LE PROGRAMME ET LE RÈGNE DU MANUEL LA RÉFORME DE VICTOR COUSIN
Le décret organique de l’Université impériale du 17 mars 1808, en instituant le grade de bachelier, déterminait en ces termes les conditions nécessaires pour l’obtenir : « Répondre sur tout ce qu’on enseigne dans les hautes classes des lycées » (1). Par les hautes classes des lycées, il faut entendre la rhétorique et la philosophie, comme l’explique d’ailleurs le statut du 16 février 1810 : « Les aspirants au baccalauréat seront interrogés sur les matières enseignées dans les classes de rhétorique et de philosophie » (2). Or, le programme de ces deux classes était des plus simples. Le professeur de rhétorique faisait deux leçons par semaine, de deux heures chacune. Il indiquait aux élèves les meilleurs auteurs français et dirigeait leurs lectures de manière à leur donner les notions principales de l’histoire. Dans la liste des auteurs on trouve l’Adrienne de Térence, à côté du Misanthrope de Molière, l’Art Poétique d’Horace avec celui de Boileau, Tacite auprès de Montesquieu, le vi chant de la Henriade à côté du vi° de l’Enéide, le Petit-Carême de Massillon et les Oraisons funèbres de Bossuet à côté des plus belles harangues de Cicéron. On n'avait pas voulu supprimer les auteurs d’un goût moins pur, quand des beautés réelles se mêlaient à leurs défauts. Ainsi des fragments de Sénèque et de Lucain étaient lus tour à tour avec quelques morceaux choisis de Fontenelle et de Thomas. « C’est dans cette classe que le talent des élèves devait briller de tout son éclat. Les narrations, les vers latins et même français, les compositions oratoires, tout était mis en usage pour former le style, en donnant de la justesse à l’imagination et de l’abondance à la pensée » (3). On recommandait aux élèves la lecture attentive du Traité des études par Rollin et des Principes
(1) Cf. Décret du 1? mars 1808, art. 19. (2) Cf. Statut du 16 février 1810, art. 17.
(3) Cf. Kilian. Tableau Historique de l'Instruction Secondaire en France, Paris 1841, p. 106.
généraux des belles-lettres par Domairon. Mais, en fait de mathématiques, les élèves de rhétorique ne recevaient que deux leçons par Semaine, qui duraient une heure chacune, dans lesquelles le professeur «leur montrait la trigonométrie plane et les exerçait à l’arpentage et au lever des plans » (1). Le professeur de philosophie donnait quatre leçons par semaine, de deux heures chacune, sur les principes de la logique, de la métaphysique, de la morale, et sur « l’histoire des opinions des philosophes ». Et le professeur de sciences physiques enseignait aux élèves de philosophie, en deux leçons de deux heures par semaine, les éléments de la physique et de la chimie (2). Il n’existait encore aucun traité méthodique de philosophie. Le programme y suppléait en recommandant la lecture approfondie des meilleurs ouvrages anciens et modernes (3). Comme l'initiative de l’examinateur n’était limitée par aucune énumération précise des disciplines et des parties du programme sur lesquelles aurait dû porter obligatoirement l’examen, l’épreuve se réduisait la plupart du temps, comme nous l’avons déjà dit, à l’explication orale d’un texte.
Le statut du 13 septembre 1820 apporta des changements con- Sidérables. L’épreuve restait exclusivement orale, mais elle devait désormais porter sur toutes les matières d'enseignement de toutes les classes supérieures, philosophie, rhétorique et humanités (4), y compris le grec qu’on venait d'introduire dans les programmes des collèges royaux. Le 13 mars 1821, le Conseil royal présidé par le baron Cuvier, y ajouta non seulement l’histoire et la géographie, mais encore les éléments des sciences mathématiques et physiques à titre facultatif jusqu’au 1" octobre
1893 et à titre obligatoire à partir de cette date (5).
(1) Cf. Statut du 16 février 1810, art. 17.
(2) Cf. Règlement sur l’enseignement dans les lycées, du 19 septembre 1809, art. 15.
(3) Parmi les anciens : les Dialogues de Platon ; les Analytiques d’Aristote ; les Traités philosophiques de Cicéron.
Parmi les modernes : le de Augmentis scientiarum et le Novum organum de Bacon ; le Discours de la Méthode et les Méditations de Descartes ; le chapitre de Pascal sur la Manière de prouver la vérité et de l’exposer aux hommes ; la Logique de Port-Royal ; l’Essai sur l'entendement humain de Locke ; les Nouveaux essais sur l’entéendement humain et la Théodicée ile Leibnitz ; Recherche de la vérité et Entretiens métaphysiques, de Malebranche ; de l’Existence de Dieu, de Fénelon ; de l'Existence de Dieu, de Clarke ; la Logique de Wolff ; l’Introduclion à la philosophie, de S. Gravesende ; Principe du droit naturel, de Burlamaqui ; Traité des systèmes, l'Art de penser, la Logique de Condillac ; Lettres à une princesse d'Allemagne, d'Euler ; Essai analytique sur les facultés de l’âme, de Charles Bonnet.
(4) Cf. Statut du 13 septembre 1820, art. 8.
(5) Cf. Règlement du 13 mars 1821, art. 3, 5. — L'article 4 prescrivait, sans doute pour donner à l'épreuve à la fois plus d'appareil et moins de danger, que à compter du 1 octobre 1823 l'examen sur la philosophie se ferait en latin. Pour le grec, les mathématiques et la physique, comme l’enseignement de ces disciplines était d’une date trop récente, un arrêté du 9 février 1830 permettait aux candidats d’être dispensés d’en subir les épreuves s'ils” pouvaient prouver qu'ils étaient en cours d’études avant 1824.
Il semble que l'organisme des programmes du baccalauréat fût, dès ce moment, complet. D'autant plus que le 4 septembre 1821, un statut général comprenant deux cent quarante-quatre articles venait de régler les études des collèges (1). Cependant, c’est à partir de 1821 que le baccalaauréat ira se compliquant sans cesse. De son développement, 1830 et 1840, marquent les premières étapes que nous-allons d’abord examiner (2). Chaque fois qu’un enseignement nouveau vient enrichir les programmes scolaires, l’examen grossit et se charge d’autant. « Vous rappelezvous, écrivait plaisamment Ernest Bersot, le 28 février 1857, cette page où Rabelais raconte comment un procès grandit ? C’est d’abord un sac informe, puis, par les soins des gens de justice, il lui pousse une tête, une queue, des oreilles, des dents, des pattes et des griffes, spectacle très réjouissant ! Enfin, il devient un animal parfait. On pourrait, si on voulait, prendre un
(1) D’après ce statut, en troisième « le professeur explique, dans les classes du matin un choix de Salluste et de Tacite, un choix de moralistes latins, un choix de moralistes grecs ; dans les classes du soir, un choix de l'Enéide et de l’Iiade. L'étude de l’histoire du moyen âge appartient à cette classe ; elle a lieu le lundi, le mercredi et le vendredi... On continue à exercer les élèves sur la versification latine, et on leur fait apprendre par cœur un choix de poètes français analogue aux poésies latines qui ont été expliquées. Les thèmes donnés aux élèves le mardi et le samedi, entre les deux classes continuent d’être relatifs aux éléments des sciences naturelles.
En seconde, le professeur explique, dans les classes du matin, un choix des Harangues de Cicéron et un choix de l'Iliade ; dans les classes du soir, un choix d’Horace et de l’Enéide. L'étude de l’histoire moderne proprement dite appartient à cette classe. Le professeur s'attache -particulièrement à l’histoire de France. On commence, dans cette classe, à préparer les élèves à la rhétorique, en leur faisant connaître les figures, et en les exerçant à composer des narrations en latin et en français.
En rhétorique, le professeur explique, dans les classes du matin, le Conciones e veteribus historicis excerptae, un choix des Oraisons de Cicéron et un choix des Harangues de Démosthène ; dans les classes du soir, un choix de Conciones poeticae, et un choix des poètes tragiques grecs. Dans le premier mois le professeur enseigne les préceptes de l’éloquence et les règles de tous les genres d'écrire. Il fait apprendre par cœur aux élèves, des morceaux choisis d’orateurs et de poètes dramatiques français. L'ordre des devoirs est ainsi réglé : lundi soir, vers latins, dont la correction a lieu le mercredi soir ; le mercredi matin, discours français, qui doit être corrigé le samedi matin ; le mercredi soir, version latine, qui doit être corrigée le vendredi soir ; le vendredi soir, version grecque, qui doit être corrigée le samedi soir; le samedi matin, discours latin. qui doit être corrigé le mercredi matin ».
L'enseignement des sciences était réservé à la classe de philosophie qui comprenait deux années d’études. « Première année. — L'enseignement de cette classe comprend : 1° les deux premières parties de la philosophie, savoir : la logique et la métaphysique ; 20 les mathématiques élémentaires. savoir : l’arithmétique complète, la géométrie, la trigonométrie rectiligne et les premières notions de l'algèbre. Toutes les matinées sont consacrées aux mathématiques élémentaires et tous les après-diners à la philosophie... La leçon de philosophie est donnée en latin. Deuxième année : L'enseignement de cette année comprend la dernière partie de la philosophie, savoir : 1° le cours de morale et du droit de la nature et des gens ; 20 la partie des mathématiques qui comprend la statique, les éléments de l'algèbre, et l’application de l'algèbre à la géométrie ; 30 les sciences physiques, savoir : la physique proprement dite, la chimie, et les éléments de l'astronomie physique ».
.(2) On remarquera que les changements se produisent de décade en décade. Il en sera à peu près de même à partir de 1850.
plaisir de cette sorte, à propos du baccalauréat. On le montrerait à l’état naissant, ensuite s’organisant peu à peu, jusqu’au présent état où il semble qu’il ne lui manque plus rien » (1).
En 1830, l’examen oral ayant été jugé insuffisant, non sans raison d’ailleurs, pour justifier les privilèges attachés au diplôme, un arrêté du comte de Guernon-Ranville, Ministre des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique, inaugure le système des épreuves écrites. « Indépendamment des épreuves usitées jusqu’à ce jour, prescrit cet arrêté, tout candidat au baccalauréat ès lettres sera tenu d’écrire instantanément un morceau en français, soit de sa composition, soit en traduisant un passage d’auteur classique » (2). La même année le duc de Broglie, devenu Ministre de l’Instruction publique et des Cultes, abroge l’article 4 de l’arrêté du 13 mars 1821 pour remplacer l’examen de philosophie en latin par un examen en français et nomme une Commission chargée de choisir les questions sur lesquelles portera l’examen pour cette discipline (3). Le programme rédigé sous l’inspiration de Victor Cousin et comprenant quarante-deux articles, est notifié aux Facultés, le 28 septembre 1832, par un arrêté du Ministre, le baron Girod (de l’Aïn) (4).
Pendant plus de huit ans, aucun changement susceptible de modifier les épreuves du baccalauréat ne se produisit dans les programmes. Le statut du 3 avril 1830 promulgué par le Ministre de Guernon-Ranville et les arrêtés pris en 1833 par Guizot, Ministre de l’Instruction publique, avaient accompli une réforme importante en introduisant, dans toutes les classes, l’un l’enseignement des langues vivantes (5), et les autres, l’enseignement des
1) Cf. Ernest Bersot. Lettres sur l'Enseignement, Deuxième lettre, Paris, Hachette, 1857, p. 3. é
(2) Cf. Arrêté du 9 février 1830, art. unique.
(3) Cf. Arrêté du 11 septembre 1830, art. 1, 2, 3. De cette commission firent partie Villemain, Cousin, le baron Thénard, Cuvier et Poisson. Ces noms étaient une garantie de la direction libérale et savante qui allait être donnée à l’enseignement public.
(4) Cf. Arrêté du 288 septembre 1832. Ce programme obligatoire pour les examens du baccalauréat et pour l’enseignement des collèges contenait cinq parties : Introduction, Psychologie, Logique, Morale et Théodicée, Histoire de la Philosophie.
(5) Ce statut reprenait en les précisant et en les étendant à toutes les classes, les dispositions de l'ordonnance du 26 mars 1829 (ministère de Vatimesnil) et de l'arrêté du 15 septembre 1829 (ministère baron de Montbel) qui avaient décidé que l’enseignement des langues vivantes serait donné dans les classes de cinquième, quatrième et troisième sous la surveillance d’un maître d’études (on devine pourquoi). Le 12 mars 1838, le Ministre de Salvandy, ayant constaté que le statut du 3 avril 1830 n'était pas appliqué dans toute sa rigueur, décidait que tous les élèves, en sortant des collèges de l’Université, devaient connaître non seulement le grec et le latin « ces deux grands éléments de toute éducation libérale » mais aussi « l’une de ces quatre langues : l’allemand, l'italien, l'espagnol ou l'anglais, qui toutes confinent à l’une de nos frontières et qui apportent avec elles une littérature, une philosophie, une histoire ». Et le Ministre ajoutait : « Si l’enseignement scientifique rencontre des obstacles sérieux et soulève de légitimes objections lorsqu'il s’agit de
sciences (1). Mais cette réforme n’affectait que le plan d’études des collèges royaux.
À partir de 4840, nous assistons à des innovations importantes (2). Le 21 février 1840, le Ministre Villemain ajoute au programme de la classe de philosophie, une leçon d'histoire natu- ‘relle et une lecon de chimie, par semaine, en plus des deux lecons de physique (3). Le 14 juillet 4840, son successeur, Victor Cousin, substitue à la composition française ou à la traduction d’un passage d’auteur classique, en quoi l’arrêté du 9 février 1830 avait fait consister l’épreuve écrite, « une version latine de la même force et de la même étendue, que celles qui se donnent en rhétorique » (4): réforme excellente, dit Gréard, « aucune épreuve ne pouvant mieux permettre de constater le savoir acquis, l'intelligence et même le talent » (5). Mais pour réaliser cette amélioration, le Ministre avait été obligé de mettre un frein aux exigences de certaines Académies qui ne réclamaient pas moins de trois, quatre et cinq épreuves écrites. Ne voulant pas trop heurter le mouvement des esprits, mais décidé à rehausser le niveau de l’examen, Victor Cousin augmenta l’importance de cette composition unique en lui donnant un caractère éliminatoire.
« Toutes les Académies, écrit le Ministre dans sa circulaire du 17 juillet 1840 relative au nouveau règlement du baccalauréat ès lettres, ont été unanimes pour demander qu'il y eût des épreuves écrites. Toutes ont pensé que la composition était, au baccalauréat comme au Collège, l’indice le plus sûr de la capacité d’un candidat. Trois Académies proposaient cinq compositions
le faire descendre jusqu’à l'enfance, l'étude des langues ne présente nullement les mêmes difficultés et les mêmes inconvénients. Elle plaît à l'esprit, elle le développe, elle le féconde, elle le rend habile à recevoir toutes les instructions ; elle aide et complète le travail de l'intelligence, de l’imagination de la mémoire, appliquées à l'étude des langues classiques. Par un arrêté du 21 août 1838, il rendit l’enseignement d’une langue vivante obligatoire dans tous les collèges du royaume, pour tous les élèves depuis la cinquième jusqu'à la rhétorique inclusivement. +
(1) Cf. Arrêtés des 18 octobre et 5 novembre 1833.
(2) Déjà Villemain dans sa circulaire du 1? septembre 1839 avait demandé que l’étude des auteurs français ne fût pas un simple exercice de lecture et de mémoire : « Elle doit, disait-il, être accompagnée de toutes les observations qui peuvent initier les enfants au génie de la langue française, à l'intelligence exacte des termes propres ou figurés, au discernement des expressions les plus pures, à l’analyse des tournures les plus élégantes, et en leur faisant comprendre l’enchainement des idées, les préparer par la connaissance des modèles, à s'exprimer avec justesse et correction dans leur langue maternelle ». Et dans une autre circulaire datée du 1x décembre 1839, il prescrivait d'interroger, dans les examens du baccalauréat ès lettres sur des textes complets, et non sur des passages connus d’avance et qui étaient les mêmes pour tous les candidats.
(3) Cf. Arrêté du 21 février 1840, art. 3.
(4) Règlement du 14 juillet 1840, art. 15. L’articl ee article 17 fixe la durée de cette
(5) Cf. Gréard. Education et Instruction, Ensei éri i Hachette 1887. p. 171. , Enseignement supérieur, Paris
différentes ; six Académies, quatre compositions ; treize Académies, trois compositions ; cinq Académies, deux compositions. Tout bien pesé, je me suis décidé à ne demander qu’une seule composition, une version latine, mais à peu près de la même force et de la même étendue que les versions latines qui se donnent en rhétorique. [1 m’a paru que, s’il ne faut pas ouvrir trop aisément l’entrée aux carrières libérales de la société, il n’est pas juste non plus de rendre cette entrée d’un accès trop difficile. Trop de rigueur ou trop d’indulgence serait ici une faute égale, et qui pourrait avoir de graves conséquences. De toutes les épreuves écrites, la version latine est celle qui met le mieux en lumière la capacité réelle des candidats. Une version latine bien faite témoigne suffisamment de cette connaissance solide de la langue latine, sans laquelle il ne peut y avoir de fortes études de médecine et de Jurisprudence ; c’est aussi une page de français dans laquelle on peut reconnaître si le candidat sait écrire sa langue avec la pureté, la clarté et l’élégance, qui répondent elles-mêmes d’une bonne culture intellectuelle. Une seule composition, Monsieur le Recteur, sera donc exigée, mais elle sera la condition indispensable d'admissibilité aux autres épreuves, comme cela se pratique dans le concours d’agrégation de grammaire. En effet, quand on n’a pas su en deux heures, et avec un dictionnaire, traduire convenablement en français une page de latin, il est superflu d’être interrogé sur des textes de Cicéron et d’Horace, de Virgile et de Tacite. Il n’y a donc qu’une seule épreuve écrite, mais cette épreuve sera décisive ».
Les épreuves orales comprenaient deux parties distinctes : l’explication des textes et les interrogations (4). Dans l’explication des textes, le Règlement du 14 juillet 1840 fait, pour la première fois, une place aux classiques français. « Puisqu’au Collège, écrit Victor Cousin, on étudie les grands maîtres de la littérature française, il convient que cette étude soit représentée au baccalauréat. On y considèrera les chefs-d’œuvre de notre langue sous un point de vue littéraire et même philologique, comme on le fait pour les chefs-d’œuvre de l’antiquité. Je compte sur cette mesure pour affermir et accroître dans nos Ecoles la connaissance et le respect de la langue nationale, de cette langue qui se prête à l’expression de toutes les pensées, quand elles sont justes et vraies, et qui ne repousse que l’exagération et le faux dans les sentiments et dans les idées ».
(1) Pour ces deux épreuves Victor Cousin maintient le système du tirage au sort en usage depuis le règlement du 13 mars 1821 : « Avant l'épreuve il est déposé dans une urne autant de boules qu’il y à de numéros, et les boules extraites successivement de l’urne par le candidat, et présentées par lui au président, indiquent, pour chaque explication grecque, latine et française, l’auteur sur lequel elle doit porter » (art. 21). C’est aussi par la voie du sort qu'étaient désignées les questions orales de la troisième épreuve (art. 22).
Quant au programme des questions littéraires, Victor Cousin exige qu’il garde une juste mesure entre les questions de la rhétorique ancienne et les questions générales mais trop vagues où s’égaraient les programmes de quelques Académies. « Les cours de rhétorique du x1x° siècle, fait-il observer, doivent être de véritables cours de littérature ; ils ne peuvent avoir pour unique objet de former la jeunesse à l’éloquence antique, par la rhétorique telle qu’elle se trouve dans Aristote, Cicéron, Quintilien. D’autres temps, d’autres besoins. Nos cours d’humanités, pour être dignes de ce nom, doivent initier nos jeunes gens aux préceptes du goût, à l’art d’écrire en général, aux règles, et, jusqu’à un certain point, à l’histoire de la littérature. D’un autre côté, dans notre forme de gouvernement et dans le développement de notre barreau, des études oratoires conviennent à une classe assez nombreuse de citoyens (1) ; et il y a dans la rhétorique ancienne une foule de préceptes qui n’ont pas vieilli. Vous trouverez donc aussi, dans le programme que je vous adresse, des questions tirées des grands maîtres de l’art oratoire dans l’antiquité. Ces considérations vous expliquent suffisamment la pensée de ce programme, qui pourra un jour être encore perfectionné.
Mais il y à ici un écueil que je dois vous signaler, Monsieur le Recteur. Les questions littéraires du nouveau programme forment un ensemble de connaissances diverses que doit posséder tout élève de rhétorique qui a profité des leçons qu'il a reçues ; mais ces connaissances, 1l doit les avoir recueillies successivement dans les deux grands exercices dont se compose une classe de rhétorique, la lecture et l’explication des grands maîtres de l’art d'écrire, et leur imitation par la composition quotidienne. Les préceptes du goût et du style doivent être donnés chaque jour par le professeur dans la correction des compositions et l’explication des auteurs ; Je n’entends pas qu'ils deviennent, sous aucun prétexte, la matière d’un enseignement spécial, qui convertirait les cours pratiques des Collèges en des cours théoriques de Facultés. Je vous prie, Monsieur le Recteur, de vouloir bien prendre cet avis en sérieuse considération, de le porter à la connaissance de MM. les professeurs d’humanités et de veiller à ce que cette prescription soit partout strictement exécutée ».
Au programme de philosophie, qui avait été rédigé en 1830, sous son inspiration, Cousin n'apporte d’autre changement que l'introduction de quelques questions nouvelles de logique, « relatives à cette forme de raisonnement dont on a tant abusé au moven âge, el que depuis, par une réaction extrême, on a trop négligée, à savoir, la forme syllogistique ». Le Ministre estime que « l’art
(1) On remarquera ce souci de former des hommes aptes à
| : : S es à la parole, à cette époque où la tribune et le barreau ne manquaient de nt qui se jetaient à la face des citations latines.
syllogistique est tout au moins une escrime puissante, qui donne à l’esprit l'habitude de la précision et de la rigueur. C’est à cette mâle école, ajoute-t-il, que se sont formés nos pères : il n’y a que de l’avantage à y retenir quelque temps la jeunesse actuelle »
Pour le programme d'histoire, Cousin propose un cadre d’histoire universelle dans lequel on s’attache aux grandes divisions, aux grands résultats, beaucoup plus qu’à des détails. « En géographie, écrit le Ministre, comme en histoire, c’est l’ensemble qui importe ; et il convient de se tenir à une égale distance d’une philosophie de l’histoire qui dégénèrerait en notions systématiques, où les faits réels ne seraient plus reconnaissables, et d’un enseignement détaillé et minutieux qui accumulerait les faits sans ordre et sans lumière, et s’adresserait à la mémoire bien plus qu’à l’intelligence ».
Enfin des améliorations étaient apportées au programme de mathématiques, de physique et de chimie. Ces améliorations s’imposaient d'autant plus que Victor Cousin avait tranché tout à fait la question depuis si longtemps débattue, de l’alliance des études scientifiques et littéraires, non seulement en reportant dans le programme de la classe de philosophie l’enseignement de l’histoire naturelle (1) et de la chimie, mais aussi en supprimant tout enseignément accessoire des mathématiques dans les classes de grammaire et d’humanités (2), contrairement au vœu de ceux qui de-
(1) Cf. Circulaire du 17 juillet 1840 relative au nouveau règlement du baccalauréat ès lettres. « J'aurais désiré, écrit Victor Cousin, y joindre (au programme du baccalauréat) des questions d'histoire naturelle ; car il y à peu d’études qui soient plus instructives et plus attrayantes, plus à la portée de la jeunesse, et plus capables de lui faire comprendre et sentir la divine Providence. Mais vous savez que cet enseignement est transporté, et avec grande raison, pour l’année prochaine de la sixième à la philosophie. Quand il sera parfaitement constitué, il sera convenable de lui faire une place dans l’examen du baccalauréat ès lettres ».
(2) Cf. Circulaire du 27 août 1840. « Deux points, dit Victor Cousin, Sont aujourd'hui mis hors de doute : 1° les portions d’enseignement scientifiques, réparties depuis la sixième jusqu’à la réthorique inclusivement, ne produisent aucun bon résultat ; 2° cet enseignement accessoire, infructueux en lui-même, nuit considérablement aux études classiques. C’est un principe reconnu que les études doivent être proportionnées à l’âge des élèves ; c’est un autre principe également reconnu que, dans un même âge toutes les études doivent êfre analogues pour produire une impression forte et durable. Voilà pourquoi l'expérience générale a placé d’abord les études classiques, si bien appelées humanilés parce qu’elles forment l’homme et cultivent à la fois la mémoire, l'imagination, l’esprit et le cœur. La philosophie, les mathématiques, les sciences physiques et naturelles, doivent venir après ; elles s'adressent à la réflexion naissante (Cousin, on le voit, avait sur ce point les mêmes opinions que de Salvandy). Tel m'a paru le plan vrai et régulier des études du collège. Je n’ai donc pas hésité à supprimer tous les accessoires scientifiques répartis depuis la sixième jusqu'à la rhétorique, afin de fortifier par là l’enseignement classique ; et j'ai rassemblé dans l’année de philosophie tout l’enseignement scientifique, qui alors devient lui-même plus important et plus sérieux... Cependant les classes de mathématiques élémentaires et spéciales continueront d’offrir, à côté de ce collège normal, dés cours particuliers réservés aux élèves qui se destinent aux écoles spéciales. On y pourra arriver, comme cela se fait aujourd’hui, sans avoir achevé les humanités et la rhétorique ; car il importe qu'il y ait dans nos collèges tout ce qui conduit les jeunes gens, non seulement au baccalauréat ès lettres, mais aux écoles spéciales et aux grands services publics. »
mandaient que l’enseignement des sciences fût mieux coordonné entre les différentes classes.
Par sa réforme du baccalauréat ès lettres, Victor Cousin s'était proposé un but : il voulait assurer aux collèges de l’Université une prépondérance certaine dans la vaste concurrence qu'allait leur imposer la liberté d’enseignement dont il pressentait l’inévitable adoption. « Voici maintenant, écrivait, le 1° février 1841, dans leur ordre d'importance et dans leur enchaînement logique, les diverses mesures que j'avais cru devoir prendre dans l’intérêt de l’enseignement national. La première de toutes, la plus indispensable, était la réforme du baccalauréat ès lettres... Il est le terme des études, il les résume, il les juge. Il est le passage du collège à l’instruction supérieure et à la société » (1). Aussi le règlement du 14 juillet, en même temps qu'il modifiait les matières sur lesquelles portait l’examen, interdisait-il les diversités qui avaient été tolérées jusque là dans l’interprétation et l’application des programmes. Le nouveau règlement devait être avant tout rigoureusement et uniformément appliqué à toutes les Facultés et Commissions du royaume, l'identité du programme et de la procédure de l’examen étant considérée par le Ministre comme une forme essentielle de l’unité nationale. Il le fut Jusqu'en 18352. sinon à la lettre (2), tout au moins dans son esprit et 1l est incon-
(1) Cf. V. Cousin, Huit mois au Ministère de l'Instruction Publique, in Revue des Deux-Mondes, 1 février 1841, cf. Jules Simon, La Réforme de l'Enseignement Secondaire, Paris Hachette, 1874, p. 72 : « En 1840, M. Cousin introduit la mention, dans le certificat d'aptitude d’une note sommaire sur la valeur de l’examen. Il comptait beaucoup sur cette innovation, qu'il empruntait à l’Allemagne, et il me répéta alors plusieurs fois qu’il venait de transformer le baccalauréat... C’est sur ce diplôme qu'il voulait qu’on inscrivit la note méritée par le candidat. » Nous lisons, en effet, dans V. Cousin, Mémoire sur l’Instruction secondaire dans le royaume de Prusse, 2e éd. 1837, p. 154 sq. « On ne voudra pas avoir le n° 2, assez bien, c’est-à-dire médiocre, car ce numéro inscrit dans le brevet et présenté aux diverses facultés, sans être une réprobation, est une tache. D'autre part le N° 1 est un bien autre honneur que notre admission pure et simple. Ainsi, pour les aspirants, cette distinction est déjà très utile ; elle ne l’est pas moins pour les juges. L'expérience apprend que tout examen qui se traduit par un oui où par un n0n est toujours superficiel : tandis que, s’il faut marquer des nuances, assigner des rangs, déterminer tel. ou tel degré, alors le juge est obligé d’être attentif, et l'examen devient sérieux. » C’est donc au louable souci de rendre l'examen plus probant que répond l'innovation apportée par l’article 27 du règlement du 14 juil-
let 1840 : « Le jury exprime son opinion sur chaque candidat par 1es mots : très bien, bien ou assez bien, lesquels sont insérés dans le certificat d'aptitude. » Ajoutons que Victor Cousin, persuadé que le niveau
de l’examen dau baccalauréat dépendait de la valeur des études faites dans toutes les classes des collèges, rendit obligatoire pour toutes les classes, à partir de la sixième, les dispositions précédemment adoptées par les arrêtés des ? juillet et ? août 1836 du comte Pelet, des 8 aout 1837 et 29 juin 1838 du comte de Salvandy instituant des examens spéciaux pour l’admission des élèves dans les classes supérieures.
(2) Les seules modifications apporiées à la réforme de Cousin entre 1840 et 1849 eurent pour objet la liste des auteurs français : à diverses reprises Pascal et Voltaire en furent exclus pour y être quelque temps après remis, puis de nouveau exclus. On en devine aisément les raisons C’est ainsi que de Salvandy, ayant décidé, par un arrêté en date du 4 jan-
testable qu’en relevant le niveau du baccalauréat il contribua beaucoup à fortifier les études classiques et à donner plus de variété et d’étendue à l’enseignement dans les classes supérieures des collèges.
Mais, en ce qui concerne l’examen lui-même, la réforme de Victor Cousin se révéla incapable de faire disparaître l’une des principales tares qui en viciait les épreuves depuis plus de vingt ans. Le programme du baccalauréat annexé au règlement du 44 juillet 1840 contenait cinq cents numéros dont cent cinquante pour l'épreuve d’explication et trois cent cinquante pour l’épreuve des questions. S’il y avait, dans un tel système, comme nous l’avons déjà dit, une gêne pour l’examinateur, qui ne pouvait pas sortir du terrain étroit où l’enfermait la question tirée de l’urne, il y avait, par contre, une aisance pour les préparateurs. Une industrie, moins criminelle sans doute, que celle des « passeurs » mais infiniment plus répandue et qui attaquait bien profondément l’existence du baccalauréat, s’était formée dès que le règlement du 143 mars 1821 eût partagé tous les objets des épreuves en séries numérotées : c'était celle des préparateurs et des Manuels. Grâce à cette industrie l’art de préparer à l’examen s’était substitué à l’art d’enseigner la science. Pendant que l’examinateur interrogeait les candidats, il était lui-même examiné, étudié, percé à jour par les préparateurs et les fabricants des Manuels, qui composaient l’auditoire. Les uns et les autres avaient bien vite fait de découvrir ses ruses, de noter ses formules, de deviner ses fantaisies, d’explorer les recoins de l’arsenal où il allait chercher ses meilleures armes. Ce n’était plus la science que ces préparateurs cherchaient à enseigner, c'était la facon de répondre à telle personne. Exercice pénible, qui ne profitait pas à l’esprit, qui lui était même nuisible, mais exercice infaillible ou à peu près. Ainsi à l’aide des Manuels rédigés sous formes de demandes et de réponses — demandes puisées dans le programme avec priorité pour celles qui sortaient le plus fréquemment, réponses rédigées grâce aux notes prises au cours des épreuves et reproduisant ce qui paraissait le plus susceptible de disposer favorablement l’examinateur — les industriels du baccalauréat mettaient, en six mois, un candidat en état de répondre : il ne savait rien au bout de sept mois, ces entraînements calculés pour le moment de la course n’ayant
vier 1847, de réviser et de réduire le programme, publia le 15 janvier 1848 un nouveau programme, caractérisé par la suppression des Provinciales, des derniers chapitres du Siècle de Louis XIV et d'une question de philosophie « la vraie methode philosophique ». Le 25 mars de la même année, son successeur au Ministère de J’Instruction publique, Carnot, rétablissait ce que de Salvandy avait supprimé et introduisait dans le programme d'histoire moderne la révolution française jusqu’en 1814 Le 26 novembre 1849, de Parieu faisait au programme de Victor Cousin les mêmes amputations que de Salvandy.
rien de durable, mais il avait un diplôme pour son argent (1).
En 1838, de Salvandy avait essayé de lutter contre ce genre de fraude, avec des armes, en vérité, bien inoffensives. [Il avait interdit aux chefs d'institutions de faire des cours préparatoires au baccalauréat ès lettres et menacé de poursuites tout individu qui, par une voie quelconque, annoncerait des cours préparatoires (2). Interdiction et menace restées lettres mortes, faute de sanctions prévues par la loi. Villemain avait trouvé autre chose. On publiait chaque année, une liste de passages sur lesquels étaient interrogés les candidats. Villemain décida que les candidats seraient interrogés sur des passages choisis inopinément dans des textes complets (3). Cette mesure, si elle avait été appliquée, aurait rendu moins aisée la tâche des préparateurs et donné quelques chances d’avoir des candidats qui auraient tenu un Viraile, entre les mains, au lieu d’un Manuel, avec la traduction juxtalinéaire des passages le plus souvent demandés.
On est surpris que Cousin, dont le désir de donner au baccalauréat sa valeur était indubitable, n’ait pas poursuivi l’effort de ses prédécesseurs de Salvandy et Villemain. Et l’on ne peut que regretter que, pour apaiser d’injustes méfiances, au lieu de mettre en cinq cents numéros son programme, il n'ait pas mis fin au système absurde du tirage au sort, aussi offensant pour les examinateurs que regrettable pour les candidats distingués, et qui ne pouvait profiter qu'aux incapables sortis des mains habiles des préparateurs et des fabricants de manuels (4). Seuls, en effet,
(1) Cf. Ch. l:enormant, Essais sur l'Instruction Publique, p. 155. « Des jeunes gens qui n’ont même pas suivi un cours régulier d’études sont placés dans un collège, afin d'y accomplir la condition exigée d'un séjour de deux années dans les classes supérieures d’un établissement de plein exercice. Après qu'ils ont ainsi tué le temps pour complaire aux règlements, ils passent aux mains d'entrepreneurs de baccalauréat qui se chargent de mettre, en six mois, l'être le plus inepte en état de répondre aux questions des examinateurs ; et ils réussissent plus souvent qu'ils n’échouent dans leurs entreprises. »
Dans la préface de l’un de ces manuels, édité par la maison Hachette en 1848, nous lisons : « Quand il s’agit de résumer d’une manière substantielle l’ensemble des études classiques et d'offrir aux jeunes gens des réponses précises qui réveillent en quelques mots des souvenirs effacés, il faut être complètement maître de son sujet et en avoir fait, pour ainsi dire, l’affaire de sa vie. Les éditeurs ont done eru qu’un bon Manuel du baccalauréat ès lettres devait admettre autant d'auteurs qu'il présente de grandes divisions, et au’en réclamant le concours de talents éprouvés dans chaque spécialité, ils feraient une publication vraiment utile... Chacun de ces auteurs à fait ses preuves, et peut parler avec autorité des objets de ses constantes études. Ce sont des guides sûrs pour les jeunes gens. Leur travail forme, pour chaque partie principale du programme, autant de traités spéciaux, indépendants les uns des autres, et que les aspirants sont libres d'acquérir isolément, s'ils n’ont pas besoin de les consulter tous ».
(2) Cf. Arrêté du 28 août 1838.
(3) Circulaire Au 1* décembre 1839.
(4) Cousin cependant n'avait aucune sympathie pour ce Système. Victor de Laprade (Cf. Le Baccalauréat et les études classiques. Paris, 1869, p. 69, 7) raconte une anecdote qui, sous la forme pittoresque et drama-
tique que Cousin savait si bien donner à ses épigrammes, renferme la plus cinglante critique du questionnaire et du tirage au sort : « Le caus-
les directeurs et les professeurs des établissements qu’on désignait communément sous le vocable de « boîtes à bachot » ou de « fours à bachot » pouvaient apprécier les avantages d’un régime qui leur permettait de garantir le succès après deux ou trois mois de préparation spéciale. Plusieurs d’entre eux étaient même si sûrs de l'efficacité de leurs procédés qu'ils n’hésitaient pas à traiter à forfait et à n’être payés que si le candidat était recu. Les annonces suivantes que nous avons relevées, parmi beaucoup d’autres, dans la quatrième page du Charivari de 1849, sont le meilleur témoignage de cette transformation du baccalauréat en objet de tractation commerciale. « Baccalauréat. Cours de M. Lespinasse. Traite à forfait. Payable après réception » (1). « Baccalauréat. Cours trimestriel. Traite à forfait. Succès garanti. M. Mondière, rue de la Monnaie, 19, près du Pont-Neuf » (2). « Baccalauréat. Le Large, rue des Maçons-Sorbonne, 7. On ne paie qu'après réception » (3). « Baccalauréat. Garanti en un, 2 ou 3 mois. M. E. S. Duroc, rue de l’Odéon, 25 » (4).
Qu'’une telle industrie dont on trouve encore de nos jours des traces de la survivance ait pu naître, se développer et prospérer au point de provoquer une concurrence qui associait le prix forfaitaire au paiement conditionnel, est la preuve la plus évidente que la réforme de Cousin fut incapable de rendre au baccalauréat sa véritable signification, c’est-à-dire celle d’un diplôme qui fût réellement la sanction des études classiques en même temps que la garantie sérieuse d’une instruction générale lentement et méthodiquement acquise. C’est sûrement aux bacheliers qui sortaient
tique interrogateur était chargé, ce jour-là, de l’histoire : il avait affaire à un excellent élève, déjà quitte des autres parties de l'examen, assuré de plusieurs boules blanches, avec qui, par conséquent, on pouvait jouer un peu sur le programme sans méchanceté et sans péril. « Monsieur, dit le professeur à très haute voix, quelle est la date de la bataille de Villa-
viciosa ? » L'élève tremblant : « Monsieur, je ne connais pas cette bataille. » — « Comment, monsieur, vous ignorez la bataille de Villaviciosa, et vous osez vous présenter à l'examen. » Silence et consternation du
candidat, commencement d’indignation dans l’auditoire, on trouve l’examinateur par trop exigeant et quelque peu féroce. M. Cousin, profondément sérieux regarde son public plongé dans la stupeur ; l’attention dure plusieurs secondes ; puis montrant son manuel avec cette mimique adorable qui n’appartenait qu'à lui : « Eh bien, monsieur, il y a un quart d'heure je n’en savais pas plus que vous. Et j'en suis charmé, car cela aurait tenu ‘dans mon cerveau une place qui pouvait être mieux employée. »
(11 Cf. Le Charivari, 4 janvier 1849. Cette annonce, qui est reproduite 78 fois en 6 mois, fait suite ici à celle du Bal de la Picarde, rue Saint- Denis, 97, et précède une réclame sur la guérison des maladies secrètes, Bureau du Major, rue Montmartre, 109.
(2) Ibid., 4 janvier 1849.
3) Cf. Ibid., 24 janvier 1849. Dans le numéro du 28-29 mai, cette annonce paraît sous, la forme suivante : « M. Lelarge, rue des Maçons-Sorbonne, n° 7, prévient les pères de famille qu'en 2 mois il garantit de faire recevoir leurs fils bacheliers. »
(4) Cf. Ibid., ? février 1849. Précède une réclame de vins de Bordeaux et de Bourgogne à 0 fr. 30 la bouteille et au-delà.
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des mains de ces industriels que pensait Thiers (1) lorsque, le 13 juillet 4844, du haut de la tribune de la Chambre des Députés, à ceux qui proposaient de n’exiger que le baccalauréat de quiconque voudrait fonder un établissement d'enseignement secondaire, il objectait : « On comprend, par exemple, que si on n’exige des aspirants que le premier grade, celui de bachelier, on ne fait pas assez sous le rapport des garanties de capacité. En effet, ce grade est celui que tout le monde prend..., celui qui prouve qu’on a appris un peu de latin, peut-être un peu d'histoire et de philosophie ; mais depuis on a pu oublier tout ce qu’on appris, courir plusieurs carrières, ne réussir dans aucune, et d’aventures en aventures tomber dans celle de l’enseignement. Ce sont ces espèces de gens sans aveu, qui infestent toutes les carrières, et souvent les plus nobles de toutes, qu'il faut écarter surtout de l’instruction publique ».
(1) Thiers était rapporteur du projet de loi sur l’enseignement
Lee . . # £ . L Sec x daire qui avait été voté, le 24 mai 1844, par la Chambre des Fe et Ce à l’approbation de la Chambre des députés, par Villemain, le 10 juin 1844.