année dernière par le Conseil supérieur, qui a fait apparaître aux yeux de tous ou de presque tous la nécessité de réorganiser l’enseignement spécial pour le mettre en harmonie avec des besoins nouveaux, déclare, sans ambages, Benoist, dans son rapport fait au Conseil, au nom de la Commission chargée de l’examen du projet ministériel sur l’organisation du nouvel examen et du nouveau baccalauréat. Un des traits caractéristiques de la réforme récente a été la suppression du baccalauréat ès sciences. Un des plus heureux résultats de cette suppression, ce sera sans doute qu’une partie des anciens aspirants au baccalauréat ès sciences, au lieu de renoncer aux études littéraires dès la 4° ou la 3°, les poursuivra jusqu’à la rhétorique inclusivement. Mais il est difficile de croire que tous les élèves entreront dans cette voie, et si par impossible cela arrivait, les véritables amis des études classiques devraient le déplorer au lieu de s’en réjouir. On se plaint souvent que dans nos classes la masse des écoliers médiocres fait tort à leurs camarades mieux doués ou plus laborieux. Combien cet inconvénient ne serait-il pas aggravé, si l’on versait tout à coup dans nos classes de lettres, y compris la rhétorique, une quantité d'élèves n’acceptant l’éducation littéraire qu’à contre-cœur, comme l’unique moyen qui leur soit laissé de conquérir le diplôme de bachelier ?-Il était donc urgent d’ouvrir une autre voie à ces jeumes gens, aussi bien que de prévenir l'encombrement excessif de nos classes littéraires (1). L'idée devait venir d'utiliser pour satisfaire à ces besoins nouveaux l’enseignement qu’on avait sous la main, l’enseignement spécial, qui semblait naturellement destiné à recueillir la succession de nos anciennes classes de sciences. Depuis les programmes de 1886 et la création d’un baccalauréat particulier, on avait le pressentiment que ce baccalauréat nouveau détrônerait un jour ou l’autre le baccalauréat ès sciences, car il était plus fortement et plus logiquement constitué : au point de vue scientifique, il lui était au moins égal, et au point de vue littéraire, sauf le latin réservé à son rival, il lui était très supérieur. Que restait-il donc à faire ? Il fallait consolider et embellir l’édifice pour le rendre digne du couronnement qu’il avait reçu par avance, et faire des programmes d’études qui préparassent vraiment à ce baccalauréat, destiné par la force des choses à devenir le vrai baccalauréat scientifique et moderne. »

(1) Nous trouvons la même opinion dans les articles publiés par le fervent défenseur du libéralisme pédagogique, Henry Michel, dans le Temps (juillet 1890) : « Il y a, écrivait Henry Michel, dans nos programmes, trop de latin, trop de grec pour les uns, et pas assez pour les autres. Jamais on n’a osé dire franchement : nous aurons deux types d'enseignement secondaire. Dans l’un, nous mettrons tout ce dont ont besoin les jeunes gens qui se destinent aux professions où la connaissance du grec et du latin sont nécessaires : dans l’autre, nous trouverons le moyen, à l’aide des langues étrangères et du français, enseignés à la manière classique, de former ‘encore de bons, d'excellents esprits, des esprits libres ».

Le 4 juin 1891 un décret décidait que l’enseignement secondaire Spécial prenait le nom d’enseignement secondaire moderne et, le lendemain un autre décret portant création et un arrêté portant Organisation du baccalauréat de l’enseignement secondaire moderne étaient promulgués. La plupart des dispositions relatives au nouveau baccalauréat étaient les mêmes que celles du décret et de l’arrêté du 8 août 1890 relatifs au baccalauréat de l’enseignement secondaire classique : répartition des épreuves en deux parties, à un an d'intervalle, session spéciale en mars ou en avril, bénéfice de l’admissibilité aux épreuves orales, acquis pour un an à tout candidat admis aux épreuves écrites, faculté pour les candidats de présenter des livrets scolaires, ete. L’examen de la première partie comprenait à l’écrit deux épreuves de 3 heure- Chacune, notées de 0 à 20 avec le coefficient {4 : un thème anglais et une version allemande, ou, au choix des candidats, un thème allemand et une version anglaise, italienne ou espagnole, faits sans dictionnaires ni lexiques ; une composition française. A l'oral, six épreuves notées de 0 à 20 avec le coefficient 1 : une explication française, une explication ællemande, une explication anglaise, italienne ou espagnole, une interrogation sur les mathématiques, une interrogation sur la physique et la chimie. Ces épreuves avaient pour base le programme de la classe de seconde de l’enseignement moderne. Les candidats pouvaient demander à être interrogés sur une troisième langue vivante. Dans l’Académie d’Alger, l’Arabe pouvait être substitué, au choix des candidats, à l’une des langues inscrites au programme. L'examen de la deuxième partie (première série) comprenait : à l'écrit, une dissertation sur un sujet de philosophie d’une durée de 4 heures et notée de 0 à 20 avec le coefficient 1; à l'oral, cinq interrogations notées de 0 à 20 avec le Coefficient 1 : une interrogation Sur la philosophie, une sur l'histoire Contemporaine, une sur la géographie, une sur la httérature, une sur l’histoire naturelle. Les épreuves de cette série avaient pour base je programme de la classe de première (lettres) de l’enseignement secondaire moderne. La deuxième série comportait, à l'écrit, une Composition de mathématiques et de physique d’une durée de 4 heures et notée de 0 à 20 avec le coefficient 2, à l'oral, cing interrogations, une sur les mathématiques et une Sur la physique, la chimie et lhistoire naturelle, notées de 0 à 20 avec le coefficient 2 : une sur I histoire Contemporaine, uné sur la géographie, une sur la philosophie, notées de 0 à 20 avec le coefficient 1. Les épreuves de cette série avaient pour base le programme de la classe de première (sciences) de l’enseignement secondaire moderne. Les épreuves ‘écrites «et o ‘ales de la troisième série étaient les mêmes que celles de la deuxième série le l’enseignement secondaire classique et Correspondaient au Programme de la classe de Mathématiques élémentaires. Les diplômes portaient les mentions suivantes :

1"° série: Lettres-Philosophie ; 2° série: Lettres-Sciences ; 3° série: Lettres-Mathématiques.

Le décret du 5 juin 1891, maintenait, pour le nouveau baccalauréat, le jury tel qu’il avait été établi par le décret du 4 août 1881 pour le baccalauréat de l’enseignement spécial (1). Ce jury nommé par le Ministre, sur la proposition du recteur, était, nous J’avons vu (2), présidé par un professeur de Faculté. Il contipuait de l’être ; seulement, le Ministre, désireux d’attacher le baccalauréat de l’enseignement secondaire moderne aux Facultés des lettres et des sciences plus intimement que ne l’avait été le baccalauréat de l’enseignement secondaire spécial, décida que les inscriptions seraient reçues, suivant les différentes parties et séries, au secrétariat de la Faculté des sciences et à celui de la Faculté des lettres ; que la police des examens appartiendrait aux doyens ; que les Facultés décideraïent comme pour le baccalauréat de l’enseignement classique, si les épreuves écrites se feraient en une série unique ou en séries successives ; enfin, que celui des membres de la Faculté auquel, à défaut du doyen, appartiendraït la présidence, serait désigné par le doyen. Les autres membres du jury étaient, conformément au décret du 28 juillet 1882, nommés par le Ministre, pour trois ans, et pris dans les catégories suivantes, savoir : Première partie : trois examinateurs, dont un de l’ordre des sciences, sous la présidence d’un membre de Ja Faeulté des lettres ; deuxième partie : 1° série : deux examinateurs, dont un de l’ordre des sciences, sous la présidence d’un membre de la Faculté des lettres ; 2° et 3° séries : pour chaque série, deux examinateurs, dont l’un de l’ordre des lettres, sous la présidence d’un membre de la Faculté des sciences (3). En cas de besoin, il pouvait être adjoint aux jurys des examinateurs spééiaux pour les langues vivantes (4). Un arrêté, pris le 8 avril 1892, déterminait les indemnités qui devaient être allouées à tous les membres des jurys (5). En ce qui concerne les droits à percevoir pour

(1) Cf. Circulaire du 20 avril 189.

(2) Cf. sup., p. 156.

(3) Une circulaire prescrivit le 15 juin 1893, que pour la troisième série il n'y avait pas lieu de constituer de jury spécial. « Ces candidats étant admis avec les élèves de l’enseignement secondaire classique dans la classe de mathématiques élémentaires devront être mis en série avec les aspirants à la deuxième série du baccalauréat de l’enseignement secondaire classique ».

(4) Cf. Circulaire du 20 avril 189%.

(5» Voici les dispositions de cet arrêté : Art. 1. — Les membres des jurys d'examens du baccalauréat de l’enseignement secondaire moderne sont rétribués par série d'examens. Art. 2. — La rétribution est fixée ainsi qu'il suit : L’examinateur chargé de la correction d’une épreuve écrite recevra une indemnité de 100 francs L'épreuve orale donnera lieu, pour chaque examinateur, à une indemnité de 60 francs. Art. 3 — Ees membres du jury ne résidant pas au siège de la Faculté recevront. en plus de l’indemnité spécifiée ci-dessus, une indemnité de 10 francs par jour. Ils seront, en outre, remboursés de leurs frais de voyage. Art. 4 — Lorsque les compositions écrites ont lieu em une série unique, le membre du jury désigné <oinme surveillant au centre de composition prévu par l’article 8, $ 2, du

le compte du Trésor sur les candidats, le décret du 29 mai 1891 reproduisait les mesures prescrites par le décret du 5 février 1891 pour le baccalauréat de l’enseignement secondaire classique (1). De même, le décret pris par le Ministre du Commerce, de l’Industrie et des Colonies, Jules Roche, le 24 août 1891, rendant applicables dans les colonies les dispositions du décret du 5 juin 1891, faisait pendant au décret du 18 novembre 1890 instituant un unique brevet de capacité colonial de l’enseignement secondaire classique en remplacement des brevets de capacité colonial ès lettres et ès sciences. Enfin, une note ministérielle, publiée en même temps que le décret et l’arrêté du 5 juin 1891, fixait les sanctions du nouveau baccalauréat (2).

décret du 5 juin 1891, et n’y résidant pas, recevra une indemnité de 10 francs par jour. Il sera remboursé de ses frais de voyage. Art. 5. — Les secrétaires des Facultés des sciences et des lettres sont chargés des écritures administratives. Ils recevront pour ce service, à la fin de chaque session, une indemnité calculée à raison de 5 pour cent sur les droits d'examens acquis au Trésor. — Sous un tel régime la rétribution moyenne était de 3 fr. 50 pour la correction d’une composition et de 3 francs pour une interrogation orale.

Un arrêté pris le 14 janvier 1896 par Emile Combes ramena à 50 francs l'indemnité allouée pour la correction de l'épreuve écrite et à 30 celle qui était due pour l'épreuve orale. En outre, lorsque la série ne comptait pas pius de 15 candidats la rémunération était réduite à 50 francs pour l'écrit et à 15 francs pour l'oral Si le nombre des candidats dépassait 30 ou un multiple de 30, la rémunération était fixée ainsi qu'il suit, pour chaque candidat en excédent : Correction d’une épreuve écrite, 1 franc 50 centimes : épreuve orale, 1 franc. L'épreuve orale donnait lieu à une rémunération de & francs par candidat s’il s'agissait de candidats anciens admissibles.

« L'obligation d'apporter la plus stricte économie dans les dépenses publiques, écrivait aux Recteurs, le 18 janvier 1896, Emile Combes, m'a contraint de diminuer les allocations accordées jusqu'ici aux membres des jurys d'examens du baccalauréat de l’enseignement secondaire moderne. Telles qu'elles sont fixées désormais, elles restent encore suffisamment rémunératrices ».

(1) Ces droits, pour l’un comme pour l’autre baccalauréat, se répartis- Saient ainsi : Premièré partie : Examen : 30 francs, certificat d'aptitude : 10 francs. Deuxième partie : Examen : 30 francs, certificat d'aptitude, 10 francs, diplôme, 40 francs. Lorsque le candidat était ajourné, il lui était remboursé 10 francs pour la première partie, 50 francs pour la seconde. Tout candidat qui, sans excuse jugée valable par la Faculté, ne répondait bas à l’appel de son nom, perdait le montant des droits qu’il avait consignés.

(2) Comme on peut le voir, cette note étend les prérogatives accordées au baccalauréat de l’enseignement Spécial par la note du 11 septembre 1886. — Ministère de l'Agriculture : Administration centrale ; Ecoles nationales d'agriculture (dispense de l'examen) ; Institut agronomique (avantage de points) ; EColes vétérinaires. Ministère du Commerce et de l'Industrie s Administration centrale : Postes et Télégraphes (avantage de points) Ecole des hautes études commerciales (avantage de points) ; Ecoles supérieures de commerce de Paris. de Bordeaux, du Havre et de Lyon (avantage de points) ; Institut industriel de Lille (admission de droit en deuxième année, dans la division de Technologie, et en première année dans la division du Génie civil) : Ecole centrale Lyonnaise (dispense de l'examen) — Ministère des Finances : Administration centrale ; Commis stagiaire : Contributions directes : Surnumérariat. Enregistrement, Domaine et Timbre : Surnumérariat et Cadres auxiliaires : Perceptions. Manufactures nationales. — Ministère de la Guerre : Administration centrale ; Ecole Polytechnique ; Ecole de Saint-Cyr. — Ministère de l'Intérieur : Administration centrale ; Commissaire de police ; Inspecteur Spécial de la police des chemins de fer. — Ministère de la Justice et des Cuites : Administrations centrales. — Ministères de la Marine et des Colonies : Administratione centrales ; Per-

Telle est l’économie de la réforme de 1890-1891. Caractérisée par la coexistence de deux types opposés de baccalauréat de l’enseignement secondaire, nous pouvons dire de cette réforme ce que dit-M. Francisque Vial de la réforme du plan d’études des lycées et collèges réalisée à la même époque : elle « ne tarde pas à apparaître comme un danger. Elle risque de compromettre l’unité spirituelle de la nation et de créer deux jeunesses rivales. Le malaise persistant de l’Université non seulement n’avait pas été guéri, mais avait été aggravé par le remède qu'avait appliqué V. Duruy, et qui était la création d’un type spécial d'enseignement moderne. Il fallait trouver autre chose. (1) »

sonnel administratif des ports et arsenaux ; Emplois de pharmacien de jre classe, — Ministère des Travaux publics : Administration centrale ; Personnel administratif secondaire des Ponts et Chaussées (dispense de l’examen). — Ministère de l'Instruction publique : Administration centrale ; Licence ès sciences ; Pharmacien de 1° classe ; Pharmacien de ?° classe ; Ecole normale supérieure (Sciences) ; Emplois de l'administration académique ; Emplois de répétiteurs ; Certificat d'aptitude à l’enseignement des langues vivantes (Lycées et Ecoles normales) ; Cértificat d'aptitude à l’enseignement des Classes élémentaires ; Certificat d'aptitude au professorat des Ecoles normales ; Certificat d'aptitude à l'inspection primaire.

(1) Cf. Francisque Vial, Trois siècles d'Histoire de l’enseignement secon daire, Paris, 1936, Delagrave, p. 243, 244.

Contrairement aux espérances de Léon Bourgeois, la réforme de 1890-1891, loin d’apaiser l’éternelle controverse entre modernes et classiques, en avait accentué l’acuité. A tous, cette réforme apparaissait Comme insuffisante et inutile, voire dangereuse : aux uns, parce qu'ils ne voyaient dans le baccalauréat de l’enseignement moderne qu’une caricature du baccalauréat de l’enseignement classique, aux autres, parce que le programme trop littéraire du nouveau baccalauréat leur semblait en diminuer la valeur scientifique. Quant aux prérogatives qu’on avait conférées au baccalauréat de l’enseignement secondaire moderne, si elles avaient irrité les classiques, elles n'avaient pas satisfait ceux qui voulaient lui ouvrir l’entrée de toutes les carrières libérales. Les Facultés de médecine et de droit refusaient obstinément d’assimiler les deux diplômes. Elles ne consentaient à admettre les élèves de l’enseignement moderne qu'après dispense demandée et examinée pour chaque cas. Ainsi, l’enseignement moderne était reconnu capable de mener ses élèves au baccalauréat de l’enseignement secondaire, il était même avantagé puisque les études y duraient une année de moins que dans l’enseignement classique ; mais l’équivalence des diplômes était contestée et les bacheliers modernes se trouvaient écartés de l’enseignement Supérieur dont le baccalauréat classique restait le prenuer certificat.

Il serait vain cependant d'envisager, pour mettre en lumière cette Situation paradoxale, la seule égalité des sanctions. En réalité, surtout depuis 1880, on assiste, Comme nous avons déjà eu l’occasion de le noter, à la mise en accusation de l’enseignement secondaire et particulièrement des humanités gréco-latines (1).

(1) Cf. Ch. Bigot, Questions d'enseignement secondaire, Paris, Hachette, 1886. passim. « On se plaignait naguère, écrit Ch. Bigot, que l’Université enseignât médiocrement le latin, et plus médiocrement encore le grec. On n'avait pas tort. Les juges du baccalauréat auraient refusé les trois

cismes et les barbarismes de la composition latine; quant au grec tout ce qu’ils pouvaient demander aux élèves sortant de rhétorique, c'était

Par définition l’enseignement secondaire, considéré comme l’enseignement des généralités, devaient former transition entre les éléments appris à l’école primaire et les’spécialités de l’enseignement supérieur. Malheureusement les études classiques, socialement réservées à la vieille bourgeoisie aisée, ouvrant l’accès aux carrières libérales et aux fonctions publiques de direction, n’avaient point répondu à l’attente d’une nouvelle bourgeoisie industrielle et commerçante, ni à l’avènement d’une démocratie utilitariste. D’autre part, l’enseignement moderne, frappé de discrédit, ne se développait pas à la mesure que la nouvelle clientèle des étudés secondaires exigeait pour ses besoins d’une culture moins littéraire et plus scientifique.

Cette contradiction où se trouvait pris l’enseignement secondaire était sentie par tous. Mais si, de 1891 à 1902, nulle réforme importante ne s’accomplit dans le régime des études, et partant, dans les programmes et la procédure du baccalauréat (1), c’est

à peu près d’en lire couramment les caractères. On a changé, en 1880, les programmes, on continue à s’en plaindre plus que jamais. Il est certain que depuis 1880, nos élèves ne savent pas mieux le grec et le latin qu’ils ne le savaient autrefois... Je serai franc; j’avouerai même qu’à mon avis, ils les savent moins ; non pas le grec, la chose serait je crois impossible, mais le latin tout au moins. » On trouve les mêmes plaintes et les mêmes attaques dans E. Maneuvrier, L'Education de la bourgeoisie sous la République, Paris, L. Cerf, 1888; dans E. Raunié, La Réforme de l'Instruction nationale, Paris, Librairie Jllustrée, 1888; dans R. Frary, La Question du latin, Paris. 1885. « Les dernières réformes, déclare Frary, avaient pour objet de donner moins de temps au latin, sans en affaiblir l'étude; il paraît démontré que les élèves sont bien arrivés à se donner moins de peine pour apprendre le latin, mais qu’ils en savent moins. »

(1) Notons cependant que, de 1892 à 1900, on compte 6 décrets, 14 arrêtés et 109 circulaires ou instructions ministérielles ayant pour objet le baccalauréat. De ces documents officiels nous estimons devoir en retenir huit, parce qu'ils nous paraissent apporter au régime de 1890-1891 des modifications ou des précisions intéressantes.

19 La circulaire du 15 novembre 1894, prescrivant que les candidats admissibles aux épreuves orales de la première partie du baccalauréat classique, avant de subir les interrogations réglementaires, auraient à faire par écrit un thème allemand ou anglais; qu’il leur serait remis, à cet effet, un texte autographié comprenant quelques phrases faciles, avec des interlignes pour recevoir leur traduction, que la traduction des mots difficiles serait indiquée sur ce texte; qu’une demi-heure serait accordée aux candidats pour cet exercice; que l'appréciation de cette partie d’épreuve serait faite par l’examinateur de langues vivantes avant l’explication du texte allemand ou anglais, au fur et à mesure de l'appel des candidats admissibles, et qu'elle pourrait donner lieu, de la part de l'examinateur, à des observations et à des questions ; enfin que cette appréciation entrerait en compte conjointement avec l'explication d’un texte allemand ou anglais dans la détermination de la note attribuée.

Cette circulaire fut prise à la suite d’un vœu émis, le 28 décembre 1898, par les membres du Conseil supérieur de l’Instruction publique, Barthélemy. Bernès, Bouchard, Boutmy, Bréal, Charpentier, Chevrel, Edon, Figuiéra, Fournier, Gourraigne, Jost, Morel, Niewenglowski, Perrot, Poiré, Mile Salomon et Toussaint, demandant qu’une composition écrite de langue vivante fut rétablie au programme des épreuves du baccalauréat classique, et que des deux notes aîtribuées à la langue étrangère, l'une fut donnée d’après la valeur de cette épreuve écrite.

La Section permanente saisie de ce vœu estima que si une épreuve écrite d'admissibilité était attribuée à l’enseignement des langues vivantes, il n’y aurait aucune raison de ne pas accorder une sanction égale

que tous, classiques et modernes, s’accordaient à la fois sur la grandeur de l’entreprise et sur le besoin actuel d’une certaine stabilité. L'enquête de 1885 n’était pas si loin. N'était-il pas préférable d’attendre de nouveaux éléments d’appréciation pour re-

ignements des sciences, du grec, de l’histoire et de la géogra- D ol bontribueratt en voulant mettre ainsi tous les enseignements sur le même plan, à les contrarier et à les affaiblir les uns par les autres, mais, considérant qu’il convenait de donner un moyen d'appréciation suffisant à une épreuve orale affectée d’un double coefficient, elle fut d'avis de transformer l'épreuve, à l'examen oral, en exercices écrits et en exercices oraux. Le Ministre adopta cet avis. Le décret du 24 juillet 1899 autorisa les candidats à remplacer l’anglaïs et l'allemand par l'italien et l'espagnol.

8° Le décret du 31 juillet 1896 prescrivant que les épreuves écrites de la 1e série de la 2 partie du baccalauréat classique comporteraient, outre la composition de philosophie, une composition portant, au choix des candidats, soit sur les mathématiques, soit sur les sciences physiques et naturelles. Ce décret fut suivi, le 10 avril 1897, d’une circulaire spécifiant que cette composition porterait sur trois sujets qui ne seraient pas obligatoirement pris dans la même partie du programme.

30 L'arrêté du 31 juillet 1896 prescrivant que l'interrogation sur les mathématiques à la 1" partie du baccalauréat classique, aurait un coefficient double : arithmétique et algèbre, 1; géométrie et cosmographie, 1.

40 La circulaire du 28 août 1896, relative à l'explication des auteurs aux épreuves du baccalauréat classique. En vertu de l'arrêté du 8 août 1895, la liste des auteurs français, grecs et latins indiqués par le plan d'études de 1890 pour les classes supérieures des lycées et colièges, avait été considérablement étendue. Une Commission, dite Commission des auteurs classiques, fut appelée à étudier les mesures à prendre en vue de l’application aux épreuves du baccalauréat classique de l'arrêté du 8 août 1895. Elle était composée de MM. Berr, Bernès, Bompard, Cahen, Dauphiné, Desjardins, Doumic, Edet, Gréard, Lanson, Liard, Morand, Pellissier, Pichon, Rabier, Rocheblave.

« Les listes d'auteurs dressées pour les classes supérieures jouent au baccalauréat un double rôle, lisons-nous dans le remarquabie rapport présenté par M. H. Bernès, au nom de la Commission, à la Section perma- * nente du Conseil supérieur. Elles forment officiellement, pour les diverses hitératures, le programme des épreuves orales dites explications d'auteurs. Elles constituent également en fait, avec les sommaires du cours d'histoire littéraire, une sorte de programme pour l'épreuve écrite de français, en tant du moins que les sujets en sont choisis dans le domaine de la critique. La réaction qui s’est naguère produite contre l'abus d’exercices trop purement formels, l'introduction d’un cours d'histoire des littératures dans l’enseignement secondaire, le mouvement général qui a poussé en France au développement de la critique et de l’érudition, ont amené les Facultés à faire de ces programmes un usage qui a suscité des plaintes légitimes. Dans les examens oraux, pour le français, l’explication des textes a été souvent non plus seulement complétée, mais remplacée par des interrogations de critique et d'histoire littéraire. Dans les examens écrits, les analyses, les appréciations, les biographies, les dissertations critiques ou historiques se sont multipliées

On à été séduit sans doute par l'apparence de précision qu'offrent les sujets de ce genre. On ne s’est pas aperçu qu'en voulant abolir le formalisme du lieu commun, qui recouvre peut-être dans des esprits jeunes, plus de sincérité et de vie qu’on ne croit, on lui en substituait un autre, toujours stérile, celui du fait mort et de la formule apprise..

Les explications approfondies de la classe, des lectures personnelles sérieuses, \ne les familiariseront jamais (les candidats) qu'avec une partie du programme, Ce qu'il leur faut, c'est une revue hâtive du tout, des analyses toutes faites, des résumés critiques, de l'extrait littéraire habilement condensé, et qu'on puisse à jour dit délayer en dissertations. Voilà ce qu'ils demandent au professeur: s’il] sa prête mal à le fournir. c’est cn te An A MATE js l’oracle. Et ce savoir indigeste, dont éni ALES * Aus 1 profit durable, dont l'acquisition machinale

abit a pensée à passivité inerte, ils ne s exercent même pas à en Soigner la mise en œuvre, à le Présenter avec art...

Alors que l'application de programmes relativement restreints à pu

prendre le problème avec des chances de lui trouver une solution valable ? Cependant en dehors des cercles universitaires, l’offensive moderniste se poursuivait et préparait l'opinion aux réformes décisives. Marcellin Berthelot commandait ce mouvement. Enclin à confier l'éducation purement littéraire aux langues anciennes,

donner naissance à d'aussi regrettables habitudes, n'est-il pas à craindre qu’une extension de ces programmes les aggrave singulièrement ?.. Pour parer à ce danger, un moyen tout empirique se présente d’abord à l’esprit: choisir dans le programme des classes un nombre restreint d’auteurs des trois langues, et, de cette liste, plus courte, au besoin, que les listes actuelles, faire le programme du baccalauréat...

Aux yeux des élèves et des familles, aux yeux mêmes des professeurs, la liste du baccalauréat serait bientôt la seule qui compterait; une fois de plus, l'examen asservirait l’enseignement. Cette mesure aurait un défaut plus grave. Elle laïsserait, en le circonscrivant, subsister le mal qu'il faut guérir. Il n’est pas dans les programmes, mais dans l’usage qu’on en fait, dans une certaine conception de l'examen. Dans son esprit comme. dans sa forme, un examen doit être exactement adapté aux études dont il est la sanction. Si donc, au cours des classes, l'éducation littéraire: cherche surtout à rendre les jeunes gens capables, d’une part de se former des idées justes, de les enchaîner logiquement, de les présenter sous le biais convenable, de les exprimer correctement et clairement, d'autre. part de comprendre un texte et d'y apprécier ces mêmes qualités, c’est, aussi, croyons-nous, avec la connaissance des langues, cette double aptitude que devraient avant tout contrôler les épreuves littéraires du baçcalauréat. : | Nous avons indiqué pour quelles raisons, la plupart du temps, les! sujets de critique ou d'histoire littéraire peuvent malaisément servir à asseoir un jugement de cet ordre. [1 en est de même des exposés histo-: riques ou géographiques... Nous croyons que ces exposés, ainsi que les dissertations littéraires, doivent disparaître de l'examen. Assez de sujets. variés, dût-on souvent écarter comme bien difficiles les développements ou discussions de maximes et de pensées, s'offriront au choix des examinateurs.…

I est un travail que proposent déjà au baccalauréat quelques Facultés, et qui, trop difficile peut-être pour être imposé comme matière unique, pourrait figurer plus souvent au nombre des trois sujets entre lesquels le règlement donne le choix. C’est le commentaire écrit, guidé par un questionnaire à la fois précis et discret, d'une page française dont le texte imprimé est distribué aux candidats. L'explication littérale à la fois et littéraire des textes français, analogue à celle des textes latins et grecs, est un des exercices les plus éducatifs qui se pratiquent actuelleinent dans l’enseignement secondaire. Lui donner sa place au baccalauréat, dès l'épreuve écrite, aurait le double avantage de le recommander à l’attention des maîtres et des élèves, et d'établir, sur un point de plus, la correspondance entre l’examen et les classes.

Pour les mêmes raisons, nous croyons qu'aux épreuves orales l’interrogation de français devrait toujours comprendre une explication de texte, dont les questions d'histoire littéraire ne seraient que le complément. Nous avons été amenés à nous demander si pour cette explication, aussi bien que pour celles du latin et du grec, il y avait lieu, en raison de l'étendue des programmes, de revenir à une disposition ancienne, ei d'autoriser chaque candidat à composer lui-même la liste des auteurs sur lesquels porterait Son examen. Les raisons qui ont fait abroger cet article de l’ancien règlement nous paraissent toujours valables. T1 n’est pas bon que dans les classes la pression des élèves et des familles s'exerce en vue de faire adopter toujours tels textes d'explication, plus courts ou plus faciles que d’autres...

Tout aspirant au baccalauréat doit être capable d'expliquer quelques lignes d’un texte français à peu près quelconque, d’un texte latin ou grec dc difficulté moyenne, et de répondre aux quelques questions de grammaire qui peuvent lui être posées à propos de ce texte... Il nous a semblé, cependant, que pour rassurer Ceux, qu'effrayerait l'étendue des proprammes nouveaux, pour permettre à tous, au besoin, de tirer parti, à l'examen, du travail fait en classe, une disposition additionnelle pourrait être avantageusement jointe au règlement actuel : chaque candidat, en se faisant inscrire, joindrait à ses autres pièces la liste de deux auteurs

se méfiant des littératures modernes, Berthelot entendait que l’on créât un enseignement approprié aux exigences de l’époque et dont l'étude des sciences propres à développer les qualités d’observation et de rigoureuse logique eût fourni l’élément essentiel de la nouvelle culture. « Deux enseignements parallèles, écrivaitil, et doués des mêmes prérogatives, l’un fondé essentiellement sur les lettres anciennes, mais avec une certaine culture sCientifique ; l’autre fondé essentiellement sur les sciences, mais avec une certaine Culture littéraire moderne, telle me paraît être la

grecs, de deux auteurs latins, de quatre auteurs français, du programme de rhétorique, sur lesquels il se déclarerait ainsi particulièrement prêt. Le jour des épreuves orales, si l’une de ses notes d'explication restait au-dessous de la moyenne, l’examinateur devrait l'en prévenir et, s’il le demandait, lui désigner, avant d'inscrire définitivement sa note, un passage à expliquer dans un des auteurs de sa liste. »

grec, de latin et de français consisteraient en une explication d'un passage d'auteur pouvant être suivie de questions d'histoire littéraire mais excluant tout compte rendu ou analyse faits de mémoire.

5° Les arrêtés du 12 mars 1897 disposant que, aux épreuves orales du baccalauréat classique et du baccalauréat moderne, la note commune affectée du coefficient 1 qui était attribuée à l’histoire et à la géographie serait divisée en deux notes distinctes à chacune desquelles correspondrait le coefficient 0,5.

6° Les deux circulaires du 10 avril 1897, prescrivant que, pour empêcher les préparations partielles, les sujets de physique de la première partie du baccalauréat moderne pourront être pris dans différentes parties du programme et qu’il en sera de même pour les sujets de physique et de sciences naturelles de la deuxième partie du baccalauréat classique.

7° Le décret du 21 juillet 1897 qui est encore de nos jours la charte de la police de l'examen et que nous reproduisons aux annexes.

8° Le décret du 14 janvier 1909 abrogeant l’article 7 du décret du 19 juin 1880 et autorisant l'usage du dictionnaire pour l'épreuve de la version latine à la première partie du baccalauréat de l’enseignement secondaire classique. Ce décret fut pris par Georges Leygues à la suite d’un rapport présenté au Conseil supérieur de l’Instruction publique par P. Clairin. Le projet de décret avait été l’objet d'une discussion très vive au Conseil supérieur, à la session de juillet 1899. Ce n’est qu'après avoir fait l’objet d'une enquête auprès des recteurs et du personnel enseignant des lycées

que pour l'épreuve de la version latine. L'expérience dure depuis un temps suffisant pour qu’on puisse la juger, et les résultats obtenus font désirer qu’elle ne se prolonge pas davantage... C'est l'opinion, sinon

formule la plus désirable de notre temps, et celle à laquelle on sera ramené par la force des choses » (1).

La diminution alarmante du nombre des bacheliers scientifiques (2), la difficulté de recruter des ingénieurs, les plaintes des Facultés des sciences vinrent confirmer le vœu de Berthelot. Jules Lemaître, dans une retentissante conférence à la Sorbonne (3), le 5 juin 1898, s'était élevé, lui aussi, mais avec plus de violence, contre « l’anachronisme effronté de l’enseignement classique dans une société démocratique ». Il désirait qu’un enseignement moderne comportât des cours de langue et de littérature françaises, l’allemand et l’anglais, des notions d'histoire nationale, de sciences et de mathématiques, un enseignement plus développé de la géographie. Mais plus grave que la controverse sur le destin des humanités classiques ou modernes et du baccalauréat qui en était la sanction officielle, apparaissait à certains esprits, et en particulier à certains membres du Parlement, la situation faite à l’enseignement libre en face de l’enseignement de l’Etat. De nouveau, le monopole de l’enseignement était demandé par une fraction importante de l’opinion républicaine, inquiète de la résistance entretenue et développée par les congrégations religieuses qui se vouaient à l’enseignement secondaire. En effet, depuis une vingtaine d’années, les institutions congréganistes avaient gagné de nombreux élèves alors que le recrutement des lycées et des collèges ne s’accroissait guère. On évaluait à 47 % environ l'effectif des lycées et collèges et à 45 % celui des maisons d'éducation chrétienne (4). L'enseignement libre laïque était tombé au très faible pourcentage du reste. Cette répartition des élèves, seule l’abrogation de la loi Falloux pouvait, semblait-il, la modifier. Cependant l’opinion publique ne paraissait pas, en majorité, disposée à l’admettre. Et les griefs que le développement de l’enseignement congréganiste soulevait se retournaient contre le baccalauréat qui était, pour la liberté de l’enseignement secondaire, la meilleure arme de dé-

fense (5).

(1) Cf. M. Berthelot, La science éducatrice, in Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1891.

(2) En 1889, les bacheliers scientifiques étaient de 3.433; ils n'étaient plus que 2.504 en 1898. Dans le même temps, les bacheliers littéraires étaient passés de 3.844 à 5.166.

(3) Cf. Paul Crouzet, in Revue Universitaire, 1898, t. II, pour les commentaires provoqués par cette conférence.

(:) Le Rapport de Bouge sur le budget de l’Instruction publique en 1597, fort discuté par Jules Payot, in Revue Universitaire, janvier 1897.

(5) Cf. E. Boutmy, Le Baccalauréat et l'Enseignement secondaire, Paris, Armand Colin, 1899, p. 6 et 7. « Le baccalauréat a pour lui, par instinct ou par raisonnement, deux classes d'hommes qu'on voit ordinairement aux prises l’une avec l’autre : les représentants de l’enseignement libre, et, au moins pour une partie, les théoriciens passionnés d'une ingerence et d’un contrôle de plus en plus actif de la part de l'Etat. Ceux-ci, après tout, sont en possession; ils ne se soucient pas de se dessaisir; il y a beaucoup d’inconnu dans l'effet des substituts qu’on leur offre;

Dans la double lutte entre classiques et modernes, entre partisans et adversaires du monopole de l’enseignement, le baccalauréat devait donc, par la force même des choses, servir de cible aux uns, de bouclier aux autres, d’enjeu à tous. Dès le k février 1896, un projet de loi qui en demandait la suppression était déposé sur le bureau de la Chambre des députés, par Emile Combes, Ministre de l’Instruction publique, sous le titre : réforme des épreuves terminales des études secondaires (1). « De toutes les parties de l’organisation universitaire qui date du décret de 1808, écrit le Ministre dans son exposé des motifs, le baccalauréat est celle qui a été le plus constamment et le plus unanimement critiquée. Il n’en est pas non plus qui, en raison de ces critiques, ait été plus souvent modifiée : mais toujours sans succès. La dernière réforme a échoué comme les précédentes, et les inconvénients du baccalauréat se révèlent, à peu de chose près, toujours aussi nombreux et aussi graves. Comment expliquer l’échec de toutes ces tentatives ? La raison en est que, à travers toutes ces vicissitudes, le baccalauréat a gardé le vice radical qu’il tenait de son statut d’origine. On peut dire que le baccalauréat est mal né. Pour faire œuvre efficace et durable, c’est sa constitution même qu’il faut changer. Le décret du 17 mars 1808, qui a créé ou pour mieux dire organisé le baccalauréat, tel qu’il existe aujourd’hui, porte, d’une part, que cet examen a pour matière « tout ce qui s’enseigne dans les hautes classes des lycées », d’autre part,

ils craignent de perdre au change et croient plus sûr de maintenir l’état existant. Les représentants de l'enseignement libre sont attachés au baccalauréat pour d’autres raisons qui peuvent être résumées en une phrase : la suppression de cet examen les exposerait à voir revivre en fait le monopole de l’Université. Les Facultés de médecine et de droit, les administrations publiques sont les grandes consommatrices de bache- ! liers; elles absorbent la presque totalité des quantités produites. Le baccacalauréat supprimé, rien ne les empêcherait de décider spontanément ou sur injonction, qu’elles n’admettront à leurs examens, grades ou emplois, que des jeunes gens munis du certificat d’études d’un lycée de l'Etat. Privés de leur principal débouché, les établissements libres se videraient et n'auraient plus qu'à fermer leurs portes: le baccalauréat les protège contre dé Wels actes d'intolérance. Il leur procure deux avantages considérables : 19 un jury élevé dont l’impartialité est au-dessus de tout soupçon; 20 un titre uniforme qui sert d'écran entre elles et les autorités dont elles peuvent redouter la malveillance. Le diplôme de bachelier octroyé par l'Etat suffit et répond à tout; il n’y a pas lieu de remonter au delà et de S'enquérir des préparations antérieures. Voilà cominent le baccalauréat, examen officiel, est devenu la meilleure sauvegarde de la liberté de l’enseignement secondaire, et voilà pourquoi les représentants de l’enseignement secondaire libre sont aujourd’hui ses défenseurs les plus fidèles et les plus décidés. Si le monopole de l’Université avait subsisté, il est à peu près certain que le baccalauréat aurait disparu depuis longtemps. L'établissement d’un régime de droit commun est ce qui à le plus fait pour nous le conserver; l'impossibilité de renoncer aujourd’hui à ce régime est ce qui garantit le mieux le maintien et la durée d’une institution décriée ou discréditée auprès de beaucoup de bons esprits. »

(D Cf. Travaux parlementaires, Chambre des députés, Sixième législature, Session de 1896, Annexe au procès-verbal de la séance du 4 tévrier 1896. Projet de loi Sur la réforme des épreuves terminales des études secondaires, présenté au nom de M. Félix Faure, Président de la Répu-

blique Française, par M. Comb inist ) 5 :

Act Coèa ç P es, Ministre de l’Instruction publique et

qu’ « il est subi devant les facultés ». De cette contradiction intime proviennent tous les malaises dont notre régime scolaire n’a pas depuis lors cessé de souffrir. Non seulement le baccalauréat est une gêne et même une cause de trouble pour les études, qui sont forcées de se plier à ses exigences, mais il donne prise aux critiques les mieux fondées, par le caractère hasardeux, souvent injuste, on peut même dire immoral, de ses résultats. » Tel est le préambule de cet exposé des motifs qui comprend trente pages.

L'enfant « mal né » avait grandi en force sinon en sagesse. Il était même exactement dans la quatre-vingt-huitième année d’une existence orageuse, au moment où Combes l’appelait dans l’arène Une simple chiquenaude, fût-elle appliquée par le Grand Maître de l’Université, n’aurait pas suffi à lui faire perdre l’équilibre et à le mettre enfin définitivement hors de combat. Aussi, de tous ceux que le baccalauréat avait jusqu'alors essuyés, le réquisitoire ministériel est-il à la fois le plus serré et le plus violent. Aucune arme n’est mouchetée de ce scepticisme qui est la caractéristique habituelle des actes d'accusation administratifs. Chaque flèche, amoureusement aiguisée, savamment empoisonnée, est destinée à porter le coup mortel.

Et d’abord, Combes reproche au baccalauréat non seulement d'imposer une énorme perte de temps et une surcharge fastidieuse aux membres de l’enseignement supérieur, au grand dommage du travail scientifique, qui est la vraie raison d’être de cet enseignement et la vraie fonction de ses maîtres (1), mais surtout de réduire la durée des études dans les hautes classes de l’enseignement secondaire (2), d’y apporter un trouble profond et d’y exercer une influence délétère. Résumant ses griefs, sur ce point particulier, en une formule lapidaire, le Ministre déclare : « Dans la période de travail que déjà il écourte, le baccalauréat ne permet même pas de travailler en paix. » Le mal signalé par Combes était réel. Le rapport que, quatre mois après, M. Henri Bernès présentait, au nom de la Commission des auteurs classiques, à la Section permanente du Conseil supérieur de l’Instruction publique, mettait en pleine lumière que, en raison même de la nature des sujets proposés aux candidats, le travail de la classe ne pouvait pas se confondre suffisamment avec la préparation de

(1) Les sessions du baccalauréat de l’année scolaire 1894-1895 avaient eu, dans l'Académie de Paris, une durée totale de 109 jours, soit : 32 jours pour la session de novembre 1894, 8 jours pour la session complémentaire d'avril 1895, 41 jours pour la session de juillet 1895, et 88 jours pour la

session de novembre 1895.

2) La première session s’ouvrait dès les premiers jours de juillet, c’est à-dire un mois avant l'ouverture des grandes vacances, et la seconde n'était close, dans plusieurs Académies, qu'aux derniers jours de novembre. C'était donc, pour beaucoup d'élèves, dans la même année scolaire, deux mois perdus au commencement et un mois à la fin.

l’examen (1). Si, d’une part, le programme du baccalauréat ne comprenait, ni tous les exercices de la classe, ni toutes les matières de l’enseignement, il sortait, d’autre part, du cadre des matières qui figuraient au programme de la classe de rhétorique pour étendre ses épreuves au programme des classes antérieures. De la sorte, autre chose était la classe, autre chose la préparation de l’examen. Le mal s’aggravait du fait des divergences qui naissaient inévitablement de l'interprétation des programmes. Ainsi, faisait remarquer le Ministre, avant M. Bernès, « le programme d'histoire de la littérature française porte que, dans chacune des classes de seconde et de rhétorique, il sera fait, pour le cours tout entrer, qui s'étend des origines de la langue à la littérature du XIX° siècle, « 15 leçons, d’une heure au plus, y compris les interrogations ». Les instructions officielles adressées aux professeurs insistent, conformément à l’intention formelle du Conseil supérieur, sur la nécessité de ne pas dépasser ces strictes limites dans un enseignement dont le développement ferait des classes secondaires, au préjudice de leurs exercices les plus essentiels, une contrefaçon misérable de l’enseignement supérieur. Or, en fait, il n’est guère d'académie, il n’est guère de session du baccalauréat où l’on ne propose aux candidats des sujets d’histoire littéraire qui supposeraient un cours d’une année entière ou même davantage (2). Même désaccord, bien plus grave encore,

(1) Nous avons donné (cf. p. 208, note) de larges extraits de ce rapport.

(2) Voici quelques exmples de ces sujets proposés, en 1895, par diverses Facultés :

De l’oraison funèbre de l'antiquité comparée à celle du xvrr siècle. Ressemblances et différences.

L'Hôtel de Rambouillet.

La Renaissance a-t-elle nui au développement spontané de la littérature française ?

Le métrique de la Chanson de Rolland.

Montrer la supériorité de la prose sur la poésie dans notre littérature au XVIe siècle et en expliquer les raisons.

Donner une idée de la société des précieuses au xvrr siècle. Quelle influence a-t-elle exercé sur l'esprit et sur la langue ?

Qu'est-ce que le romantisme ?

Comparer Pascal, La Bruyère et La Rochefoucauld.

Les satiriques latins. f

La parodie au xvIr siècle,

Quels sont les traités conclus sous Louis XIV et quelles en ont été les conséquences au point de vue de l'agrandissement territorial de la France ?

Présenter un résumé de l’histoire de l'Autriche et de la Prusse au XVIII siecle

Etat politique, intellectuel et moral de l'Europe à l’époque du traité de Westphalie.

Une Faculté avait proposé, le même jour, en 1892, pour la première partie du baccalauréat moderne, les trois sujets suivants :

Les réformes de Colbert:

Les acquisitions territoriales pendant le règne de Louis XIV:

L'Inde française au xvirIe siècle.

Avec ces sujets, on peut en relever d’autres du même type dans la Revue Universitaire des années 1891 à 1902 et dans la brochure de M. Paul Crouzet, Pour et Contre le Baccalauréat. Nous nous en voudrions de ne pas reproduire le suivant, qui fut proposé après la réforme de 1902, et dont M. Crouzet pouvait dire sans exagération, ni même ironie, qu'il avait « certes demandé beaucoup de travail à son auteur », mais qu'il serait

au sujet du programme de philosophie. Ce programme, identique dans sa lettre pour la classe et pour l’examen, est, en fait, constamment amplifié, surchargé, surélevé au delà de toute mesure par les sujets d'examen. Aussi lorsqu’on reproche, non sans raïson d’ailleurs, à certains de nos professeurs de philosophie des lycées et des collèges un enseignement trop étendu et trop élevé qui risque de dérouter ou d’accabler de jeunes esprits, ces professeurs sont en droit de renvoyer le reproche à d’autres et de dire, comme ils l’ont fait, qu’ils sont après tout excusahbles puisque, même en excédant ainsi les forces de l'intelligence de leurs élèves, leurs lecons se trouvent encore sans cesse en deça ou au-dessous des exigences de l’examen » (1).

De ce divorce entre la classe et l’examen, Combes ne rend responsables ni les professeurs de l’enséignement supérieur à qui incombait le soin de fixer le niveau des épreuves (2), ni les profes-

difficile de concevoir « devoir plus hétérogène » et « chaos plus véritable ». En voici le texte :

Mme de Sévigné écrit, le 26 juillet 1691:

« Voilà donc M. de Louvois mort, ce grand ministre, cet homme si considérable, qui tenait une si grande place, dont le moi était si étendu, qui était le centre de tant de choses ! Que d’affaires, que de desseins, que de projets, que de secrets, que d’intrigues, que de beaux coups d'échecs à faire et à conduire ! « Ah! mon Dieu, donnez-moi un peu de temps : je voudrais bien donner un échec au duc de Savoie, un mat au prince d'Orange. — Non, non, vous n'aurez pas un seul, un seul moment. » Faut-il raisonner sur cette étrange aventure? En vérité, il faut y faire des réflexions dans son cabinet. »

Montrez, par un rapide exposé des réformes militaires et de l’influence politique de Louvois, la justesse de cette expression : il était le centre de tant de choses !.…

Dites quels sont les projets qu'il formait, et Les beaux coups d'échecs ju'il voulait conduire, lorsque — subitement — il mourut.

Les réflexions que Mme de Sévigné a faites sur cet évènement, n'est-il pas facile de les deviner, ou plutôt ne les trouvez-vous pas magnifiquement, exprimées chez un orateur du xvir siècle, qui s'est appliqué à prouver que les puissances du monde sont vaines, parce qu'elles ne sauraient durer ?

(1) « À l’une des dernières sessions du Comité consultatif de l’enseignement secondaire, raconte Combes, un des inspecteurs généraux les plus anciens faisait cette observation : « Lorsque, dans nos tournées d’inspection, nous relevons dans les hautes classes des sujets de devoirs ou de compositions qui nous semblent s’écarter de la lettre et de l’esprit des programmes et de nature à jeter la classe hors de la voie, si nous en faisons l'observation, il est presque inévitable que le proviseur ou le professeur réponde : « C’est un sujet donné au baccalauréat ». Le témoignage de cet inspecteur fut aussitôt confirmé par celui de plusieurs de ses collègues ».

(2) « C’est en vertu du système, déclare Combes, que le niveau des épreuves est fixé par des maîtres qui parfois n’ont jamais appartenu à l’enseignement secondaire, qui souvent n’ont fait qu'y passer, qui, en tout cas, s'adonnent exclusivement, dès qu'ils l'ont quitté, à des études d'ordre supérieur, qui tous, par conséquent, Sont exposés à se méprendre, et sur ce qui se fait en réalité dans les collèges et dans les lycées, et sur ce qu'il est possible d'y faire ».

En réalité, pour éviter toute occasion de méprise, les professeurs de l’enseignement supérieur, quand ils examinaient les candidats au baccaréat, n'avaient qu'à se rappeler ce qu’ils étaient eux-mêmes et ce qu'étaient leurs camarades de lycée ou de collège lorsqu'ils subissaient cet examen, le premier dans la longue série des examens ultérieurs. Le système, en ce qui concernait la fixation du niveau de l'examen, péchait surtout parce que les compositions des candidats n'étaient pas toujours

seurs de l’enseignement secondaire, qui, bon gré, mal gré, avaient la charge de préparer les candidats. C’est le système seul de l examen qu'il accuse, et l’importance attribuée au diplôme qu il 1ncrimine. Aux yeux des élèves et de leurs parents, l'obtention du diplôme, malgré les nombreuses modifications apportées à la procédure et au programme du baccalauréat, était, en 1896 comme en 1830, l'intérêt majeur, le premier devoir, l’unique préoccupation. Les bonnes études faites à loisir et avec un esprit libre, sans autre objet immédiat qu'elles-mêmes, sans autre fin prédominante que de s’y complaire et d'y fortifier son intelligence et son cœur, c'était le désir tenace de l’administration et l'espoir vite déçu du professeur, c'était l’idéal pédagogique, mais le diplôme, c'était la nécessité impérieuse et prochaine. Ne pas faire une part dans l’examen à un enseignement qui faisait partie du plan d’études, équivalait à peu près à le rayer du programme de la classe. Introduire au contraire à l'examen des matières qui n'étaient pas du programme de la classe, c’était inévitablement les ajouter au programme de cette classe.

Qu'on le veuille ou non, conelut le Ministre, « le baccalauréat gouverne la plupart des élèves et la plupart des professeurs ». Bien plus, poursuit-il, « ni le maître, ni la classe ne peuvent encore répondre à tous les besoins de la préparation. Au maître et à la classe s'ajoutent donc et souvent se substituent les manuels. Mieux que le maître, le manuel prévoit toutes les questions et réduit au strict minimum le pseudo-savoir indispensable pour y répondre ; mieux que la classe, il facilite les révisions et les récapitulations nécessaires. La vogue du manuel, celle du mémento, qui n’en est qu’une réduction encore plus desséchée et plus appauvrie, fournissent une triste confirmation du divorce constaté entre les exigences du baccalauréat et celles des vraies études. Cette vogue signifie que, pour le baccalauréat tel qu’il est, ces études ne sont ni nécessaires, ni suffisantes : ni nécessaires, puisque dans les salles d’études et dans les classes mêmes, jusqu’au pied de la chaire du profeseur, le manuel se substitue sans cesse aux leçons du maître ; ni Suffisantes, puisque les bons élèves eux-mêmes sont plus ou moins obligés d’y recourir. La même conclusion s'impose à plus forte raison en présence de la vogue des cours spéciaux de préparation, au baccalauréat. Si toute l’industrie de ces préparations dans laquelle nos maîtres, on doit l’espérer, se montreront toujours inférieurs, consiste à entraîner un jeune homme, de telle sorte qu’il

corrigées par des examinateurs spécialement compétents. Le nombre sans cesse croissant des candidats obligeait souvent les Facultés à faire corri. ger la composition française ou la version latine par un professeur de géographie, la Composition de mathématiques ou de physique par un professeur de sciences naturelles, parfois même à faire interroger les candidats en histoire par un professeur de philosophie. On est surpris de ne pas trouver, dans le réquisitoire si dense de Combes, la moindre allusion à ce fait qui, mieux que tout autre, expliquait la fréquence des échecs et des succès immérités dont il avait raison de se scandaliser.

sache tout au bout de six mois, et ne sache rien au bout de sept, n'est-il pas vrai de dire que la prospérité de cette industrie étant en raison de la désertion des vraïes études, accuse plus sévèrement que tout le reste le système qui non seulement s’y accomode, mais la suscite et la soutient ? (4). En somme, donc, étant donné d’une part, que de l’organisation même du baccalauréat résulte une divergence inévitable entre l’enseignement, tel qu’il doit être selon l’esprit et la lettre du plan d’études, et la nature réelle de l’épreuve telle qu’elle peut être dans les conditions où elle est subie, étant donné d’autre part, que le baccalauréat, en raison de la valeur légale et de la valeur d’opinion attachées à son diplôme, prime fatalement dans l’esprit des élèves toute autre préoccupation, il s'ensuit que le baccalauréat, tout au moins dans les classes qui y préparent, gouverne despotiquement les études et n’a d'action sur elles que pour les jeter hors de leur voie et les altérer profondément dans leur objet, leur méthode et leur esprit ».

Le réquisitoire ne s’arrête pas à cette conclusion que tout esprit uniquement soucieux de l’intérêt des études pouvait juger suffisante pour justifier le projet de loi déposé par le Ministre de l’Instruction publique. De la contradiction signalée entre l’objet ou la matière de l’examen et les conditions dans lesquelles il était subi, Combes tire une conséquence non moins grave que celle de troubler les études et de fausser la pédagogie de l’enseignement secondaire : « c’est la fausseté générale, le caractère toujours aléatoire, l'injustice souvent flagrante de ses résultats ». « Assurément. écrit-il, nulle épreuve de capacité intellectuelle ne saurait jamais être rigoureusement exacte ; mais aucun autre examen, aucun concours n’accuse à cet égard une imperfection aussi grossière. C’est qu’il n’en est aucun qui mette l’aspirant en situation si défavorable et si hasardeuse. On veut que, à heure dite, par une ou deux compositions écrites sur des sujets souvent tout à fait inattendus, parfois de difficulté excessive, par quelques réponses improvisées à des questions tirées d’un programme très vaste et que la libre interprétation du jury rend presque illimité, alors que d’ailleurs ce jury n’a tout au plus que des renseignements très sommaires sur le passé scolaire du candidat (2) et

(1) On le voit. l’industrie du « bachotage » et des « fours à bachot » qui, comme nous avons eu l’occasion de le montrer, était né dès que le baccalauréat avait cessé d’être l'examen simple qu’il était à ses débuts gardaït son synchronisme et continuait à exercer ses ravages malgré les malédictions et les critiques qu’elle soulevait.

(2) Tous les rapports adressés par les recteurs au Ministre sur les examens du baccalauréat entre 1892 et 1895, que nous avons pu consulter, sont unanimes à déclarer que les heureux effets que l’on attendait de la production facultative du livret scolaire ne se produisaient pas, parce que les Facultés ne pouvaient pas, dans les quelques heures qu'elles consacraient à dresser les listes d'admissibilité, contrôler sérieusement la masse des livrets qui leur étaient soumis.

que, en tout cas, il ignore et la matière des leçons de ses maîtres et le travail personnel, les réflexions, les lectures qu’il à pu y ajouter, — on veut que ce candidat donne la mesure exacte de ce qu'il sait, de ce qu’il est et de ce qu’il vaut ! En vérité une telle épreuve n’a pas d’analogue ailleurs : elle semble constituée tout exprès pour mettre en évidence les points faibles de l'élève et pour ne lui fournir que par exception le moyen de témoigner du savoir acquis, des qualités d'esprit, des habitudes et des aptitudes qui pourraient compenser certaines insuffisances. Aussi faut-il n’accepter qu'avec bien des réserves le témoignage fourni par le baccalauréat sur l’état général des études... En vérité, si la mesure donnée par le baccalauréat, de l'élite intellectuelle de notre jeunesse, était exacte, la France devrait être considérée comme oc- Cupant depuis nombre d’années une des dernières places parmi les nations civilisées.

Mais, en réalité, ce témoignage est accablant surtout pour le baccalauréat lui-même... Si ce témoignage général est injuste, c’est que, dans bien des cas, les jugements particuliers (dont il se compose) le sont. Cette injustice, il faut bien le dire, n’est pas plus contestable ici que là. Assurément les plaintes, toujours suspectes, des candidats malheureux ou de leurs familles n’en sont pas une preuve suffisante. Mais leurs maîtres savent que trop souvent ces plaintes sont justifiées. Presque chaque année, dans les classes qui préparent au baccalauréat, il arrive que, à la même session, parfois le même jour, avec les mêmes sujets d'épreuves, tel élève est refusé dont chacun de ses condisciples et de ses maîtres attendait le succès ; tel autre est recu dont chacun prédisait l'échec. Se peut-il rien de plus démoralisant, rien de mieux fait pour décourager l'effort, pour encourager la paresse, pour enseigner à l’enfant qu’il devra plus tard compter moins Sur son mérite que sur la chance et que la Justice, dans notre ordre social, n’est souvent qu’un accident ? Fâcheuses leçons en vérité ! Dans la mesure de nos moyens nous avons le devoir d'en préserver nos classes. |

Il n’est donc pas possible, on l’avouera, de perpétuer indéfiniment un mode d'examen où les précautions prises pour éviter l’erreur, les garanties données aux candidats, sont moindres assurément que celles qu’on prend dans un tribunal quelconque pour une Contestation dé quelqeus centaines de francs... Le sentiment de la justice, toujours si franc et si vif dans les collèges, est le plus bel apanage de la jeunesse. Prolongeons en elle ce naïf sentiment de confiance, cette illusion, si l’on veut, d’où naîtront plus tard, à la rencontre de l'injustice, les généreuses indignations. Et si nous ne pouvons éviter que ce sentiment soit plus tard ra-

battu par la vie, que la première désillusion du moins ne vienne pas de nous ».

LE BACCALAURÉAT DE 1902 A NoS JOURS 219

Ayant ainsi mis en évidence le vice rédhibitoire du baccalauréat qui prétendait juger la valeur et les résultats des études secondaires en dehors des conditions normales où un jugement valable peut être porté, Emile Combes proposait de remplacer cet examen, pour les élèves des lycées et des collèges, par deux examens de passage subis devant leurs professeurs, l’un après la rhétorique ou la seconde moderne, l’autre après la philosophie, ou les mathématiques élémentaires, ou la première-lettres ou la première-sciences. Mais il le maintenait pour les élèves des établissements libres (1). Quant aux prérogatives, Emile Combes était nettement d'avis que les quatre certificats d’études secondaires substitués aux quatre diplômes de baccalauréat devaient conférer les mêmes droits pour l’admission dans les Facultés. Par ce détour, il réalisait l’égalité des sanctions, contestant que les capacités et la culture générale engendrées par les diverses sortes d'enseignement secondaire fussent des différences de degré saisissables. « En quoi faisant, disaitil, on reconnaît simplement que les diverses formes de l’enseigne-

(1) Voici le texte du projet de loi :

Le Président de la République française Décrète :

Le projet de loi dont la teneur suit sera présenté à la Chambre des députés par le Ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes, qui est chargé d’en exposer les motifs et d’en soutenir la discussion.

Article premier. — Le baccalauréat considéré comme épreuve termi-

nale des études secondaires (enseignement classique et enseignement moderne) est supprimé.

Art. 2. — Il est remplacé par un examen de fin d’études divisé, comme l'examen du baccalauréat, en deux parties : l’une portant sur les materes de la Rhétorique ou de la Seconde Moderne; l’autre sur les matières de la Philosophie ou äe la classe de Mathématiques élémentaires, ou de la Première-Lettres ou de la Première-Sciences. À la suite de ces examens, il est délivré, s’il y à lieu, un certificat d’études secondaires.

Art. 3. — Les élèves des établissements de l'Etat subissent l'examen de la fin d’études dans les établissements auxquels ils appartiennent, devant un Jury propre à chacun de ces établissements. Pour les élèves de l’enseignement secondaire libre, pour ceux qui auront fait leur éducation secondaire.dans la famiile ou dans des établissements de l'Etat dans lesquels un jury propre à l'établissement ne pourrait être organisé, il séra institué un jury d'Etat doné les pouvoirs s’étendront à toute l'académie.

Art. 4 — Le tarif des droits à percevoir sera fixé dans les formes déterminées par l’article 6 de la loi du 27 février 1880.

Art. 5. — Seuls les élèves munis du certificat d'études secondaires seront admis à prendre des inscriptions dans les établissements d’enseignement supérieur.

Art. 6. — Des règlements d'administration publique rendus en Conseil d'Etat, après avis du Conseil supérieur de l’Instruction publique, détermineront les mesures d'exécution nécessaires pour assurer l'application de là présente loi, notamment l’organisation et les attributions des jurys d'examen.

Fait à Paris, le 4 février 1896.

Par le Président de la République, Le Ministre de l'Instruclion publique, des Beaux-Arts et des Cultes, Signé : COMBES.

Le Président de la République française, Signé : Félix FAURE.

ment donné dans les collèges ne sont rien de plus, rien de moins, . que de l’enseignement secondaire ». D’après le projet de décret annexé au projet de loi, le jury, dans les établissements publics, aurait compris: un délégué de l'Etat, président, trois à cinq membres désignés, chaque année, par le recteur, parmi les agrégés ou licenciés de l’établissement. Le délégué de l'Etat, choisi par le Ministre sur une liste d’agrégés ou de docteurs établie par le Conseil académique, devait être nommé pour cinq ans avec droit d'inspection dans les lycées et collèges de l’Académie. En dehors des établissements publies, un jury unique par Académie aurait été nommé par le Ministre sur la proposition du recteur et ses membres pris soit parmi les professeurs émérites ou en exercice de l’enseignement supérieur, soit parmi les professeurs émérites de l’enseignement secondaire public. Le certificat d’études secondaires, délivré par le Ministre de l’Instruction publique, devait être le même pour tous les candidats admis, quel que fût le jury devant lequel ils auraient subi l’examen (1).

(1) Le projet de décret portant règlement d'administration publique sur L'examen terminal des études secondaires et sur le certificat d'études secondaires contenait les dispositions euivantes :

Art. 1. — Les jurys chargés de l’examen de fin d'études dans les étabisssements secondaires publics comprennent :

1o Un délégué de l'Etat, président;

20 Trois membres au moins, cinq au plus, désignés chaque année, par le recteur, parmi les professeurs agrégés ou licenciés de l'établissement.

Art. 2. — Le délégué de l'Etat, président, est nommé par le Ministre, sur une liste de trois candidats, dressée par le Conseil de l'Université de l'Académie; ne peuvent figurer sur cette liste que des agrégés ou docteurs qui remplissent ou ont rempli une fonction d'enseignement secondaire ou supérieur dans un établissement dépendant du Ministère de l'Instruction publique.

Le délégué de l'Etat est nommé pour cinq ans. Ses pouvoirs sont renouvelables jusqu’au jour où il est admis à faire valoir ses droits à la retraite.

Il a droit d'inspection dans tous les établissements publics d’enseignement secondaire de l'Académie. Suivant le nombre et l’importance des établissements le Ministre pourra désigner un seul délégué pour plusieurs académies ou plusieurs délégués pour une seule académie.

Art. 3 — Le jury chargé de l’examen de fin d’études en dehors des établissements secondaires publics est unique dans chaque académie. Il est nommé par le Ministre, sur la proposition du recteur, après avis du Conseil de l’Université.

Les membres peuvent en être pris parmi les professeurs émérites ou en exercice de l’enseignement supérieur de l'Etat ou parmi les professeurs émérites de l’enseignement secondaire public.

Art. 4 — Pour être admis à subir l'examen de fin d’études secondaires le candidat doit produire :

lo Son acte de naissance;

20 L'autorisation de son père ou tuteur.

Art. 5. — Pour chaque candidat subissant l’examen dans les établissements secondaires publics un dossier scolaire est constitué comprenant :

1o Un livret Scolaire où seront portées les notes et les places qu'il à obtenues ainsi que les récompenses qu'il a méritées dans son cours d'études;

20 Les notes qui lui ont été attribuées à chaque examen de passage.

Ce dossier est mis à la disposition du président du jury huit jours avant l'examen, Pendant l’examen il est tenu à la disposition du jury.

Art, 6. — Le président a le droit de veto.

Art. 7. — À l'ouverture de la session le jury peut, en raison du dossier

Une commission parlementaire fut nommée pour procéder à l’étude du projet ministériel. Elle ne se montra pas enthousiaste, malgré le désir que manifestaient tous ses membres de mettre un terme à l’action énervante et désorganisatrice du baccalauréat sur les études. On objecta que la réforme proposée par Emile Combes aurait été excellente si l'Etat avait le monopole de l’enseignement secondaire. Dans l’état actuel de la législation scolaire, le projet ministériel ne supprimait le baccalauréat et ses inconvénients que pour les élèves des lycées et des collèges. Il laissait subsister pour les établissements libres, auxquels était refusé le régime de l'examen intérieur, un état de choses jugé condamnable.

« La solution, écrivait Boutmy, serait parfaite, à mon sens, si l'Etat ne se mêlait plus de contresigner les certificats d’études, de leur donner fictivement et faussement un égal crédit; s’il laissait à chaque parchemin la seule valeur qui résulte de la bonne renommée de l'établissement où il a été délivré. Au reste, je conçois bien l'Etat garant d’un examen ayant une portée scientifique ; je ne le concois pas se faisant la caution d’un examen élémentaire, superficiel, et où il y a si peu de différence entre ceux qui échouent et la très grande majorité de ceux qui passent. L'Etat poinçonne les matières d’or et d'argent, cela est fort bien, mais le voit-on établissant un bureau d’essai pour le cuivreet le laiton ? Quoi qu'il en soit, nous n’avons sans doute pas les mœurs qui conviendraient pour une si large liberté. Si l’on maintient, sur la foi d’un contreseing ministériel, l’équivalence des certificats d’études, comment échapper à cette objection qu’à raison de l'énorme écart de valeur qui existe entre les lycées, les différences auront chance d’être ici plus grandes que dans tout autre système et en contradiction plus flagrante avec l'égalité officielle attestée ? Comment ne pas remarquer que les influences et les pressions qui peuvent amener les juges

scolaire de l'élève, l’exempter de toutes les épreuves ou d’une partie des épreuves de l'examen. Cette décision doit être prise à l’unanimité des voix.

Art. 8 — Il y a par an deux sessions d'examen, l’une à la fin, l’autre au commencement de l’année scolaire.

Art. 9. — Chaque année, les présidents des divers jurys adressent au

Ministre, par l'intermédiaire du recteur, un rapport sur les résultats de l'examen. Les rapports relatifs aux examens subis dans les établissements secondaires publics sont communiqués au Conseil académique et au Conseil de l’Université de l’Académie. Le rapport relatif aux examens subis en dehors des établissements est communiqué au Conseil de l’Université. Ces Conseils joignent leurs observations aux rapports qui leur sont communiqués avant que transmission en soit faite au Ministre de l'Instruction publique.

Art. 10. — Un décret, délibéré en Conseil supérieur de l’Instruction publique, déterminera les matières, modes et conditions de l'examen subi Soit devant le jury propre à chaque établissement secondaire public, soit devant le jury siégeant au chef-lieu de chaque académie.

Art. 11. — Le certificat d’études secondaires est délivré par le Ministre. Ce certificat est le même pour tous les candidats, quel que soit le jury devant lequel ils aient subi l'examen. Il peut recevoir les mentions : tres bien, bien, assez bien.

à un excès d’indulgence, se trouveront ici secondées par l'intérêt même de chaque établissement et que, s’exerçant sur les professeurs mêmes des candidats, sur des hommes accessibles par devoir aux parents de leurs élèves, elles n’auront jamais été mieux armées et plus irrésistibles ? Enfin n’est-ce pas créer un grief spécieux aux établissements libres que de les mettre en dehors de ce régime de huis clos qu’ils ne manqueront pas de représenter comme un régime de faveur ? » (1). Charles Dupuy, membre de la Commission parlementaire et plusieurs fois déjà rapporteur du budget de l’Instruction publique, obéissant à des considérations analogues, demanda la constitution d’un jury fixe composé de deux membres nommés par l'Etat qui se rendraient successivement dans tous les établissements secondaires de leur Académie pour assister aux deux derniers examens de passage, subis devant les professeurs de chaque établissement. La Commission se rallia à ce système qui avait l’avantage de donner à tous les candidats, quelle que fût leur origine, le bénéfice de l’examen intérieur et de réaliser les conditions d'égalité absolue entre les établissements libres et ceux de l’Etat, que le projet de Combes ne réalisait pas.

À l’occasion de la discussion du budget devant la Chambre des députés, le 24 novembre 1896, Jules Legrand présentait un autre projet de résolution, invitant le Gouvernement à accorder à tous les baccalauréats des sanctions identiques. Cette proposition fut repoussée dans un vote indécis, par 256 voix contre 251. Goblet et Jaurès avaient bataillé pour les études classiques. Léon Bourgeois, au contraire, avait défendu son œuvre, niant que l’étude des langues vivantes fût uniquement utilitaire. Les indications de ce vote et des discussions qui l’avaient précédé amenèrent le nouveau Ministre de l’Instruction publique, A. Rambaud, à déposer, en janvier 1897, un nouveau projet de loi sur le baccalauréat.

Cette fois, on ne visait qu’à diminuer les hasards de l’examen en attribuant une plus grande importance au livret scolaire et en modifiant la composition des jurys. Les jurys comprendraient des prolesseurs des Facultés et des professeurs agrégés des lycées. Le livret Scolaire, devenu la pièce maîtresse de l'examen, pourrait dispenser le candidat de {out ou partie des épreuves. Déjà, le 5 juillet 1896, par une circulaire adressée aux recteurs, Rambaud avait manifesté sa Confiance en une meilleure utilisation du livret scolaire pour améliorer les conditions de l’examen. « Le Parlement, lisons-nous dans cette circulaire, aura prochainement à se prononcer sur la réforme du baccalauréat; mais on ne peut plus espérer que la question soit résolue avant la séparation des Chambres. En attendant,

af}

j'ai cherché à réaliser, dès la prochaine session, les améliorations

(1) C. E. Boutmy, Le Baccalauréat et l'Ensei ir i API CITE 1800 be l'Enseignement secondaire, Paris,

LE BACCALAURÉAT DE 1902 À Nos Jours 9293

qui peuvent être obtenues avec la législation actuelle. La plus importante a trait au livret scolaire. Les jurys n’ont pas jusqu'ici attaché assez d'importance à ce document. Je crois devoir les inviter à en tenir, dès maintenant, le plus large compte, et à supprimer les limitations qui se sont introduites dans la pratique de plusieurs Facultés. Quelles que soient les notes obtenues par un candidat aux épreuves écrites, si l'examen de son livret scolaire donne à penser qu’il à fait de bonnes études, il est juste qu’il soit admis à prouver dans les épreuves orales la valeur des notes consignées dans son livret. Mon expérience personnelle des examens, acquise en vingt années de professorat dans les Facultés, m’autorise peut-être à donner un conseil à mes collègues. C’est de ne pas s’attacher par trop Scrupuleusement aux chiffres et aux additions portés sur les feuilles d’examen. Ces chiffres sont destinés à aider leur mémoire, à préciser leurs impressions, et non à limiter leur liberté d’appréciation. La seule question qu’ils aient à se poser est celle-ci : Le candidat qu’ils ont devant eux mérite-t-il ou non d’être admis ? A-t-il fourni la preuve d’études suffisantes, d’une culture générale assez étendue, et les lacunes que présente son examen sont-elles compensées par des parties plus brillantes ou plus solides ? » (4).

Le projet de Rambaud, très modeste d'inspiration, ne reçut pas de la Commission parlementaire qui avait examiné et repoussé le projet plus radical de Combes, un accueil plus encourageant. Les objections ne manquaient pas. D'abord l’extrême inégalité de valeur des lycées, des collèges et des établissements libres ne serait pas supprimée; elle se retrouverait dans le livret en inégalité d’autorité et de crédit. On ne pourrait empêcher un élève, classé second dans une rhétorique très faible, d'apporter un bon livret, tandis que l’élève classé 25° dans une excellente rhétorique en présenterait un fort médiocre. On ne pourrait empêcher les parents d’exercer une pression intolérable sur le professeur pour obtenir l’omission d’une note ou d’une observation défavorable. En somme, la partie de l’examen dont le candidat serait dispensé demeurerait suspecte ; les candidats obligés de subir les épreuves sur cette même partie en tireraient avantage; ils prétendraient être les seuls qui ont passé l’examen complet, les seuls qui offrent toutes les garanties que le public attend du diplôme.

La Commission s’empara de la réforme proposée pour demander la refonte des programmes du baccalauréat. Les uns, comme Alfred Faure, souhaitaient la réduction de tous les diplômes à un seul.

(1) Le Ministre terminait cette circulaire par la recommandation suivante qui prouve que les instructions de Léon Bourgeois étaient restées lettre morte : « Enfin, les résultats du baccalauréat ayant une répercussion sur tout l’enseignement secondaire, il me paraît essentiel que, par le choix des sujets de composition et par la direction donnée aux épreuves orales, l’examen tout entier reste en parfaite harmonie avec les programmes de nos Lycées et Collèges et les instructions ministérielles qui en sont le commentaire ».

294, LE BACCALAURÉAT Les autres demandaient la suppression des épreuves orales. L’accord était loin de pouvoir se faire sur des propositions si contradictoires. D’autre part, il apparaissait que la suppression du baccalauréat amènerait sa renaissance immédiate sous des formes multiples et variées d'examens moins soucieux d’apprécier la culture générale des candidats et qu’en définitive cette suppression serait fort préjudiciable, non seulement à l’enseignement secondaire, mais aussi à l’enseignement supérieur et à l’avenir intellectuel du pays. C'était du moins l’opinion de la plupart des universitaires. Se faisant leur interprète et reprenant les objections que nous avons entendu faire par Pigeonneau, en 1880, et par Gréard, en 1885 (1), Gabriel Monod écrivait : « Je ne suis pas bien sûr que la suppression du baccalauréat puisse avoir les excellents résultats qu’on en attend ni que son existence soit aussi pernicieuse qu’on le dit... il faudrait un robuste optimisme pour s’imaginer qu’en supprimant partout la crainte de l’examen on réveillera dans toutes les classes l’ardeur au travail » (2). Le premier Congrès des Professeurs des Lycées, réuni à Paris en avril 1897, écarta presque à l’unanimité la suppression du baccalauréat, le remède proposé lui ayant paru pire que le mal. Que l’on réforme le jury en y introduisant des professeurs de l’enseignement secondaire public à côté d’un professeur titulaire de Faculté; que le livret scolaire reste facultatif sans pouvoir dispenser de l’examen; que des réformes soient opérées dans les épreuves (extension de l’écrit et maintien de l’oral) pour diminuer les hasards de l’examen, tels étaient les vœux des professeurs des lycées et des collèges que les projets de Combes et de Rambaud eussent dû séduire puisqu'ils remettaient, en tout ou en partie, l’examen aux mains des maîtres mêmes des candidats. Mais justement ces maîtres se défiaient des jurys intérieurs à cause de l’inévitable écart de valeur entre les certificats que délivreraient les divers établissements et surtout à cause de l’excès d’indulgence et des complaisances que le jeu des influences politiques et la pression des parents ne manqueraient pas de provoquer. Deux ans plus tard, en 1899, un nouveau Congrès des professeurs repoussait à une majorité écrasante le système du jury intérieur (3).

Les polémiques de presse n’en continuaient pas moins contre une institution si aisément critiquable. Emile Gebhart accusait le baccalauréat actuel d’avoir tué les bonnes études : « Ce sont, écrivait-il, les études désintéressées, les seules vraiment fécondes qui se trou-

(1) Cf. plus haut, p. 167.

(2) CF. G. Monod, Le Baccalauréat in Revue historique, janvier 1897.

(3) La Société d'Enseignement supérieur avait adopté, en jui un rapport de Picavet demandant que les Dane Rte place dans l’enseignement secondaire, que le baccalauréat fût maintenu et ses épreuves écrites multipliées « en les organisant toutefois de telle açon qu’elles ne constituent pas une Charge pour le correcteur ».

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| LE BACCALAURÉAT DE 1902 A NOS JOURS c

vent négligées. Tout est aiguillé en vue du baccalauréat, les professeurs eux-mêmes sont obligés de se consacrer au baccalauréat, tous les exercices de classe vont au baccalauréat, et les élèves paresseux savent qu’on peut trouver le baccalauréat en globules, par la méthode homéopathique, dans les manuels qui sont une littérature absolument pestilentielle » (4). Il proposait, en conséquence, le retour à un examen littéraire, débarrassé de toutes les « spécialités ». Plus violente s’élevait la protestation d’Ernest Lavisse qui d’aillèurs s’adressait surtout à la passion française des fonctions publiques, « recherche des distinctions vaines, recherche d’un privilège, recherche de la vie édulcorante, émolliente des fonctions paisibles ». À ce titre, le baccalauréat n’était « un malfaiteur » que par ses facilités : il dispensait les pères de famille et les maîtres de réfléchir sur l’orientation et l'éducation des enfants — « mon fils, sois d’abord bachelier » —; il démoralisait parents et élèves qui se persuadaient que le baccalauréat est affaire de chance et de recommandation (2). Ferdinand Brunetière aurait volontiers applaudi à la disparition du baccalauréat, à condition que des examens de carrière lui fussent substitués. Il en faisait une question sociale. « Le baccalauréat, écrivait-il, n’est à proprement parler ni un certificat d’études, ni un examen d'Etat, et, quoique n’étant rien de tout cela, il est à la fois tout cela. On le passe sans gloire, et il ne confère aucun titre, mais il n’en est pas moins une espèce de titre. Un bachelier n’est rien, et son diplôme est pourtant quelque chose; il à une sorte de vertu sociale. Il ne mène lui-même à rien, mais il ouvre beaucoup de carrières » (3).

En effet, le baccalauréat était un moyen de démarcation sociale, surtout le baccalauréat classique qui était considéré comme le produit le plus honorable de l’enseignement secondaire. « On sait que l’enseignement moderne, écrivait Ch. Langlois, est à la mode dans la petite et très petite bourgeoisie et l’enseignement classique, dans la moyenne et dans la haute bourgeoisie. L'éducation classique est le signe extérieur d’une certaine aristocratie mondaine » (4). E. Boutmy ne pensait pas autrement et c’est, de toute évidence, le baccalauréat classique qu'il visait lorsqu'il écrivait : « Cet examen n’est pas seulement une sanction des études secondaires ; c’est une institution sociale et politique de grande conséquence, et les effets qu'il produit à ce titre dépassent de beaucoup en étendue et en

1) Cf. Emile Gebhart, Le baccalauréat cl les études classiques, Paris, Hachette, 1899, 95 pages. L'auteur à réuni dans ce volume les articles qu’il avait publiés dans le Journal des Débats en août et septembre 1896.

(2) Cf. Ernest Lavisse, Contre le baccalauréat, in Revue de Paris, 15 décembre 1898.

(3) Cf. Ferdinand Brunetière, Encore le baccalauréat, in Revue des Deux-Mondes, 1899, ft. CLV, p. 178.

(4) Cf. Cn.-V. Langlois, La question de l'enseignement secondaire en France et à l'étranger, Paris, Colin, 1900.

gravité ses effets pédagogiques. Nous avons fait, il y a un siècle, une révolution pour abolir les castes et leurs privilèges; or, nous ne prenons pas garde que le baccalauréat rétablit l’équivalent de ce que nous avons supprimé; il divise la nation en deux classes : l’une qui a des parchemins, l’autre qui n’en a pas, l’une qui a seule entrée dans les carrières libérales, l’autre qui est rejetée et confinée dans les anciennes professions roturières : commerce et industrie. C’est vers dix-huit ans que la division se fait. Le départ est net et tranché : on appartient ou l’on n’appartient pas à la classe privilégiée, et c’est le baccalauréat qui en décide. Le départ est définitif et pour la vie : on ne recommence pas après cet âge toute une éducation. Une telle organisation est en contradiction manifeste avec deux principes très solidement établis ; l’un économique et social, l’autre juridique et politique. Le premier de ces principes, c’est que les capacités de tout ordre doivent être laissées aussi libres que possible de se déplacer et de se porter là où elles se croient appelées, où elles prévoient qu’elles rendront le plus de services. Il ne faut pas moins que des raisons très graves et très péremptoires pour entraver cette circulation large et aisée de toutes les aptitudes. Le principe juridique et politique est celui de l’égale admissibilité de tous les citoyens aux places sans autres distinctions que celles des vertus et des talents. Aucune dérogation qui ne serait pas amplement et solidement justifiée ne doit être apportée à cette règle de droit, j'allais dire d’ordre public. Pour fonder en raison et en justice le privilège des uns et l’exclusion des autres, il ne faudrait pas moins qu’un Critérium d’une rare justesse, donnant la mesure de tout ce qui fait la valeur d’un homme; j'entends les aptitudes physiques et morales aussi bien que les aptitudes intellectuelles. Le baccalauréat ne pourrait être accepté comme un moyen de démarcation sociale, de qualification ou de disqualification pour les hautes carrières libérales que si les bacheliers étaient, de l’aveu de tout le monde, seuls aptes à ces fonctions supérieures, s’ils l’étaient tous ou presque tous. De l’aveu de tout le monde il n’en est rien » (4:

La grande enquête que décida le Parlement en décembre 1898 (2) devait montrer combien la crise du baccalauréat était solidaire de la crise des consciences et des mœurs et mettait en pleine lumière une évolution sociale de la démocratie tendant, selon la remarque de Gréard « à faire tomber les barrières artificielles qui séparent les degrés et les modes des études secondaires, l’enseignement mo-

(1) Cf. E. Boutmy, Le Baccalauréat et l’Enseian i Faris, Colin, 1899, p. 18, 19, 20. M na

(2) C'est incidemment, au cours de la discussion sur l’abrogati la loi Falloux, que la Chambre des députés, élargissant An chargea, le 12 déecmbre 1898, sa Commission de l'enseignement d'ouvrir une enquête. À vrai dire, la majorité de la Chambre était Opposée à l’abrogation de la loi du 15 mars 1850 et, au lieu de mettre en question la

liberté de l’enseignement, préféra dis É l ne aseignement, cuter la réfo ; secondaire lui-même, AE AIN UE

derne et l’enseignement classique, l’enseignement primaire supérieur et l’enseignement moderne » (1). Certes cette poussée démocratique rencontra de nombreuses et très hautes résistances, parfois inattendues, au long des 198 dépositions que la Commission présidée par Alexandre Ribot entendit en 38 séances, du 17 janvier au 27 mars 1899. Mais tant d’espérances se faisaient Jour en cette . époque d’Exposition Universelle et de concurrence internationale ! (2). En tout cas, si les réformes de 1880 et de 1891 avaient mis aux prises des écoles antagonistes et soulevé un vif conflit entre partisans des théories pédagogiques les plus diverses — partisans de l’enseignement gréco-latin, partisans de l’enseignement scientifique, partisans d’un enseignement classique de courte durée, partisans d’un enseignement anglo-germain — la controverse s’était toujours localisée dans les cercles universitaires et leurs alentours immédiats. L'enquête parlementaire de 1899 s’étendit délibérément à toute la nation. Des cinq volumes in-quarto de plus de 600 pages chacun qu’elle produisit, les tomes I et IT contiennent les 198 dépositions recueillies, le tome II est pris par les statistiques de l’enseignement secondaire dans les établissements publics et privés, le tome IV, par les observations des recteurs et des inspecteurs généraux, le tome V, par les avis des Chambres de commerce et des Conseils généraux (3).

L'enquête forme un ensemble plus significatif par ses contradictions que par les points où l'unanimité aurait pu se créer. Son objet n’était plus seulement la réforme du baccalauréat : c’est tout le régime administratif et éducatif des lycées et des collèges, qui était mis en cause. Ample par son objet, la consultation étendue à tous ceux qui, de près ou de loin, s’intéressaient aux études eut comme principale conséquence de donner au vieux débat entre classiques et . modernes un aspect nouveau. Le problème n’était plus de chercher quelle est celle des deux disciplines qui favorise le plus sûrement le progrès des intelligences, mais de savoir si la réforme la plus féconde ne consisterait pas à transformer de fond en comble l’organisation du vieil enseignement classique, dans son intérêt même, et d’en changer le caractère, en y transportant les disciplines modernes avec leur esprit et leurs méthodes (4). Nous n’avons pas à étudier ici les dépositions de ceux qui contribuèrent, soit par leur soutien, soit par leur opposition, à donner à l’enquête une telle

(1) Cf. Enquête parlementaire de 1899, &. I, p. 3, déposition de Gréard.

(2) Cf. Ch.-V. Langlois, La question de l’enseignement secondaire en France et à l'étranger, Paris, Colin, 1900, passim. « Le peuple qui, le premier, aura résolu pour le mieux le problème de l'éducation bourgeoise, écrivait Langlois, aura sur les autres un avantage marqué... Il est impossible qu’un tel peuple ne donne pas le spectacle d’une activité supérieure ».

(3) Un sixième tome comprend les tables analytiques.

(4) Cf. Francisque Vial, Trois siècles d'histoire de l'enseignement secondaire, Paris, Delagrave, 1936, p. 245.

orientation (1). Nous limiterons notre analyse aux dépositions qui portèrent surtout sur le baccalauréat (2). La Commission avait posé les questions suivantes : 1° Peut-on supprimer le baccalauréat ? 2° De la substitution au baccalauréat de certificats d’études et d'examens de passage et de sortie. 3° Le régime des examens peut-il être modifié ? 4° Le diplôme de l’enseignement moderne doit-il donner accès à la Faculté de droit et à la Faculté de médecine ?

Ni les Chambres de commerce, ni les Conseils généraux n’apportèrent à la Commission des réponses susceptibles de dégager une opinion majoritaire. Les représentants des intérêts économiques de la province française se prononcèrent les uns pour les études classiques et le baccalauréat qui en était la sanction (3), les autres, pour un enseignement et un baccalauréat avec moins de grec et de latin et plus de langues vivantes et de sciences (4). Un certain nombre de Chambres se contentèrent de demander de fortes études sans prétendre qu'il fallait les chercher dans l’enseignement clas-

(1) Citons, parmi les dépositions les plus importantes, celles de : AUlard, Bérard (Victor), Bernès (H.), Berthelot, Bérenger (H.), Blondel, Boissier, Bouchard, Boudhors, Bourgeois (Léon), Boutmy, Boutroux, Bréal, Brouardel, Brunetière, Buisson, Chaïlley-Bert, Clairin, Combes, Croiset, Darlu, Doumic, Dupuy (E.), Ducrocq, Faguet, Frinet, Foncin, Garsonnet, Gautier (Jules), Gebhart, Glasson, Gréard, Hanotaux, Jaurès, Lachelier, Larnaud, Lavisse, Lemaître (Jules), Leroy-Beaulieu (P.), Lescar, Levasseur, Léveillé, Lyon-Caen, Malet, Maneuvrier, Monod (G.), Paris (G.), Passy (F.), Payot, Perrot, Poincaré (R.), Potel, Seignobos, Wallon.

(2) Sur les 198 dépositions entendues par la Commission, 107 traitent plus ou moins longuement du baccalauréat, 37 (parmi lesquelles celles de Gréard, Darboux, Espinas, Aulard, Jaurès, Belot, Fernet) réclament le maintien de l'examen tel qu'il existe depuis 1890; 19 (celles de Berthelot, Lavisse, G. Monod, Combes, Paris, Perrot, J. Lemaître, E. Dupuy, Chaiïlley-Bert, Potel, Maneuvrier, Didon, Malet, Masson, Tisserand, Risler. Grandeau, Goblet, L. Bourgeois) en proposent la suppression pure et simple; les autres préconisent des réformes, 3 (celles de R. Poincaré, Croiset et Gebhart) ramènent l'examen à une seule épreuve. 13 (parmi lesquelles celles de Croiset, V. Bérard, Séailles, Bernès, Darboux) tendent à dispenser de l'examen certains élèves.

(3) Cf. Enquête, t. V, p. 192. « Pour: tous ceux que leur situation de fortune ou leur intelligence rend SusCeptibles de devenir des chefs d’industrie ou de commerce, nous désirons à la base un enseignement classique, le meilleur enseignement qui fasse de nos jeunes gens des hommes de caractère, d'action et d'initiative, pratiquement la vraie préparation aux études utilitaires ». (Réponse de Tourcoing) ; Lyon, Saint-Etienne, Mazamet, Le Havre, Montpellier, Roanne. Orléans, Amiens, Boulogne, Abbeville, Saint-Quentin, Montauban, Saint-Brieuc et Nantes étaient de cet avis. Lyon avait comparé leS succès remportés à son Ecole commer- Ciale par les bacheliers classiques et les bacheliers modernes et constaté que les avantages étaient pour les premiers.

(4) Cf. Ibid., p. 49. « Renfermés depuis trop longtemps dans l'étude des langues mortes, il semble que nous aYOnS pris à tàche de nous séquestrer dans nos frontières, faisant du baccalauréat une véritable muraille de Chine pour nous mettre dans l'impossibilité d’être en Communication avec les peuples voisins » (Angoulême). Nancy, La Rochelle, Narbonne Nice, Roubaix, Chambéry, Nevers. Blois, Saumur, Rochefort, Dunkerque, Bordeaux, Nimes, Sète, Laval, Bastia, Bougie, Carcassonne, Auxerre, Honfleur rejoignaient l'opinion d'Angoulême. j k

sique plutôt que dans l’enseignement moderne (1). Des 65 réponses, une opinion ferme ne se dégageait que sur les privilèges accordés au baccalauréat qu’on était à peu près unanime à accuser d’aboutir à augmenter la masse des candidats aux emplois publics. La Commission attendait beaucoup de la consultation qu’elle avait demandée aux Conseils généraux. Sur 80 assemblées départementales qui répondirent au questionnaire dont le Ministre de l’Intérieur les avait saisies au mois d’avril 4899, 13 se déclarèrent pour le maintien intégral des méthodes, des programmes et des sanctions en vigueur. « L’enseignement secondaire, disait le Rhône, est fort bien organisé » (2). 38 réclamèrent le maintien du baccalauréat et l’affermissement des études classiques. Le Loiret déclarait : « Il faut maintenir énergiquement l’enseignement classique parce qu’il forme l'intelligence, élève le cœur, nourrit les grands esprits et les grands caractères, produit l’élite intellectuelle qui a porté si haut la renommée de la France » (3). Le Conseil général de Constantine proposa même de réserver l’enseignement classique aux fils de familles aisées et de supprimer les bourses des enfants pauvres (4). Toutefois une vingtaine de départements s’affirmèrent partisans résolus de l’égalité des sanctions, sans aller cependant jusqu’au vœu de la Corrèze : « Il faut socialiser l’enseignement moderne par la cessation des inégalités, des injustices, des privilèges de castes qui le paralysent, lui appliquer le principe primordial de l'égalité sociale » (5). En majorité, les Conseils généraux se montrèrent peu favorables au système du jury intérieur qui aboutirait à une discrimination entre les établissements publics et les établissements privés (6). Enfin, parmi les critiques que les

(1) Cf. Ibid., p. 151. « Il ne faut pas affirmer la supériorité que donneraiènt de fortes études classiques, mais seulement la supériorité que donnent de fortes études » (Paris). Marseille, Rouen, Alger, Dieppe, Limoges, Reims, Arras, Bourges, Armentieres, Le Puy, Agen. Montluçon, Aubenas et quelques autres acceptaient cette conclusion de Paris.

PJCE AID UNE p:598;7 La même opinion est exprimée par : Alger, Var, Seine-et-Oise, Saône-et-Loire, Lot, Morbihan, Cher, Indre, Eure-et- Loir, Landes, Haute-Loire, Puy-de-Dôme.

(3) Cf. Ibid., p. 420. C'est aussi le vœu de : Ain, Aisne, Allier, Alpes- Maritimes, Basses et Hautes-Pyrénées, Alpes, Ardèche, Ardennes Aube, Aude, Ariège, Bouches-du-Rhône, Cantal, Charente, Constantine, Creuse, Dordogne, Finistère, Eure, Gers, Loir-et-Cher. Loiret, Haute-Garonne, Ile-et-Vilaine, Maine-et-Loire, Haute-Marne, Mayenne, Oise, Oran, Savoie el Haute-Savoie, Hautes et Basses-Pyrénées, Pyrénées-Orientales, Seine- Inférieure, Deux-Sèvres, Tarn, Vosges.

(4) Cf. Ibid., p. 69. Oran fait la même proposition.

(5) Cf. Ibid., p. 295. L'égalité des sanctions était demandée aussi par: Gironde, Calvados, Cantal, Meuse, Nord, Pas-de-Calais, Aube, Côtes-au- Nord, Loire, Manche, Charente-Inférieure, Dordogne, Nièvre, Somme, Sarthe. Tarn-et-Garonne, Seine-et-Marne, Var, Vendée.

(6) Le vœu de la Sarthe était très explicite : « Nous préconisons le maintien du baccalauréat pour tout le monde. C’est à la fois plus équitable et, nous ne craignons pas de dire, plus avantageux pour les établissements de l'Etat. I1 ne faut pas qu'on puisse dire que, grâce à ce traitement, les établissements libres sont les seuls qui puissent faire recevoir des bacheliers et que les établisements de l'Etat avouent inmplicitement une impuissance qui n'existe pas, »

Conseils généraux adressaient au baccalauréat de l’enseignement secondaire moderne, la plus fréquente était qu’il exigeait une préparation trop longue pour la clientèle des Jeunes gens qui auraient pu le rechercher et qui s’en détournaient pour aller dans les écoles primaires supérieures dont les études étaient moins longues et plus pratiques. Plusieurs d’entre eux eussent souhaité la résurrection de l’enseignement spécial : « Les programmes de l’enseignement moderne gagneraient à être plus utilitaires, plus pratiques, à S’adapter mieux aux besoins locaux et au génie des populations » (1). Et le Jura ajoutait : « Que, d’une manière générale, l’enseignement secondaire ne tende pas exclusivement à préparer des jeunes gens au baccalauréat, aux carrières administratives et aux Ecoles » (2).

Mais il semble qu’Emile Bourgeois dépassait singulièrement le «vœu de la France » en prétendant que l’enseignement secondaire n'avait formé que des fonctionnaires, des ingénieurs, des médecins, des avocats; qu’il détournait les jeunes gens du commerce et de l’agriculture; et que le régime d'enseignement secondaire que la France attendait c'était « une Culture générale moyenne, utile à l’exercice de toutes les professions, qui ne prépare ni trop tôt, ni trop tard aux unes, au dépens des autres » (3). A vrai dire, cette Culture, l’opinion n’était point unanime à croire que le baccalauréat classique fût seul capable de l’attester. Et l’argument était un peu faible lorsqu’Emile Bourgeois s’en prenait aux parents Coupables de rechercher les études les plus distinguées pour proposer qu’on distribuât sur cinq années l’enseignement secondaire ouvert à tous et que le Stage de deux années auprès des Facultés, prescrit par le décret de 1810, fût nécessaire au baccalauréat (4). Est-il besoin de dire que ce retour en arrière, faisant du baccalauréat le premier des certificats de l’enseignement supérieur, était impossible en raison même de l’état des mœurs qu'Emile Bourgeois analysait

(1) Cf. Enquête, t, V, P. 216, Vœu de l'Aisne.

(2) Cf. Ibid., p. 399. 11 y eut parfois de fort belles Plaintes contre Je baccalauréat, Témoin ce vœu de la Charente-Inférieure (Ibid., p. 238) : « Nous sommes, nous, les héritiers du grand commerce de l'Ouest, le pays de France qui fournit le plus d'officiers de toutes catégories. le plus de médecins civils et Militaires, le plus d'avocats et de légistes, le plus de professeurs, le Moins d'agronomes et d'agents de Commerce. Le médeci nous un produit d'exportation intérieure et extérieure. Et le résultat, c’est que les Mmalsons de commerce Passent aux mains de f que nos populations décapitées dés énergies locales, Manquent d'initiative et de Savoir en présence des crises inévitables. À quoi cela mœurs, à la tendance Sociale, mais surtout à la préparation intellectuelle que les enfants reçoivent au collège, au diplôme, à ]

(SC Emile Bourgeois. L'enseignement Secondaire selon le vœu de la France, Paris, Chevallier-Mareseq, 1900, p. 48.

(4) Cf. Enquête, LA P. 338, note adressée à la Commission par Emile Bourgeois, qu se plaignait que l'augmentation Pr'oportionnelle des effectifs de l’enseignement secondaire fût trop faible. En 1789, 1 enfant sur 40 allait au collège : en 1896, 1 enfant sur 24.

dans son livre ? Avec plus de raison, Langlois percevait la nécessité de plusieurs types d'enseignement secondaire avec égalité de sanction : « Pour tenir compte de-la diversité infinie qui existe entre les enfants, une diversification hardie des cadres de l’enseignement s'impose. La méthode des bifurcations successives, en éventail, sur un tronc commun, permet de réaliser très simplement cette réforme qui paraît au premier abord si difficile » (4).

C’est dans ce sens que devait se diriger la réforme de 1902. Il semblait bien que le baccalauréat dût être victime de ce progrès pédagogique. Mais les défenseurs du baccalauréat possédaient sur leurs adversaires l’avantage d’être les plus intéressés par cette réforme. En outre, ils n’ignoraient point que le baccalauréat commandait les plans d’études et les programmes de l’enseignement secondaire. Aussi, certains adversaires avertis ne se faisaient-ils guère d’illusion sur leur pouvoir contre cette « chaîne magnétique et magique, faite de toutes les superstitions, de tous les préjugés, de toutes les fausses disciplines, de tous les « mementos »'du code de civilité classique » (2). Maurice Couyba, l’un des secrétaires de la Commission, n’avait qu’un espoir : « À force de frapper sur le “baccalauréat, il faudra bien qu’il se transforme, s’effrite, s’écaille et perde son caractère dangereux et funeste au progrès intellectuel et social des générations françaises. En lui accordant de moins en moins d'importance, en tant que sanction définitive; en divisant l’enseignement secondaire en deux cycles d’études, complets par eux-mêmes et sanctionnés par des examens avec matières à option; en mettant avant lui un certificat intermédiaire, qui vaudra mieux que lui au point de vue intellectuel sans valoir autant que lui au point de vue des prérogatives sociales; en substituant peu à peu à son mode d’examen invariable, quantitafif et impersonnel, un examen variable, composé de deux épreuves écrites, et d'épreuves orales, multiples, souples, qualitatives et personnelles, suivant les aptitudes et les carrières, on arrivera à l’émietter si bien qu'il finira par perdre son caractère, son prestige et jusqu’à son nom » (3).

Parmi les défenseurs du baccalauréat, les plus nombreux étaient adversaires de l’égalité des sanctions. Hormis les frères de la Doc-

(1) Cf. Ch.-V. Langlois, La question de l’enseignement secondaire en France et à l'étranger, Paris, Colin, 1900, et La question du baccalauréat, in Revue Universitaire, 1897, t. IL Langlois, comparant les candidats examinés par lui aux deux baccalauréats, déclarait : « Les candidats du moderne manquent, assez souvent, de ce léger vernis d'élégance qui recouvre, chez leurs émules classiques, tant d’ignorance et de légéreté. Mais ils donnent, en général, une impression de sérieux. On sent que, pour eux, l'examen, les programmes, le succès ou l'échec, ne sont pas choses à demi-indifférentes.. La masse ne vaut pas sensiblement moins que la masse correspondante de l’enseignement rival... Avec tous ses défauts, l’enseignement moderne forme des esprits parfois un peu pesants, mais solides. »

(2) Cf. Maurice Couyba, Classiques et modernes, Paris, Flammarion, 19012029;

(8) "C8 Id; "T0, p.10:

trine chrétienne dont les établissements préparaient surtout au baccalauréat moderne, tous les représentants de l’enseignement libre déposèrent en faveur des privilèges du baccalauréat classique (1). La Société générale d'Education, représentée par Keller, ancien député, et Terrat, professeur à l’Institut catholique, exprimait catégoriquement son avis : « Le baccalauréat moderne, qui n’a de valeur que comme équivalent du baccalauréat classique et comme promesse (le fonction publique, est à supprimer purement et simplement... Maintien des études classiques dans leur intégrité. Le baccalauréat classique doit être exigé pour toutes les carrières libérales (2).

La Société pour l'étude des questions d'enseignement secondaire, présidée par Louis Mangin, membre du Conseil supérieur de l’Instruction publique, se prononçait également pour le rejet de l’enseignement moderne classique ou d’un enseignement moderne de portée classique. Cette société avait confié à M. Henri Bernès, membre du Conseil supérieur de l’Instruction publique, le soin d’établir un râpport sur la question du baccalauréat. Professeur de Rhétorique au lycée Lakanal, M. Henri Bernès Jouissait d’une grande autorité parmi les défenseurs des études classiques. A l’objection générale que le baccalauréat détruit la liberté des mañtres et le véritable esprit de l’éducation, M. Bernès Opposa avec force : « Un enseignement qui impose à l’utilitarisme inné des écoliers et des parents, le souci d’un examen dont ses programmes seuls déterminent les programmes, est un enseignement maître de lui-même, assuré, si l'examen est bien conçu, de rester à lui-même Sa fin. Un enseignement qui n'aurait plus à son terme de sanction propre où n'aurait qu’une sanction sans valeur sociale tangible, mais dont les élèves, dès leur sortie, trouveraient à la porte des écoles supérieures, des fonctions administratives, comme des écoles techniques de tout ordre, des épreuves spéciales à subir, serait vite asservi par les programmes de ces épreuves écrites et contraint de prendre pour unique fin la préparation directe à chacune d’entre elles. Nous savons déjà de quel poids pèsent sur les études secondaires les concours d’entrée aux grandes écoles. L'extension d’un pareil régime aurait tôt fait de les désorganiser » (3). M. Bernès n’en Constatait pas moins que les examens du baccalauréat dénotaient une baisse inquiétante des études, mais c'était pour demander le renforcement de cet « examen solennel de fin d’études ». « Que le baccalauréat soit rendu plus difficile: pour relever les études des Facultés ; pour améliorer le travail dans nos classes ; pour décourager ceux Qui, sans valeur ni mérite d'aucune sorte, ne re-

(1) Cf. Enquête, t, II, dépositions de l’abpé Péchenard (p. 248 à 255) de Mer Mathieu, archevêque de Toulouse . 240 à tr (D. 455 à 466), de Keller (p. 554 à 556). He D'ARUS Didon

(2) CF. Ibid, t. IT, p. 558 à 560, déposition de Terrat. (3) Cf. H. Bernès, La réforme du baccalauréat, Paris, Belin, 1599/Kpre

cherchent le diplôme que comme un moyen de tromper la société sur ce qu’ils sont; pour ramener, enfin, à des conditions qui nous donnent tout l’avantage de notre force réelle, la lutte pour le prestige et le succès qui, là comme ailleurs, se poursuit entre l’enseignement de l'Etat et l’enseignement libre » (1).

Cette conception du baccalauréat et de l’enseignement secondaire menait au seul développement des études gréco-latines. De plus, M. Bernès voyait, avec Bréal (2) et la plupart de ses collègues, dans l'égalité des sanctions, les premiers pas vers l’inévitable confusion de l’enseignement secondaire avec l’enseignement primaire supérieur. « L’assimilation complète des baccalauréats modernes aux baccalauréats classiques, qui déjà dans le domaine de l’enseignement secondaire risquerait de dépeupler l’enseignement classique au profit de l’autre, plus court d’un an, ce serait en fait, et peut-être bientôt en droit (la campagne pour l’assimilation du brevet supérieur au baccalauréat moderne a déjà commencée), l’accès des grades supérieurs que décernent les Facultés directement ouvert aux élèves de l’enseignement primaire. Ce serait un acheninement à cette suppression de l’enseignement secondaire, que préconisent déjà certains utopistes » (3). Pourquoi l’enseignement

(1) Cf. Id., Ibid, p. 32, 33. M. Bernès résumait ainsi ses critiques contre le baccalauréat actuel : un examen écrit trop restreint et quelquefois corrigé sans sûreté; un examen oral trop hâtif et souvent trop superficiel, avec la tendance à demander plutôt du savoir de détail que de la réflexion et du goût. Son rapport aboutissait aux conclusions suivantes : 10 Esprit général de l'examen : Il y aura identité de programme, d'esprit, de méfhode, entre l'examen et l’enseignement dont il est la sanction. — 20 Constitution des épreuves : Les compositions écrites seront plus nombreuses, affectées, au besoin, de coefficients différents, elles représenteront les principales catégories d'exercices écrits en usage dans les classes. Les épreuves orales seront plus développées. — 3° Direction des épreuves : L'examen portera avant tout sur la formation d'esprit, la capacité de réflexion, l'intelligence générale en chaque ordre d’études, acquises par le candidat; en seconde ligne seulement sur la quantité de ses connaissances. En littérature, aucun sujet de composition n’exigera la connaissance particulière de tel groupe de faits, de telle œuvre, même inscrite au programme des classes.

(2) Cf. Enquête, t. I, p. 77. Déposition de Bréal. Michel Bréal qui. après avoir, dans un livre retentissant, comme nous l’avons dit, préconisé de profondes réformes avait collaboré avec son ami Jules Simon à l’élaboration du décret et des instructions de 1872, fut effrayé de voir, en 1880 et en 18%, ses disciples aller jusqu'à lutter pour l'égalité du baccalauréat moderne et du baccalauréat classique.

(SMNCHNEANBennes La Réforme du baccalauréat, p. 44, 45. En ce qui concerne l'égalité des sanctions, le rapport de M. Bernès proposait la conclusion suivante: L'enseignement secondaire pratique où technique (c’est l'appellation qu’il suggérait de substituer à celle d'enseignement secondaire moderne) devrait aboutir à un examen qui ne porterait pas le nom de baccalauréat. Pour les élèves qui de cet enseignement passeraient dans les classes de sciences de l’enseignement classique, un paccalauréat spécial pourrait être institué, qui conférerait les mêmes droits que le baccalauréat Lettres-Mathématiques de l’enseignement moderne. Le baccalauréat Lettres-Mathématiques de l’enseignement classique devrait comporter une épreuve écrite de philosophie. sanction d'un enseignement philosophique complet. A cette condition, il pourrait ouvrir l'accès des grades supérieurs de Droit et de Médecine. Il n’y a pas lieu d’assimiler, au point de vue de l'accès aux grades supérieurs des Lettres, de Droit et de Médecine, les baccalauréats de l’enseignement moderne à ceux de l’enseignement classique.

moderne était-il devenu si suspect aux yeux de professeurs foncièrement laïques et profondément républicains ? M. Bernès expliquait sa suspicion et celle de ses collègues par la conscience qu’ils avaient de la mission sociale impartie aux études classiques « Nous ne savons pas si d’une façon ou de l’autre, d’éducateurs que nous étions de l’élite intellectuelle d’une grande démocratie, on ne fera pas de nous les préparateurs spéciaux d’une petite coterie de privilégiés et de mandarins » (1).

M. Bernès ne pouvait pas cependant ignorer la transformation subie par la clientèle de l’enseignement secondaire, autrefois tirée d’une bourgeoisie riche, ou du moins cultivée, et maintenant composée en majorité des apports de la moyenne et de la petite bourgeoisie. Îl semble que cet état de fait eût dû amener les défenseurs du vieil enseignement gréco-latin à reconnaître la nécessité d’une orientation nouvelle de la pédagogie française et à admettre une solution pluraliste. M. Bernès n’y songeait point, ni Lachelier, ni Alfred Fouillée qui s’élevait contre la division en deux types de l’enseignement humaniste : « Le prétendu parallélisme n’existera que sur le papier. Ce sera l’enseignement le plus facile et le plus populaire, c’est-à-dire le moins élevé, qui finira par l’emporter; seules, les raisons de tradition et de mode conserveront aux classiques une petite clientèle, qui se croira alors d’une essence supérieure ». Et Fouillée demandait le maintien d’un type unique d’humanités, avec des variantes dans les dernières années, « mais unêé même éducation franco-latine et philosophique pour tous » (2).

Emile Boutmy qui exerça une influence certaine sur la Commis- Sion — il avait trouvé jadis en Paul Bert un défenseur de ses

(1) Cf. Enquête, t. IL, p. 133, 134. On trouve la même idée dans le rapport fait par Boudhors à la Société pour l'étude des questions d'enseignement secondairee et dans sa déposition (cf. Enquête, t. II, p. 139, 140). Boudhors

condamnation sur les fautes de langue, préoccu Il faute igue, pezZ-Vous exclusive point de vue pédagogique et esthétique : vous reconnaîtrez que Te Une LR Gn D CA OS CORHC TAPER encore quelques détails qui témoigne HOIT intellectuel, parfois même d’un certai ût >» — D'autre part, Fouillée mettait comme L i Se ee À à 5 tait, achelier, toute sa confi le rôle éducatif de la classe de philocoun SR Ua éducat philosophie : « I1 faut ’évi dente diminution des croyances relioi A GE HAE al £ gieuses dans notre pavs croissante du sens esthétique, du sens moral et Social Tédue oe

moins en moins théologi i i DES à (D, in) 0108ique en France, sera philosophique ou ne sera

idées pédagogique (1) — se souciait moins que M. Henri Bernès de lier le sort de l’enseignement secondaire au maintien du bacca-" lauréat. Il était de ceux qui eussent volontiers abandonné le mot et la chose. Mais il savait que le baccalauréat était devenu une institution sociale solidement protégée par la complexité et la divergence d'intérêts et de droits multiples dont la conciliation, avec la liberté de l’enseignement, s’imposerait à tout système qu'on tenterait de lui substituer. Dénonçant l’action du baccalauréat sur les réalités de la vie qu’il masquait et surtout sur les programmes des lycées et des collèges dont il était devenu le régulateur (2), déplorant l’existence de ce « couple » formé par les études et le baccalauréat, regrettant la facon dont chacun de ces deux éléments immobilisait l’autre (3), il ne voyait de solution que dans une sorte de compromis pédagogique, simple en apparence, et que les classiques, à la rigueur, auraient pu accepter, mais dont la mise en pratique aurait abouti à une véritable anarchie des études et de l'examen. L'examen et le programme auraient été divisés en deux parties : la première, obligatoire, comprenant un petit nombre de matières fondamentales, parmi lesquelles le latin ; la seconde, facultative, embrassant les mêmes matières mieux étudiées et plus approfondies, et, en outre, toutes les matières spéciales laissées au choix de chaque candidat (4).

Au contraire, Ernest Lavisse se félicitait de l’organisation scolaire qui mettait en concurrence deux types d'enseignement secondaire classique. Il pensait même que l’existence de ces deux types, au lieu de diviser la jeunesse française comme le lui reprochait Boutmy, devait enrichir l'esprit national. Mais pour que la concurrence entre les deux formes d’enseignement püt modifier

(1) Cf. E. Boutmy, Le Baccalauréat et l'Enseignement secondaire, opuscule de 96 pages, Paris, Colin, 1899, publié à l’occasion des travaux de la Commission. Boutmy raconte (p. 39, note 1) que, dans une commission consultative, Paul Bert avait insinué, à sa suggestion, qu'on pourrait différencier les diplômes de bachelier suivant le mérite des candidats. Mais un « homme éminent, haut fonctionnaire » (Gréard sans doute) s'éleva avec véhémence contre cette proposition. « Nous jugeâmes, ajoute Boutmy ,qu'il valait mieux attendre. M. Paul Bert retira sa demande, je me tus et tout fut dit pour cette fois. »

(2) Cf. Id. Ibid, p. 54: « Avant de régler le plan d’études sur les principes d’une saine pédagogie, on doit se préoccuper de satisfaire aux nécessités et aux convenances de l'examen. »

(3) Cf. Id., Ibid, p. 55.

(4) Cf. Id., Ibid, p. 55. Voici l’esquisse du plan de réforme proposé par Boutmy : « 1° Le baccalauréat doit être un examen très humble; il ne doit pas prétendre à embrasser tous les éléments d’une instruction libérale, mais simplement à faire la preuve d’une culture moyenne. — 2° Il sera permis au candidat d’ajouter au baccalauréat d'autres matières qui lui agréent et de se composer un examen complémentaire qui lui soit propre. Le baccalauréat cesse donc d'être une sanction des études; ce sont les études elles-mêmes qui règlent la teneur de l'examen. — 3° Le progratmine de l'instruction secondaire doit être rendu aussi indépendant que possible du baccalauréat. -- 4° Le diplôme doit contenir une notation aussi exacte que possible de la valeur de chaque candidat, aussi complète que possible

de la composition de son acquis » (p. 11 et 12).

les habitudes et détruire l’uniformité, il fallait, à son avis, Supprimer le baccalauréat. Devant la Commission, Ernest Lavisse reprit donc les termes de l’article qu’il avait publié le 15 décembre 1898 dans la Revue de Paris et dont nous avons déjà parlé (1). « Je suis, déclara-t-il, l’ennemi convaincu du baccalauréat que Je considère — passez-moi le mot violent — comme un malfaiteur. Il provoque la recherche d’une distinction sociale absolument vaine, car c’est bien peu de chose que d’être bachelier. Il est une sorte d’appel permanent et bruyant vers les fonctions publiques. Il est le principal conservateur de l’uniformité et fait obstacle à toute initiative. Pour les parents, pour les élèves, pour les maîtres, il est la loi et les prophètes. « Malheureusement, pour le remplacer, Lavisse qui tenait à la liberté de l’enseignement ne trouvait qu'un « examen plus simple, plus familier » analogue à celui qui existait lorsque l'Etat avait le monopole (2):

Avec plus de détours, la déposition de Marcelin Berthelot con- Cluait aussi à la suppression du baccalauréat. Berthelot estimait que l’enseignement classique devait être réservé à des minorités et qu’il ne fallait donc pas le rendre obligatoire, « comme on l’a fait trop absolument par des règlements et des privilèges », au moment où la majorité des Français désiraient posséder une culture plus appropriée à la vie moderne (3).

Plus prudent, Ferdinand Buisson demandait seulement qu’on organisât sérieusement les examens de passage. Il voyait en eux « la préface normale d’un bon et vrai baccalauréat et l’antidote du mauvais et faux baccalauréat » dénoncé par Ernest Lavisse. « De la sorte, déclarait Buisson, le vrai caractère du baccalauréat sera compris de tout le monde : parents et élèves sauront qu'on n’y arrive que par une succession d'examens qui en donneront le type et qui attacheront presque infailliblement le suCCÈès au travail continu. Le baccalauréat sera une sanction véritable, une consécration des études même et, par conséquent, il cessera d'exercer une action démoralisante dans les familles et dans les établissements » (4). La déposition de Foncin (5) corroborait l’avis de Ferdinand Buisson, en demandant la création entre les deux cycles d’études secondaires un examen strictement éliminatoire qui donnerait droit à un certificat.

La Commission trouva en Raymond Poincaré un défenseur fervent de légalité des sanctions. Poincaré ne s'étonnait pas des résistances que les Facultés de droit et de médecine opposaient aux

(1) Cf. plus haut, p. 195, 295.

(8) Cf. Enquête, t. I, p. 41.

partisans du baccalauréat moderne. Il rappelait avee plaisir l’hostilité que, Ministre de l’Instruction publique, il avait dû vaincre en 1895, pour imposer, d’accord avec Ribot, Président du Conseil, et Ministre des Finances, l’équivalence des deux baccalauréats à l’administration de l’Enregistrement, des Domaines et du Timbre et à celle des Contributions directes (1). Loin de nier que l’avocat et le médecin aient besoin d’une culture générale classique, il pensait, avec Gréard et Lavisse, que l’enseignement moderne avait précisément le caractère classique et il ne voyait aucune raison de refuser aux bacheliers modernes l’accès à l’enseignement supérieur. L’infériorité de ceux-ci, dont arguait Brouardel (2), doyen de la Faculté de médecine de Paris, lui paraissait démentie par ceux qui étaient le plus à même d’observer les résultats des études modernes. La connaissance de l’étymologie des mots usuels à la médecine, était-ce suffisant pour imposer l’étude du grec et du latin (3) ? Quant aux études juridiques, Poincaré se refusait à comprendre qu'il fût indispensable pour tout étudiant de lire et de commenter les Pandectes dans le texte (4). Le droit romain n'a qu’un intérêt historique . « Je l’ai écarté, ajoutait-il, lorsque j'ai fait la réforme de l’enseignement juridique, d’une des branches du doctorat ; et je ne suis pas sûr que, dans l’autre, il ne pourrait pas être, partiellement au moins, remplacé avec avaniage par l’étude des législations modernes » (3). Sur la réforme

(1) Le Ministre des Finances fut en effet obligé, le 13 février 1895, de prendre un décret autorisant les bacheliers de l’enseignement moderne à prendre part au concours d'admission au surnumérariat des Contributions directes et de l’Enregistrement, des Domaines et du Timbre.

(2) Cf. Enquête, t. I, p. 211.

(3) Bouchard, membre de l’Académie de médecine, refusait l'égalité des sanctions mais se déclarait prêt à ouvrir l’étude de la médecine aux bacheliers modernes du jour où l’on consentirait à donner à l’enseignement moderne la même dignité qu'à l’enseignement classique : « Comment, déclarait-il, l’enseignement moderne qui rachète son infériorité dans ia connaissance des littératures anciennes par une supériorité réelle dans la possession des langues vivantes et de la culture scientifique, n’a-t-il pas conquis plus complètement la confiance et la faveur des familles ? On l’a organisé de telle sorte qu’il soit inférieur à l’enseignement classique, mais surtout on a réduit son importance, on a limité les privilèges qu'il confère. On a voulu que la concurrence fût impossible. » (Cf. Enquête, t. I, p. 527).

(4) La déposition de Ducrocq, professeur à la Faculté de droit de Paris, était aussi nette : « J’estime personnellement que nos étudiants peuvent aspirer avec succès à la licence et au doctorat en droit, indépendamment de la connaissance de la langue latine. Comment veut-on que tout soit subordonné au point de vue de l’entrée dans nos Facultés à l'étude de la langue latine dans l’enseignement secondaire ? C’est en contradiction avec l’organisation des Facultés de droit dans leur état actuel ». Mais iel n’était point l'avis général des Facultés de droit. (Cf. Enquête, t. I, p. 517, 518).

(5) Poincaré insinua même « que l'influence du droit romain, formaliste et sacramentel, n’a pas toujours été sans danger pour l'esprit francais.. et que si nos Assemblées parlementaires sont aussi byzantines. c’est parce que nous avons des habitudes romaines de concevoir les discussions juridiques. » (Rires, ajoute le procès-verbal). (Cf. Enquête, CII D: 679).

proprement dite du baccalauréat, Poincaré tint à marquer son scepticisme : « Tous les reproches contre le baccalauréat sont fondés, déclara-t-il, malheureusement il n’est pas facile de le remplacer ; et la preuve, c’est que chaque adversaire de ce diplôme apporte son système personnel. L'idéal serait que le baccalauréat ne fût plus qu’un examen de sortie, succédant à une série d’examens de passage ; mais je ne vois aucun moyen d'organiser toute une série d’examens de passage dans les établissements d’enseignement libre » (1).

Partisan, comme Poincaré, de l’égalité des sanctions, Léon Bourgeois, après avoir présenté, avec une grande modération, la défense de l’enseignement moderne, réclama avec une grande vivacité la suppression du baccalauréat. « Un des vices fondamentaux de la situation actuelle, disait-il, est de considérer le baccalauréat comme la clef des carrières : cette idée dénature complètement le caractère de l’épreuve finale de l’enseignement secondaire et par suite le caractère de l’enseignement lui-même. Il devrait être une constatation des études faites, alors qu'il semble actuellement avoir pour but de constater l’aptitude aux études futures. » Certificats d’études, et non d’aptitudes, les diplômes délivrés par l'Etat à la sortie du lycée devaient être, selon lui, la Simple constatation des résultats acquis dans l’enseignement reçu. Léon Bourgeois spécifiait : « Je voudrais que le diplôme d’études secondaires n’ouvrit par lui-même, en aucun cas, une carrière (1) ; ce qui fausse l’enseignement secondaire, c’est ce lien factice entre les études qui doivent être générales et l’entrée dans une carrière qui est la spécial'sation ». Certes, le cadre rigoureux du baccalauréat commande l’enseignement secondaire, détermine ses programmes et oriente déjà les élèves. Mais en supprimant cette clé de voûte, n’était-il pas à craindre que l'édifice entier ne s’écroulât ? Comment empêcher que les certificats prévus ne fussent pas la sanction d’examen de spécialités ? Comment garder aux études un caractère général et désintéressé ? À rompre le lien qui unissait l’enseignement secondaire à l’enseignement supérieur, on pouvait craindre que ne s’évanouît le caractère propre de la transition

(1) C'est aussi, sans demander la suppression du baccalauréat que des humanistes comme Gaston Paris, Victor Bérard, Jean Jaurès Ferdinand Brunot, se firent les défenseurs de l'égalité des sanctions. Notons aussi que, à une question directe de Ribot sur l'octroi immédiat de l'égalité des sanctions, Foncin, inspecteur général de l’enseignement moderne sans hésiter, se déclara partisan de cette mesure. « M. Ribot. — Vous croyez que cet enseignement a fait assez de preuves pour que ce ne soit pas une aventure ? — M. Foncin. — Oui, je dirai même que c’est une question de bonne foi. Vous créez un enseignement que, d’une part, vous déclarez l'équivalent du classique, et d'autre part vous lui retirez tout ce que vous lui accordez, Vous l’'empêchez de conduire jusqu’au droit et à la médecine. Ce n’est pas logique et ce n'est pas juste. » (Cf. Enquête, t. I, P. 343)

(8) CT. Enquête, t. II P. 688. Léon Bourgeois ajoutai (8). quête, D: . L 7e0is ait cepen = principe, les divers certificats d'études sbcontaires Re de Det

STI S Ë > 1e] D C ïù uit Ï

indispensable entre le primaire et le supérieur. La valeur des cri-

tiques de M. Bernès et de ses amis ne paraissait, ici, guère contestable.

Il n’était pas douteux cependant que le travail de la Commission devait logiquement aboutir à une réforme s'inspirant à la fois des principes exposés par Léon Bourgeois et par ceux dont Boutmy S’était fait le protagoniste. Alexandre Ribot, qui présida avec tant de zèle et d’autorité les travaux d’une enquête si largement étendue et fut à lui seul toute la Commission, a dégagé les perspectives de la réforme que tant de témoignages sollicitaient (1). Ces perspectives se coordonnaient en un plan que Ribot eut assez d’ascendant pour faire adopter par une Commission où dominaient des parlementaires appartenant ou apparentés à la droite et au centre de l’Assemblée. Dans son Avant-Propos, Ribot constatait que l'éducation scolaire participait à « l’évolution sociale et économique de l’ancien monde », et que les réformes opérées depuis 1872 dans l’enseignement secondaire n’avaient pas eu la même fortune que celles qui renouvelèrent l’Université et surtout donnèrent tant de succès aux écoles primaires. Le système emprunté par l’Empire au XVIII* siècle avait été conservé dans un monde aux besoins duquel il ne répondait plus entièrement. L’enseignement moderne avait conquis une place importante, mais soulevé de graves oppositions de la part de l’enseignement classique qui se sentait menacé dans ses privilèges. Sur la question du baccalauréat, « barrière qui s'élève à l’entrée de la plupart des fonctions publiques », Ribot reprenait les conclusions de Lavisse et de Boutmy. Il voyait en lui « un des contreforts du décret de Messidor sur les préséances », une sorte de passeport vers un certain rang hiérarchique. « Le baccalauréat n’est plus une garantie des bonnes études, il est devenu une sorte d'institution sociale, un procédé artificiel qui tend à diviser la nation en deux castes, dont l’une peut prétendre à toutes les fonctions publiques et dont l’autre est formée des agriculteurs, des industriels, des commerçants, de tous ceux qui vivent de leur travail et en font vivre le pays ». Il fallait done détruire le nom même de baccalauréat. « Ce mot de baccalauréat traîne avec lui un cortège d’illusions, de préjugés, d’idées fausses. Les mots ont leur puissance. Quand on veut briser une tradition, il n’est pas mauvais de toucher aux signes éxtérieurs qui tendent à la perpétuer. »

Ecartant l’idée de diplômes délivrés par les établissements euxmêmes (2), selon le système du jury intérieur, Ribot adoptait les

(1) Cf. A. Ribot, La Réforme de l’enseignement secondaire, Paris. Colin,

(2) Cf. Id., 7bid, p. 101. « L'enquête approfondie à laquelle la Commission s’est livrée lui a montré que les professeurs de l'Enseignement secondaire sont à peu près d'accord pour refuser le dangereux présent qu’on veut leur faire ».

240 ï LE BACCALAURÉAT

conclusions de Léon Bourgeois mais en critiquant avec plus de force le projet d'institution d’un examen à l’entrée de chaque Faculté. Il craignait que de tels examens n’eussent tendance à trop se spécialiser, alors que « toute éducation libérale suppose un ensemble de connaissances générales » aussi indispensables à ceux qui se destinent aux carrières libérales et aux fonctions publiques qu’à ceux qui ne s’y destinent pas. Par un détour adroit, Ribot résolvait ainsi le problème de l’égalité des sanctions : « Commençons par supprimer tous les modes actuels et par faire disparaître le nom même du baccalauréat. N’ayons plus qu’un seul examen de fin d’études pour les élèves de l’enseignement classique et de l’enseignement moderne. Il portera sur un certain nombre de matières obligatoires et communes à tous les candidats. Mais, tout en gardant cette unité fondamentale, l’examen pourra se diversifier suivant la vocation et les études futures de ceux qui-le subissent. Le diplôme n’ouvrira l’entrée de telle ou telle Faculté qu’autant qu’il portera une mention spéciale. On n’établirait pas a priori une équivalence entre le diplôme du baccalauréat classique et celui du baccalauréat moderne. Ce que beaucoup de gens considèrent comme un saut dans les ténèbres. Mais tous les candidats, sans distinction d’origine, seraient admis à faire preuve d’une culture suffisante pour aborder l’enseignement supérieur. Ce ne serait plus l’égalité théorique des deux diplômes, mais l’équivalence a poste riori d’études faites sous des régimes différents» (4).

L'idée lui paraissait suffisante de délivrer l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur de l’hypothèque du baccalauréat et d'accorder les partisans du classique et du moderne. Mais, à une voix de majorité, l’étude des langues anciennes fut maintenue par la Commission pour l’entrée aux Facultés de droit et de médecine. Ribot n’avait donc pas réussi à séduire les défenseurs iniransigeants de la culture gréco-latine et du baccalauréat classique (2).

(1) Cf. Id., Ibid, p. 105.

400. — Les divers baccalauréats seront rem lacés par un di ù tudes secondaires supérieures qui Sera délivré Lee ne 2e SAR ei

419. — L'examen portera sur un ens iè : Ù emble de matièr les candidats et sur des matières à option. SEE en

449. — Le diplôme mentionnera les matières à l : Û l option n + net aura répondu d’une manière satisfaisante Le les Sn aie entrée lui est ouverte. Les candidats à qui leur diplôme ne donne pas

L'enquête était terminée en 1899 et les conclusions du rapporteur déposées. Deux années se passent avant qu’une solution n’intervienne. Pendant ce temps, le Conseil supérieur de l’Instruction publique eut à connaître le projet ministériel. Au mois de janvier 1902, Georges Leygues, Ministre de l’Instruction publique dans le cabinet Waldeck-Rousseau, adressait à Ribot, président de la Commission, une lettre, rendue publique, sur le projet de réforme qu’il se proposait de déposer, en conclusion de l’enquête, sur le bureau de la Chambre des députés. Non sans peine, l’accord avait été établi. Georges Leygues rendait pleinement hommage, d’une part, aux études classiques qu’il s’offrait à protéger contre toute atteinte et à fortifier comme partie intégrante du patrimoine national, à l’enseignement moderne, d’autre part, qu’il considérait comme indispensable aux nouveaux besoins du pays. Sur l’égalité des sanctions, Georges Leygues affirmait clairement sa pensée : « Entre deux cours d’études désormais égaux et des épreuves équivalentes, dans lesquelles la connaissance du gree et du latin sera remplacée par une connaissance approfondie des sciences et des langues vivantes, je ne vois plus de raison d’établir une inégalité au point de vue des sanctions. Tous les diplômes secondaires doivent conférer les mêmes droits. Il est clair, d’ailleurs, que certaines études resteront interdites à certains bacheliers, en raison même de leur genre d’études secondaires... Ceci admis, une nouvelle conséquence s’impose : tous les diplômes de bacheliers étant équivalents et conférant les mêmes prérogatives, il n’y a plus qu’un baccalauréat unique, un seul diplôme portant, à titre de renseignement, des mentions différentes suivant l’option du candidat ». Ainsi reparaissait le baccalauréat que la Commission avait désiré supprimer.

Dans son rapport complémentaire, publié avec le plan de réforme, Ribot se déclara d’accord avec le Ministre, malgré la résurrection du baccalauréat qu’il croyait avoir définitivement enterré. « ...Un cours d’études de sept années, écrivait-il, couronné par un baccalauréat unique donnant l’accès de toutes les Facultés et de tous les concours publics sans aucun privilège attaché à l’étude de telle ou telle langue, ancienne ou moderne... voilà, certes, une réforme considérable au point de vue social comme au point de vue pédagogique ». On connaît l’économie de cette ré-

accès à telle ou telle Faculté pourront passer un examen complémentaire.

Fo. — Les examens pour l’obtention du diplôme d’études secondaires supérieures seront passées devant un jury composé de professeurs des Facultés des lettres et des sciences, auxquels seront adjoints des professeurs agrégés de l’enseignement secondaire, à condition qu’ils ne forment pas la majorité et qu’ils n'examinent pas leurs propres élèves.

46°. — [Les doyens ou professeurs des Facultés seront chargés par le ministre d'inspecter de temps en temps les établissements publics et libres pour s'assurer du niveau de l’enseignement et de la valeur des livrets scolaires.

forme : les études réparties en deux cycles de telle sorte que l’élève puisse quitter le lycée à la fin du premier, c’es-a-dire après la classe de troisième ; le premier cycle divisé en deux sections : À (latin) et B (français) ; le deuxième, divisé en quatre sections : A. latingrec, B. latin-langues vivantes, C. latin-sciences, D. sciences-lanques vivantes dont les termes étaient les premières mentions de la première partie du baccalauréat, les secondes pouvant être indifféremment : Philosophie ou Mathématiques, suivant la nature des épreuves subies à l'examen de la deuxième partie.

Le 42 février 1902, la discussion du projet s’engagea devant la Chambre des députés dont la législature touchait à sa fin. Comme on examinait le budget de l’Instruction publique, le président annonça que l’ordre du jour appelait la discussion du projet présenté au nom de la Commission d’enquête sur la réforme de l’enseignement. Immédiatement un député demanda que la discussion fût renvoyée et que la Chambre ne se prononçât pas dans un débat hâtif. Brisson appuya cette demande de disjonction en invoquant la nécessité de ne pas retarder le vote du budget et le souci de ne point préjuger des desseins de la législature suivante (1). Mais Viviani fit remarquer que le Ministre pouvait décider seul et que, dans une question intéressant l’éducation nationale, il valait mieux que la Chambre prit ses responsabilités. Ribot estima que le travail de la Commission pouvait affronter la contradiction. Léon Bourgeois vint se féliciter de l’accord établi entre des hommes appartenant aux partis politiques les plus opposés, sur un certain nombre de questions essentielles qui paraissaient devoir être la charte de l’Université. Le Président du Conseil, Waldeck- Rousseau, intervint à son tour pour demander la discussion immédiate.

L’ample débat qui s’institua devant la Chambre les 12, 13 et 44 février fut surtout marqué par l'intervention de René Viviani. Au nom du parti socialiste, Viviani s’éleva, en un discours d’une haute tenue littéraire, contre l'esprit mesquin de ceux qui, pouvant profiter des humanités gréco-latines seules susceptibles par l’ampleur du mouvement de la pensée antique de préparer l'intelligence humaine à la révélation de la beauté, de l’utihté, de la vérité, selon le rôle de l’enseignement secondaire, préféraient un baccalauréat au rabais. Georges Leygues répondit aux diverses critiques par un éloge du travail accompli par la Commission parlementaire, puis reprenant les termes de la lettre qu'il avait adressée à Ribot, il s’expliqua sur le sens et la portée de son projet qui substituait à deux enseignements et à deux baccalauréats rivaux un seul baccalauréat et un enseignement unique, l’enseignement secondaire. Un vote à mains levées approuva les déclarations du Ministre et son projet de réforme.

(1) I s'agissait de l’abrogation de la loi Falloux d i étai partisan et que la Chambre d'alors ne voulait pas. Re nd

Tel quel, ce vote, peut-être inattendu, laissait les mains libres au Ministre que les circonstances pressaient d’aboutir rapidement. En effet, de nombreuses oppositions se déclaraient. Au Sénat, la majorité de la Commission de l’enseignement demeurait hostile à l’égalité des sanctions. Une demande écrite d’interpellation que lui adressait Denoix rappelait à Georges Leygues cette hostilité. D'autre part, du 15 au 20 mai siégeait le Conseil supérieur de l’Instruction publique qui devait étudier les projets de décrets et d’arrêtés soumis à cette dernière instance. Georges Leygues, pour empêcher le Conseil de mettre obstacle à la réforme ne fit porter la consultation que sur les modalités d’application. Il estimait que le droit d’avis du Conseil était épuisé par les consultations de 1900 et de 1901. Les décrets et arrêtés signés par le Président- de la République le 31 mai 1902, parurent le 2 juin au Journal Officiel, alors que le cabinet Waldeck-Rousseau était démissionnaire. Une très ferme protestation s'était produite, au Conseil supérieur, de la part des deux représentants des professeurs des lycées, MM. Bernès et Clairin, protestation que le Ministre se refusa d'admettre au procès-verbal (1). Il n’était plus temps d’arrêter la réforme. Au Sénat, le débat ajourné par les élections législatives et la constitution du nouveau ministère ne put venir que le 8 juillet, sur l’interpellation de Denoix. Le cabinet Combes avait remplacé celui de Waldeck-Rousseau et Chaumié était devenu Ministre de l’Instruction publique. Ce fut par un terne discours que Denoix développa son interpellation, rappelant l’inconvenance dont Georges Leygues s'était rendu coupable envers le Sénat en publiant ses décrets avant d’avoir permis aux sénateurs d'exprimer leur avis. Mais, au fond, il acceptait la réforme. Un autre sénateur, Joseph Fabre, protesta également contre « le sans-gêne » dont avait usé « le précédent Ministre de l’Instruction publique ». Tout en estimant que les universitaires, ceux-là même qui étaient « les plus mécontents », avaient le devoir de tout faire pour que « les réformes engagées aboutissent pour le plus grand bien du pays », comme aucun des décrets du 31 mai n’affirmait explicitement l’égalité des sanctions, Joseph Fabre, appuyé par Wallon,

(1) La Revue de l'Enseignement secondaire la publia dans son numéro de juin 1902. « Après la déclaration maintes fois répétée qu'il y avait lieu de fortifier les études classiques et les humanités, déclaraient les protestataires, les propositions votées par le Conseil supérieur ont pour conséquence :

« 10 Un nouvel affaiblissement des études latines;

« 20 La mutilation à peu près certaine des études grecques.

« En outre, il devient impossible aux jeunes gens qui voudront faire leurs humanités d'ajouter à une éducation littéraire complète, des études scientifiques sérieuses. C’est la destruction de l’ancien enseignement secondaire français. qui avait toujours été regardé comme la formation complète et méthodique de toutes les facultés de l'esprit. Les représentants des agrégés des lettres et des agrégés de grammaire croient qu'il est de leur devoir de signaler ces conséquences et d’en laisser la responsa- Dilité aux auteurs et aux défenseurs du plan d'études projeté. — Henri Bernès, P. Clairin. »

demanda au Sénat de repousser cette « funeste » égalité. Chaumié n’eut pas de peine à convaicre les sénateurs que l’œuvre de son prédécesseur méritait leur approbation. Par 212 voix contre 51, le Sénat, approuvant les déclarations du Ministre, adopta les conclusions de la Commission d’enquête parlementaire et le vote de la Chambre des députés « tendant au maintien de l’enseignement classique et au développement de l’enseignement moderne ». Chaumié avait ainsi, grâce au vote d’une si vague motion, les mains aussi libres que les avait eues Georges Leygues après le vote des députés. Les circulaires relatives à l’application des décrets et arrêtés du 31 mai 1902, dont la publication avait été retardée par déférence envers le Sénat, furent aussitôt envoyées aux recteurs (1) et un décret pris le 22 juillet, prescrivait que le baccalauréat de l’enseignement secondaire institué par le décret du 31 mai 1902 était admis, quelle que fût la mention inscrite sur le diplôme, pour l’inscription dans les Facultés et Ecoles d’enseignement supérieur en vue des grades ou titres conférés par l'Etat (2).

En ce qui concerne la procédure de l’examen, la réforme de 1902 est caractérisée par les mesures suivantes :

1° Les sessions d'examens sont au nombre de deux : Fune à la fin, l’autre au commencement de l’année scolaire (3). Les dates d'ouverture des registres d'inscription et les dates des sessions sont fixées par arrêté ministériel (4).

2° Les inscriptions sont reçues : au secrétariat de la Faculté des lettres pour les mentions latin-grec, latin- langues vivantes. latin-sciences de la première partie, et pour la mention lettresphilosophie de la deuxième partie ; au secrétariat de la Faculté des sciences pour la mention sciences-langues vivantes de la première partie et pour la mention mathématiques de la deuxième partie (5). L'inscription comporte le dépôt d’un acte de naissance et d’une demande établis sur papier timbré et légalisés. La demande doit être accompagnée de l'autorisation du père ou du tuteur, si le candidat est mineur. En outre, le dossier doit comprendre le livret scolaire et une note indiquant la série d'épreuves que le candidat demande à subir (6). Le candidat doit avoir seize ans accomplis pour être autorisé à se présenter. Des dispenses d'âge peuvent être accordées par le Ministre. Ces dispenses ne

(1) Elles portent la date du 19 juillet 1902.

(2) Cf. Décret du 8 juillet 1902, art. 1er.

(3) La session de mars-avril est supprimée. La dernière eut li : eu en mars 1903, et seule la loi de 1913 portant à trois ans la durée du Sete

Militaire, puis la guerre en ressusciteront e l i en mars 1914, 1915, 1917 et 1918. PR ae En

(4) Cf. Arrêté du 31 mai 1902, art. der (5) Cf. Ibid, art. 8.

(6) Cf: Ibid, “art. .2.

LE BACCALAURÉAT DE 1902 A Nos JOURS 245

peuvent porter sur une période de plus d’une année (H}=L'inscription n’est valable qu'après consignation des droits à acquitter (2). Les sommes à consigner s’élèvent à 45 francs pour la première partie, à 85 francs pour la deuxième partie. En cas d’ajournement à la première partie, il est remboursé 10 francs et en cas d’ajournement à la deuxième partie, 50 francs (3). Tout candidat régulièrement inscrit doit être examiné dans la session pour laquelle il s’est fait inscrire (4). Nul ne peut se présenter aux épreuves de la seconde partie qu’un an après avoir subi avec succès celles de la première. L’intervalle compris entre la session d'octobre et la session de juillet de l’année suivante est compté pour un an. Aucune dispense ne peut être accordée (5). Enfin, le candidat ajourné en juillet ne peut se représenter au cours de la même session (6).

3° La production du livret scolaire est facultative comme sous le régime de .1890 (7). Mais, lorsqu'un candidat en a présenté un, il ne peut être ajourné soit après les épreuves écrites, soit après les épreuves orales, sans que le jury ait examiné son livret et ait délibéré. Mention de cet examen et de cette délibération doit être faite, sous la signature du président du jury, sur le livret et sur la feuille d’examen (8).

4° Les candidats peuvent, soit à la première partie, soit à la seconde partie, s'inscrire à la fois pour plusieurs séries et subir, dans une même session, l’examen pour ces différentes séries, mais les épreuves écrites ou orales qui, dans les différentes séries, portent sur les mêmes matières et les mêmes programmes, ne peuvent être subies qu’une seule fois au cours d’une même session (9).

»° Les jurys d'examens sont composés de membres de la Faculté des lettres et de la Faculté des sciences, de professeurs en exercice ou honoraires de l’enseignement secondaire public, agrégés ou docteurs, désignés par le Ministre de l’Instruction publique (10). La présidence appartient au doyen ou, à son défaut, au membre de l’enseignement supérieur le plus ancien. Dans le cas où le jury est formé d’un nombre pair de membres, la voix du président est

(1) Cf. Décret du 15 décembre 1902, art. 1er.

(2) Cf. Arrêté du 31 mai 1902, art. 5.

(3) Cf. Décret du 15 décembre 1902, et Circulaire du 18 décembre 1902. Cf. Arrêté du 31 mai 1902, art. 4.

Cf. Décret du 31 mai 1908, art. 16.

Cf Ibid, "art. 22:

(RCGENIDId arte);

(8) Cf. Ibid, art. 10, et Circulaire du 10 décembre 1903.

(9) Cf. Arrêté du 1 novembre 1904 et Circulaire du 30 novembre 1904. (

) 10) Cf. Décret du 31 mai 1902, art. 8.

prépondérante (1). Les jurys comprennent : Latin-Grec : 6 examinateurs, dont 3 membres de l’enseignement supérieur et 3 membres de l’enseignement secondaire ; Latin-Langues vivantes : 5 examinateurs, dont 2 membres de l’enseignement supérieur et 3 membres de l’enseignement secondaire ; Latin-Sciences : 6 examinateurs, dont 3 membres de l’enseignement supérieur et 3 membres de l’enseignement secondaire ; Sciences-Langues vivantes : 5 examinateurs, dont 2 membres de l’enseignement supérieur et 3 membres de l’enseignement secondaire ; Philosophie : 4 examinateurs, dont 2 membres de l’enseignement supérieur et 2 membres de l’enseignement secondaire ; Mathématiques : k examinateurs, dont 2 membres de l’enseignement supérieur et 2 membres de l’enseignement secondaire (2). Les professeurs en exercice de l’enseignement secondaire, siégeant dans les jurys, ne peuvent examiner les élèves de l’établissement auquel ils appartiennent (3). Il peut être adjoint au jury des examinateurs spéciaux pour les langues vivantes (4). La rénumération des professeurs en exercice ou honoraires de l’enseignement secondaire publie, appelés à faire partie des jurys, est fixée ainsi qu’il suit : correction d’une épreuve écrite pour une série de 30 candidats : 30 francs ; présence à l’épreuve orale pour une série de 30 candidats : 30 francs. Lorsque le nombre des candidats dépasse 30 ou un multiple de 30 la rénumération est de 1 franc pour chaque correction d’une épreuve écrite et pour chaque interrogation aux épreuves orales. Une indemnité de 10 francs par jour et le remboursement des frais de voyage sont prévus pour les examinateurs qui ne résident pas au siège de l’Université (5).

6° Les épreuves écrites ont lieu, au choix des Facultés, soit en une série unique, soit en séries simultanées, soit en séries successives (6). ‘Les textes et sujets de composition sont choisis par le doyen de la Faculté des lettres pour les compositions littéraires, par le doyen de la Faculté des sciences pour les Compositions scientifiques. Dans certains cas, s’il le juge convenable, le Ministre peut envoyer ces textes et sujets (7). Il est recommandé aux doyens, pour arrêter plus sûrement leur choix, de demander aux professeurs de l’enseignement supérieur et à ceux de l’enseignement secondaire, appelés à faire partie des Jurys, de leur présenter des sujets (8). Pour les épreuves écrites, sauf pour la ver- Sion latine, la version grecque et l'épreuve de langue vivante, il

1) Cf. Arrêté du 31 mai 1902, art. 14.

) Cf. Arrêté du 31 mai 1002, art. 13.

) Cf. Décret du 31 mai 1902, art. 4.

) Cf. Arrêté du 31 mai 1902, art. 13.

) Cf. Arrêlé du 23 décembre 1902.

) Cf. Arrêté du 31 mai 1902, art. 6.

) Cf. Décret du 31 mai 1902, art. 13, et Arrêté du 31 mai 1902, art. 7. ) Cf. Circulaire du 10 mars 1904.

LE BACCALAURÉAT DE 1902 A Nos Jours 247

est donné trois sujets entre lesquels les candidats ont le droit de choisir. Ces sujets doivent être pris tous les trois dans la même partie de la philosophie ou dans la même branche des mathématiques ou de la physique (1). Lorsque tous les candidats composent ensemble, le même texte de version latine doit leur être proposé. Lorsqu'on ne peut assurer trois séries parallèles d'examen, l’épreuve doit être de la même force dans les trois séries A, Bet C. La version grecque doit porter sur un texte facile d’où ‘sont exclues toutes les difficultés dialectales capables d’embarrasser les candidats. Pour la composition française, il est prescrit de donner une matière suffisamment explicite afin d'éviter aux candidats toute erreur d'interprétation du sujet qu’ils ont à traiter. Le même sujet doit être donné aux candidats appartenant aux séries À, B et C lorsqu'ils composent en même temps ; ce su Jet peut également être proposé aux candidats de la série D, mais rien n'empêche de leur proposer un sujet différent (2). L'analyse de tout ou partie d’un des textes portés au. programme de l’examen, une question d'histoire ou de géographie ne peuvent constituer un sujet de composition. Il est prescrit d’exclure de l’examen écrit les sujets impliquant une étude spéciale et une connaissance présente de l’un quelconque des textes indiqués pour les classes supérieures (3). La composition de mathématiques et de physique aux épreuves de la première partie, série D, comprend trois questions de cours de mathématiques et un problème de mathématiques, trois questions de cours de physique et un problème de physique. Il est interdit de donner aucun sujet de chimie. Par contre aux épreuves de la deuxième partie, série mathématiques, les trois questions de cours et le problème peuvent porter indifféremment sur la chimie ou la physique (4). Pour l'examen oral de grec et de latin, l'épreuve consiste essentiellement dans une explication d’un passage de moyenne difficulté. Cette explication doit être improvisée, l'élève étant en droit de n’avoir pas fait une étude spéciale du texte qui lui est proposé et de ne pas posséder une connaissance de ce texte (5). L’explication d’un texte de langue vivante consiste dans une traduction en français faite d’après les indications de la circulaire du 1° juin 1891. Le texte à expliquer doit être pris dans l’un des auteurs dont les ouvrages figurent au programme des classes de seconde et de première (6). L'épreuve de langue complémentaire (série B et série D) comprend seulement le résumé d’un

(1) Cf. Instructions du 25 juin 1904 Ces prescriptions figuraient déjà dans la circulaire du 1 juin 1891.

(2) Cf. Circulaire du 10 mars 1904.

(3) Cf. Décret du 31 mai 1902, art. 12, qui reprend les prescriptions de la circulaire du 1er juin 1891 et de la circulaire du 28 août 1896.

(4) Cf. Circulaire du 10 mars 1904.

(5) Cf. Instructions du 25 juin 1904 et circulaire du 28 août 1896. (6) Cf. Circulaire du 10 mars 1904.

texte facile tiré d’un auteur contemporain ou d’une publication périodique (1).

7° La durée des épreuves écrites de la 1" partie est de 3 heures pour la composition française, la version latine, la version grecque, la composition en langue vivante et de 4 heures pour la composition de mathématiques et de physique. Elle est de 4 heures pour la dissertation philosophique et de 2 heures pour la composition scientifique, aux épreuves écrites de la deuxième partie, série Philosophie ; de 3 heures pour la composition de mathématiques, la composition de sciences physiques, la dissertation philosophique, aux épreuves écrites de la deuxième partie, série Mathématiques (2). La valeur de chaque épreuve est exprimée par une note variant de 0 à 20. Les coefficients attribués aux différentes épreuves, tant écrites qu'’orales, déterminent l’importance attachée à chaque discipline dans l’ensemble de l’examen. Aucun ajournement ne peut être prononcé qu’en vertu d'une délibération du Jury réuni à cet effet (3).

8° Les copies des candidats admis à la deuxième partie sont transmises au Ministre avec les certificats d'aptitude et avec les copies de la première partie (4). Il est interdit aux candidats d'apporter aucun papier, aucun cahier, aucun livre, autre que les dictionnaires autorisés et de faire usage d’autres feuilles de papier que celles qui leur sont remises par la Faculté (5). Tout examen entaché de fraude ou de tentative de fraude doit être déclaré nul (6). Les candidats au baccalauréat de l’enseignement secondaire relèvent de la juridiction du Conseil de l’Université pour toute fraude commise au cours ou à l’occasion de l’examen (7).

Hormis la protestation de MM. Bernès et Clairin, la nouvelle organisation des études et du baccalauréat ne provoqua point, de prime abord, de vives récriminations. Elle apparaissait comme un progrès vers la libre concurrence des enseignements et des diplômes et elle donnait aux parents la faculté de choisir entre les études diverses. Ceux-ci toutefois restaient perplexes dans l’usage à faire d’une liberté, inconnue jusqu'alors. Il leur fallait émettre une préférence, calculer un avenir, s'orienter dans un système nouveau, prendre parti à une heure où l’on préférerait attendre des indices plus précis. Certains, comme Gustave Belot, représentant des professeurs de philosophie au Conseil supérieur, qui avaient combattu pour la suppression du privilège des études

) Cf. Circulaire du 22 juin 1904.

) Cf. Arrêté du 31 mai 1902, art. 10.

3) Cf. Décret du 31 mai 1902, art. 8.

4) Cf. Arrêté du 31 mai 1902, art. 16.

5) Cf. Ibid, art. 9,

6) Cf. Ibid, art. 15.

7) Cf. Instructions du 25 juin 1904 et Décret du 81 juillet 1897, art. 38.

gréco-latines, s’effrayaient que l’équivalence des diplômes de bachelier eût donné la possibilité d’aborder les études de droit et de médecine sans culture philosophique. Certes, le baccalauréat de philosophie ne comportait plus d’épreuve de langues anciennes à l’oral et la classe de philosophie s’ouvrait largement à ceux qui désiraient y entrer. Mais la classe de philosophie était plutôt subie par les familles qui lui reprochaient son défaut d’objectivité scientifique, comme d’autres son indépendance d’esprit. Ainsi le baccalauréat de philosophie n’était plus en concurrence avec le baccalauréat de mathématiques (1).

Mais ce qui rendait très séduisante la réforme de 1902, c’est qu’elle établissait à la fois l’équivalence des baccalauréats et l’égalité, dans leur durée, des études dont ils étaient la sanction (2). Elle admettait que les mentions très différentes inscrites sur le diplôme de bachelier garantissaient une même culture générale acquise après un même nombre d’années d'efforts. D’ailleurs, les quatre mentions paraissaient devoir se ramener, dans la pratique, à deux. Le baccalauréat latin-sciences, qui devait, quelques années plus tard, attirer les candidats les plus intelligents et les plus laborieux, prenait figure de revenant. Beaucoup de professeurs ne voyaient en lui qu’un second « produit de la bifurcation Fortoul » qui s'était partagé, avec la loi Falloux, les rancœurs de l’Université (3). L’ancien baccalauréat ès sciences, faisaient-ils remarquer, ne s’était imposé que parce qu’on l'avait rendu obligatoire pour l’admission aux grandes écoles scientifiques : les candidats, poussés par la nécessité bien plus que par l’attrait des langues anciennes, se résignaient au minimum de latin qu’il comportait. Mais à quoi bon maintenant ce léger vernis cle latin, puisque les mêmes prérogatives étaient attachées à toutes les mentions du baccalauréat et à toutes les options d’études ? Le baccalauréat latin-langues vivantes, qui ne répondait à la nécessité ni d’une culture littéraire, ni d’une culture scientifique, ne paraissait pas appelé à jouir d’une grande faveur (4). Quant au baccalauréat latin-grec, on était d’accord pour reconnaître qu'il ne retiendrait que la partie la plus fidèle

(1) Cf. Gustave Belot, La nouvelle situation des classes de philosophie, in Revue Universitaire, 1902, t. II, p. 351.

(2) Les meilleurs exposés des caractéristiques de la réforme de 1902 furent sans contredit le discours prononcé, le 26 novembre 1902, par le vice-recteur de l’Académie de Paris, à l’ouverture du Conseil académique, et le livre dans lequel Georges Leygues la présenta au public, sous le titre bien significatif : L'Ecole et la Vie, Paris, Calmann, sans date. — De nos jours, M. F. Vial en a fait un brillant exposé dans Trois siècles d’histoire de l’enseignement secondaire, Paris, Delagrave, 1936, p. 245 à 256.

(3) Cf. Revue Universitaire, t. II, 1902, p. 94 et p. 514.

(4) En quoi on avait tort, car cette option, qui fut la verrue de la réforme de 1902, attira ious ceux qui n'étaient doués ni pour les études littéraires. ni pour les études scientifiques, c’est-à-dire les élèves qui, pour la plupart n'avaient pas les qualités intellectuelles requises pour recevoir .avec profit la culture secondaire.

de la clientèle classique. On croyait donc généralement, dans l’Université, que les trois premières options se ramèneraient assez vite à une seule et que celle-ci, avec le type moderne du baccalauréat sciences-langues vivantes, pourvu des mêmes sanctions, aurait des chances sérieuses de vitalité.

C'était à la session de juillet 1904, pour la première partie, et à celle de juillet 4905, pour la seconde, que les programmes de 1902, conformément aux dispositions de l’arrêté du 28 juillet 1902, devenaient applicables aux épreuves du baccalauréat (1). En mai 1904 eurent lieu, pour la première fois, après la réforme, les élections au Conseil supérieur de l’Instruction publique. Elles furent l’occasion de circulaires qui nous renseignent assez bien sur l’état d’esprit des professeurs. Belot, Bernès et Clairin reprirent les critiques que nous avons signalées. Ils furent réélus. Le candidat des professeurs d'histoire et de géographie, M. Gallouëdec, joignit ses plaintes à celles des candidats de philosophes, des littéraires et des grammairiens. Acceptant les mesures destinées à donner plus de souplesse pédagogique aux anciens cadres, M. Gallouëdec s’étonnait que l’enseignement de la géographie n’eût obtenu qu’une place insignifiante dans les programmes des épreuves orales de la deuxième partie du baccalauréat et surtout qu’on n’eût pas prévu pour cet examen terminal une révision des principaux pays du globe (2). Aux critiques de leurs représentants au Conseil supérieur les professeurs des classes préparatoires au baccalauréat ajoutaient celles que soulevaient les modalités d'application des programmes des classes de Première aux épreuves de la première partie de l’examen. Pour plusieurs disciplines, certaines parties figuraient dans les programmes avec la mention : « révision ». Les questions qui faisaient l’objet d'une simple révision, pouvaientelles figurer parmi celles qu'on devait, à l'écrit ou à l'oral, poser aux Candidats ? Une instruction ministérielle apporta aussitôt les précisions nécessaires (3).

Mais, ni ces précisions, ni même la bonne volonté de l’Administration centrale qui s’efforçait de donner de la souplesse à .l’enseignement et aux examens en les pliant aux inelinations diverses des esprits et à laquelle on se plaisait à rendre hommage, n'étaient un bouclier suffisant pour mettre la réforme de 1902 à l'abri du

(1) Cf. Arrêté du 28 juillet 1902, art. 1er.

() Cette lacune fut comblée après une pétition de 209 professeurs d’histoire enseignant la géographie dans les classes de philosophie et de Sn ee publiée dans les Annales de Géographie, n° 75. du 15 mai

. (3) Cf. Circulaire au 18 février 1905 : « Les récentes modifications apporees au régime du baccalauréat ayant eu pour objet essentiel d'assurer J’exacte coordination de l’enseignement de la classe avec l'examen, je ne saurais (rop insister pour que les doyens auxquels appartient le choix des sujets de composition, ainsi que les examinateurs chargés d'interroger les candidats aux diverses séries du baccalauréat se renferment strictement dans les limites que leur tracent les programmes. »

sort que nous avons vu être celui de toutes les réformes apportées au régime du baccalauréat depuis son institution. Vives attaques, critiques amères, objections techniques, réserves chicanières, les fées de France, respectueuses de la tradition, ne pouvaient guère mettre autre chose dans son berceau. Remarquons cependant que, celte fois, l'opinion publique se passionne beaucoup moins pour cet éternel débat. C’est surtout dans le corps enseignant et apparemment pour des raisons pédagogiques, qu’on attaque, qu’on critique, qu’on objecte, qu’on se tient sur une hostile réserve. Aussi voyonsnous, dès le mois d’octobre 1906, la Revue Universitaire ouvrir une consultation sur le nouveau régime du baccalauréat envisagé uniquement au point de vue de l’intérêt des études (1).

Sur 1.600 opinions, individuelles ou collectives, que suscita cette enquête, aussi bien dans l’enseignement supérieur que dans l’enseignement secondaire et dans les établissements publics que dans les établissements privés, 1.400 se prononcèrent pour le maintien du baccalauréat. Une constatation s’était imposée à la majorité des répondants : il n’y avait pas deux ans que la réforme était en vigueur et les premiers résultats ne semblaient pas décourageants. N’avait-on pas assez reproché, en forçant au besoin les chiffres, à l’ancien régime d’avoir rendu l’accès au baccalauréat trop difficile ? En 1900, la session de juillet, d’après les statistiques officielles, avait accueilli 37 % des candidats à la première partie, et celle de novembre 42 %. En 1904, le pourcentage des admis aux épreuves de la première partie était passé à 45 en juillet et à 46 en novembre. L’aléa avait diminué au profit des élèves qui avoisinaient la moyenne. Ce résultat était dû, selon M. Daniel Mornet, à l'introduction, dans les jurys, des professeurs de lycées, qui, « en contact constant avec leurs élèves, obligés de les mesurer et de comparer, savent interpréter le bon et le mauvais des maigres, lentes ou verbeuses copies qui défilent sous leurs yeux » (2).

(D La direction de cette consultation avait été confiée à M. Paul Crouzet, alors professeur au collège Rollin. Cf. sa brochure Pour et contre Le Baccalauréat (Compte rendu et conclusions de l'enquête de la Revue Universitaire), Paris, Colin, 1907, 95 pages. — Voici le questionnaire de l'enquête : « 1° Le régime du baccalauréat donne-t-il de meilleurs résultats que l’ancien ? — 20 A ce nouveau régime, des modifications seraientelles nécessaires ? et lesquelles ? — 3° Si des modifications ne suffisent pas, faut-il supprimer le baccalauréat ? le remplacer par quelque chose ? et par quoi? — 40 Comment un régime, où le baccalauréat serait supprimé, pourrait-il s'appliquer à l’enseignement libre ou privé ? »

(2) Cf. Paul Crouzet, Pour ou contre le Baccalauréat, p. 14 — Mais tel n’était pas l’avis des principaux et des professeurs de collège. L’introduction des professeurs de lycée dans les jurys d’où ils restaient euxmêmes exclus leur semblait créer une sorte de vassalité du collège vis-àvis du lycée (cf. Ibid, p. 14). Quant aux établissements libres dont la iongue campagne de suspicion et de dénigrement avait réussi, en 1840, à faire écarter des jurys les proviseurs et les censeurs de lycée, puis, en 1847, les professeurs, ce retour en arrière ne pouvait pas leur apparaitre comme une mesure heureuse. On retrouve, sous la plume de leurs représentants, les griefs du comte de Montalembert, dépouillés cette fois de toute passion politique apparente, mais enrobés d’une mauvaise sauce pédagogique (cf. Ibid. p. 13).

De très nombreuses réponses reprenaient cependant les critiques qui avaient jusqu'alors jalonné l’histoire tourmentée du baccalauréat, à tel point qu’on est tenté de se demander si ceux qui les servaient, avec plus ou moins de talent ou d'humour, comme des nouveautés, faute d’avoir étudié ou compris le sens et la portée de la réforme de 1902, ne poursuivaient pas l’ancien baccalauréat dans le nouveau, sur la foi de souvenirs plus ou moins lointains. A la rigueur, quelques-unes des innombrables flèches dont le vieux carquois s’était enrichi au cours d’un siècle de polémique passionnée, quoiqu’élles fussent un peu émoussées, pouvaient encore toucher juste, si elles visaient moins le nouveau régime de l’examen que ceux qui étaient chargés de l’appliquer et qui, esclaves d’une longue tradition, mettaient du temps à s’y adapter. C’est ainsi qu’on pouvait, avec raison, se plaindre qu’à l’écrit comme à l’oral les épreuves fussent propres à constater la mémoire des candidats plutôt que leur intelligence et leur personnalité naissante, leur technique de l’examen qui, dans l’argot universitaire, avait pris depuis longtemps le nom de bachotage, plutôt que leurs connaissances essentielles et générales et leur art d’écrire, de composer et de parler, qu’il y eût trop d’inégalités dans l’appréciation des compositions et des livrets scolaires et pas assez d’harmonie dans la manière d'interroger et dans la façon de noter, que fussent insuffisantes les précautions contre la fraude et contre l’abus des recommandations (1). Entre l’esprit de l’examen et l’esprit de l’enseignement paraissait donc vouloir se perpétuer, sinon un état de divorce irrémédiable, du moins la situation toujours fâcheuse d’un mauvais ménage où l’on persiste à faire tout ce qu’il faut pour ne pas s’entendre.

En fait, l’inéquation était entre le professeur de l’élève et l’examinateur du candidat. Elle n’était pas entre le programme officiel de l’examen et le programme officiel de la classe. Les défauts qu’on signalait tenaient plus des hommes que du régime. On devait les faire disparaître. On pouvait, tout au moins, en atténuer les déplorables conséquences, dans l'intérêt des études et de l’examen luimême. Mais ils n'étaient pas tels que la suppression du baccalauréat s’en imposât, comme le prétendaient MM. Appell, Cazamian

(1) Cf. Id., Ibid, p. 58. Appell se demande si ce n’est pas « fausser gravement le sens moral de l'enfant que de lui présenter comme le but le succès à l'examen, et non l'étude régulière et patiente sous la direction de ses maîtres. Ce culte du succès est l'origine de fraudes qui sont surprises de temps en temps ». Et Lavisse renchérit : « L'examen demeure hasardeux, malgré toutes les réformes faites. Le succès peut être compromis par un mal de tête, par la nervosité, par la timidité du candidat par les erreurs où par les manies du juge, par la rapidité inévitable, mais étourdissante de l'épreuve. Contre ce hasard toutes les précautions sont prises. La précaution de la fraude est Scandaleusement employée. La pré- Caution de la recommandation aussi. L'opinion est répandue parmi les collégiens que le « piston » fait merveille à la Sorbonne. C’est les préparer un peu tôt à l'acceptation des mœurs pratiquées par les parlementaires

el par les ministres, et qui sont e l i Re q n train de dégoûter les Français du

Demangeon (?), Desdevises du Dezert, Dottin, Dulac, Ch. Dupuy, Fournier, Gebhart, Huguet, Lanson, Lavisse, Bougier, Chaix, Corrot, Gache, Parigot, Sarthou, Sigwwalt, Pignolet, Roland, Sebert, etc. (1). « Le baccalauréat, avec toutes ses imperfections, déclarait Emile Faguet, est un niveau. Lui disparaissant, tout niveau disparaît » (2). Et Boutroux ajoutait: « S’il est ce qu’il peut et doit être, le baccalauréat n’est nullement méprisable » (3).

Les projets que les adversaires du baccalauréat proposaient de lui substituer s’en tenaient, sauf celui de Paul Adam (4), aux trois systèmes qui avaient été écartés par la Commission parlementaire de 1899 : le système du livret scolaire précisé et annoté, — le système du diplôme, résultant automatiquement des notes de la scolarité, — le système de l’examen intérieur. Les uns combinaient ces divers systèmes, les autres les isolaient, mais leur caractère commun était de creuser un fossé entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, en remettant entre les mains des professeurs des lycées et des collèges le soin de délivrer eux-mêmes la sanction des études secondaires, de la même façon qu’on l’avait, de tout temps, laissé aux maîtres de l’enseignement primaire. C’est ce qui incitait M. Demangeon, partisan, de la suppression du baccalauréat, à faire des réserves qui, au fond, en exigeaient le maintien (5). M. Crouzet, reprenant l’argument sur lequel Jaurès avait particulièrement insisté devant la Commission parlementaire et dont Ribot avait souligné l’importance dans son rapport, faisait observer combien cette mesure rencontrerait de légitimes résistances. « Séparer encore le secondaire et le supérieur, disait-il, semble tout à fait contraire au principe, qui eut tant de fortune en ces derniers temps et qui reste le principe de l’avenir, au fameux principe de l’union des trois ordres, — mais c’est surtout contraire au rôle pédagogique des facultés, rôle spécialement développé par la réforme de 1902. Voilà des professeurs qui ont, de plus en plus, part à la formation des maîtres secondaires, et qui, désormais, pourraient ignorer l’enseignement secondaire lui-même. N°’y a-t-il pas là une filagrante contradiction ? On a parlé beaucoup du rôle scientifique des facultés

(1) Cf. Id., Ibid, p. 48 et suiv.

(2) Cf Id, 1bid, p. 69:

(3) Cf. Id., Ibid, p. 47.

(4) Cf. Id., Ibid., p. 72. M. Paul Adam proposait, pour obvier aux inégalités forcées des diplômes de fin d’études, de faire composer-tous les élèves le même jour, à la même heure, sur les mêmes sujets qui seraient ensuite corrigés à Paris par des examinateurs compétents.

(5) Cf. Id., Ibid., p. 59. « Supprimer tout examen. c’est détruire le pont maintenu entre l’enseignement supérieur et l'enseignement secondaire : il y a intérêt à ce qu'on se rencontre, à ce que les professeurs d’enseignement supérieur qui n’ont jamais enseigné au lycée, apprennent à connaître les élèves des lycées, pour mieux savoir les interroger, et surtout à ce que les professeurs de l’enseignement secondaire rencontrent parfois leurs collègues de l'Université afin de connaître les tendances nouvelles de leur science... I1 y a là pour des gens spécialisés, comme nous le sommes, un rôle de « régulateur à jouer ».

comme les écartant du baccalauréat; mais leur rôle pédagogique, dont on parle peu, les y ramène » (1).

Cependant, peu après l’ouverture de cette enquête d’où se dégageait l’opinion générale que ce qui paraissait s'imposer, après les grands Changements de 1902, c'était une mise au point, plûtôt qu'un nouveau bouleversement, Aristide Briand, Ministre de l’Instruction publique, déposait, le 29 novembre 1906, un projet de suppression du baccalauréat, à propos d’une nouvelle demande d’abrogation de la loi Falloux. Un diplôme de fin d’études secondaires accordé selon la moyenne des notes obtenues par l’élève pendant le cours complet de ses études, tel était, en substance, le mode de sanction proposé par Briand, pour les lycées et les collèges. Pour l’enseignement libre et pour les candidats préparés par des professeurs particuliers, l’examen et le jury d’examen étaient maintenus. Ce projet ranima les polémiques de presse qui, depuis 1902, couvaient sous la cendre. Les grands quotidiens s’ornèrent d’entêtes sensationnels : Mort au Bachot — Guerre au Bachot — Déchéance du Bachot (2). Mais, dans les milieux universitaires, il provoqua une réaction inverse et contribua à augmenter le nombre des « baccalauréistes ne comme les appelait Emile Faguet, qui profitèrent de l'enquête de la Revue Universitaire pour répondre par ce Cri énergique que lançaient les professeurs de Boulogne-sur-Mer : « Le Bachot doit vivre ! » (3). M. Paul Crouzet pouvait écrire : « Connaissez-vous en France une institution plus impopulaire que le baccalauréat ? Je ne connais guère que l'octroi ou la régie — et encore ! De qui attendre une appréciation bienveillante ? Des examinateurs de faculté ? Mais il a « dévoré une large part de leur vie » (M. Gebhart). Des professeurs de lycée ou de collège ? Mais ils lui ont vu commettre trop d’injustices. Des anciens candidats ? Mais ils lui doivent les uns trop d'obstinés déboires, les autres trop de fas-

(DÉCPAId AT TAED Me dépouillement de l'enquête faisait aboutir M. Crouzet aux conclusions suivantes : 1° Un examen éliminatoire à la fin de la % devrait empêcher les mauvais élèves de passer dans le 2 cycle, proposition que Couyba, nous l'avons VU, avait faite à la Commission parlementaire en 1899 et qu'il venait de reprendre comme rapporteur du budget de l’Instruction publique ; 20 Les élèves éliminés de l’enseignement secondaire à 4 ans devraient trouver, dans un enseignement professionnel plus développé, une voie parallèle au baccalauréat leur permettant d'entrer plus tôt el plus utilement dans la vie active : 3° Les non-valeurs éliminées de l’enseignement Secondaire devraient être remplacées dans le second cycle par 1eS meïlleurs élèves des écoles primaires Supérieures, exclusivement recrutés par voie de concours: 40 Les Meilleurs élèves des lycées et collèges devraient pouvoir être, jusqu’à concurrence de 30 % au MaxXIMUM et sous la condition d’une moyenne déterminée assez élevée, dispensés de l'examen du baccalauréat, et déclarés bacheliers de droit : 5° Le baccalauréat subsisiant devrait être amélioré par toutes les modifications de détail (anonymat des copies — double note — augmentation de l'importance du livret Scolaire venant de l'enseignement libre comme de l’enseignement officiel SOUS Certaines garanties -2 Compétence des examinateurs, etc.) capables de réaliser Pour tous les candidats, libres ou autres, les meilleures conditions de justice humaine.

(2) Cf. Id. Jbid., p. 48.

(3) Cf, Id. Ibid., p. 47.

tidieuses besognes. Des parents ? Mais ils se rappellent leurs nuits Sans sommeil et leurs journées de démarches à la recherche de la bonne « recommandation »…. Il est vraisemblable que sa disparition provoquerait en France un immense ouf ! De plus, les ennemis du baccalauréat sont plus actifs que ses partisans. Nous sommes ainsi en France, volontiers intrépides à la démolition, et indifférents devant les ruines. Et puis il y a toujours la peur de ne pas paraître « assez avancé ». Bref, on écrit volontiers pour faire le geste révolutionnaire d’abattre le baccalauréat; mais on n’écrit pas pour en demander le maintien. Aussi pour toutes ces causes, notre enquête semblait-elle exposée à n’enregistrer guère que des attaques contre l’enquêté : car, comme nous le dit un ancien rapporteur du budget de l’Instruction publique, « bien peu nombreux sont aujourd’hui ceux qui oseraient prendre publiquement la défense du baccalauréat » (A. Massé, Le Siècle, 8 déc. 1906). Pourtant les défenseurs ont surgi, et nombreux. C’est que du 15 octobre, jour d'ouverture de l’enquête, au 1° janvier, date de sa clôture, la nouvelle s'était répandue (exactement le 28 novembre) que M. le Ministre de l’Instruction publique allait déposer un projet de suppression du baccalauréat. Aussi l’esprit de conservation menacé s'est-il réveillé et a-til énergiquement manifesté » (1).

Le mouvement de protestation contre le projet ministériel prit un tel élan, qu’on ne se horna pas à défendre ce qui était, mais qu’on alla jusqu’à plaider non coupable en faveur de ce qui avait été, et qu’on fit l’éloge non seulement du baccalauréat amélioré par la réforme de 1902, mais même du baccalauréat d’autrefois, considérant, comme l’écrivaient les professeurs de l’Amicale du lycée du

Mans, « que l’ancien baccalauréat, avec toute sa rigueur, ne comportait pas plus de surprises et d’injustices qu’on n’en doit attendre de tout examen » (2). On était surpris que les examens de l’enseignement primaire restassent intangibles, tandis que le baccalauréat de l’enseignement secondaire était menacé de suppression. Le projet de Briand prévoyait, en son article 6, les mesures à prendre pour renforcer le « baccalauréat primaire », c’est-à-dire « le certificat d’études primaires élémentaires, décerné après un examen publie ». Les professeurs de lycée et de collège se demandaient ce qui avait bien pu valoir à l’enseignement secondaire « cet excès d’honneur » ou « cette indignité ». Le congrès de la Fédération nationale

(1) Cf. Id., Jbid., p. 1, 2 et 10. « Le baccalauréat est supprimé ou presque, écrivait, dans sa réponse à l'enquête, M. Abry, professeur de première au lycée de Tulle. Tant mieux. On va pouvoir en dire du bien. Vivant, le défendre, c'était risquer le ridicule. Mais on excusera l'éloge du défunt... I1 avait beau se faire humble et doux. Il ne désarmaïit pas ses ennemis. Les refusés lui gardaient rancune. Les reçus ne lui pardonnaient pas leurs appréhensions de candidats. I1 a succombé à leur coalition sous la triple accusation d’être anti-démocratique, injuste et dangereux pour les études p. 2) ». — « C’est quand le baccalauréat est le mieux pratiqué qu'on parle de le supprimer » faisait remarquer :Charles Georgin au Congrès de la Fédération des professeurs.

(RCENId.,-Toid., p. 2:

des Amicales de professeurs de lycée réuni, à Paris, les 5 et 6 avril 1907, se prononça, par 2.796 voix contre 129, pour le maintien de l'examen extérieur, aussi bien pour les établissements privés, que pour ceux de l'Etat (1). L’Amicale des professeurs de collège, qui tenait en même temps son congrès annuel émettait le même vœu : maintien du baccalauréat sous sa forme d’examen extérieur et introduction des professeurs de collège dans les jurys. Il avait donc paru à l'immense majorité des professeurs que le projet Aristide Briand ne méritait pas plus d’être pris en considération que la proposition déjà émise en 1885 et en 1899 (2).

Pour continuer à réclamer la suppression du baccalauréat, il ne se trouvait plus, parmi les universitaires, que Paul Appell et Gustave Lanson. Paul Appell voyait dans la disparition du baccalauréat le moyen le plus commode pour « renverser les barrières artificielles qui écartent les primaires de l’enseignement supérieur et permettre à tous les Français ayant la noble ambition d’une haute culture, en vue de la science et de l’industrie, de travailler en commun dans nos Universités » (3). Gustave Lanson reprenait les critiques de Lavisse

- (1) Il vota la motion suivante qui, rédigée par M. D. Roustan, Ss’inspirait d’un rapport de M. Fédel et d’une lettre de M. Henri Bernès : « Le Congrès, considérant : 19 que le maintien du baccalauréat, n'implique en aucune manière celui du recrutement de l’enseignement secondaire ; qu’il peut cesser d’être un privilège. de classe, si toutefois il en est un, dès que les conditions actuelles de ce recrutement seront modifiées ; 20 qu'il est socialement utile qu'à l’entrée des carrières libérales il y ait un examen sérieux témoignant d'une solide culture générale ; 3° que la suppression du bäccalauréat aurait pour conséquence nécessaire l’établissement d’une série de cours préparatoires aux diverses carrières et aux diverses Facultés, ce qui empêcherait absolument les professeurs de travailler d’une manière désintéressée à former l’esprit de leurs élèves; 4° que la substitution d’un examen intérieur à un examen public entraînerait à la fois «un aba’ssement marqué du niveau des études, et une diminution de l’indércndan2e des professeurs en créant entre les divers établissements une sorte de rivalité d’indulgence; 5° que ce système de l’examen intérieur a été supprimé en 1847 à la suite d'abus nombreux qui s'étaient produits; 6° que le régime d’un certificat de fin d’études, conféré dans les seuls établissements de l'Etat, et d’un baccalauréat pour les élèves de l’enseignement libre, ne peut manquer de donner du prestige à l’enseignement libre, qu’il semble au premier abord de nature à gêner; 7° considérant enfin que ce n’est pas au moment où le baccalauréat donne les meilleurs résultats qu’il convient de le supprimer; Emet le vœu : 1° que l’on maintienne le régime actuel de l’examen extérieur; 2° que les modifications à y apporter ne touchent qu’à son fonctionnement, et ne soient introduites qu'après la consultation du corps enseignant et sur l’avis conforme du Conseil supérieur. »

On remarquera que les termes de cette motion et les arguments sur lcsquels elle s'appuie sont ceux-là mêmes que M. Bernès avait employés dans le remarquable rapport qu’il avait soumis à la Commission parlementaire d'enquête de 1899. C’est ainsi que nous voyons le Congrès invoquer. comme l'avait fait M. Bernès, pour condamner le système de l'examen intérieur, les soi-disant abus qui en auraient provoqué la disparition en 1847. Nous croyons avoir montré (cf. plus haut, p. 54) que l’arrêté du 5 janvier 1847 supprimant les commissions d'examen et excluant les professeurs de l'enseignement secondaire des jurys du baccalauréat, fut avant tout une mesure politique.

(2) La Fédération régionale des Amicales de professeurs des lycées de Paris avait repoussé à l'unanimité moins une voix un vœu de Bougier en faveur de la suppression du baccalauréat. |

(3) Cf. Paul Annell, Faut-il supprimer le b APR NON ) CR ATP Sn P] accalauréat ? in Revue du

contre le caractère superficiel de l'examen et les pertes de temps par lesquelles il se soldait pour les professeurs de l’enseignement supérieur. « Il est impossible, écrivait-il de vérifier l’esprit, on doit se borner à vérifier la connaissance. On pose des questions non pas qui obligent une intelligence à se découvrir, mais qui provoquent une manifestation de savoir ou d’ignorance, susceptible d’être chiffrée… Quand on n’est pas du métier, on ne se figure pas ce que peut être que huit mille, que six mille candidats à examiner en quelques semaines. [1 y à là une force qui tire de plus en plus les professeurs de la Sorbonne hors de leur véritable emploi, de celui où ils peuvent rendre un réel service à l’éducation nationale » (1). C’est aux critiques de Lanson que M. Albert Fédel, dans un rapport présenté à la Fédération régionale des Amicales de professeurs des lycées de Paris, répondait à coups de statistiques, montrant que les professeurs de Faculté n’étaient pas surchargés par le baccalauréat, puisque depuis la réforme de 1902 ils n’avaient plus à corriger que 100 copies au maximum par session, et à coups de propositions susceptibles, pensait-il, d’améliorer, dans ses plus infimes détails, l’organisation de l’examen. Entraîné par sa fougue qui lui faisait oublier que de nombreux professeurs n’avaient pas attendu d’être dans les Facultés pour manifester leur hostilité à l’égard du bacca-

lauréat, M. Fédel n’hésitait pas à reprocher aux professeurs de l’enseignement supérieur favorables à l’institution de l’examen intérieur, de n’avoir songé à s'affranchir de la corvée d'examiner que depuis que les anciens appointements d’examinateurs avaient été incorporés à leur traitement général (2).

(1) Cf. G. Lanson, Le Baccalauréat, in Revue Bleue, 3 novembre 1906.

(2) Cf. le rapport de M. Fédel dans la collection du journal l’Enseignement secondaire (1906-1907) que, grâce à l’amabilité de M. Brossollet, directeur de la librairie Belin, nous avons pu consulter avec profit non seulement pour cette période, mais aussi pour la période antérieure de 1880-1905. M. Fédel concluait son rapport en ces termes: « Oserai-je le dire en finissant ? Il semble que certains adversaires du baccalauréat n’ont pas ioujours donné les véritables raisons, les motifs cachés de leur hostilité. Lorsqu'en 1876 l’éventuel, que les examens apportaient dans le budget des facultés (et que certaines d’entre elles, en particulier celle de Poitiers, cherchaient à grossir par leur indulgence — la session de 1863, où l’on donna dans 3 séries qui ne composaient pas le même jour 3 morceaux d’un même passage du Songe de Scipion, est restée célèbre), fut incorporé aux traitements, les grandes facultés ne tardèrent pas à se plaindre d’un service qui ne leur apparaissait plus que comme une corvée : les petites,qui avaient besoin de ces examens pour rehausser leur prestige, demandèrent au contraire à le garder. Aujourd’hui la situation n’a pas beaucoup changé. M. Lanson dit lui-même que les facultés de jadis, qui étaient sans élèves, avaient besoin des sessions du baccalauréat pour prouver leur existence et pour acquérir un peu d'autorité. Il me semble que cette double affirmation est encore vraie de nos jours. Les grosses facultés cherchent encore à se débarrasser du baccalauréat, parce qu’il est une gêne pour les professeurs et qu’il abrège de quelques jours la durée de leurs vacances. Les petites y tiennent encore, quoiqu’elles souffrent de voir que les professeurs de l’enseignement secondaire forment plus de la moitié des jurys. Enfin. il y en a quelques-unes qui craignent de voir les élèves déserter les cours et qui cherchent, pour les retenir, à créer une sorte de nouveau baccalauréat de lettres ou de sciences, analogue au baccalauréat des facultés de droit. Voilà quels sont à mes yeux les motifs cachés de cette nouvelle campagne. »

Le projet Aristide Briand fut retiré des travaux parlementaires pour des raisons d'opportunité politique. Nous venons de voir que son dépôt avait eu pour résultat, dans les milieux universitaires, de consolider les positions que le baccalauréat tenait d’ailleurs énergiquement depuis un siècle et d’où sa force magique avait Jusqu’alors suffi pour repousser les plus violents assauts. Mais l’attaque ne devait pas tarder à être reprise à l’occasion d’une campagne contre le fléchissement des études classiques. Dès 1908, Pierre Lasserre professait à l'Institut d'Action française une série de cours contre l'esprit moderniste de la Sorbonne qu'il rendait responsable d’une soi-disant diminution des idées françaises. En 1911, l’enquête d’Agathon, cherchant à atteindre le même but, provoquait de divers côtés des protestations contre une déchéance de la culture générale qu’on prétendait être la conséquence de l’abandon de l’étude du latin et de l’égalité des sanctions, pierre angulaire de la réforme de 1902. Une revue (1) avait fondé une ligue des Amis du latin que présidait Anatole France, et dont la principale revendication était le retour immédiat à l'inégalité des sanctions. La Ligue pour la culture française, présidée par Jean Richepin, soutenait la même doctrine. Des membres de l’Institut, l’Association des anciens élèves de l'Ecole Polytechnique, le Comité des forges de France apportaient leur appui à cette revendication.

: M. Paul-Boncour accusait, dans son rapport sur le budget des Beaux-Arts « le fléchissement indéniable des études classiques ». Au Sénat, M. de Lamarzelle s’en prenait à « l’odieux baccalauréat », appelant « la revanche des vaincus de 1902 ». Les professeurs considéraient comme un outrage à l’enseignement secondaire les trois décrets pris par M. Doumergue, le 28 avril 1910, décrets dits d’équivalences qui dispensaient du baccalauréat de l’enseignement secondaire beaucoup de jeunes gens pour leur inscription dans les Facultés de droit, des sciences et des lettres en vue de la licence. On critiquait surtout les dispositions qui permettaient d'arriver à la licence ès sciences en remplaçant le baccalauréat par le P. C. N. (2). L'Association corporative des étudiants en médecine, le 26 mai 1911, s’élevait contre le décret du 28 avril 1910 relatif aux sanctions des anciens baccalauréats, qui supprimait tout -avantage de points aux bacheliers classiques pour les concours d’entrée aux grandes Ecoles et décidait l’équivalence normale des mentions du baccalauréat à l’entrée du P. C. N. (3). De même, la Société de Médecine de Paris demandait que la Faculté de médecine

(1) Cf. Les Marges, 1911.

(2) Ces trois décrets annulés par le Conseil d'Etat pour vice de forme furent remplacés par le décret du 22 juillet 1912 i ri He ct 8 j , qui en reprit toutes les (3) Ce décret annulé, pour vice de forme, par le Conseil d'Etat note ed sur les équivalences, fut rendu définitif par le déceb tee è juille à

fût ouverte « aux seuls possesseurs d’un diplôme de P. C. N. obtenu après présentation d’un diplôme du baccalauréat comportant les études latines » (1).

Au début de juillet 4941, la discussion vint devant le Sénat où Ribot répondit aux attaques de M. de Lamarzelle par l’éloge des programmes de 1902. Quant à la suppression du baccalauréat, Ribot en demeurait partisan. Mais l’enseignement libre, ajoutait-il, avait toujours réclamé son maintien comme une garantie d'égalité. M. Théodore Steeg, Ministre de l’Instruction publique, affirma, à son tour que le baccalauréat latin-grec et par conséquent la culture classique avaient été sauvés par la réforme de 1902: depuis 10 ans à peine, le nombre des élèves qui étudiaient le latin dans le premier cycle avait augmenté de 3.354 unités. La crise des études classiques, invoquée pour faire revenir le Parlement sur l'égalité des sanctions, ne reposait sur aucune preuve décisive. Dans une conférence à l'Ecole des Hautes-Etudes Sociales, le 19 décembre 1912, sur la « crise du français », M. Daniel Mornet était amené à la nier (2). En réalité le mouvement contre la réforme de 1902 était factice et mêlé d’arrières-pensées politiques. Suspect de républicanisme, voire de socialisme, en 1850, le baccalauréat classique était devenu, en 1910, entre les mains de quelques polémistes, une arme excellente contre la République.

La controverse entretenue par le pamphlet de M. H. Bouasse (3) devait cependant amener le Ministre de l’Instruction publique à prendre le 4 mai 1912, un arrêté modifiant les programmes de mathématiques, de physique, de chimie et de sciences

(1) Cette demande pouvait sembler paradoxale. En 1913, M. Giran publiait, dans la Revue Scientifique, une étude sur l’origine des candidats au P. C. N. pendant plusieurs sessions à Toulouse. Ceux qui commençaient leurs études de P. C. N. dans les conditions les plus favorables étaient les élèves qui venaient des sections C et D, pour la première partie, et de Mathématiques, pour la seconde.

(2) M. Mornet avait réuni 200 copies du baccalauréat de 1902-1903, avant l'application de la réforme, et 200 copies de 1911, provenant de candidats de la section C. Le nombre des fautes d'orthographe était en 1911 de 2 à 4 fois plus grand. Mais la correction était à l'avantage de 1911. En 1902, ii trouvait 41 fautes de correction dans 33 copies sur 200; en 1911, 31 fautes dans 29 copies. Or, la moyenne des notes était de 10,7 en 1902, et de 10,4 en 1911: copies plus correctes avec des notes plus sévères, telle était la caractéristique de l’examen de 1911. En 1911, une seule bonne copie (30/40) a une faute: en 1902, 3 bonnes copies (14/20) ont de grosses fautes. En 1911, es barbarismes, les fautes de syntaxe, les trivialités sont en moins grand nombre qu’en 1902 ; seul le galimatias. disait-il, s'équilibre à peu près. M. Mornet constatait en outre que le style, l'élégance de la phrase avaient perdu de leur prestige au profit de la simplicité.

Deux ans plus tôt, Lanson (cf. Revue bleue, 1910, II, p. 804) répondant au président du Comité des forges de France, qui se plaignait du manque de culture attesté chez les ingénieurs par la rédaction de leurs rapports, avait montré que ces ingénieurs, ayant subi les épreuves du baccalauréat avant ou peu après 1902, il était injuste de tirer argument de leur insuffi- ° sance pour critiquer le régime de 1902.

(3) Cf. H. Bouasse, Bachot et bachotage, Paris, Lethielléux, 1910. Tous les reproches adressés au baccalauréat depuis qu’il existe sont renouvelés dans cet ouvrage avec une verve étourdissante qui réussit parfois à faire oublier que la justice n’y trouve pas toujours son compte.

naturelles dans le sens d’un allègement, et la Commission parlementaire de l’Enseignement à ouvrir une enquête, en mars 19143, sur la réforme de 1902. Voulant faire porter sa consultation avant tout sur les programmes et les méthodes d'enseignement et appeler à déposer d’abord les représentants des associations de parents et de professeurs intéressés directement à la question, la Commission se contentait, au sujet du baccalauréat, de demander si l’égalité des sanctions entre les divers baccalauréats ouvrait réellement, et dans de bonnes conditions, l’accès de l’enseignement supérieur à tous les élèves de l’enseignement secondaire. Le questionnaire était dominé par le désir de savoir si la réforme de 1902 avait bien maintenu, sous une variété d'enseignements particuliers propres à développer les aptitudes, une unité de culture classique. Pas plus que l’opinion publique, l’opinion universitaire ne se montra enthousiaste à l’annonce de cette enquête. Le Bureau de la Société des Amis de l'Education moderne fut l’un des premiers à s’émouvoir de l'initiative parlementaire. M. Hubert Bourgin rédigea, au nom de cette Société, une défense déterminée des programmes et de l’esprit de la réforme de 1902. « En réalité, écrivait-il, la suppression des cycles et des sections n’a qu’un but, qui n’est guère avoué et qui est difficilement avouable, mais qui transparaît dans certains commentaires : c’est de restaurer l’enseignement gréco-latin dans sa situation privilégiée et de précipiter l’enseignement moderne, dont on ne peut se flatter d’abolir la clientèle et les raisons d’être, dans une situation subalterne, analogue à celle de l’ancien enseignement spécial ». Mais M. Bourgin ne parvenait pas à comprendre pourquoi le baccalauréat avait résisté à l’esprit réformateur de 1902. « Quant au baccalauréat, déclarait-il, étant donné ce qu'il est et ce qu'il peut être, une seule chose paraît désirable, c’est que cet examen faux, inefficace, inégal, immoral et démoralisant, accablant et frivole, soit supprimé et remplacé par un examen de contrôle et de sélection, analogue à l'examen terminal du 1° evele et au diplôme de fin d’études secondaires de jeunes filles » (1). Une fois de plus, l'enquête sur la réforme de l’enseignement secondaire conduisait à un plébiscite pour ou contre le baccalauréat.

Le questionnaire de la Commission s’adressait, en premier lieu, aux Associalions de Parents d’Elèves dont l'existence était toute récente. Au nom de l'Association du lycée Carnot, Paul Delpeuch s'élevait contre l'égalité des sanctions. « Il nous semble peu équitable, disait-il, de mettre, au point de vue des sanctions, les diverses sections du 2° cycle sur un pied d'égalité. La section B. est considérée -- c’est à un professeur qu'est emprunté le jugement -- comme « le refuge des paresseux qui ne veulent étudier ni le grec, ni les sciences et qui, par leur origine étrangère ou par quelques séjours ‘ agréables à l’étranger, compensent aisément leur infériorité en la-

(1) Cf. L'Idée Moderne, mai 1913.

tin ou en français ». Nous n’avons rien à apprendre sur la faiblesse de la section D. L'égalité des sanctions constitue, pour cette dernière et pour B, un exorbitant privilège » (1). Pour l'Union des Associations d’Anciens Elèves des Lycées et Collèges, cette égalité n'existait que sur le papier; les dénominations étaient changées, mais la vieille distinction du classique et du moderne subsistait. S’appuyant sur l’autorité d’Anatole France, de René Bazin, d'Emile Faguet, d'Henri Poincaré qui réclamaient un renforcement de la culture générale, elle reprochait à la réforme de 1902 de produire des bacheliers indifférents aux arts et aux lettres, ne pensant pas, ne sentant pas, ne raisonnant pas, ne lisant pas, ignorants de leur langue, du sens des mots, de leur valeur étymologique, incapables de composer un devoir de français et de plus en lutte ouverte avec l'orthographe. L’Amicale des professeurs du lycée de Cherbourg ne se contentait point d'aussi vagues récriminations contre les copies du baccalauréat, dont au surplus M. Daniel Mornet avait fait justice. Elle adressait à la Commission parlementaire un projet fort complet : deux sections, À et B, jusqu’en Seconde ; le premier baccalauréat viendrait après cette classe et comprendrait deux séries : À, français, latin, langue vivante ; B, français, sciences, langue vivante ; les examens du second baccalauréat auraient lieu deux ans après et seraient subdivisés en quatre sections : A’, philosophie, français, latin, grec, une langue vivante ; A’, philosophie, français, latin, deux langues vivantes ; B’, sciences, philosophie, français, latin, une langue vivante ; B’”, deux langues au lieu du latin, ou une équivalence qui permettrait de substituer une épreuve d'histoire naturelle à une épreuve de langue vivante. Cette dernière idée de favoriser l’enseignement des sciences naturelles était bien accueillie par les partisans de l’éducation moderne qui trouvaient insuffisante la division des études et du baccalauréat en quatre sections. « Toute une catégorie d'étudiants, faisaient-ils remarquer, existe pour qui ni le latin, ni les mathématiques n’ont grande importance. Elle est composée des élèves qui se destinent à la médecine, à l’agriculture, au commerce où à l’industrie ; elle constitue la majorité des candidats au baccalauréat » (2). Pour ces élèves qui se résignaient aux sections C ou D, MM. Brucker, professeur de sciences naturelles au Lycée de Versailles et Matruchot, professeur de botanique à la Sorbonne, proposaient une section E (français-sciences expérimentales).

La Commission parlementaire fut saisie de ces critiques et de ces projets, de même qu’elle eut des échos de la campagne engagée par Max Leclerc, président de la Chambre de Commerce de Paris, contre l’infériorité des bacheliers de la section D au point de vue de la culture et de la formation de l'esprit, infériorité due,

(1) Cf. Famille et Lycée, 1913.

(2) Cf. La Lanterne, 4 mai 1913.

affirmait-il, à l’erreur commise par les auteurs de la réforme de 1902, qui avaient crû que les littératures étrangères pouvaient constituer des instruments suffisants d'éducation. Mais elle ne poussa pas les choses plus loin, et la législature s’acheva sur ce feu de paille. La nouvelle Chambre ne devait pas tarder à se trouver aux prises avec des soucis plus graves et plus angoissants que ceux d’une réforme du baccalauréat et d’une orientation nouvelle à donner à la pédagogie de l’enseignement secondaire.

C’est aux évènements et non plus aux opinions des hommes qu’allait pouvoir se mesurer la vérité. Plus évidente que des dépositions, faites avec un souriant scepticisme ou une conviction assurée, devant une Commission d'enquête, devait bientôt sortir du sanglant creuset de la guerre la preuve douloureuse, mais consolante et irréfutable, que la réforme de 1902 n’avait en rien diminué les énergies spirituelles de la France, et que les bacheliers qu’elle lui avait donnés, opposant aux forces aveugles de la matière les forces lucides de l’esprit, savaient accepter le plus dur sacrifice pour défendre non seulement ses champs de blé et ses usines, mais aussi et Surtout l’inestimable héritage intellectuel et moral qu'elle tenait d’un long et riche passé. La réforme de 1902, écrivait le Ministre qui la fit aboutir, a eu pour but essentiel « d’armer la jeunesse pour les luttes économiques et de tourner les esprits vers l’action » (1). Et le recteur Louis Liard précisait : « Nous voulons qu'avec une provision d’idéal sans chimère, les jeunes Français soient munis déjà de connaissances positives et qu'ils n’aient pas appris à comprendre seulement pour exprimer, mais surtout pour agir dans un milieu réel et donné. Ce milieu, c’est la Fance, la France telle qu’elle est au commencement du XX° siècle, avec ses: transformations politiques, ses transformations sociales, ses transformations économiques, avec les contre-coups qu'ont fatalement sur elle les transformations qui s’accomplissent dans toutes les nations de l’ancien monde et du nouveau. Il faut agir sous peine de dépérir.. Aussi un enseignement national qui ne serait pas résolument moderne par la substance et par l'esprit ne serait-il pas simplement un anachronisme inoffensif ; il deviendrait un péril national » (2).

La rude épreuve de la guerre montra que le but pour lequel Ribot, Leygues, Liard et, avant ou en même temps qu'eux, beaucoup d’autres avaient ardemment lutté, était atteint. Après une si dure expérience et un si probant résultat, il semble que le régime de 1902 n'aurait plus dû trouver devant lui d’adversaires. Mais . il durait depuis plus de vingt ans, et, en France, comme disait déjà Gréard en parlant de la réforme de 1840 qui ne vécut que 10 ans, c’est un grand âge, « grande mortalis aevi spatium »,

OMG Leygues, L'Ecole et la Vie, p. 4.

(2) Cf. L. Liard, Discours au Conseil Académique, p. 6 et 7.

pour un régime du baccalauréat et une organisation des études secondaires (1). Aussi, dès 1922, la question du baccalauréat provoquait un débat parlementaire entre Georges Leygues et M. Léon Bérard où les défenseurs des humanités modernes et ceux des humanités classiques reprenaient de semblables et anciens arguments. Nous n’entrerons pas dans les détails des discussions dont ce débat fut l’origine, et qui, de 1922 à 1925, se produisirent non seulement au sein du Parlement, mais encore dans les revues et les Journaux, dans les cercles pédagogiques et dans les congrès universitaires. [ls sont présents à toutes les mémoires, et le débat qui n’est pas et ne sera sans doute jamais épuisé se poursuit encore de nos jours. On nous permettra de n’en signaler que les résultats acquis. Le 3 décembre 1923, M. Léon Bérard, Ministre de l’Instruction publique, malgré les critiques que ne lui avait pas ménagées, du haut de la tribune du Sénat, M. Edouard Herriot, malgré l’opposition de la plupart des membres du Conseil supérieur, malgré l’hostilité des inspecteurs généraux de l’enseignement secondaire, promulguait un plan d’études qui comportait pour tous les élèves des lycées et des collèges, quatre années obligatoires de latin et deux de grec. Après la classe de troisième seulement la possibilité était laissée aux familles de choisir entre des types d’études différents. Le décret du 3 décembre 1923 n’eut même pas un commencement d'application. Quelques mois après sa promulgation, le nouveau Ministre de l’Instruction publique, François Albert, rétablissait la section B du premier cycle et soumettait aux inspecteurs généraux de l’enseignement secondaire, pour un nouvel examen, le plan de réforme de M. Léon Bérard. Le décret du 13 mai 1995, l’arrêté pris par M. de Monzie le 3 juin et les Instructions du 2 septembre de la même année sanctionnaient le projet établi par les inspecteurs généraux et amendé par le Conseil supérieur.

C'était officiellement la fin du régime de 1902. En réalité, la réforme de 1925, imprégnée de l’esprit de 1902 dont M. Léon Bérard lui-même, tout en ressuscitant l’obligation du grec et du latin, avait respecté et accentué la tendance essentielle en décrétant ce qu’on à appelé l’égalité scientifique, se présente plutôt comme une suite logique dans le sens d’une marche en avant que comme une rupture en vue d’un changement d'orientation (2). Si, dans les

(1) Cf. O. Gréard, Education et Instruction, Enseignement secondaire,

IDD le

(2) Cf. Francisque Vial, Trois siècles d'histoire de l’enseignement secondaire, Paris, Delagrave, 1936, p. 259 et 260. Les Instructions pour l’application du plan d’études de 1925 (cf. Horaires, programmes et instructions de 1925, Paris, A. Colin, p. 109) disent que l’idée dominante de la réforme est de « restaurer l’unité de l’enseignement secondaire ». M. F. Vial, qui prit une très large part à leur élaboration, fait remarquer avec raison que « restaurer est trop dire; consolider, resserrer, eût été plus exact ». Et il ajoute : « C’est 1902, qui a « restauré » l'unité de l’enseignement secondaire en fondant ensemble le classique et le moderne ».

classes supérieures, l’option latin-langues vivantes disparaît, à la grande satisfaction de tous, par contre la section B est maintenue parallèlement à la section À dans les basses classes et conserve la même dénomination et le même rôle en seconde et en première. L'option C est remplacée par l’option A’ à partir de la quatrième. Et, pour les trois options qui constituent l’économie du nouveau régime — À (français, latin, grec, sciences), A° (français, latin, sciences, une langue vivante), B (français, sciences, deux langues vivantes) — une même culture fondée sur l’étude du français et des sciences devient la caractéristique essentielle de l’enseignement secondaire. Les disciplines sur lesquelles Victor Duruy avait bâti, en 1865, un enseignement secondaire spécial, sont enfin promues, soixante ans plus tard, au rang de disciplines fondamentales, et c’est l'étude des langues mortes, elef de voûte du vieil enseignement classique, qui passe définitivement au rang de matière à option et de spécialité. :

Un décret pris le 7 août 1927 et un arrêté daté du 6 mars 1928 mettaient le régime des examens du baccalauréat en harmonie avec le nouveau régime des études. Dans le rapport qu'il adressait au Président de la République, en soumettant à sa signature le décret du 7 août 4927, M. Edouard Herriot, Ministre de l’Instruction publique, écrivait : « Les études secondaires ont été réorganisées par le décret du 13 mai et l'arrêté du 3 juin 14925. Cette réforme entraine des modifications dans le régime des épreuves du baccalauréat de l’enseignement secondaire, qui doivent désormais correspondre au système d’études dont elles sont le couronnement. C’est en vue de réaliser l’adaptation des examens aux programmes scolaires que j'ai l'honneur de présenter à votre Signature un projet de décret dont le texte à été définitivement élaboré après consultation du Conseil supérieur de l’Instruction publique. L'idée qui domine le projet est de renforcer l'examen du baccalauréat, d’en relever le niveau «le manière à en faire la consécration efficace de bonnes études secondaires. Pour obtenir ce résultat, deux sortes de mesures ont été prévues. La première consiste à augmenter le nombre des épreuves écrites. Il n’est pas douteux que c’est dans les compositions écrites que les candidats donnent le mieux la preuve de leurs connaissances et révèlent le mieux les qualités solides de leur esprit. D'autre part, il n’est pas de professeur qui n'ait constaté que les élèves donnent le principal de leurs soins et de leur effort aux matières qui sont sanctionnées au baccalauréat par une épreuve écrite. Accroître le nombre des compositions écrites, c’est donc de façon certaine donner plus de solidité à l'examen. Un ensemble de dispositions relatives au fonctionnement même de l'examen doit, en outre, concourir à ce même résultat, par exemple l'anonymat des copies... Un des caractères du projet est l'équilibre qu’il réalise entre les différentes formes de

la première partie. Elles se correspondent aussi exactement que possible. Du point de vue scientifique en particulier, les candidats des trois sections sont appelés à faire preuve de connaissances analogues et subissent des épreuves identiques. Dans l’ensemble, les trois séries représentent trois types équivalents de culture générale. On y retrouve l’unité que la réglementation des études s’est proposée de restaurer dans l’enseignement secondaire. Pour les deux sections de la deuxième partie, qui s’adressent à des candidats déjà spécialisés, on s’est inspiré du régime actuel du baccalauréat. On a laissé à la série Philosophie son caractère littéraire, sans sacrifier la formation scientifique, et à la série Mathématiques son rôle prééminent de préparation aux études scientifiques. Une entente s’est facilement réalisée sur ces bases entre l’Enseignement supérieur et l'Enseignement secondaire. Elle a permis d'établir le projet qui vous est soumis. Il s’adapte exactement à la lettre et à l’esprit du plan d’études secondaires et constitue, Croyons-nous, la meilleure garantie d’aptitude aux études supérieures qui puisse être actuellement exigée ».

En ce qui concerne la procédure et la police de l’examen, le décret du 7 août 1927 et l’arrêté du 6 mars 1928 ne diffèrent du décret et de l’arrêté du 31 mai 1902 que sur les points suivants : 1° À moins d’autorisation spéciale accordée par les recteurs, les candidats doivent se présenter devant la Faculté du ressort universitaire dans lequel ils ont fait le dernier semestre d’études avant l’examen et ceux qui ne suivent le cours d’aucun établissement, dans le ressort de leur résidence effective (1). 2° Les examinateurs ne doivent pas connaître les noms des candidats dont ils corrigent les compositions. Ces noms ne sont portés à la connaissance du jury dans la délibération destinée à établir la liste d'admissibilité qu'après que les notes données par chaque correcteur ont été relevées et avant l’examen du livret scolaire que chaque candidat doit produire avant le commencement des épreuves (2). Le livret doit obligatoirement contenir la photographie et la signature de son titulaire (3). La photographie doit porter dans le coin gauche inférieur une partie de l’empreinte du cachet de l’établissement (de la mairie ou du commissariat de police s’il s’agit d’un candidat élevé dans sa famille ou qui s’est préparé lui-même), l’autre partie portant sur le feuillet (4). La signature des chefs d'établissements libres doit être légalisée (5). Tous les candidats doivent être porteurs d’une carte d’identité avec pho-

(1) Cf. Décret du 7? août 1927, art. 2. Cette disposition avait été déjà prescrite par l’art. 7 du décret du 31 juillet 1920.

(2) Cf. Ibid, art. 3.

(3) Cf. Ibid, art. 6.

(4) Cf. Arrêté du 6 mars 198, art. 2.

(5) Cf. Ibid, art. 2.

tographie, qu’ils auront à présenter à toute réquisition (1). 3° Le bénéfice de l’admissibilité aux épreuves orales, après échec à ces épreuves, est acquis aux candidats admissibles à la session de juillet pour la session d’octobre suivante. L’échec subi en juillet aux épreuves orales peut être réparé désormais devant une autre Faculté, en octobre, sur autorisation accordée par les doyens des Facultés intéressées dans le cas de changement de résidence de la famille du candidat, et par les recteurs dans les autres cas. L’admissibilité acquise à la session d’octobre n’est plus valable que pour cette session (2). 4° A l’examen écrit de la première partie, le nombre des épreuves passe de trois à cinq (3). La valeur de chaque épreuve, tout en continuant à être exprimée par une note variant de 0 à 20, est affectée du coefficient 4 pour la composition française (4) et du coefficient 3 pour les autres compositions (5). À l’examen oral, de même qu’à l’examen écrit et oral de la deuxième partie, le nombre des épreuves reste celui qui avait été fixé par le décret du 31 mai 1902, mais là aussi les coefficients sont fortement majorés (6). Aux différentes épreuves écrites et orales des diverses séries des deux parties de l’examen, après délibération du jury, la note 0 devient éliminatoire (7). 5° Primitivement conféré au nom de l'Empereur, puis au nom du Roi, puis au nom du Président de la République (8), puis au nom

(D Cf. Ibid, art. à et la circulaire ministérielle du 3 avril 1929 qui déclare : « Pour empêcher les substitutions de personnes possibles, j'ai décidé qu'il y aurait lieu, le jour de l’examen, d'exiger la carte d'identité à l'entrée des salles. L’attention des surveillants sera appelée sur l’importance de ce contrôle, qui pourra d’ailleurs fonctionner ultérieurement chaque fois qu’on le jugera utile. Les candidats, lors de leur inscription au secrétariat, seront prévenus tout spécialement de ces dispositions. »

(2) Cf. Décret du 7 août 1927, art. 4.

(3) Cf. Ibid, art. 13. L'article 14 prescrit que l'épreuve écrite de langue vivante dans la série A’ et de langue vivante principale dans la série B consiste soit en une composition, soit en une version et un thème, selon qu'en décide le procédé du tirage au sort, qui fut pendant longtemps, nous l’avons vu, la carectéristique essentielle et la tare de l'examen. Les modalités du système de tirage sont données par les circulaires du 13 décembre 1928, du 19 février et 16 avril 1934 Le même article interdit l’usage de tout dictionnaire à cette épreuve, comme l'avait déjà fait le décret du 4 juin 1891 pour le baccalauréat de l’enseignement secondaire moderne. D'autre part, tenant compte des critiques et des vœux exprimés devant la Commission du Surmenage créée par l'arrêté du 25 juillet 1929 (cf. in Revue Internationale de l'Enseignement, 1931, p. 207, 208, le discours prononcé par M. Mario Roustan, ministre de l’Instruction publique, le 6 juillet 1931, en ouvrant la session du Conseil supérieur), le décret du 2 octobre 1931 ramène le nombre des épreuves écrites de cinq à quatre, celui des épreuves orales de huit à cinq, substitue la notation de 0 à 10 à la notation de 0 à 20 et réduit considérablement les coefficients.

(4 On espérait trouver dans cette mesure un remède à la « crise dau Français ».

(5) Cf. Décret du ? août 1927, art. 17.

(6) CT ‘10id, art. 17.

. (5) Cf. Ibid, art. 18. « Aux épreuves écrites, précise cet article, cette décision doit être précédée d’une seconde lecture de la composition ».

(8 Sous le second empire, le diplôme était conféré au nom de l’Empereur.

du Ministre de l’Instruction publique, le diplôme de bachelier, établi au Ministère par les services de la direction de l’Enseignement supérieur, était signé par le Ministre et délivré par le Recteur. Il continue d’être conféré au nom du Ministre, comme les autres grades d'Etat, mais ce sont les services de l’Université qui l’établissent et c’est le Recteur qui le signe avant d’en faire la délivrance (1). La forme elle-même du diplôme est modifiée. Le grand cachet scellant un ruban rouge a disparu et le parchemin s’est mué en un papier ordinaire.

Par contre l’arrêté du 6 mars 1928 reprend les dispositions de l’arrêté du 31 mai 1902 relatives aux cas de fraude, de tentative de fraude ou de vice de forme. La jurisprudence applicable aux cas de fraude est celle qui a été créée par l’article 41 du décret du 21 juillet 1897, et qui les a soumis à la juridiction disciplinaire (2) du Conseil de l’Université (3). Les cas de vice de forme relèvent de la compétence du Recteur et du Ministre de l'Education nationale. Les notes données par les examinateurs, tant aux épreuves écrites qu’aux épreuves orales, ne sont susceptibles d'aucune révision. Ni dans la réglementation actuelle, ni dans aucune des réglementations antérieures, aucun texte ne réserve au candidat le droit d’exiger, ni même de solliciter, une nouvelle correction de ses compositions ou une deuxième interrogation (4). Seul le Recteur, a qui il appartient de valider les décisions du jury, à le droit d’en suspendre l’effet en refusant de viser les certificats d'aptitude sur lesquels le jury a consigné, avec les notes obtenues par les candidats, le résultat de ses délibérations (5). Mais il ne peut le faire que pour cause de vice de

(1) Cf. Arrêté du 6 mars 198, modifié par l'arrêté du 6 octobre 1931, art. 17: « Le Ministre peut autoriser les recteurs qui en font la demande à déléguer leur signature à un inspecteur d’Académie ».

(8) Cf. Arrêté du 6 mars 1928, modifié par l'arrêté du 6 octobre 1931, art. 8. — L'action disciplinaire est indépendante de l’action publique. Aux termes de la loi du 23 décembre 1901: « Toute fraude commise dans les examens et les concours publics qui ont pour objet l’entrée dans une administration publique ou l'acquisition d’un diplôme délivré par l'Etat, constitue un délit. Quiconque se sera rendu coupable d’un délit de cette nature, notamment en livrant à un tiers ou en communiquant sciemment, avant l'examen ou le concours, à quelqu’une des parties intéressées, le texte ou le sujet de l’épreuve, ou bien en faisant usage de pièces fausses, telles que diplômes, certificats, extraits de naissance ou autres, ou bien en substituant une tierce personne au véritable candidat, sera condamné à un emprisonnement de un mois à trois ans et à une amende de 100 francs à 10.000 francs ou à l’une de ces peines seulement.

« Les mêmes peines seront prononcées contre les complices du délit.

« L'article 463 du code pénal est applicable aux faits prévus par la présente loi. L'action publique ne fait pas obstacle à l’action disciplinaire dans tous les cas où la loi a prévu ceîte dernière »,

(3) Cf. Ibid, art. 14.

(4) A plus forte raison, ni les candidats, ni leurs parents, ni leurs professeurs n’ont le droit de demander communication des compositions corrigées. Dans plusieurs Académies on communique leurs notes à tous les candidats ajournés. Aucun texte ne fait obligation aux Facultés d’appliquer cette mesure.

(5) Cf. Arrêté du 6 mars 1998, art. 16.

forme, et il doit exposer les motifs de son refus au Ministre de l'Education nationale dans un rapport spécial. Légalement toute réclamation relative à l’examen, qui n’est pas justifiée par la violation d’une disposition législative ou réglementaire, c’est-à-dire par un vice de forme, est donc irrecevable (1).

Le décret du 7 août 1927 réédite, dans les mêmes termes que le décret du 31 mai 1902, les mesures destinées à assurer la concordance entre les études et l’examen et à maintenir les épreuves au même niveau dans les diverses Universités (2) : envoi de sujets identiques par le Ministre dans toutes les Académies (3), communication à une commission composée de membres des Comités consultatifs de l’enseignement supérieur et de l’enseignement secondaire publics, des rapports des Doyens sur les sessions accompagnés des séries de compositions, rapport d'ensemble fait au Ministre par cette commission, indiquant les observations susceptibles d’être utilement portées à la connaissance des jurys, comparaison des résultats obtenus à plusieurs années d’intervalle.

Le décret du 7 août 1927 n’apportait aucune prescription (4) ni sur l’âge requis pour être admis à se présenter à l’examen (5), ni sur la procédure à appliquer aux candidats désireux de subir les épreuves de plusieurs séries, ni sur la composition des jurys (6). Ces lacunes ont été comblées par le décret du 14 janvier 1928 qui stipule que nul ne peut, sauf le cas de dispense, se présenter à la première partie s’il n’est âgé de seize ans accomplis au 1° novembre de l’année de l’examen, par les décrets des 22 février 1929 et 26 février 1932 qui règlent la situation des candidats inscrits à deux ou plusieurs séries, soit à la même session, soit

(1) Cf. Arrêt du Conseil d'Etat du 18 novembre 1926.

(8) Cf. Décret du 31 mai 1902, art. 13 et 14, et Décret du 7 août 1987, art. 9 et 10.

(3) Cette mesure, que seul Duruy avait appliquée, n’a été prise que pour la première session de 1930.

(4) 11 en laissait, aux termes de l'article 23, le soin à un arrêté spé- Cial. Mais l'arrêté du 6 mars 1928 pris en vue de fixer toutes les modalités nécessaires pour l'exécution du décret du ? août 1927 ne régla avec précision aucune de ces questions.

(b) Sous le régime de 1902, l’âge prescrit était de seize accomplis au moment où le candidat se présentait à la première partie. Il n’était accordé aucune dispense dépassant le délai d’une année, Les demandes de dispense, établies sur papier timbré, devaient être adressées par les parents du candidat au Ministre mais envoyées au recteur qui les instruisait. Elles étaient ensuite examinées par le Comité consultatif de l’enseignement publie, puis soumises au Ministre qui statuait, La circulaire du 84 mai 192 transféra du Ministre aux recteurs le soin de statuer. « La dispense d'âge, ajoute cette circulaire. est une faveur qui ne peut être accordée qu'au mérite dûment constaté. Elle est d'autant plus difficile à obtenir que le candidat est plus jeune. Il n’est accordé qu'exceptionnellement des dispenses dépassant une année ». à |

60 L Arrêté du 6 mars 1928, art. 12, indiquait seulement le nombre des membres du jury pour chaque série en précisant que l’un des membres au moins devait appartenir à l’enseignement supérieur,

à des sessions successives (1), par le décret du 6 mars 1928 qui

énumère les catégories des membres des Facultés ou des grands établissements scientifiques et dés professeurs ou anciens professeurs de l’enseignement secondaire public dont les jurys doivent être composés (2). D’autre part, le décret du 1° septembre 1930 fixa le taux de la rénumération allouée aux examinateurs appartenant à l’enseignement secondaire (3), qui depuis 1902 avait varié entre 0 fr. 50 centimes et 2 francs par copie et par interrogation et qui passa à la somme raisonnable de 5 francs (4). Enfin la loi du 11 juillet 1931 créa, au bénéfice des Universités, une rétribution spéciale de 50 francs exigible des candidats pour frais matériels d'examen (5). Les droits à percevoir que le dé-

(1) Cf. la Circulaire par laquelle, le 2 mars 1932, le Ministre, M. Roustan, commente et précise les dispositions du décret du 26 février 1932.

(8) Ce décret-fut pris à la suite du refus concerté de siéger dans les jurys opposé, en juin 1927, par les professeurs de lycée, agrégés ou docteurs, à qui aucun texte officiel ne faisait obligation de participer aux examens du baccalauréat. I1 à été modifié sur un point seulement par le décret du 13 août 1931 qui transfère du Ministre aux recteurs le soin d'arrêter définitivement, chaque année, la liste des professeurs de l’en seignement secondaire public, appelés à faire partie du jury. Les membres de l’enseignement supérieur continuent à être désignés par les doyens des Facultés intéressées.

(3) Jusqu'en 1927, les chefs de travaux et les assistants, en l'absence de tout texte explicite, furent indemnisés, comme les professeurs de lycée, pour leur présence dans les jurys du baccalauréat. La circulaire du 24 avril 1928 leur faisant application des dispositions du décret du 6 mars 1928 a fait rentrer dans le service normal des chefs de travaux et des assistants, comme dans celui des autres membres de l’enseignement supérieur, leur participation au baccalauréat.

(4) Ce décret fixe, en même temps, la rémunération des reviseurs du brevet de capacité colonial et des examinateurs de tous les examens et concours d'enseignement supérieur. Il à été malencontreusement, comme nous le montrerons plus loin, modifié par le décret du 23 mai 1934 qui, imposant aux professeurs de l’enseignement secondaire les fonctions d’examinateur comme charge normale d'emploi, leur supprime tout droit à indemnité supplémentaire pour leur participation aux épreuves orales et ne maintient la rétribution de 5 francs par copie que pour les compositions que l’organisation de l'examen les oblige éventuellement à corriger en sus de 12 compositions par jour ouvrable.

(5) Les modalités de perception de cette rétribution dont sont dispensées les familles des candidats bénéficiaires de bourses ou de fractions de bourses nationales (les anciens boursiers d’externat ont été supprimés comme conséquence de la gratuité) sont fixées par la circulaire ministérielle du 27 juillet 1931. — Profitant des ressources ainsi mises à la disposition des Universités par la loi du 11 juillet 1931, M. Mario Roustan, Ministre de l’Instruction publique, a prescrit, dans une circulaire adressée aux recteurs le 6 août 1931, de créer, après consultation des Conseils d’Université, dans chaque Académie où le nombre des candidats au baccalauréat l’exigerait, un service spécial destiné à améliorer les conditions matérielles de l’examen. Le Ministre citait, comme modèle, le Service que l’Université de Paris, à la demande de M. Maurain, doyen de la Faculté des sciences, et Delacroix, doyen de la Faculté des lettres. et conformément au vœu émis, le 14 mars 1930, par la Commission chargée d'étudier les questions se rattachant au baccalauréat, avait organisé, en octobre 1930, sous l'appellation alors à la mode d'Office central du Baccalauréat, et qui, placé sous la direction de l'inspecteur d’Académie, M. Bénaerts, assisté de l'inspecteur d’Académie honoraire, M. Maurellet, avait donné, dès sa mise en fonctionnement lors de la deuxième session de 1930, les meilleurs résultats. La création de cet Office fut cependant. à l'occasion de la nomination du successeur de M. Bénaerts, en’ juin 1934, attaquée comme illégale devant le Conseil d'Etat par le Secrétaire général du syndicat des secrétaires et commis des Facultés, parce qu'elle n avait pas

cret du 45 décembre 1902 avait fixés à 45 francs pour la première partie et à 85 pour la seconde (1), et qui, en 1923, avaient été majorés de 5 francs (2), étaient ainsi portés à 100 francs pour les épreuves de l’une et à 140 francs pour les épreuves de l’autre partie. La somme totale à verser pour être admis à subir les examens de bachelier, de l’enseignement secondaire, qui avait été fixée à 60 francs en 1809, a donc mis 122 ans pour être portée au coef-

ficient 4 (3).

it l’obj ‘une délibération spéciale de la part du Conseil de l’Univer- Eté ur re de la part die Ministre de J'Instruction publique. Après arrêt rendu par le Conseil d'Etat le 29 janvier 1936 et délibération régulièrement prise par le Conseil de l’Université le 4 février 1936, un arrêté du Ministre de l'Education nationale a légalement créé cet organisme, le 17 mars 1936, et lui a donné la dénomination que prévoyait la circulaire du 6 août 1931 et qui seule répondait à son véritable rôle, de Service Centra des Examens du Baccalauréat de l'Enseignement secondaire. (Cf. sur le fonctionnement de ce Service un article très documenté de M. Robert- Pimienta, apud Le Temps, 20 et 30 juillet 1936.)

(1 Le décret du 15 décembre 1902, qui, nous l’avons vu, avait majoré de 5 francs les sommes à percevoir sur les candidats au baccalauréat (sous le régime de 1890 les candidats versaient 40 francs pour la première partie et 80 pour a seconde) fixait la répartition de ces sommes de la façon suivante : Première partie : examen : 35 francs (au lieu de 30), certificat d'aptitude : 10 francs. Deuxième partie: examen: 35 francs (au lieu de 30), certificat d'aptitude : 10 francs, diplôme : 4 francs. Total pour les deux parties de l'examen : 130 francs (au lieu de 120). Lors de chaque consignation, le candidat avait aussi à débourser 0 fr. 50 pour le timbre de la quittance. En outre les candidats, en vertu de l’article 6 du statut du 7 août 1812, continuaient à verser la somme de 2 francs pour le loyer de robe qu'ils donnaient à l’appariteur de la Faculté, soit en s'inscrivant, soit en rentrant dans la salle d'examen. Cette tradition fut supprimée par le décret du 26 février 1907. Lorsque le candidat était ajourné pour la première partie, il lui était remboursé la somme de 10 francs et, pour la deuxième, la somme de 50 francs. Tout candidat — et cette clause qui figurait dans les décrets antérieurs est rappelée par tous les décrets postérieurs — qui, sans excuse jugée valable par la Faculté (par le jury, précisera l’article 50 de la loi de finances du 30 juin 1923) ne répond pas à l'appel de son nom le jour qui lui a été indiqué pour l'examen est renvoyé à une autre session et perd le montant des droits qu'il a consignés. Enfin, sur la demande formulée par le candidat, le Ministre pouvait lui faire rembourser la somme qu'il avait versée, s’il avait obtenu la mention très : bien. C’est pour maintenir le principe de cette excellente tradition fâcheusement interrompue par une application trop stricte de la loi de finances de 193 que le Conseil de l’Université de Paris, à la demande de son président, M. Charléty, recteur de l'Académie, a pris une délibération autorisant le directeur du Service central des examens du baccalauréat à remettre, au nom de la Faculté intéressée, à chaque candidat recu avec la mention très bien un ou plusieurs volumes d’une valeur sensiblement égale à la somme versée pour droits d'examen.

(2) C'est-à-dire 50 francs pour la première partie et 90 pour la seconde, mais sans Spécifier si la majoration porte sur l'examen, sur le certificat d'aptitude où sur le diplôme, En outre. l'article 50 de la loi de finances du 30 juin 193 décide au'il n’est plus accordé aucun remboursement de droit en cas d'échec à l'examen ëêt que le candidat qui justifie sa défaillance à l'examen par une excuse jugée valable par le jury peut obtenir le remboursement de la somme versée ou son admission à valoir en vue dé la prochaine session. Par défaillance à l'examen, il faut entendre que le candidat n’a fait, à aucun moment, acte de présence. Aucun motif susceplible de justifier le remboursement de la somme versée pour frais matériels de l'examen et encaissée au profit du budget de chaque Uni-

versité n’est prévu ni par la loi du 11 juillet 1931, ni l i interprétative du 27 juillet 1931. MR PM

(3) On trouvera, aux Annexes, ces textes avec d’autres textes plus récents tels que le décret du 2 octobre 1931, le décret du 25 août 1033, l'arrêté du 6 octobre 1931 et les circulaires des 19 et 21 février 1934.

Telle est, amendée et complétée par les textes que nous venons d'analyser, la charte du baccalauréat actuel. Mais le décret du 7 août 1927, dans la longue série des transformations que le baccalauréat à subies et dont nous avons essayé de dégager les traits essentiels, n’en marque sans doute pas la dernière étape. Le régime qu’il à institué comptera bientôt dix années d’existence (1). Les critiques qu’on commence à lui adresser sont à peine moins violentes que celles qui furent le lot des autres régimes (2). Le baccalauréat « tient une telle place dans nos mœurs qu’il semble avoir partie liée avec l'actualité » (3). Et l’actualité est faite de mouvant bien plus que de stable. Les problèmes pédagogiques et sociaux que soulève l’existence de cette vieille institution universitaire, les passions individuelles et collectives que provoque, deux fois l’an, son fonctionnement suffiraient, sans même avoir besoin de recourir aux lumières du passé, pour permettre de pronostiquer non seulement que tôt ou tard une nouvelle réforme s’imposera, mais aussi dans quel sens elle se fera. Notre conclusion en laissera peut-être deviner les grandes lignes, en respectant toutefois les règles de la sagesse qui recommandent de ne point donner comme certitude ce qui, tout en paraissant s’imposer comme logique et nécessaire aujourd’hui, ne doit être considéré que comme simple probabilité pour demain.

(1j Il est entré en vigueur à la session de juillet 1929.

(8) Cf. notamment : 10 Les Gaietés du Baccalauréat, éditions Montaigne 1931, où l’auteur, G. Peticlaude, continue la manière satirique de Gebhart et de M. Bouasse; 20 l’article publié par M. Henri-Robert, bâtonnier de l'Ordre des avocats du barreau de Paris, dans Le Journal (27 juillet 1935) et la réponse très pertinente de M. Louis Rocher, professeur agrégé au lycée Janson de Sailly, parue dans le même quotidien, le 21 septembre 1935; 39 dans Zxcelsior (septembre 1935) l'enquête de M. Paul Allard. qui provoqua une vive réaction dans les journaux, bulletins ou revues universitaires et dans les réunions Corporatives des professeurs de l’enseignement secondaire. Nous nous contenterons d'examiner les critiques que vient de faire au baccalauréat une science nouvelle, la docimologie.

(3) Cf. Hippolyte Parigot, Le Baccalauréat, apud Le Temps, 30 mai 1936.

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