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L’ÈRE NOUVELLE DU BACCALAURÉAT ET LA RÉFORME DE FORTOUL

L’abolition du certificat d’études (1) et le droit reconnu aux candidats de se présenter au baccalauréat sans autre condition que celle de l’âge (2) devant la Faculté ou le jury académique de leur choix (3), appelaient nécessairement un complément de garanties. [l fallait concilier le principe de la liberté de l’enseignement avec la bonne marche des études et les intérêts de l’Etat et des familles. Libérer l'examen de ce qui en avait fait jusqu'alors le caractère fondamental et le but essentiel, à savoir la constatation, par l’obligation de présenter un certificat d’études, que le candidat avait suivi toutes ses classes et qu'il en avait tiré quelque fruit ; rendre les épreuves indépendantes de ce contrôle préliminaire pour en faire la vérification exclusive des connaissances du candidat, sans se préoccuper ni du temps qu'il avait mis à les acquérir, ni de la valeur des maîtres qui les lui avaient enseignées (4), c'était courir le risque de délivrer, après un examen

(1) Cf. Décret du 16 novembre 1849, art. 1 : « À dater de ce jour, aucun certificat d’études ne sera exigé des aspirants au diplôme de bachelier ès lettres. » Ÿ

(2) Cf. Arrêté du 26 novembre 1849, art. 1 : « Pour être admis à subir l'examen du baccalauréat devant une Faculté des lettres, il faut être âgé au moins de seize ans. »

(3) Cf. Loi du 15 mars 1850, art. 3 : « Aucun certificat d’études ne sera exigé des aspirants au diplôme de bachelier ou au brevet de capacité. Le candidat peut choisir la Faculté ou le jury académique devant lequel il subira son examen ».

(4) Cf. Le Rapport fait par Beugnot au nom de la Commission chargée d'examiner le projet de loi de 1850 sur l'Instruction Publique : « On prétend maintenir les certificats d’études sous le régime de la liberté en disant qu'il convient que les jeunes gens ne se présentent à l'examen du baccalauréat qu'après avoir suivi réellement, n'importe où, un cours de rhétorique et un cours de philosophie, et que la suppression de ces certificats fera inventer des procédés à l’aide desquels les élèves surchargeront tant bien que mal leur mémoire de ce qui est exigé dans un examen toujours superficiel. Cet abus peut exister. Ce sera au zèle et à la sagacité des examinateurs de pourvoir à sa répression. »

forcément superficiel, un diplôme comportant les prérogatives les plus étendues, à des jeunes gens qui se révèleraient aussitôt après incapables de justifier les espérances que leur succès avait fait

naître.

Pour éviter ce risque, le Ministre de Parieu prit l’arrêté du 26 novembre 1849..« Il est nécessaire, écrivait-il dans les considérants de son arrêté, d'apporter aux règlements existants les modifications qui, d’une part, doivent assurer le libre accès des examens, et, d’autre part, peuvent seules en garantir la sincérité et la moralité dans l’absence du certificat d’études ». Ces garanties de Parieu croyait les trouver dans l’obligation, pour chaque candidat, d’écrire en entier de sa main et de signer de ses nom et prénoms sa demande d’inseription, dans la légalisation de la signature du candidat par le maire de sa commune (1), et dans le contrôle des différentes pièces du dossier par le Recteur (2). En outre, chaque candidat devait, immédiatement avant de subir les épreuves, renouveler sur un registre spécial visé et parafé par le doyen, sa demande signée par lui-même, en présence du secré- : taire chargé de vérifier l'identité de la signature et de l’écriture en les confrontant avec celles de la première demande adressée au Recteur (3).

Comme le règlement du 14 juillet 1840, l'arrêté du 26 novembre 1849 divisa l’examen en trois séries d'épreuves : la composition écrite, l’explication des auteurs grecs, latins et français, les questions orales. La première épreuve consistant en une version latine de la même force et de la même étendue que les versions latines données en rhétorique, demeurait éliminatoire (4). Mais : pour cette épreuve d’une durée de deux heures, au lieu d’être convoqués tous ensemble, les candidats ne devaient être réunis que par séries de vingt au maximum, de telle sorte que, si l’épreuve restait commune à tous les aspirants, le texte à traduire variait suivant les séries (5). La procédure des deux autres épreuves était réglée par le sort (6). Chaque liste d'auteurs et de questions était divisée en un même nombre de numéros. Avant l’épreuve, on déposait dans une urne autant de boules qu'il y avait de numéros, et les boules extraites successivement de l’urne, non plus par le

(1) Cf. Arrêté du 26 novembre 1849,. art. 2.

(8) CL T0; arts

(3) Cf. Ibid, art. 7. Aux termes du même article les candidats devaient être prévenus, chaque fois, des suites que pouvaient avoir pour eux

es fausses signatures ou tout autre fraude dont ils se rendraient coupables, i

(4) Cf. Arrêté du 26 novembre 1849, art. 8, 9, 13. ACT TT ALIAS (GRCAT D Id tartes;

candidat lui-même, comme le voulait le règlement du 14 juillet 1840, mais par le secrétaire de la Faculté et présentées par lui au président du jury d’examen, indiquaient, pour chaque explication grecque, latine et française, l’auteur sur lequel elle devait porter, et, pour chaque question de littérature, de philosophie, d'histoire, de géographie, de mathématiques et de cosmographie, de physique et de chimie, la partie correspondante du programme (1). Le jury était tenu d'exprimer son opinion sur chaque candidat par les mentions : très bien, bien ou assez bien. Cette mention devait figurer sur le certificat d’aptitude, ainsi que la note obtenue dans l’épreuve écrite, les numéros des explications et des questions de l’épreuve orale et la manière dont le candidat y avait satisfait. Les certificats d’aptitude signés par tous les membres du jury, accompagnés des compositions, des procès-verbaux de chaque séance et d’un rapport sur l’ensemble des examens étaient, à la fin de la session, adressés au Recteur qui, après y avoir apposé son visa, les transmettait au Ministre, avec le procès-verbal des séances et le rapport du doyen (2). Les - diplômes étaient conférés par le Ministre. Presque toutes ces mesures avaient été édictées par Victor Cousin. Dans son ensemble, le règlement du 26 novembre 1849 n’apportait au règlement du 14 juillet 1840, en ce qui concernait la procédure des épreuves et les formalités du contrôle, que des modifications de détail (3).

Cf: Tbid. “art. 15, 16.

(2) Cf. Règlement du 26 novembre 1849, art. 20, 21, 22, 23, 24. Si le Recteur estimant qu'il y avait eu défaut de forme ou excès d’indulgence refusait son visa, il était tenu d’adresser au Ministre les motifs de son refus.

(3) Notons cependant une prescription nouvelle, introduite par l’art. 19, interdisant aux candidats ajournés de subir un nouvel examen avant l'ouverture de la session suivante et les obligeant à subir ce nouvel examen devant la même Faculté que le précédent, à moins d’une dispense expresse accordée par le Recteur, et cela par application de la prescription générale de l’arrêté du 286 avril 1828 (« aucun candidat ajourné ou refusé dans une Faculté ne pourra se présenter à l'examen d’une autre Faculté du même ordre, sans y être autorisé par le Conseil royal. ») Cette mesure fut sanctionnée en partie par le paragraphe 3 de l’article 63 de la loi du 15 mars 1850 ainsi conçu : « Un candidat refusé ne peut se présenter avant trois mois à un nouvel examen, sous peine de nullité du diplôme ou qu brevet indûment obtenu. »

I1 faut croire que le Ministre, en 1849 et le législateur en 1850, avaient voulu, par là, mettre fin à une pratique frauduleuse qui consistait, pour certains candidats refusés, à s'inscrire, quelques jours après leur échec, dans une Faculté voisine pour y tenter de nouveau leur chance. La prévoyance allait même, chez certains, jusqu’à leur faire prendre leur inscription dans plusieurs Facultés. Deux circulaires ministérielles, l’une du 29 novembre 1850, l’autre du 17 décembre de ia même année, furent nécessaires pour rappeler ces candidats au respect de la loi. « Je n’ai pas le droit de dispenser les citoyens de l'exécution de la loi, écrivait de Parieu aux Recteurs le 25 novembre 1850. I1 importe même que cette prescription ne puisse être éludée puisque le législateur y à attaché une sanction pénale, à savoir la nullité du diplôme indûment obtenu. » Et comine la loi de 1850 avait supprimé l'obligation faite par le règlement du 26 novembre 1848, aux candidats ajournés de subir leur nouvel examen dans la

Un peu plus profondes furent les modifications que de Parieu fit subir au programme de Victor Cousin. Outre la suppression des Provinciales et des derniers chapitres du Siècle de Louis XIV, qui, depuis 1840, avaient été soumis à une sorte de chassécroisé au cours duquel ils apparaïissaient ou disparaissaient suivant que le vent de la politique soufflait dans un sens ou dans l’autre, nous y remarquons l'abolition de l’histoire littéraire. La littérature est cependant mise au premier rang, avant la philosophie qui, d’une part, gagne une question sur le fondement de la propriété et du droit civil, mais, d'autre part, est amputée de la partie relative à l’histoire des doctrines et de l'introduction qui parlait de son importance. En sciences, les réductions sont plus apparentes que réelles : seule la cosmographie est ramenée aux notions les plus élémentaires. Le Ministre avait pourtant pris son arrêté sur ce considérant que, tout en laissant aux épreuves la durée déjà prescrite par les règlements existants, il convenait de réduire et de simplifier le programme des questions qui servaient de base à l’examen oral.

Il appartenait à Fortoul de pousser la réforme du baccalauréat jusqu'aux conséquences qui découlaient logiquement de la loi du 45 mars 1850. Dès le 1° avril 1851, l’un de ses prédécesseurs immédiats, Ch. Giraud, prenait, en guise de préface, un arrêté qui interdisait la réunion des jurys d'examen au siège des Lycées dans les villes dépourvues de Facultés et décidait que le jury d’examen se réunirait obligatoirement au chef-lieu académique et tiendrait sa session dans la salle même des délibéra-

même Faculté, le Ministre ajoutait : « La facilité accordée aux aspirants de choisir la Faculté devant laquelle ils subiront leur examen et par conséquent le droit qui appartient aux candidats ajournés de se présenter devant une Faculté autre que celle qui les a d’abord éliminés, impose à l'administration la nécessité des précautions les plus minutieuses, puisqu'elle a le devoir de faire prononcer la nullité du diplôme de tout candidat qui, après un premier échec, n'aurait pas mis, avant de tenter une nouvelle épreuve, un intervalle de trois mois complets. Immédiatement après chaque session d'examen ordinaire ou extraordinaire, vous m'’adresserez le tableau des candidats ajournés. Ce tableau comprendra les noms, prénoms, dates et lieux de naissance des candidats avec l'indication du jour précis où l’ajournement aura été prononcé. Les noms des candidats qui auront obtenu les certificats d'aptitude que vous me transmettrez pour la rédaction des diplômes de bachelier ès lettres seront rigoureusement comparés dans mes bureaux aux noms portés sur les différents tableaux académiques des candidats ajournés, et tout certificat d'aptitude délivré avant l'expiration du délai légal à un candidat qui aurait subi sans succès un premier examen, vous sera renvoyé afin que vous en poursuiviez la nullité devant le Conseil Académique. »

On voit quel système de contrôle minutieux le Ministre avait dû mettre en mouvement pour empêcher les fraudeurs de faire échec à la loi. I1 dut d'ailleurs dans sa circulaire du 17 décembre 1852, pour Se soustraire aux exigences des candidats qui, se prévalant à leur tour de la loi, demandaient qu'il y eût une session chaque trois mois, autoriser les Recteurs à accorder aux candidats ajournés qui en feraient la demande, la permission de subir hors session, au bout des trois mois réglementaires, un nouvel examen.

tions du Conseil académique (1). Cette mesure avait « pour but de répondre aux exigences de la loi et de prévenir les réclamations qui auraient pu surgir, tant de la part des chefs d’établissements libres que des candidats eux-mêmes » (2). Le même arrêté modifia l’article premier du règlement de 1840, en établissant que la première session commencerait le 1° juillet pour se terminer le 1” août et que la seconde session s’ouvrirait le 15 octobre pour être close le 15 novembre (3).

(1) Cf. Arrêté du 1* avril 1851, art. 1 : La juridiction de chacune des Facultés des lettres pour la collation des grades est fixée ainsi qu’il suit :

Faculté d'Aix. — Session au chef-lieu des Académies des Bouches-du- Rhône et de la Corse (Aix et Ajaccio). L

Faculté de Besançon. — Session au chef-lieu de l’Académie du Doubs (Besançon).

Faculté de Bordeaux. — Session au chef-lieu des Académies de la Gironde et de la Charente (Bordeaux et Angoulême).

Faculté de Caen. — Session au chef-lieu des Académies du Calvados

et de la Seine-Inférieure (Caen et Rouen).

Faculté de Dijon. — Session au chef-lieu des Académies de la Côte-d'Or, de l'Allier, de la Nièvre, du Cher (Dijon, Moulins, Nevers, Bourges).

Faculté de Grenoble. — Session au chef-lieu des Académies de l'Isère et de la Drôme (Grenoble et Valence).

Faculté de Lyon. — Session au chef-lieu des Académies du Rhône, du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire (Lyon, Clermont, Le Puy).

Faculté de Montpellier. — Session au chef-lieu des Académies de l’Hérault, du Gard, de l'Aveyron, de l'Algérie (Montpellier, Nîmes, Rodez, Alger).

Faculté de Paris. — Session au chef-lieu des Académies de la Seine, du Nord, de la Marne et du Loiret (Paris, Douai, Reims, Orléans).

Faculté de Poitiers. — Session au chef-lieu des Académies de la Vienne, de la Haute-Vienne et de l’Indre-et-Loire (Poitiers, Limoges, Tours).

Faculté de Rennes. — Session au chef-lieu des Académies d’Ille-et-Vilaine, de la Loire-Inférieure, des Côtes-du-Nord et de Maine-et-Loire (Rennes, Nantes, Saint-Brieuc, Angers).

Faculté de Strasbourg. — Session au chef-lieu des Académies du Bas- Rhin, de la Meurthe et de la Moselle (Strasbourg, Nancy, Metz).

Faculté de Toulouse. — Session au chef-lieu des Académies de la Haute- Garonne, du Lot, des Basses-Pyrénées (Toulouse, Cahors, Pau).

Art. 4. — Aux chefs-lieux d’'Académie qui ne sont pas le siège d’une Faculté, le jury d'examen se réunira dans la salle du Conseil Académique. Le secrétaire d’Académie remplira près de ces jurys, conformément au règlement du 29 juillet 1850 et au décret du 13 février 1851, les fonctions d'agent comptable qui appartenaient aux économes des Lycées. » Cet article reprend la mesure prescrite par Cousin (arrêté du 14 juillet 1840, art. 9) et dont l’application s'était heurtée à des difficultés dues au manque de locaux (Cf. supra, p. 55, note 1).

(2) Cf. Circulaire du 5 avril 1851.

(3) D’après le statut du 16 février 1810, art. 26, nous l’avons déjà indiqué, les examens du baccalauréat devaient se faire dans les quinze derniers jours de l’année classique, ou dans les quinze jours qui précédaient l'ouverture des cours de la Faculté, c’est-à-dire pratiquement, du 1% au 15 août et du 15, au 30 octobre. (Cf. Instruction du 5 avril 1810). Des sessions extraordinairee pouvaient être accordées pendant le cours de l’année, mais seulement par le Grand Maître.

L'arrêté du ? avril 1821 fixa les dates suivantes : du 16 juillet jusqu'à l’époque des vacances des collèges et du 15 au 30 octobre.

L'arrêté du 12 juillet 1823 reprenant les dispositions du statut du 16 février 1810 prescrivit que les examens auraient lieu du 1 au 15 août et du 15 octobre au 15 novembre (art. 2). Le même arrêté (art. 3) interdisait la délivrance de leur diplôme aux candidats admis aux examens de la

Les candidats ajournés en juillet pouvaient ainsi se présenter normalement en octobre, tout en restant dans les limites fixées par la loi du 45 mars 1850. Enfin le même arrêté réintégrait dans les jurys les agrégés des Facultés qui en avaient été exclus par la loi de 1844 (1).

Dès son arrivée au Ministère de l’Instruction publique, Fortoul entreprit la réforme radicale des études secondaires et du baccalauréat. Du 3 décembre 1851 au 1° juillet 1856, période pendant laquelle il resta à la tête de l'Université, on compte une vingtaine de documents, arrêtés, circulaires, propositions, relatifs au baccalauréat. Nombreux étaient les Français qui, depuis plus de trente ans, réclamaient une organisation plus souple du plan d’études des collèges. Les économistes soutenaient qu'il y avait un désaccord marqué entre l'instruction des collèges et les besoins d’une société faite pour le travail productif. L'ancien saint-simonien Michel Chevalier et l’économiste Adolphe Blanqui avaient montré les inconvénients, pour le développement de l’économie du pays, d’une éducation exclusivement classique, le premier en ceritiquant le rapport de Villemain (2), le second en exposant devant

première quinzaine d'août s’ils ne pouvaient pas justifier par un certificat des professeurs, directeurs ou principaux qu'ils avaient suivi le cours de philosophie du Collège jusqu'à la clôture des classes.

Le Ministre de Salvandy dans une circulaire du 24 juillet 1838 écrivait aux Recteurs : « Je suis informé que, dans quelques Académies, les Commissions chargées d'examiner les candidats au grade de bachelier ès lettres commencent les examens avant la fin de l’année classique. Outre que cet abus détourne des devoirs qu'ils ont à remplir dans les Collèges les professeurs qui font partie de ces Commissions, il se lie à une grave infraction aux dipositions des règlements concernant la collation des grades universitaires. Ces règlements, en effet, exigent des aspirants au baccalauréat ès lettres, independamment de la rhétorique, une année complète de philosophie... Le terme légal, et à l’avenir l’époque de la clôture effective des cours des Collèges, est le jour fixé pour la distribution des prix ; ce n’est donc qu'après cette distribution, c’est-à-dire pendant les vacances, que les Commissions des lettres peuvent régulièrement procéder aux 6eXamens. »

Il résulte de ces textes que jusqu’en 1840, il n’y eût au maximum que deux sessions chaque année. Rien n'indique que la deuxième session fût Spécialement consacrée à l'examen des candidats ajournés à la première. C'est Victor Cousin qui institua trois sessions annuelles. L'article premier de l’arrêté du 14 juillet 1840 fixa l'ouverture de la première session au quinzième jour avant l’époque fixée pour l'ouverture des vacances des Collèges dans chaque Académie, c’est-à-dire au 1* août, celle de la deuxième au 15 octobre et celle de la troisième au premier lundi après les vacances de Pâques. Le même article prévoyait pour l'Académie de Paris une quatrème session ayant lieu du 1* au 15 janvier. Cette quatrième or fut instituée dans les départements par un arrêté du 11 décembre

(1) Le règlement du 29 juillet 1850, art. 53, avait déjà autorisé les doyens à faire appel à des agrégés des Facultés des sciences et, à défaut d’agrégés, à des docteurs ès sciences pour être adjoints aux professeurs des Facultés des Lettres dans les jurys du baccalauréat.

(2) Cf. Journal des Economistes, 1843, t. V, p. 50 : « uoi, s'écriai ichel Chevalier, après 1789 et après 1830, les a les Re çants n'auraient que du primaire, pendant que le degré supérieur serait pour les avocats et les fonctionnaires seuls ! Ce serait une manière de roture nouvelle qu’on établirait. »

l’Académie des sciences morales les vœux des industriels (4). D'autre part, les savants se plaignaient qu’on ne tint pas compte de leurs découvertes dans les programmes des études secondaires. Se faisant le porte parole de leurs doléances, Jean-Baptiste Dumas publiait, en 1847, au nom de la Faculté des Sciences de Paris, un rapport très sévère sur l’état de l’enseignement scientifique dans les collèges. Aucune place, écrivait Jean-Baptiste Dumas, n’est réservée aux sciences dans les classes de sixième, cinquième et quatrième. De la troisième à la rhétorique on ne leur consacre que des cours facultatifs. Puis, en philosophie, on écrase, sous le fardeau d’un vaste programme scientifique, les élèves qui, hypnotisés par l’examen du baccalauréat, ne pensent pas à autre chose et ne retiennent que «« des mots, des idées tronquées, des formules pour l’examen ». La préparation scientifique aux Ecoles supérieures » se fait mieux, ajoutait Jean-Baptiste Dumas, dans certaines maisons privées que dans celles de l’Université » (2).

Mais bien avant Michel Chevalier, Adolphe Blanqui et Jean- Baptiste Dumas, les esprits réfléchis, pour qui les questions soclales ne peuvent être séparées des questions pédagogiques, avaient vu que, pour donner à l’industrie, à l’agriculture et au commerce des hommes compétents, il fallait une culture plus complète que celle de l’enseignement primaire et autre chose que la culture exclusivement classique de l’enseignement secondaire, sans latin, qui serait l’égale de l’autre. Quelques chefs d’établissement désireux de répondre aux besoins, qu’ils sentaient réels, de leur clientèle scolaire eurent recours à la création de cours spéciaux. Une classe commerciale ouverte au collège Sainte-Barbe dès l’an XII, attira, pendant quelques années, un grand nombre d'élèves (3). Divers collèges firent des tentatives semblables (4). Sous la Restauration les essais se multiplièrent particulièrement dans les petites villes où les principaux des collèges communaux se montraient attentifs à satisfaire les besoins de la classe laborieuse qui leur

1) Cf. Séances et travaux de l’Académie des Sciences morales, 14 et 21 mars 1846.

(2) Cf. Journal général de l’Instruction publique, 1847, p. 403, où fut publie ce rapport qui provoqua une réponse énergique des proviseurs des collèges de Paris (ibid. p. 679). Les proviseurs, après avoir exposé les progrès de l’enseignement scientifique dans les collèges et les succès remportés au concours d'entrée à l'Ecole polytechnique, concluaient : « On doit prendre absolument le contrepied des assertions du rapport. »

(3) Cf. Quicherat, Histoire de Sainte-Barbe, Paris 1864, III, p. 72. Sous la Restauration les élèves de cette classe étaient appelés par dérision les pas-latins. Une dame, raconte Quicherat, à qui le préfet des études avait proposé d’y faire entrer son fils, répondit : « Pour rien au monde, monsieur, je ne veux pas que mon fils passe pour un imbécile. »

. (4) Cf. G Weill, Histoire de l'Enseignement secondaire en France, Paris 1921, p. 109 : « Le lycée de Pau annonçait en 1812 des leçons payantes d'espagnol et de tenue des livres. Au collège de Semur. le principal, l’abbé de Calonne, organisa une rhétorique française à côté de la rhétorique ordinaire. » Ù

84 d : Le BACCALAURÉAT :

confiait ses enfants. À Paris, l'opinion publique ne resta pas indifférente à ce mouvement. En 1823, les Tablettes universelles ouvrirent un concours sur les meilleurs moyens de combler la lacune entre l’école primaire et le collège. Le prix fut décerné à Renouard. Sans rien retrancher aux études classiques qu'il considérait comme excellentes pour la faible minorité des Français mais comme inutiles sinon dangereuses pour les enfants du peuple, Renouard préconisait la création d’un enseignement secondaire comprenant le français, la morale — avec la religion et la législation — une histoire très élémentaire, une géographie plus détaillée, les éléments des sciences naturelles et mécaniques, l’arithmétique et des éléments de géométrie, le dessin, la gymnastique. Cet enseignement de courte durée et en partie ouvert aux adultes devait, dans l’esprit de Renouard, avoir pour but essentiel la préparation aux carrières pratiques (1).

C’est pour répondre à ces tendances, qui avaient obtenu audience dans les milieux dirigeants de l’Université (2), que la première tâche de Vatimesnil en 1823, après avoir installé les services du Ministère de l’Instruction Publique dans les locaux de la rue de Grenelle où ils sont encore maintenant (3), fut de préparer une réforme du plan des études secondaires qui modernisait l’enseignement classique par le développement des sciences et l’introduction des langues vivantes. Mais, au lieu de pousser ses efforts dans le sens où Vatimesnil avait orienté les siens, le gouvernement de 1830 préféra renforcer le programme des études classiques au détriment des études scientifiques. Guizot, qui avait dirigé en 1824 le rapport sur le concours des Tablettes universelles écrivait, en 1832, à un ami à propos de son fils : « François va faire sa philosophie et des mathématiques. C’est un nouveau monde, il est dégoûté de l’ancien. Il à fallu toute sa douceur et sa confiance en moi pour que celte dernière année de grec et de latin ne lui fût pas nauséabonde. » Il y à là, ajoutait-il, « quelque chose, et quelque chose d’important à changer. L'enseignement est trop maigre et trop lent. Il y a trop loin de l’atmosphère intellectuelle du monde réel à celle du Collège. « Cependant il persistait à affirmer sa fidélité à l'éducation classique sans laquelle « on n’est qu’un parvenu en fait d'intelligence » (4). Et, pour résoudre le problème

(1) Cf. Renouard, Considérations sur les lacunes de l’enseignem À , J n 2 condaire en France, 1824. : ne

(2) Cf. Rendu, M. Ambroise Rendu, p. 116.

(3) Cf. L. Planté, Vatimesnil, in Revue bleue, 3 novembre 1928.

(4) Cf. Mme de Witt, M. Guizot dans sa famille et avec p. 138. On peut rapprocher de cette aa tombée de ia Dome de Ministre de l’Instruction publique, le tableau tracé par un brillant humaniste, Chargé de lauriers scolaires. Voici ce que dit Edmond About : « L'Université, comme je l’ai connue en 1840, n'était guère qu'une fabrique de bacheliers. Le système avait pour centre le concours général des collèges de Paris, dernier critérium de ce qu'on appelait les fortes études. Les fortes études, de notre temps, consistaient à traduire en français.

pédagogique et social de l’alliance de la culture littéraire et de la culture scientifique, il ne trouva rien de mieux qu’un expédient qui laissait le problème entier et qui attend encore de nos jours une solution définitive : le vote de la loi de 1833 instituant les écoles primaires supérieures.

En mars 1837, au cours de la discussion du projet de loi sur l’enseignement secondaire que Guizot, Ministre de l’Instruction publique pour la troisième fois, avait déposé sur le bureau de la Chambre des Députés, le fils du philosophe qui avait inspiré le programme des écoles centrales, Victor de Tracy, provoqua un débat sur le plan d’études des classes secondaires et, par voie de conséquence, Sur le programme du baccalauréat, en blâmant le maintien d’une éducation exclusivement littéraire : « Je suis déjà plus vieux, dit-il, que trois ou quatre sciences ; je suis né avant la chimie, avant la véritable physique, avant la géologie... Et vous prétendez vous maintenir aux études d’il y a trois cents ans. La chose n’est pas possible. » L’intervention de Victor de Tracy donna à la discussion une ampleur inattendue et le débat, continué pendant plusieurs jours, mit Arago aux prises avec Lamartine. De bonnes études littéraires sont nécessaires déclara Arago, et ceux des grands savants qui n’en ont pas fait ont tous « quelque chose d’incomplet, d’inachevé. « Mais ces études n’ont pas besoin, pour être fructueuses de rester sous la tutelle du grec et du latin : il faut laisser les langues mortes dans les collèges royaux et les remplacer ailleurs par l’étude sérieuse du français, jointe à une langue vivante, choisie selon les besoins de chaque région (1). Lamartine

en grec ou en latin, et réciproquement ; à traiter un sujet donné en prose française ou latine, et à badiner élégamment en vers latins. A ce programme renouvele des bons pères Jésuites, l'esprit moderne avait ajouté l’histoire, la philosophie, les sciences exactes et les langues vivantes. Mais l’étude des langues vivantes n'étant pas primée au concours général, demeurait dans un discrédit absolu... L'histoire, étude un peu trop absorbante, était laissée à quelques élèves spécialistes... Quant aux sciences exactes, il était de bon ton de les ignorer si l’on ne se destinait pas à Saint-Cyr ou à l'Ecole polytechnique. Pour ce qui est de la philosophie on lui donnait un an tout plein. Mais la philosophie n’étant alors que le développement de quelques lieux communs oratoires par M. Cousin, pouvait compter comme une suprême année de rhétorique. En résumé l’'enseignement officiel ne tendait qu'à propager, étendre et perfectionner le maniement du grec et du latin ». Le résultat, c'était que « sur une classe de quatre-vingt élèves, dix ou douze s'intéressaient peu ou prou à l'intrépide travail du collège ». (Le Progrès, 1864, p. 388-401).

On trouve les mêmes reproches chez Jules Janin, élève au collège Louisie-Grand, sous la Restauration (cf. Jules Janin peint par lui-même, en tête de l'Ane mort et la femme guilotinée, 1883) chez Got (cf. Journal, p. 28), chez Eugène Pelletan (cf. Edouard Petit, Eugène Pelletan, p. 14.

Par contre J.-J. Weiss affirme que les exercices scolaires étaient très attrayants et que « le point culminant » de l’art d'enseigner fut atteint en France, vers 1840 (cf. J.-J. Weiss in Revue des Deux-Mondes, 15 septembre 1873). |

(1) Séance du 23 mars 1837. Arago croyait à l'efficacité de ce qu'on à appelé plus tard le « latin court » : « Il n’est pas d'intelligence, toute simple qu’elle soit, affirmait-il, qui n’apprenne l'allemand en deux années d’une Meme satisfante. Pour le latin et le grec, ce devrait être la même chose ». -

lui répondit en montrant que, pour être solide et féconde, l’éducation pratique, industrielle ou commerciale, doit être édifiée sur une éducation littéraire susceptible de donner à la nation un fond d'idées communes. Seule l’étude du grec et du latin peuvent conduire un peuple à ce résultat, car seuls les anciens eurent le sens du beau. Le tournoi oratoire entre le savant et le poète resta sans éonclusion pratique et, pas plus au cours de son troisième ministère que pendant les deux premiers, Guizot n’osa toucher au privilège exclusif dont jouissaient le grec et le latin, aussi bien dans le plan d’études des collèges que dans le programme du baccalauréat.

Quant à ses successeurs, Villemain (1) et Cousin, leur but principal, nous l’avons déjà constaté, fut de conserver, dans l’enseignement secondaire, la prépondérance des humanités. Avec eux l’enseignement scientifique, banni de toutes les classes depuis la sixième jusqu’à la rhétorique, se vit une fois de plus refou!er dans la classe de philosophie. De telle sorte que lorsque Fortoul entreprit sa réforme, il se trouva en présence d’un plan d’études secondaires et d’un programme du baccalauréat qui, après la tentative avortée de Vatimesnil, n'étaient plus autre chose, suivant les termes mêmes de Cousin, « que le retour, avec quelques perfectionnements, au plan d’études des lycées de l’Empire, qui luimême était la pratique perfectionnée des anciens Collèges de l’Université de Paris. » (2).

Sans doute, Saint-Marc Girardin avait préconisé un enseignement renfermant beaucoup de sciences et une partie littéraire fondée soit sur la méthode classique avec des exercices de version latine, soit sur la méthode primaire avec l’enseignement du français par le français (3). Et de Salvandy, redevenu Ministre de l’Instruction publique, adoptant les idées de Saint-Mare Girardin, avait promulgué en 1847 un plan d’études où la part des sciences dans l’enseignement classique était augmentée. Mais la révolution de 1848 en avait ajourné l'application complète et le vaste programme du baccalauréat de Victor Cousin n’avait subi d’autres modifications que celles, bien légères, que de Parieu y avait apportées en 1849.

Pendant ce temps, Bastiat, plein d’admiration pour les manifestations républicaines des étudiants et des lycéens, montrait la jeunesse préparée au socialisme par l'étude du latin et par le culte

(1) Goubeaux qui s'eflorçait de réaliser le collège moderne, devenu plus tard le collège Chaptal, s’entendit répondre par Villemain, dont il avait sollicité l'appui par l'intermédiaire de Legouvé :.« un collège français, en France, jamais ». (Cf. Collège Chaptal, Le livre du cinquantenaire, 1895)

(2) CI. V. Cousin, Œuvres, tv. p! 184.

(8) MCT Saint-Marc Girardin, De l'Instruclion intermédiaire et de ses 1pports avec l'instruction secondaire, 1847. ;

que les professeurs ne cessaient d’étaler devant elle pour un peuple de pillards. Bastiat, en effet, ne se contentait pas de reprocher au grec et au latin d’être inutiles : il joignait sa verve mordante à celle de l’abbé Gaume (1) pour attaquer la moralité des écrivains romains. Il va sans dire qu’il ne l’attaquait ni de la même façon, ni dans le même but. « Je suppose, écrivait-il, qu'il existe quelque part, aux antipodes, une nation qui, haïssant et méprisant le travail, ait fondé tous ses moyens d’existence sur le pillage successif de tous les peuples voisins et sur l’esclavage. Cette nation s’est fait une politique, une morale, une religion, une opinion publique conforme au principe brutal qui la conserve et la développe. La France ayant donné au clergé le monopole de l'éducation, celui-ci ne trouve rien de mieux à faire que d’envoyer toute la jeunesse française chez ce peuple, vivre de sa vie, s’inspirer de ses sentiments, s’enthousiasmer de ses enthousiasmes, et respirer ses idées comme l’air. Seulement il a soin que chaque écolier parte muni d’un petit volume appelé l’Evangile. Les générations ainsi élevées reviennent sur le sol de la patrie; une révolte éclate; je laisse à penser le rôle qu’elles y jouent.

« Ce que voyant, l’Etat arrache au c'ergé le monopole de l’enseignement et le remet à i’Université. L'Université, fidèle aux traditions, envoie, elle aussi, la jeunesse aux antipodes, chez le peuple pillard et possesseur d’esclaves, après l'avoir toutefois approvisionnée d’un petit volume intitulé : Philosophie. Cinq ou six générations ainsi élevées ont à peine revu le sol natal qu’une seconde révolution vient à éclater. Formées à la même école que leurs devancières, elles s’en montrent les dignes émules.

« Alors vient la guerre entre les monopoleurs (2). — C’est votre petit livre qui a fait tout le mal, dit le clergé. — C’est le vôtre, répond l’Université.

« Eh non, Messieurs, vos petits livres ne sont pour rien en tout ceci. Ce qui a fait le mal, c’est l’idée bizarre, par vous conçue et exécutée, d’envoyer la jeunesse française destinée au travail, à la paix, à la liberté, s’inprégner, s’imbiber et se saturer des opinions et des sentiments d’un peuple de brigands et d’esclaves (3) ».

(1) Tandis que Bastiat menait cette campagne contre le latin et le grec, j'abbé Gaume, renouvelant en France la querelle qui avait mis aux prises jes savants allemands de 1820 à 1825 publiait un violent pamphlet, intitulé Le Ver rongeur où il accusait toute l'antiquité antérieure à Jésus-Christ d'être profondément immorale et l’étude des langues anciennes néfaste pour la formation du véritable esprit catholique. Mais, dans son désir de conserver les études latines, qu’un prélat catholique ne pourrait sacrifier, il prétendait que l'Eglise avait donné naissance à une littérature latine aussi parfaite que la première et que Saint-Augustin, par exemple, n'était pas moins latiniste que Cicéron.

(2) Bastiat faisait partie des républicains dont nous avons parlé, (cf.

SUP., p. 40) qui blâmaient le monopole.

(3) Cf. Bastiat, Baccalauréat et socialisme, 1850.

Fortoul qui avait été saint-simonien trouva dans les conseils du gouvernement d’autres saint-simoniens, parmi lesquels les deux grands savants Jean-Baptiste Dumas et Leverrier qui, au culte de la science, associaient l’amour de l’action et de l’autorité. Avec eux, il forma une sorte de « triumvirat » décidé à réorganiser l’enseignement secondaire et le baccalauréat (1). Il s’agissait bien moins de prendre parti pour ou contre le latin que de faire oublier au pays les institutions libérales en le lançant dans une période d'activité économique et de prospérité. Pour atteindre ce résultat, Fortoul estimait, avec ses collaborateurs, que l’un des moyens les plus sûrs était de faire sortir des lycées des bacheliers ayant plus d’aptitudes et de goût pour le métier d’ingénieur et d’industriel que pour celui d’avocat ou de journaliste. Guizot, Saint-Marc Girardin et de Salvandy avaient échoué dans leurs tentatives parce qu'ils n’avaient pas vu que l’état social et politique d’un pays réagit toujours sur son système pédagogique. À une époque où la bourgeoisie régnait, placer dans les mêmes collèges (2) deux enseignements dont l’un était proclamé inférieur à l’autre, c'était fortifier l’ancien et condamner le nouveau à l’insuccès. Fortoul évita cette erreur en partageant les élèves entre deux enseignements d’égale valeur, d’égale dignité et en mettant sur le même pied le baccalauréat ès lettres et le baccalauréat ès sciences. Le 30 août 1852, il publia un arrêté instituant un nouveau plan d’études secondaires qui reçut aussitôt le nom de plan de bifurcation (3). Tous les élèves devaient suivre en commun les classes de sixième, de cinquième et de quatrième. A l'issue de la quatrième les élèves subissaient un examen, appelé examen de grammaire, dont le résultat était constaté par un certificat spécial, indispensable pour passer dans la division supérieure (4). À partir de la troisième s’opérait la séparation entre littéraires et scientifiques. Mais cette séparation était loin d’être absolue : sur dix classes de deux heures, littéraires et scientifiques devaient suivre en commun cinq classes de lettres par semaine.

Quant au baccalauréat, Fortoul décidait qu’il n’y aurait plus

(1) Cf. Cournot, Souvenirs, p. 285. Cournot avait collaboré à la réforme de Fortoul et le mot « triumvirat » est de lui.

(R) Cf. Weill, Histoire de l'Enseignement Secondaire en France, 1921, p. 118 : « Pour éviter des frais trop grands, plusieurs municipalités installèrent l'école primaire supérieure (créée par Guizot en 1833) dans les bâtiments du collège : c'était placer, côte à côte chaque jour deux populations scolaires dont l’une croyait avoir le droit de mépriser l’autre ». Et plus loin, p. 115 : « Le statut du 5 mars 1847 créait dans tous les collèges royaux et CoMmunaux un enseignement spécial parallèle au classique... Les plus petites villes refusaient un enseignement de second ordre. Com. ment résister au mépris qui poursuivait les « classes d'épiciers ? »

(3) Le nom existait avant la chose . La Revue de l'Instruction i Le istait : s publique, souhaitait, le 15 janvier 1849, « cette bifurcation d’étud ès i soupire depuis si longtemps ». LE te

(4) Cf. Décret du 10 avril 1852, art, 2.

qu’un baccalauréat ès sciences et un baccalauréat ès lettres, les candidats au baccalauréat ès sciences étant désormais dispensés de produire le diplôme de bachelier ès lettres (1). Le’ baccalauréat ès sciences comprenait une épreuve écrite et une épreuve orale (2). L'épreuve écrite avait pour objet une partie littéraire consistant en une version latine, et une partie scientifique consistant en une composition sur un sujet de mathématiques ou de phy- Sique suivant que le sort en décidait (3). La note mal obtenue pour l’une ou l’autre composition entraînait l’ajournement du

candidat (4). L’épreuve orale comprenait également. une partie littéraire et une partie scientifique. Des numéros correspondant aux ouvrages inscrits au programme de la partie littéraire étant placés dans une urne, le secrétaire du jury tirait le numéro de chacun des ouvrages latins et français, allemands ou anglais, que les candidats devaient expliquer à livre ouvert. En outre, le sort désignait aussi les questions de logique, d’histoire de France et de géographie sur lesquelles chaque candidat était interrogé (5).

Pour la partie scientifique, les candidats devaient, suivant la même procédure, répondre sur l’arithmétique, la géométrie, l’algèbre, la trigonométrie rectiligne, comme dans l’ancien programme du baccalauréat ès sciences mathématiques, avec quelques compléments de géométrie descriptive, de levée de plans et de nivellement ; sur la physique, la chimie et l’histoire naturelle, comme dans l’ancien baccalauréat ès sciences physiques, mais avec un programme plus étendu ; enfin sur la cosmographie et la mécanique (6). Comme on le voit, sauf le grec, remplacé par l’allemand ou l’anglais, sauf aussi l’histoire ancienne et l’histoire du moyen âge, le règlement du 7 septembre 1852 avait pris les programmes des trois baccalauréats préexistants : ès lettres, ès sciences mathématiques, ès sciences physiques et de ces trois programmes fondus ensemble il avait fait un seul programme aboutissant à un seul baccalauréat ès sciences.

Le règlement du 5 septembre 1852, obéissant à un égal souci de symétrie, avait maintenu à l’examen du baccalauréat ès lettres une épreuve écrite et une épreuve orale, et divisé l’épreuve orale en une partie littéraire et une partie scientifique (7). Mais l’épreuve écrite, en plus de la version latine, prévue par le règlement du 14 juillet 1840, était renforcée d’une composition latine ou fran-

) Cf. Décret du 10 avril 1852, art. 3.

) Cf. Ibid, art. 8, 9.

) Cf. Règlement du ? septembre 1852, art. 8.

)NCHATDIT, art. 410.

)PCEUTOId art." 11.

) Cf. Règlement du ? septembre 1852, art. 11 et Décret du 10 avril 1858,

(7) Cf. Règlement du 5 septembre 1852, art. 7, 8, 9, 10.

caise suivant que le sort en décidait (1). « Un complément indispensable et depuis longtemps réclamé, écrivait Fortoul dans une circulaire adressée aux Recteurs le 14 décembre 1852, a été apporté à l'épreuve écrite. L'expérience avait démontré que la version latine ne pouvait constituer à elle seule la condition fondamentale et la base de l’examen. La composition latine ou francaise qui est ajoutée à la version, en présentant aux candidats un nouveau moyen de montrer leur aptitude et de racheter par un second travail l’imperfection du premier (2) donnera au jury la mesure exacte de leur force et lui permettra de prononcer en pleine connaissance de cause ».

Par contre, le programme des épreuves orales où l'épreuve de langues vivantes instituée pour le baccalauréat ès sciences ne trouvait pas de place, était allégé surtout pour les sciences et la philosophie. La partie scientifique ne comprenait plus que les notions élémentaires d’arithmétique, de géométrie plane et de physique. La philosophie — mot malsonnant pour des oreilles délicates — était réduite à trois questions, sous le nom de logique qui plaisait par un certain parfum de moyen âge, et permettait de restreindre le programme à des exercices inoffensifs (3). Dans le programme littéraire on avait fait disparaître les Provinciales. Le Siècle de Louis XIV avait trouvé grâce, mais il avait été soumis à de sages mutilations. Dans une édition de cet ouvrage « conforme au texte officiel adopté par le Conseil Impérial » publiée chez Delagrave, on avait supprimé les chapitres

(1) Cf. Ibid, art. 8.

(2) Encore fallait-il que l’une des deux compositions ne fût pas trop mauvaise, car aux termes de l’art. 9 du règlement du 5 septembre 1852, la note Mal obtenue à l’une ou l’autre partie de l’épreuve écrite entraînait l’ajournement du candidat.

(3) Cf. Gréard, Education et Instruction, 11, p. 81. « De la philosophie était retranchée la partie la plus noble et la plus féconde pour l’âme de la jeunesse : la morale et la théodicée ; on avait même changé son appelation pour la mieux rabaïisser, sous le nom de logique, à une pure gymnastique d études au 10 avril 1852. Cf. Lettres sur l'Enseignement, Paris, Hachette 1857, p. 7 et 8. Bersot écrivait : « Comment ose-t-on respecter assez peu ces hautes vérités de religion et de morale pour les placer dans la logique pour les introduire par ceette porte basse et dérobée de la méthode, quand il faudrait, pour les recevoir, ouvrir l'esprit et l’âme toute grande et les montrer comme les sommets de la science ; quand il faudrait imprimer dans les jeunes gens cette pensée qu'il ne s’agit pas là d'analyse et de synthèse d'induction ni de déduction, mais de notre dignité, de notre bonheur, de tout l’homme. (Bersot, on le voit, mettait les vérités morales et religieuses au-dessus de la méthode)... A quoi sert-il enfin de cacher, ajoute-t-il plus loin, si soigneusement aux jeunes gens, quels qu’ils soient, l’histoire de la philosophie, comme si, dès leur entrée dans le monde, ils ne devaient pas } rencontrer toutes les erreurs, athéisme, panthéisme, fatalisme, matériaisme, ComINUunISME, elc., comme si cette innocence d'esprit, si précieusement conservée, devait servir à autre chose qu'à les exposer sans défense à la séduction de doctrines qu'ils admirent pour leur nouveauté, et qui sont seuiement vieilles comme le monde. Quelle pitié ». At

Victor Duruy (cf. Notes et Souvenirs, Paris, Hachette, 1901. I, ch. XI p. 279) raconte qu’il trouva, un jour d'inspection au lycée de Bourges un professeur de philosophie « fatiguant ses élèves et lui-même à rendre compte des quarante ou cinquante formes de syllogisme que le moyen âge s'était plu à étudier pour ne pas penser à de plus sérieuses choses re d'espace, ajoute Duruy, il piétinait sur place et, ne pouvant s'étend il s’enfonçait dans les ténèbres ». | es

XXXV, XXXVI, XXXVII, XXXVIII, XXXIX, où il est question des affaires ecclésiastiques et notamment des libertés de l’église gallicane, du calvinisme au temps de Louis XIV, de la révocation de l’Edit de Nantes, des jansénistes, des missions des jésuites en Chine. Dans le chapitre XXXI, le paragraphe relatif à Galilée avait disparu. Dans le chapitre XXXITI, tout ce qui regarde Pascal était supprimé. Un collégien, étudiant l’histoire littéraire au dix-septième siècle dans un ouvrage ainsi censuré, ne pouvait même pas se douter que la littérature française compte un écrivain du nom de Pascal.

Les préoccupations de Fortoul, aussi bien pour l’élaboration du plan d’études des lycées du 10 avril 1852, que pour la mise au point de la réforme du baccalauréat ès lettres et du baccalauréat ès sciences n'étaient pas uniquement guidées — la mise à l’index du Précis d'Histoire Moderne de Michelet (1) et l’amputation brutale du programme littéraire et philosophique en sont une preuve suffisante — par des considérations d’ordre pédagogique. « Tous les efforts du gouvernement, déclarait-1l lui-même dans son rapport du 10 avril 1852, à propos du nouveau plan d’études, pourraient demeurer stériles, si la réforme ne dépassait pas l’enceinte des lycées ». La peur des études trop ambitieuses, la crainte de faire des déclassés, le désir de préserver maîtres et élèves contre le goût de l’érudition, des recherches et des subtibilités, « cette passion des peuples vieillis », comme disait Fortoul, avaient poussé l’ancien professeur de Faculté, devenu Ministre de l’Instruction publique, à tout réduire, à tout abaisser (2). Il serait cependant injuste de ne pas reconnaître que, tout en faisant une part, qu’on est en droit de juger excessive, à des considérations extra-scolaires, Fortoul et ses collaborateurs tinrent compte, pour réformer l’examen du baccalauréat, des critiques provoquées par le régime pédagogique dont Victor Cousin avait doté l’Université en 1840 et de l’expérience accumulée par des discussions qui, depuis 1820, remplissaient la presse et la tribune.

« À l’heure qu'il est, lisons-nous dans l’exposé des motifs du décret du 10 avril 1852, instituant le nouveau plan d’études des lycées, le grade de bachelier dans les lettres et dans les sciences n’est en rapport exact ni avec l’enseignement littéraire, ni avec l’enseignement scientifique des Lycées, de sorte que l’enseignement supérieur, complément nécessaire de l’enseignement secondaire, ne s’y rattache que d’une manière très imparfaite. Le baccalauréat ès lettres, limité à une sorte de mnémotechnie, ne résume pas réellement les études classiques; il ne confère

(1) L’interdiction de ce petit livre plein de verve et de jeunesse ne fut ievée qu’en 1878 par le Ministre Bardoux.

(2) Cf. G. Weill, Histoire de l'Enseignement Secondaire en France, p. 138, 139. Cf. aussi Gréard, Education et Instruction, Enseignement Seconaire, 11, p. 80, 81 : « Les sciences étaient étroitement ramenées dans la voie des applications, les lettres dans la voie des exercices préparatoires aux examens ».

à ceux qui obtiennent le diplôme qu’un brevet à peu près sans valeur littéraire. Comme on a eu la prétention de l’imposer aux étudiants des Facultés des sciences, des Facultés de médecine et des Ecoles de pharmacie, c’est-à-dire à des jeunes gens qui n’en ont aucun besoin ou qui n’ont point de vocation pour les lettres, on a été conduit à faire de cette épreuve une vaine formalité, au grand détriment des véritables études classiques qui n’ont plus de sanction. Le baccalauréat ès lettres doit être le témoignage authentique d’une culture intellectuelle suffisamment développée, et c’est à cette condition seulement qu’il sera une préparation sérieuse à l’enseignement des Facultés des Lettres, des Facultés de droit et de théologie, pour lequel il est indispensable. De là naît la nécessité d’exiger des candidats à ce premier grade non plus un travail de mémoire et une préparation purement artificielle, mais la justification de connaissances lentement et méthodiquement acquises ».

Si Fortoul estimait que les épreuves du baccalauréat ès lettres étaient au-dessous du juste niveau des études classiques, celles du baccalauréat ès sciences lui paraissaient aû contraire dépasser le but. L'existence de deux baccalauréats ès sciences, l’un pour les sciences mathématiques, l’autre pour les sciences physiques et naturelles, ne lui semblait pas justifiable. « C’est imposer, écrivait-il, à l’entrée des Facultés de l’ordre scientifique, la spécialité des connaissances, et trop exiger de tous les genres de candidats, pour un premier grade qui ne devrait être qu'une épreuve d'aptitude générale à l’étude des sciences mathématiques, physiques et naturelles, de la médecine et'de la pharmacie. Les vocations se prononcent plus tard et se spécialisent par la poursuite de l’une des trois licences ès sciences, du diplôme de docteur en médecine, de pharmacien ou d’officier de santé. Par cette considération, le décret n'institue qu’un seul baccalauréat ès sciences. (qui) sera désormais la sanction des études scientifiques secondaires, comme le baccalauréat ès lettres est la sanction des études littéraires du même degré; c’est une épreuve analogue, mais indépendante de la première : Car, s’il est donné à quelques natures d'élite d’exceller à la fois dans les sciences et dans les lettres, il serait chimérique de vouloir imposer aux esprits ordinaires, qui forment la majorité,

l'obligation de mener de front les études scientifiques et les études littéraires (1) ».

Tandis que de Salvandy et Cousin, sans faire de discrimination entre les élèves, se contentaient de professer que l’étude des sciences mathématiques et physiques devait être réservée à la période de « la réflexion naissante » et n'être admise que dans la classe de

(1) Cf. Rapport du 16 avril 1852.

philosophie (1), nous voyons apparaître, avec Fortoul, l’idée de séparation entre scientifiques et littéraires fondée sur le principe pédagogique des aptitudes naturelles.

Partant de ce principe, Fortoul voulait un baccalauréat n’offrant absolument rien qui ne fût « à la portée des capacités ordinaires » (2). « Tout candidat, déclarait-il, qui aura fait des études régulières, c’est-à-dire qui aura acquis les connaissances de littérature classique, d’histoire, de géographie et les notions élémentaires des sciences, que nul homme bien élevé ne doit ignorer, sera en mesure d'obtenir le diplôme » (3). Et, remarque digne d’être notée, Fortoul était convaincu qu’en réduisant les programmes, il donnait aux études plus de force et à l’examen plus de valeur. « Si, déclarait-il encore, comme l’expérience l’a démontré, les règlements antérieurs favorisaient les préparations artificielles et faisaient plus de place à la mémoire qu’à l’intelligence, il fallait, dans l’intérêt des professions libérales dont le baccalauréat ès lettres ouvre l’accès, se hôter de modifier un système trompeur et mettre immédiatement en pratique un mode d'examen qui relèvera nécessairement le niveau des études secondaires en rendant moins superficielles ou moins 1llusoires les épreuves qui en constatent le mérite... Ils (les examinateurs) n’oublieront point que, si l’examen a été restreint, c’est à la condition de devenir plus sérieux, et que les élèves n’ont été déchargés des travaux étrangers à leurs études littéraires que pour qu'ils puissent se consacrer avec plus de zèle et plus de fruit à celles que le règlement leur impose » (4).

De là les prescriptions relatives aux formalités de l’examen. Fortoul, d'accord avec le Conseil supérieur de l’Instruction publique, aurait voulu, en premier lieu, fixer à dix-huit ans l’âge auquel les candidats seraient admis à subir les épreuves du baccalauréat. « Il a été généralement reconnu, écrivait-il, qu’à seize ans (5) les jeunes gens ne remplissent pas sérieusement les conditions des premiers grades qui leur ouvrent l’accès des Facultés. Les facilités qu’on leur offre aujourd’hui compromettent leur avenir, parce que, dans l’exercice des professions libérales, des diplômes conquis à la hâte ne peuvent tenir lieu de Ia maturité qui est le fruit du temps. Aussi le Conseil supérieur, répétant un yœu émis dans l’une des précédentes sessions, n’a-t-1l pas hésité à déclarer que les aspirants au baccalauréat ne devraient pas se présenter à l'examen avant l’âge de dix-huit ans. Dans l’intérêt des familles elles-mêmes, qui, après n’avoir pas su résister aux

(BACPASUD:- p.167 710162.

(2) Cf. Circulaire du 14 décembre 1852.

OGC bid;

(4) Cf. Circulaire du 14 décembre 1852.

(5) C'était la limite fixée par le décret du 17 mars 1808, art. 19 et qui n'a jamais été modifiée.

sollicitations d’une jeunesse impatiente de tout joug, ont à déplorer les conséquences funestes d’une émancipation prématurée, le Gouvernement adopte en principe cette condition d'âge pour les candidats au baccalauréat ; il en proclame hautement la nécessité. » (1) Mais une telle mesure ne pouvait être prise sans l'approbation du pouvoir législatif qui, écarta la réforme proposée malgré l’avis favorable de M. J. Langläis, député de la Sarthe, rapporteur de la Commission chargée d'examiner le projet du Ministre.

Faute de pouvoir innover sur ce point, les circulaires du 14 décembre 4852 et du 40 juin 1853 relatives à l’application des règlements des 5 et 7 septembre 1852 concernant les examens du baccalauréat ès lettres et du baccalauréat ès sciences, après avoir rappelé avec une insistance particulière les prescriptions que les prédécesseurs de Fortoul avaient édictées pour prévenir les substitutions de personnes (2) pour empècher les candidats de changer de série (3) et pour rendre les fraudes impossibles, « au moins pendant la durée des compositions » (4), justifient l’article 1°

(1) Cf. Rapport du 10 avril 1852.

(2) « Rien n’est innové quant à la limite d'âge ou aux pièces dont la production est exigée ; seulement il a paru nécessaire que les signatures apposées par les candidats mineurs sur les demandes qu’ils vous soumettent fussent légalisées par le maire de la commune dans laquelle réside leur famiile. Cette garantie, en fournissant un terme authentique de comparaison et un moyen efficace de contrôle, préviendra, j'aime à le penser, les substitutions de personnes » (cf. Circulaire du 14 décembre 1852). Cette mesure avait été prise par de Parieu dans son arrêté du 26 novembre 1849 (cf. sup., p. 78). « Vous apporterez à contrôler l'identité des candidats un soin d'autant plus scrupuleux que le diplôme de bachelier ès sciences, exigé maintenant pour la plupart des carrières spéciales. et conférant des droits plus étendus, sera probablement demandé par un nombre de candidats égal à ceux du baccalauréat ès lettres, et se partagera avec ce dernier grade l'élite de la jeunesse studieuse. » (cf. Circulaire du 10 juin 1853).

(3) « Vous tiendrez particulièrement la main, Monsieur le Recteur, à l'application rigoureuse des articles 4 et 6 du règlement : le premier prescrit la clôture irrévocable du registre des inscriptions la veille du jeur de l'ouverture de la session, le second prononce l’acquit au Trésor des droits consignés par les candidats qui ne se présenteraient pas au jour fixé pour leur examen. S'il n’est pas convenable, ni régulier que les candidats attendent, pour se faire connaître, que les épreuves soient commencées, il serait plus inconvenant encore que, pour ménager leur chance, ils pussent, une fois inscrits changer à volonté de rang et de jour. Vous préviendrez facilement tout abus à cet égard en faisant parvenir à Monsieur le Doyen les noms des candidats inscrits au secrétariat de l’Académie, au fur et à mesure que leurs pièces vous seront adressées et en veillant à ce que les °xamens aient lieu conformément au tableau que vous aurez dressé. » (cf. Circulaire du 14 décembre 1852). « C’est à vous (le Recteur) qu’il appartient de recevoir les inscriptions des candidats et d’en dresser le tableau que vous communiquerez au fur et à mesure, à Monsieur le Doyen, jusqu'à la veille du jour fixé pour le commencement des épreuves, et où vous pronona irrévocablement la clôture du registre. » (cf. Circulaire du 10 juin 099))

1 « Les limites des temps fixées pour chacune des compositions ne devront pas être dépassées sous aucun prétexte et les professeurs, par leur propre exactitude, devront rendre inutile tout délai de surérogation… Vous inviterez MM. les Membres de la Faculté à redoubler de vigilance pour que les fraudes deviennent impossibles, au moins pendant la durée des compositions. La justice disciplinaire du Conseil académique devra sévir immédiatement contre les candidats qui auraient été pris en faute, et cette première satisfaction donnée à la morale sera en même temps une sauvegarde et une garantie pour les bonnes études. Il reste bien entendu que vous aurez à déférer à la justice ordinaire les pratiques coupables qui

des arrêtés des 5 et 7 septembre 1852 réduisant à trois les quatre sessions d’examens que tenaient annuellement les Facultés. (1) Nous avons vu que la session d’octobre, qui permettait aux candidats ajournés de se représenter six semaines, deux mois au plus, après l’épreuve infructueuse du mois d’août, était en contradiction avec les exigences de l’article 63 de la loi du 45 mars 1850. Les instructions du 5 avril 4851 par lesquelles de Parieu avait fixé l’ouverture de la première session au 1° juillet et celle de la deuxième au 15 octobre, levaient cette contradiction mais avaient pour conséquence de réduire la durée de l’année scolaire. Fortoul, voulant à la fois respecter la loi et laisser aux candidats le temps nécessaire pour se préparer sérieusement à l'examen, préféra supprimer la session d'octobre. Bien plus, il interdit d’accueillir toute demande d’examens isolés ou collectifs en dehors des trois sessions réglementaires. « Ces demandes, dit-il, ont presque toujours comme prétexte, non pas des motifs graves et légitimes, mais des convenances particulières ou des espérances qu’on n’oserait avouer. » (2)

Notons enfin une recommandation que nous voyons paraître pour la première fois, dans les circulaires ministérielles : elle a pour but de demander aux examinateurs une juste sévérité en leur donnant l’assurance que la délibération du jury une fois

tombent sous la loi pénale et dont les auteurs méritent une punition d'autant plus sévère qu'ils cherchent à associer à leur criminelle industrie une jeunesse inexpérimentée. » (cf. Circulaire du 14 décembre 1852). « Je compte que votre surveillance réussira à prévenir dans l'exécution des mesures. qui ont renouvelé ces épreuves, les fraudes trop souvent commises dans les examens du baccalauréat ès lettres, et qui sont ordinairement provoquées ou suggérées par une industrie des plus perverses. Si l’on dénonçait des manœuvres de ce genre vous auriez à requérir contre les délinquants, devant le Conseil académique, les mesures disciplinaires les plus énergiques. » (cf. Circulaire du 10 juin 1853).

(1) Cf. Règlement des 5 et 7? septembre 1852, art .1 et 2 : « Les Facultés (des lettres et des sciences) procèdent chaque année, dans trois sessions, aux examens du baccalauréat (ès lettres et ès sciences). La première session a lieu du 1 août au 1 septembre ; la deuxième, du 1 au 15 décembre ; la troisième, du 15 avril au 17 mai. Une session extraordinaire pourra, en outre, être autorisée par décision spéciale du Ministre de l'instruction publique. Aucun examen isolé ou collectif ne peut avoir lieu en dehors des sessions ». L'arrêté du ? juillet 1854 précisa que nul ne serait admis à subir

. pour la première fois l'examen du baccalauréat ès lettres ou ès sciences à la session d'avril. « L'objet des examens du baccalauréat, lisons-nous dans la Circulaire du 15 juillet 1854, étant de constater l'instruction des jeunes gens qui ont terminé le cours des études secondaires il s'ensuit que cette constatation, pour répondre au vœu des règlements comme à l'intérêt des études et à celui des candidats eux-mêmes, doit être faite, soit à la fin de l'année classique pour ceux des candidats qui sont suffisamment préparés, soit à la reprise des cours pour ceux qui avaient besoin de mettre le temps dés vacances à profit afin de compléter leur instruction. Les deux sessions des mois d'août et de décembre sont donc les seules auxquelles les candidats puissent régulièrement se présenter, et, si des sessions ont été instituées dans le courant de l’année classique pour fournir aux candidats ajournés les moyens de réparer leurs échecs antérieurs, le but de l’administration n’a jamais été d'offrir à tous les élèves des institutions publiques ou particulières le prétexte de tronquer ou d'interrompre leurs études, pour tenter les épreuves de l'examen avant de s’y être convenablement préparés ».

(2) Cf. Circulaire du 14 décembre 1852.

prise, aucune intervention n’en saurait modifier le résultat. « Quant à la juste sévérité qu’il convient d'apporter dans le jugement de la version et de la composition, écrit Fortoul, je ne saurais trop la recommander aux examinateurs... La correction des pensées et du langage doit être la condition indispensable de l'épreuve éerite, comme la précision dans lexplication des auteurs et l'exactitude de l'exposition dans les matières littéraires ou philosophiques seront les conditions indispensables des épreuves

orales. Les examinateurs... ne laisseront aucune excuse à l’in-

capacité ou à la paresse. Il est à désirer aussi que MM. les exa-

minateurs apportent la plus grande réserve à établir des compen-

sations, ordinairement trop indulgentes, entre les diverses parties

de l’examen, lorsque les candidats ne se sont pas montrés égale-

ment satisfaisants dans toutes. (1) Aucune des branches du pro-

gramme ne peut être négligée impunément, (2) et si l’on doit

laisser aux juges, une certaine latitude d'appréciation, c’est à la

condition que cette liberté ne tournera pas au détriment des

études et ne deviendra pas un droit pour les candidats négli-

gents…. {1 serait inutile d'ajouter que, le jugement une fois rendu,

aucune considération ne pourra en changer l’expression . » (3)

(1) Fortoul pensa que le moyen le plus efficace pour rendre ces complaisances moins aisées était d'interdire aux examinateurs de traduire leurs jugements par des notes chiffrées et de les obliger à employer des « boules de diverses couleurs, d’après l’usage adopté depuis longtemps dans les Facultés de droit » (cf. Circulaire du 14 décembre 1852). :

La circulaire du 14 juin 1853 relative au. nouveau mode de votation dans les examens du baccalauréat ès lettres et ès sciences apporte sur le sysième des boules les précisions suivantes : « A la suite des compositions et au moment où chacun des candidats déclarés admissibles sera appelé pour subir la seconde partie des épreuves, le jury devra déposer dans l’urne une boule dont la couleur représentera la note donnée à ses compositions et qui comptera, par conséquent, pour le résultat final de l'examen. Quant à la valeur des suffrages et à la mention qui sera portée sur le certificat, vous ferez savoir à MM. les Doyens des Facultés de votre ressort que nul examen ne peut entraîner la mention Très Bien, s’il ne se trouve dans iurne au moins quatre boules blanches, sans aucune noiré ; la mention Bien sera méritée lorsque, sur les cinq boules, il y en aura au moins trois blanches, sans aucune noire : enfin l'admission à titre suffisant et correspondant à la mention Assez Bien ne pourra être inscrite lorsque le candidat aura deux boules noires, c’est-à-dire lorsqu'il aura été déclaré nul dans deux parties de l'examen. La boule blanche correspondant à la mention Bien et la boule rouge à la mention Assez Bien on devra pour l’appréciation du résultat de l'examen, prendre la moyenne donnée par le rapport des deux couleurs ».

(2) Nous avons vu que l’art. 9 du Règlement du 5 septembre 1852 prescrivait que la note Mal pour l’une ou l'autre partie de l'épreuve écrite, entratnait l’ajournement du candidat. La même prescription figure à l’article 10 du Règlement du ? septembre 1852.

@) Cf. Circulaire du 14 décembre 1852. « Les compositions étant ici, comme dans les épreuves du baccalauréat ès lettres, la base de l’examen, répète Fortoul, dans sa circulaire du 10 juin 1853, MM. les examinateurs sauront, je l’espère en maintenir le niveau à la hauteur convenable. »

Notons que Fortoul réserva aux doyens le soin de choisir les sujets des épreuves écrites (cf. arrêtés des 5 et ? septembre 1858, art. 8). L'arrêté du 9 février 1830 qui institua, pour la première fois, une épreuve écrite, est muet sur ce point. Les arrêtés du 14 juillet 1840 (art. 16) et du 26 novembre 1849 (art. 9) prescrivaient que le choix devait être fait par le doyen ou par le président du jury d'examen. ;

Considérée en elle-même la réforme de Fortoul marquait un réel progrès au point de vue pédagogique. Le renforcement des épreuves écrites affectées d’une note éliminatoire, l’allègement du programme des épreuves orales, l’introduction d’une épreuve de langues vivantes à l’examen du baccalauréat ès sciences et le retour à un seul baccalauréat scientifique, libéré de la vieille et lourde hypothèque qui en défendait l’accès à quiconque n’était pas pourvu du grade de bachelier ès lettres, étaient autant de lüesures qui s’imposaient dans l'intérêt bien compris d’une meilleure organisation des études secondaires, de même que s’imposait, dans l’intérêt du baccalauréat, l’application rigoureuse des prescriptions relatives à la sincérité de l’examen.

Mais, d’une part, ces innovations alourdissaient la charge imposée par les examens du baccalauréat aux Facultés des lettres et des sciences dont les professeurs, depuis 1847, étaient seuls à constituer les jurys, — et ce sera là une des raisons principales, comme nous le verrons, de l’hostilité que les professeurs de l’enseignement supérieur témoigneront pendant longtemps au baccalauréat qui, chaque année, dévorait une trop grande partie de leur activité. D'autre part, — chose plus grave — l’abolition du certificat d’études ayant placé définitivement le baccalauréat en dehors et au-dessus de la classe aussi bien pour les élèves des lycées et des collèges que pour ceux de l’enseignement libre, les examinateurs ne disposaient plus, pour asseoir leur jugement,

“que des éléments d’appréciation qu’un examen presque entièrement soumis aux caprices du tirage au sort leur fournissait. Un rapport adressé, en 1854, au Ministre de l’Instruction publique par le Comité des inspecteurs généraux de l’enseignement supérieur montre que les inconvénients pédagogiques de la‘réforme de 1852 n'avaient pas échappé à ceux qui mieux que personne connaissaient les besoins de l’Université et les méthodes les plus propres à les satisfaire.

« Ce qui nous frappe surtout, lisons-nous dans ce rapport, c’est le regrettable exemple des ajournements infligés à des candidats reconnus parmi les meilleurs élèves de leur série. La masse des aspirants n’est déjà que trop portée à voir dans les examens une question de bonne ou de mauvaise chance et à leur attribuer un caractère aléatoire. Il ne faut pas que ces erreurs judiciaires viennent confirmer ce préjugé de la paresse et que les disgrâces imméritées de bons élèves puissent être la justification des mauvais. Dans quelle proportion les succès obtenus pendant le cours des études par les candidats leur seront-ils comptés au moment des épreuves, et de queiles garanties ce puissant moyen d’émulation devra-t-il être entouré ? Le Comité croit devoir insister auprès de Votre Excellence sur l’importance de cette dernière question. On a poussé la garantie de l’impartialité jusqu’à l’abus en voulant

que tous les candidats fussent considérés par les juges comme des unités de même valeur sans aucun égard à leur conduite et à leur travail. Cette fiction ne peut plus se soutenir. Les juges des épreuves universitaires, comme tous les juges du monde, ont besoin au contraire, de connaître tous les antécédents de leurs justi: ciables, et chaque candidat doit mettre son curriculum vitæ sous leurs yeux. Ainsi les erreurs dont nous avons parlé seraient prévenues, et les élèves laborieux trouveraient dans la dispense ou dans l’atténuation des épreuves, une récompense qui exciterait l’émulation de leurs condisciples ». |

Le but que s'était proposé de Fortoul, la circulaire du 14 décembre 1852 en fait foi, était pourtant de relever le niveau des études secondaires en améliorant le mode d’examen qui en était la sanction. Son erreur fut de croire que, pour l’atteindre, il suffisait de modifier la procédure des épreuves écrites et orales du baccalauréat en confiant au sort le soin d’en régler tous les détails, alors que la condition indispensable du succès de sa réforme était de mettre l’examen en étroit rapport avec le plan d’études. M. F. Vial attribue l’échec du plan d’études de 1852 et la mauvaise réputation que la réforme de Fortoul a gardée dans l’histoire de l’enseignement secondaire, non pas à des raisons intrinsèques, mais à des causes extérieures (1). Certes, pour qu’une grande réforme pédagogique réussisse, il ne suffit pas qu’elle ait été étudiée par de grands savants et décrétée par un Ministre autoritaire. Il faut aussi, il faut surtout, qu’elle s'adresse à un corps enseignant préparé à la comprendre, à l’approuver, à la servir. À. du Mesnil a raison de dire que la réfome de 1852 était « mort-née » parce qu’elle n’était pas fondée sur « l’adhésion sincère des maîtres (2) ». Fortoul, en effet, par le ton donné aux circulaires où il commentait sa réforme (3), au lieu de se concilier leurs concours confiant, avait provoqué les résistances, sourdes chez les uns, manifestes chez les autres, de ceux qui devaient la féconder et la vivifier par leur action quotidienne. Les professeurs tracassés,

(1) Cf. F. Vial, Trois siècles d'histoire de l’enseignement secondaire, Paris, Delagrave, 1936, p. 215.

(2) Cf. A. du Mesnil, in Dictionnaire pédagogique de Ferdinand Buisson, article Fortoul.

(3) « Il importe que l'application régulière et intelligente de nos programmes ait pour effet de combattre les mauvaises méthodes et de corriger les traditions erronées. » (cf. Circulaire du 10 juin 1853 — « Nous devons attendre les plus heureux effets des réformes que nous avons entreprises ; mais nous ne les obtiendrons qu'en combattant avec opiniâtreté les derniers restes des routines et de la grossière ignorance d’un régime dont les inconvénients devenaient intolérables. » (cf. Circulaire du 18 avril 1855). — « Par ‘un entraînement de passion funeste à tout esprit de tradition, dit Gréard, le premier effet de la moindre réforme en France est trop souvent la condamnation absolue du régime qu'il s’agit d'améliorer : mais jamais ce caractère n’a été plus accusé que dans les instructions qui datent de cette époque ». (cf. Gréard, Education et Instruction, Enseignement secondaire, 11, p. 80, note 8)

brimés par des ordres empreints de défiance (1) n’apportèrent aucun enthousiasme à l’exécution des prescriptions ministérielles

Mais là n’est pas, croyons-nous, la raison principale de l’échec de cette réforme. Ce qui la condamnait à une irrémédiable stérilité, quelles que fussent les dispositions pédagogiques ou politiques de ceux qui étaient chargés de l’appliquer, c’était la persistance plus accentuée que jamais d’un profond désaccord entre les programmes du plan d’études et le programme du baccalauréat qui en était la sanction. Plan d’études et examen du baccalauréat, au lieu de former un tout homogène, un organisme complet, étaient mis par la réforme de Fortoul dans un état d’incompatibilité, d’hostilité pourrait-on dire, d’où ne pouvaient sortir que les désordres du divorce. Quand on étudie cette période de l’histoire de notre enseignement secondaire, on est surpris qu’une telle erreur pédagogique ait été commise par des savants comme le baron Thénard, Leverrier, J.-B. Dumas, des philosophes et des artistes comme Ravaisson, Ingres, Eug. Delacroix, de hauts fonctionnaires de l’Université comme Cournot.

Le plan d’études qui, nous l’avons dit, à le prendre en lui-même, marquait un incontestable progrès, devait fatalement souffrir, plus que le baccalauréat, de cette erreur. Les élèves s’aperçurent très vite que le meilleur moyen pour devenir bacheliers était d’immoler à la divinité du jour l’enseignement régulier des classes supérieures, afin de se livrer à une révision générale des matières qui étaient exigées à l’examen sans figurer dans les programmes de ces classes, révision qui exigeait des efforts inouis de mémoire sans profit pour l'intelligence, mais à laquelle il fallait se soumettre si l’on voulait s'assurer le succès. Les professeurs constatèrent, à l’usage que les 146 numéros du programme de Fortoul contenaient autant de matières que les 500 numéros du programme de Cousin dont la réduction était plus apparente que réelle, que beaucoup de bons candidats comptaient moins sur le travail fait en classe que sur le Manuel et sur les préparateurs toujours plus habiles et plus nombreux, pour se mettre au niveau de l’examen, que les mauvais se dirigeaient en foule vers l’examen du baccalauréat ès sciences (2). Nous trouvons, dans les deux Lettres sur l’Enseignement de Bersot, en même temps qu’un écho fidèle des légi-

(1) De Fortoul avait, entre autres mesures, réglementé les répétitions et défendu aux professeurs de recevoir des élèves chez eux. « Ils se priveront, peut-être, disait-il avec une blessante ironie, de quelques superfluités ; Imais ils en seront récompensés par l'estime publique » (cf. Circulaire du 4 avril 1852). Toutes les circulaires de Fortoul ont été publiées par ses soins, en 1856, dans un ouvrage de quatre volumes intitulé : Réforme de l’enseignement.

(2) Cf. apud Mme Garnier, Une Famille, p. 96, une lettre de Bary: « Le proviseur est venu dans ma classe pour demander aux élèves quelles étaient leurs vocations. Comme les crétins dans les lettres s’imaginent que la stupidité littéraire est une raison pour qu'on soit très fort dans les sciences, la majorité a opté pour les sciences. »

times doléances des professeurs, la confirmation de ce qui nous est apparu comme le vice fondamental de la réforme de 1852 et la véritable raison de son échec.

« Le caractère propre au plan d’études, écrit Bersot, est la

recherche de l’utile. On a considéré les spécialités dans lesquelles

les hommes se partagent, et on veut fournir à toutes ces spécialités. Au lieu donc de viser à une perfection générale de l'esprit, on ne vise qu’à une perfection prticulière, on forme le parfait écolier de l'Ecole Navale, de l'Ecole Forestière, de l’Ecole de Saint- Cyr, de l’Ecole Polytechnique, de l'Ecole Normale. Comme ces écoles s’ouvrent de bonne heure et qu’elles ont leur programme d'admission difficile à proportion du nombre des candidats, on a senti qu’on ne saurait y préparer trop tôt et trop fortement. Aussi, en sortant de la classe de quatrième, les élèves doivent entrer dans la voie des lettres ou dans la voie des sciences; c’est ce qu’on appelle d’un nom emprunté à l’industrie et qui sied bien ici, la bifurcation. Dès lors, l’enseignement ne voit plus que l’école ; aucun écart, aucun excès ; on les a prévus dans l’enseignement des lettres qui, naturellement vague, invite les élèves à regarder à droite et à gauche et à courir le pays; l’histoire et la philosophie qui éveillent de ces fantaisies ont été mises à la raison. Ce plan est très bien conçu. La séparation des lettres et des sciences répond à la séparation des aptitudes et des carrières; chacun de ces embranchements mène loin et dessert, chemin faisant, les différentes écoles. Ce que l’enseignement scientifique comporte d’études littéraires, ce que l’enseignement littéraire comporte d’études scientifiques, est bien ménagé : on trouve même, appliqué en grand pour la première fois cet excellent principe que, au lieu d’enseigner une science dans toute sa difficulté à un seul âge et à un seul ordre d’esprits, on peut l’enseigner à divers âges et à divers ordres d’esprits, à diverses profondeurs. Je le répète ce plan, comme plan, est très remarquable; il pêche dans la pratique : on à supposé des élèves d’une espèce supérieure ».

Et, comparant la situation des élèves obligés, avant d’avoir une connaissance bien certaine d’eux-mêmes et de la vie, de choisir entre deux voies, à celle d’'Hercule qui, lui, était en âge de distinguer entre le bien et le mal et savait de quoi il délibérait, Bersot ajoute : « vers treize ans on les place ainsi à l’entrée de deux chemins, celui des lettres et celui des sciences; des lettres, ils conaissent la grammaire ; des sciences, les quatre règles et quelques expériences de physique et de chimie amusantes: on leur a dit que par l’un ils seront ingénieurs, médecins, militaires, ete., par l’autre avocats, magistrats, prêtres et le reste. Or, il n’y a rien de plus incertain, comme chacun sait, que les vocations de treize ans. Les uns, indifférents sur les agréments ou les ennuis du chemin, ne voient, au bout qu’un uniforme qui brille; d’autres, plus prudents, se décident sur leur expérience; ils se jettent dans les lettres par dégoût

des thèmes et des leçons à réciter. Il est vrai que plusieurs, une fois entrés dans ces routes, en sentent les ennuis présents et oublient les anciens ennuis; aussi les voit-on revenir à la route abandonnée Jusqu’à ce que, par honte de changer, ils restent où cette honte les a surpris... Comme il a supposé les élèves plus sûrs de leurs aptitudes, plus prévoyants de l’avenir et plus capables de mathématiques qu’ils ne le sont, le plan d’études les suppose aussi plus raisonnables, moins exclusifs. En imposant aux élèves des études étrangères à leurs spécialités, en les réunissant dans de certains exercices communs, après les avoir séparés comme en deux nations, on à pensé qu’ils consentiraient à cette digression; on s’est trompé; cela devait se prévoir et se voit maintenant. Renfermés dans la même classe, sous le même professeur, devant le même travail, les littérateurs restent littérateurs, les scientifiques, scientifiques ; autrement ils croiraient perdre leur temps et manquer à la dignité des sciences ou des lettres qu'ils représentent. Par malheur personne ne profite à ces dédains ».

Une telle organisation ne pouvait donner que des résultats déplorables tant pour la formation intellectuelle des élèves que pour leur préparation pédagogique aux examens du baccalauréat. « Avec le système actuel du baccalauréat, dit Bersot, voici comment les choses se passent. Dès la classe de troisième, quelquefois avant, un élève se prépare spécialement au baccalauréat. En attendant qu'il apprenne autre chose, il apprend le programme ; puis armé de ce cicerone, il va droit devant lui à l’examen;; il ne veut voir, ne veut entendre, ne veut faire que ce qui le mène là. Ouvrir son esprit, se former un sens droit, embellir son imagination, assurer son goût (je ne parle même pas des sentiments pour qu’on ne se moque pas de moi) tout cela détourne. Un chemin à faire, tant aujourd’hui que demain, cela est clair, on voit où on va, on sait où on est ; à mesure que le temps avance, l’impatience prend, on ne marche plus, on saute, et, parvenu au fossé qui sépare du but, on se lance les yeux fermés, en invoquant la chance. Beaucoup tombent au milieu, quelques-uns arrivent à l’autre bord pour l’édification commune, les victimes s’en retournent, se sèchent et se remettent un peu, puis reprennent leur élan. Que la chance leur soit en aide (1). Et maintenant qu'ils comptent leurs riches-

(1) Le sort prenait, en effet, dans la procédure des épreuves un rôle de plus en plus grand puisque, dans le règlement de Fortoul, il décidait non seulement de la nature des interrogations mais aussi de celle des compositions. « Sera-t-elle, ironise Bersot, française ou latine ? C’est le sort qui en décidera. Rien que cela. Si vous avez la main heureuse, vous serez dispensé de savoir écrire en latin, et comme les joueurs les’ plus malheureux ne le sont pas toujours, avec la résolution de courir la chance jusqu’à ce qu’on tire une composition française, on peut négliger absolument l’autre et se contenter de pratiquer le français commun, avec lequel on se sauve en ce monde. » — Le tirage au sort, écrit H. Lantoine, sécrétaire de la Faculté des lettres de Paris. « donnait lieu à un curieux spectacle... Quand le professeur chargé de surveiller la séance, décachetait l’un des deux plis renfermant le sujet à dicter, s’il se trouvait que

ses : au lieu d’un esprit vigoureux par une bonne nourriture, bien digérée, par de convenables exercices, une mémoire surmenée, au lieu de science un programme, au lieu de facultés des numéros (1) ». La plaquette de Bersot ne fut publiée qu’à la fin de 1857, après la mort de Fortoul, bien que ses deux lettres paraissent avoir été écrites avant cette date (2). Le Ministre autoritaire vivant, il y aurait eu un réel danger, pour un professeur, à critiquer sa réforme avec une vivacité si pertinente, à moins de vouloir, comme Sarcey, y chercher une occasion d'échapper au joug et de partir en beauté.

Seul le monde médical opposa à la réforme de Fortoul une résistance ouverte. Le décret du 10 avril 4852 qui avait rendu seul exigible, pour pouvoir s'inscrire dans les Facultés de médecine et les Ecoles supérieures de pharmacie, le nouveau diplôme de bachelier ès sciences et supprimé définitivement l'obligation de produire le diplôme de bachelier ès lettres (3) ouvrait ainsi un débat qui passionnera longtemps l’opinion publique et qui, de nos jours encore, se ranime, à des intervalles plus où moins rapprochés, dans les congrès corporatifs ou dans les enquêtes de la presse, et déferle parfois jusqu’à la tribune de la Chambre ou du Sénat. Les professeurs des Facultés de médecine élevèrent aussitôt des protestations contre cette mesure en l’accusant d’abaisser le niveau intellectuel du corps médical. Pendant six ans, ils renouvelèrent leurs plaintes avec une insistance qui surprend quand on sait avec quelle rigueur Fortoul mettait fin aux réclamations des fonctionnaires de l’Université (4).

Nous trouvons les doléances du corps médical, exposées avec une évidente sympathie, dans le rapport adressé à l’Empereur le 23 août 1858, par Rouland, successeur de Fortoul au Ministère

l'enveloppe recélât une matière de discours latin, bon nombre de candidats, qui avaient compté sur un discours français, prenaient leurs chapeaux et quittaient immédiatement la salle, avec l’espoir d’être mieux traités par la fortune à une autre session » (cf. H. Lantoine, Le Baccalauréat ès lettres, in Revue Universitaire, 15 février 1896, p. 135). — C'était là, on le voit, un méfait de la politique prise comme guide et mesure d'une réforme pédagogique. Pour. enlever aux professeurs qui avaient le tort de ne pas penser comme lui, toute liberté de jugement, de Fortoul avait livré l'examen au hasard, hasard des textes, hasard des questions, hasard de la composition des séries.

(1) Cf. Ernest Bersot, Lettres sur l'Enseignement, Paris, Hachette, IRL ED VE b 26 T0 BIT ENS

. (2) Ainsi, Bersot parle du tirage au sort pour l'épreuve écrite comme si cette épreuve pouvait être un discours latin ou un discours français.

Or, Rouland avait déjà supprimé cette disposition aléatoire par un arrêté daté du 3 août 1857.

.(@) Cf. Décret du 10 avril 1852, art. 12 : « Les étudiants des Facultés de médecine et des Ecoles supérieures de pharmacie sont dispensés de produire le diplôme de bachelier ès lettres. Ils doivent produire le diplôme de bachelier ès sciences avant de prendre la première inscription. »

(4) Cf. Rapport du 83 août 1858, « telle a été la conviction du Corps médical en présence du décret de 185, auquel il apposa les plus vives résistances... Six années se sont écoulées.. les Facultés et les plus illustres représentants de la médecine n’ont pas discontinué leurs plaintes. »

de l’Instruction publique et des Cultes. Après avoir rendu hommage aux efforts accomplis par son prédécesseur pour intensifier « sous l’impulsion d’un Gouvernement fort et glorieux » dans l'intérêt de l’industrie, des arts et du commerce, « l’étude des sciences appelées à jouer un si grand rôle dans le développement des richesses et de l’activité du pays », Rouland fait observer que la réforme de Fortoul, par cela même qu’elle répondait à des besoins réels, avait été appliquée avec une certaine exagération. « Ainsi, dit-il, l’entraînement légitime vers les études scientifiques ne s’est peut-être pas arrêté à ses véritables limites, lorsque, rejetant la prédominance de l’élément littéraire dans la préparation aux études médicales, il l’a soumise presque exclusivent à l’empire des études mathématiques et physiques (1) ».

(1) Fortoul avait, cru atténuer les effets de l’importance accordée par le plan d’études des lycées et par le programme du baccalauréat ès sciences aux études scientifiques en donnant à la partie littéraire de l'examen une valeur éliminatoire. « Ils (les examinateurs), écrivait-il dans sa circutaire du 10 juin 1853, ne perdront pas de vue que la composition littéraire a son importance spéciale et doit être jugée indépendamment de la composition scientifique, sans qu’il y ait jamais lieu de les balancer l’une par l’autre. La Commssion mixte (Fortoul avait créé pour préparer le nouveau programme du baccalauréat ès sciences, par un arrêté du 9 septembre 1852, une Commission mixte, comprenant les représentants des Ministères de la Guerre, de la Marine, des Finances et de l’Instruction Publique, analogue à celle qu'il avait réunie, par les arrêtés des 7 et 11 juin 1852, pour procéder à la révision des programmes d'admission aux Ecoles spéciales et des programmes de l’enseignement scientifique des lycées. On trouve dans la première Commission les noms de : Ravaison, Brongniart, Ingres, Picot et Simart, de l’Institut; Belloc, directeur de l'Ecole Nationale spéciale de dessin et de mathématiques appliquées aux arts industriels; Jouffroy, sculpteur; Meissonnier, Duc, Eugène Delacroix, H. Flandrin, F. Pillet; dans la deuxième ceux de: baron Thénard, Leverrier, Dumas, Brongniart, général Morin et Nisard, de l’Institut; Bommard, directeur des études à l'Ecole polytechnique; Rolin, commandant de l'Ecole d’Application d’Etat-major; Bugnot, directeur des études à l'Ecole spéciale rmilitaire; le contre-amiral Mathieu; Guibert, examinateur à l'Ecole de marine; Vieille, maître de conférences à l Ecole Normale Supérieure; Béclard, de l'Académie de médecine; Parade, directeur de l'Ecole forestière à Nancy: Sonnet, inspecteur d’Académie), la Commission mixte en signalant la nécessité de la culture littéraire dans l'intérêt même de notre développement industriel, a exprimé le vœu que les traditions classiques de goût et d’élégante civilisation, qui forment comme notre patrimoine national, se retrouvassent dans l’enseignement scientifique. Cette prescription devra servir de règle aux jurys qui, même dans le Jugement des autres compositions, auront à tenir soigneusement compte du mérite de la forme et de la correction des idées et du style. »

Mais cette recommandation excellente en soi et faite encore de nos jours aux professeurs par les instructions ministérielles tenant lieu de préface at plan d'études du 3 juin 1925, ne pouvait pas être jugée suffsante par les partisans des humanités pour combler ce que la culture scientifique leur paraissait avoir de déficient. D'autre part, il n’est pas douteux que toute la réforme de Fortoul était fondée sur le principe que l'enseignement des sciences aboutissait à la meilleure forme de culture. « Les principes, lisons-nous dans la même circulaire, qui ont été posés par la Commission mixte, et que mon administration a consacrés, doivent guider les examinateurs, dont la mission est de s’assurer que ces règles, après avoir passé dans la pratique, forment réellement la base de l’instruction des candidats. Ce n’est pas seulement à la mémoire que les. sciences doivent s'adresser, et les résultats d’ailleurs si importants qu'elles ont atteints ont peut-être moins de prix encore que les méthodes dont elles usent, ef auxquelles elles façonnent les intelligences. Habituer la pensée à s'élever de l'observation des faits à la considération des lois, la faire redescendre des principes à leurs dernières conséquences, féconder

Entrant ensuite dans le vif du débat, Rouland dont le rapport a pour but de justifier son projet de décret relatif au rétablissement de l’obligation du grade de bachelier ès lettres pour les aspirants au grade de docteur en médecine, plaide le dossier du corps médical avec des arguments que nous voyons revenir à peine rajeunis, sous la plume des partisans actuels d’une culture grecolatine, comme condition préalable aux études médicales.

« L'art de guérir, écrit le Ministre, si précieux à l’humanité, exige, pour être cultivé et appliqué avec succès autant d'efforts d'intelligence et de jugement que de connaissances théoriques et pratiques. Sans nul doute, le docteur en médecine, digne de ce nom, doit avoir étudié laborieusement et la structure du corps humain et les phénomènes morbides, et la matière médicale, et c’est d’abord aux procédés de l’observation la plus attentive qu’il consacre ses forces et ses veilles. Mais l’observation elle-même serait stérile si toutes les ressources d’un esprit juste, actif, pénétrant, ne venaient à la fois l’assurer et l’étendre; il faut que la médecine, luttant contre les maladies de l’homme, connaisse l’homme tout entier dans sa double essence physique et morale. C’est en spiritualisant ainsi la science médicale, si riche d’ailleurs d’enseignements positifs, que notre époque, répudiant les systèmes absolus, a si largement constitué l’art de guérir et l’a placé au sommet des professions sociales. Pourquoi donc dispenserait-on les aspirants au doctorat en médecine de l’épreuve générale des études littéraires ? Mais ce sont ces études qui donnent au goût, au cœur et à l’esprit les tendances les plus délicates et les impulsions les plus heureuses. Le médecin, attaché à des travaux infinis, consulté dans toutes les classes de la société pour tous les maux qui affectent le corps et l'intelligence, obligé à tant de discernement et d'action morale, doit être, avant tout, préparé à l’apprentissage scientifique par une instruction littéraire complète. En négligeant les humanités il néglige un élément indispensable pour lui, il écarte un moyen de succès et d'influence, et il crée peut-être un véritable obstacle à l’autorité comme au progrès de l’art qu’il exerce ».

Cette défense des humanités présentées comme le roc sur lequel peut seulement être édifiée, avec toute la solidité nécessaire, la culture scientifique, était la condamnation la plus nette de la réforme de Fortoul. Le rapport de Rouland fut consacré par le décret impérial du 23 août 1858 rétablissant, pour les étudiants des Facultés de médecine aspirant au doctorat, l'obligation de produire, avant de prendre la première inscription, le diplôme de

les esprits en unissant partout la théorie à l'application et la pratique aux spéculations les plus généraies, tel est le but véritable de l'éducation que nos Re chargés ne sors à la jeunesse. Telle est aussi la voie dans aquelle les examinateurs doivent s’efforcer de maintenir cou d air entrer les élèves et les maîtres. » Re

bachelier ès lettres (1). Mais Rouland n’entendait pas que ce retour à la tradition fût considéré comme la conclusion d’une lutte entre les partisans de l’enseignement littéraire et les partisans de l’enseignement scientifique. Sa conception traditionaliste du rôle des études secondaires et de la valeur à donner au diplôme qui en contrôle le niveau, les méthodes et les tendances, n’aurait pu se satisfaire d’un système exclusif, sans trahir l’esprit humaniste qui la soutenait. Il s’agissait pour lui de « régler avec sincérité et bon sens » le genre d’études qu’il convenait d'imposer aux élèves des lycées pour les préparer à suivre avec fruit l’enseignement supérieur. Reconnaissant qu’un bachelier ès lettres, pour entrer à la Faculté de médecine, doit justifier, non seulement d’une culture littéraire solide, mais aussi d’une culture scientifique suffisante, 1l créa un baccalauréat ès sciences restreint exigible avant la troisième inscription (2). Ce baccalauréat dont le programme était allégé de tout ce que le programme du baccalauréat ès sciences contenait de difficile dans sa partie relative aux mathématiques, lui paraissait susceptible de réaliser cette « alliance juste et vraie des sciences et des lettres » qu’il voulait mettre à la base des études médicales.

Il n’est pas douteux que Rouland aurait été heureux d’étendre à tous les élèves de l’enseignement secondaire la mesure qu'il avait prise à l’égard d’une catégorie déterminée d'étudiants. Ses préférences allaient à l’ancienne organisation que Fortoul avait démolie et qui obligeait les candidats au baccalauréat ès sciences à être pourvus du diplôme de bachelier ès lettres. Il n’osa pas faire un tel retour en arrière et il se contenta d’accorder quatre boules blanches, en le dispensant des épreuves littéraires, à tout candidat au baccalauréat ès sciences pourvu du baccalauréat ès lettres (3).

(1) Cf. Décret du 23 août 1858, art. 1er : « Les étudiants des Facultés de médecine aspirant au doctorat doivent produire, avant de prendre la première inscription, le diplôme de bachelier ès lettres. »

(2) Cf. Décret du 23 août 1858, art. 1 : « Les étudiants des Facultés de médecine aspirant au doctorat doivent produire... avant de prendre la troisième (inscription) le diplôme de bachelier ès sciences, restreint pour la partie mathématique. »

La circulaire du 14 février 1859 précisa la nature et la valeur de ce diplôme : « Ce n’est pas, dit le ministre, un nouveau grade, mais une sorte de brevet spécial de capacité délivré aux seuls étudiants en médecine. Le conseil impérial a pensé, et j'ai complètement partagé son avis, qu'il ne fallait pas encourager les jeunes gens qui n’ont pas en vue l'étude de la médecine, à se contenter du baccalauréat ès sciences restreint. Les familles pourraient y être trompées, et le public lui-même pourrait être induit à regarder comme de véritables bacheliers ès sciences ceux qui n’ont fait que des études mathématiques incomplètes. » Aux termes de l’article 3 du décret du 23 août 1858, les candidats pourvus du baccalauréat ès sciences restreint pouvaient obtenir le grade de bachelier ès sciences en subissant l'examen sur la partie du programme qui n’était pas exigée à l’examen du baccalauréat restreint et en payant le complément des droits s’élevant à la somme de cinquante francs.

(3) Cf. Règlement du ? août 1857, art. 16: « Les candidats qui sont pourvus du diplôme de bachelier ès lettres sont dispensés des épreuves littéraires du baccalauréat ès sciences. Les parties sur lesquelles ils ne sont point interrogés sont représentées dans l’urne par quatre boules blanches. »

Il espérait, par un tel avantage, obtenir de la libre initiative des professeurs, des élèves et des familles ce qu'il ne voulait pas ou ne pouvait pas leur imposer par un acte d'autorité (1). Cet espoir ne fut pas étranger à la mesure qu'il prit, par un arrêté en date du 6 décembre 1859, et qui scindait l’examen du baccalauréat ès sciences en deux parties, afin de permettre aux candidats qui en feraient la demande de le subir en deux sessions différentes (2).

Réclamée par le Ministre de la guerre dans l’intérêt d’une meilleure organisation de la préparation au concours d'admission à l'Ecole de Saint-Cyr, cette mesure apparut au Ministre de l’Instruction Publique comme une possibilité nouvelle de rendre plus accessibles aux littéraires les épreuves du baccalauréat ès sciences (3). En réalité les décisions de Rouland n’aboutirent qu'à une plus ample multiplication des variétés du baccalauréat ès sciences dont Fortoul avait ramené les épreuves à l’unité. En 1859, il n’en existait pas moins de cinq : le baccalauréat complet (4), le baccalauréat scindé (5), le baccalauréat restreint (6), le baccalauréat complémentaire (7), enfin le baccalauréat à l’usage de ceux qui étaient déjà bacheliers ès lettres (8). Guidés par leur intérêt et par le Manuel, qui sévissait de plus en plus, les candidats, paraît-il, s’y reconnaissaient encore et s’accommodaient des chances variées que leur offrait la variété des épreuves; les examinateurs ne s’y retrouvaient plus. D'autre part, en scindant le baccalauréat ès sciences en deux épreuves dont la première avait pour objet les sciences physiques et naturelles et pouvait être subie à la fin de l’année de seconde, Rouland, au lieu d’atténuer les défauts

(1) Cf. Circulaire du 14 août 1857: « Cette disposition encouragera beaucoup de jeunes gens à se pourvoir du diplôme de bachelier ès lettres avant de tenter l'épreuve du baccalauréat ès sciences. C’est le vœu de l’administration supérieure et des hommes éminents qui me prêtent leur concours pour la direction des études scientifiques. »

(à) Cf. Arrêté du 6 décembre 1859, art. 1e et 2.

(3) Cf. Circulaire du 15 décembre 1859 : « Les mesures dont il s’agit ont eu pour but de réunir, dans les classes de troisième et de seconde, toutes les études relatives aux sciences physiques et naturelles, et de réserver l’année de rhétorique à l'étude spéciale de la partie littéraire et des mathématiques exigées pour le baccalauréat ès sciences et pour l'Ecole de Saint-Cyr. Cette répartition qui permet aux jeunes gens de concentrer successivement leurs efforts et leur attention sur chacune des Sciences qui font l’objet de l'enseignement, était une première satisfaction donnée aux désirs exprimés par le Ministre de la Guerre. Mais elle ne peut avoir d'effet récllement utile qu'autant que, dès la fin de la classe de seconde, les élèves seront admis à subir la partie des épreuves du baccalauréat ès sciences dont il ne doit plus être question en rhétorique. Ce n’est, en effet, qu'à la condition expresse d’une consécration immédiate donnée à cette partie des études, que la classe de rhétorique peut être ensuite employée, sans préoccupation étrangère, à l'étude exclusive des lettres et des mathématiques. » l

(4) CI. Décret du 10 avril 1852, art. 9.

(>) Cf. Décret du 6 décembre 1859, art, 1e à 3.

(6) Cf. Arrêté du 84 janvier 1859, art 1e à 6.

(1) Cf. Décret du 88 août 1858, arts.

(8) Arrêté du ? août 1876, art. 16.

du règlement du 7 septembre 1852, les accentua, car cette mesure eut pour effet d’échelonner l’enseignement de la physique, de la chimie et de l’histoire naturelle sur les deux premières années de * la bifurcation, tandis que les mathématiques remontant au plus haut degré de l’échelle, étaient en grande partie reportées en rhétorique. Ainsi, contrairement aux règles les plus élémentaires de la pédagogie, c’est à des élèves ne sachant qu’un peu de caleul, mais étrangers à l’algèbre et aux principes de la géométrie et de la mécanique, que les professeurs étaient obligés d’enseigner, vaille que vaille, les lois de la pesanteur, de l’hydrostatique, de la dilation des corps, etc. La décadence des études de physique et de chimie ne tarda pas à devenir manifeste. « Tous les rapports de l’inspection générale l’ont signalée, écrira quatre ans plus tard, Victor Duruy. Les professeurs se plaignent de ne plus trouver comme autrefois, des élèves attentifs à leurs cours, mais des candidats, aux prises, dès le milieu de l’année de seconde, avec les préoccupations étroites du diplôme, et délaissant l’enseignement général de la classe pour l’étude exclusive du Manuel (1) ».

- L'article 8 du règlement du 5 novembre 1852 prescrivait pour l'épreuve écrite du baccalauréat ès lettres, deux compositions: 1° une version latine, 2° une composition latine ou une composition française, suivant que le sort en décidait. Une telle procédure avait provoqué de nombreuses réclamations : on lui reprochait surtout d'établir des différences sensibles entre les épreuves, et de ne pas soumettre tous les candidats aux mêmes chances. Rouland supprima ce qu’elle comportait d’aléatoire et décida, conformément au vœu exprimé par les professeurs des Facultés que les candidats seraïent tenus de faire un discours latin (2). « C’est, écrivait le

(1) Cf. Instruction du 288 septembre 1863.

(2) Cf. Arrêté du 3 août 1857, art. 12. En outre le même article de cet arrêté prescrit, comme l’avait fait Fortoul en 1852, que « le texte de la version et le sujet de discours sont choisis par le doyen de la Faculté ». Nous trouvons la même prescription dans l'arrêté du 7? août 1857, art. 12, relatif à l'examen du baccalauréat ès sciences. La circulaire adressée aux Recteurs, le 14 août 1857, ajoute : « Je ne saurais vous recommander avec trop d’insistance de veiller personnellement à ce que les devoirs qui sont la matière de l’épreuve écrite soient convenablement choisis.

« Il faut qu'ils soient appropriés à la force moyenne et qu'ils ne dépassent, ni en deça ni au delà, le niveau que nous devons essayer de maintenir; que le texte des versions soit toujours emprunté aux auteurs du grand siècle, et que la suite des idées soit facile à saisir. Les élèves distingués auront ainsi l’occasion de montrer qu'ils savent manier leur langue maternelle en luttant habilement contre le texte original. Les élèves moins heureusement doués se sauveront par une interprétation à peu près fidèle. Les matières du discours latin pour le baccalauréat ès lettres, comme les questions scientifiques pour le baccalauréat ès sciences, seront rédigées dans les mêmes vues. MM. les Doyens restent chargés de ce soin: mais je me réserve, suivant les circonstances, et quand le bien des études me paraîtra l’exiger, de leur adresser, sous enveloppe cachetée, les sujets de devoirs qu’ils auront à proposer aux candidats. Je désire me rendre compte personnellement de la force des études, en ordonnant, de temps à autre, des épreuves uniformes; mais, dans tous les cas, je tiens à ce que les devoirs des candidats jugés dignes du diplôme me soient toujours adressés. J'aurai soin de le faire examiner par des hommes compétents. »

Ministre, l’exercice ordinaire de la classe de rhétorique. On se plaint, et avec raison peut-être, de l’affaiblissement des études littéraires. Le seul moyen de les remettre en honneur, c’est de leur assigner la place qui leur revient dans l’examen du baccalauréat . ès lettres (1) ». Pour le reste, la matière de l’examen demeura celle que le programme de 1852 avait fixée et Rouland ne modifia que la procédure des épreuves. Après en avoir fait l’expérience dans deux sessions consécutives à l’examen du baccalauréat ès sciences, il décida que, pour les questions faisant l’objet des épreuves orales, des sujets variés seraient placés sous le même numéro afin de permettre aux candidats de mieux montrer leur savoir (2). C’est ainsi que les huit questions du programme de logique furent divisées en vingt numéros (3). Il en fut de même pour le programme d'histoire et de géographie dont chaque numéro renferma une question d'histoire ancienne, une question d'histoire du moyen âge, une question d'histoire moderne et une question de géographie (4). Les éléments d’arithmétique, de géométrie et de

(1) Cf. Circulaire du 14 août 1857.

(R) Cf. Circulaire du 14 août 1857 : « Un seul sujet restreint, indiqué par le sort, même lorsqu'il n’est pas convenablement traité, ne prouve pas l'ignorance absolue du candidat, et cependant il est noté comme ignorant parce qu'il n’a aucun moyen de racheter l'insuffisance de son instruction sur un point déterminé. Le succès, en pareil cas, ne prouverait pas davantage en faveur de ses connaissances acquises. Le sort a d’étranges caprices, et il a pu lui assigner une question tout à fait élémentaire dont les préparateurs ont fourni d'avance la réponse. Il était nécessaire de rendre à l'examen le caractère d’un jugement équitable, en cessant d’enfermer les candidats et les juges dans le cercle étroit et infranchissable d’une question unique. »

Après une condamnation aussi pertinente du système du tirage au sort des questions, on est surpris de voir le Ministre le maintenir au lieu de le supprimer et de faire enfin confiance aux examinateurs.

(3) Cf. Ibid : « Sous chacun de ces numéros et à côté de la question dogmatique, se trouve l'indication d’un fragment d'auteur que le candidat pourra être invité à analyser. L'Université recommandant à ses élèves les plus beaux et les plus purs modèles du style philosophique, devait tenir à l'honneur de s'assurer, dans l'épreuve finale de l'instruction secondaire, que les candidats au baccalauréat ès lettres avaient mis à profit ces fécondes lectures, qu'ils n’en avaient pas seulement une idée générale et superficielle, mais qu'ils s'étaient pénétrés de l'esprit viviñant de ces incomparabies monuments, et qu'ils en saisissaient l’ensemble et les détails. Les exercices de la classe ne seront que plus sérieux, lorsque les jeunes gens sauront d'avance que le sort leur assignera nécessairement, au terme de leurs études, outre une question de logique convenablement circonscrite, l'appréciation d’un fragment considérable de Cicéron, de Descartes, de Bossuet où de Fénelon. »

(4) Cf. Ibid : « L'autorité supérieure n’a pas entendu entourer l'épreuve du baccalauréat de difficultés superflues; elle s’est uniquement proposé de l’approprier à la force moyenne des intelligences, et elle ne veut interdire l'accès de ce grade qu’à ceux qui n’en sont pas dignes. Les jurys d’examen comprendraient donc bien mal sa pensée, si, un numéro étant donné par le sort, le candidat se voyait obligé d’en épuiser successivement tous les détails, et de répondre, non seulement aux questions d'histoire moderne que le juge lui aura adressées d’abord et qu’il aura convenablement résolues, mais encore aux quatre questions d'histoire ancienne, d'histoire du moyen âge et de géographie renfermées sous le même numéro. Cette rigueur ne serait Conforme ni à l'esprit du règlement, ni aux habitudes paternelles de l’Université. Dès qu'un candidat à prouvé par plusieurs réponses claires et précises, qu’il possède la matière sur laquelle il est interrogé et qu'il a profité de l’enseignement de ses maîtres, à quoi bon pousser à bout l'expérience et chercher à mettre en défaut une intelli-

physique étaient présentés de la même manière : chacun des vingt

numéros du programme contenait une question d’arithmétique, une question de géographie et une question de physique. Le nombre des numéros du questionnaire fut ainsi réduit de cent quarantesix à Soixante-neuf (1). Ernest Bersot, tout en approuvant cette innovation, ne put s’empêcher de faire une réserve qui témoigne d’un sens très aigu des réalités scolaires et d’une connaissance profonde des tendances naturelles des collégiens. « Le programme du baccalauréat ès sciences, écrivait-il, révisé par un arrêté de cette année 1857, laisse plus de latitude à l’examinateur et au candidat. [l est à craindre seulement qu’un même numéro comprenant plusieurs sciences, les candidats n’en sacrifient un ou deux pour se rattraper sur la troisième (2) ».

Pour la stricte application des nouvelles mesures relatives à la forme des examens, de même que pour la chasse aux fraudes, Rouland, comme ses prédécesseurs, s’en remettait à la vigilance des recteurs. « [l ne vous échappera pas, Monsieur le Recteur, lisonsnous dans la circulaire du 14 août 1857, que l’exécution des nouveaux règlements sur les deux baccalauréats vous impose une grave responsabilité. Vous représentez le pouvoir central dans la vaste circonscription dont la direction vous est confiée, et ce n’est pas là une vaine prérogative. Pour user du droit que vous confère l’article 24, pour déférer au Ministre en parfaite connaïissance de cause, les jeunes gens soupçonnés de quelques fraudés (3), pour protéger efficacement tous les intérêts et ôter tout prétexte aux réclamations des familles, il importe que vous sui-

. gence qui mérite des ménagements ? La variété des sujets sur lesquels les candidats peuvent être interrogés n’a pas été imaginée pour aggraver sa situation, mais tout au contraire, pour la rendre meilleure... Les familles qui suivent d'un œil attentif les épreuves du baccalauréat auraient le droit de se plaindre de l’Université, si le nouveau règlement n'était pas appliqué suivant l'esprit que je viens d’indiquer. Je m’en rapporte sur ce point aux sentiments d'équité naturelle dont MM. les Professeurs des Facultés sont animés, et dont leur supériorité même m'offre le plus sûr garant. La publicité des examens et le compte qui m'en sera fidèlement rendu me donnent d'ailleurs l’assurance que les jugements des Facultés seront toujours empreints de cette bienveillance paternelle qui n'exclut pas l’exacte justice. »

(1) La diversité des questions comprises dans un même numéro était parfois déconcertante. En histoire, par exemple, les Assyriens, Brunehaut et Frédégonde, les Médicis, Mahomet II et la géographie de l’Afrique ne faisaient qu’un numéro. «

(2) Cf. Ernest Bersot, Lettres sur l'Enseignement, Paris, Hachette, 1er an;

(3). Cf. Arrêtés des 5 et 7 août 1857, art. 21: « Le Recteur défère sans délai les délinquants au Ministre de l’Instruction Publique qui statue directement et sans recours en vertu de son autorité disciplinaire ou délègue la connaissance de l'affaire au Conseil départemental du lieu où l'examen a été subi. Ce Conseil, après avoit entendu ou dûment appelé ies délinquants, prononce, suivant les cas, outre la nullité de l'examen entaché de fraude, la peine de l'exclusion de toutes les Facultés, pour six mois sans appel, et avec recours au Conseil impérial, pour un an ou à toujours. » On sait que les règlements antérieurs (cf. en particulier celui du 5 septembre 1852, art. 12) prescrivaient que les délinquants seraient déférés, non pas au Ministre, mais au Conseil académique.

viez attentivement les opérations si importantes des Facultés dans la collation des grades. Lorsque vos occupations ne vous permettent pas d'assister aux examens, Je vous invite à déléguer l’inspecteur d’Académie qui vous rendra compte, jour par jour, de la manière dont mes instructions sont exécutées et vous mettra en mesure d’avoir une opinion précise et motivée sur les incidents qui pourraient survenir. Les Facultés ne forment pas des jurys indépendants; c’est au nom de l'Etat qu’elles enseignent les lettres et les sciences et qu’elles confèrent des grades. Ces attributions, elle ne peuvent les exercer que sous la haute surveillance des dépositaires du pouvoir central et sous le contrôle de l’autorité rectorale ».

C’est en vertu de ce principe de la subordination des membres des Facultés aux représentants du pouvoir central que Rouland fit prendre le 20 juillet 4861 un décret autorisant le Ministre, lorsqu'il le jugerait convenable, à déléguer les Inspecteurs généraux de l’enseignement supérieur pour présider, chacun dans l’ordre d’études auquel il appartenait, les jurys d'examen des Facultés (1). Jusqu’alors l’administration centrale n’avait pu contrôler que les épreuves écrites des examens du baccalauréat en se faisant envoyer par les Recteurs, avec les rapports des doyens ou des présidents de jurys, les compositions des candidats (2). L’usage, aussi bien que les règlements, l’empêchait d'étendre plus loin son contrôle.

« Pour maintenir le niveau des examens du baccalauréat ès lettres ou du baccalauréat ès sciences, écrivait Rouland dans l’exposé des motifs du décret présenté au Conseil impérial de l’Instruction Publique, suffit-il du contrôle auquel les épreuves écrites sons soumises ? Ne serait-il pas bien autrement profitable que l’information fût étendue à l’ensemble des opérations d’une session et qu’elle comprit les épreuves orales elles-mêmes ?... Les Inspecteurs généraux, dit ce décret (décret du 17 mars 1808) n’appartiennent à aueune Académie en particulier, ils les visitent pour reconnaître l’état des écoles et de la discipline dans les facultés, les lycées et les

.. (1 Cf Décret Au 20 juillet 1861, art. unique : « Le Ministre de l’Instruction Publique et des Cultes peut, lorsqu'il le juge convenable, déléouer les Inspecteurs généraux de l’enseignement supérieur, chacun dans l'ordre d'études auquel il appartient, pour présider les jurys d'examen des Facultés des lettres, des Sciences, de médecine et de droit, des Ecoles supérieures de pharmacie, des Ecoles préparatoires de médecine et de pharmacie et des Ecoles préparatoires à l’enseignement supérieur des sciences et des lettres. Lorsqu'il s'agira des sessions d'examens pour le baccalauréat ès lettres et le baccalauréat ès sciences, la délégation de l’Inspecteur général Sera notifiée à la Faculté vingt jours au moins avant l'ouverture de la session. » Le décret du 17 mars 1808 n'avait prévu cette mesure que pour les Facultés de droit.

(2) « L'étude de ces pièces, dit le Ministre, faite avec soin par MM. les Inspecteurs généraux de l’enseignement supérieur leur a fourni la matière d'un travail aussi utile que considérable, à l’aide duquel on a pu reconnaître, et par suite corriger, dans quelques-unes de nos Facultés des tenne à un excès de sévérité ou d'indulgence qu'il fallait arrêter à & >»?

collèges, pour s’assurer de l’exactitude et des talents des professeurs pour examiner les élèves. Or, comment les Inspecteurs généraux pourraient-ils examiner les élèves d’une Académie quelconque, sinon en prenant part, ainsi que l’organisation des Ecoles de droit l’avait si sagement prévu et établi, aux examens de la Faculté elle-même ?... Si le décret portant organisation de l’Université impose aux Inspecteurs généraux le devoir d’examiner les élèves des Facultés, n’est-ce pas à la condition implicite d’étendre à tous les ordres d’enseignement ce qui avait été spécifié pour l’étude du droit, et de donner à ces fonctionnaires, sous l’autorité du Ministre, le pouvoir de participer dans toutes les Facultés aux examens et aux actes, au même titre que les professeurs ?... Dans l'intérêt des familles, 1l importe que l’éducation de la jeunesse puisse se poursuivre jusqu’à son terme sous l’œil vigilant des parents ; dans l'intérêt de l'Etat, il n’importe pas moins que le diplôme soit partout l’expression d’un niveau commun de mérite ».

Pédagogiquement, une telle mesure était excellente. Il est certain que la prospection des examens du baccalauréat devait offrir à l’inspection générale une mine de renseignements infiniment plus riche que la visite d’une classe, fût-elle suivie ou précédée d’un examen des devoirs, des compositions et du cahier de textes. Pour ceux qui avaient la charge d'apprécier la valeur des maîtres et des élèves et de mesurer le niveau des études, leur participation aux examens, en qualité de présidents, était sûrement le plus efficace des moyens de contrôle que le Ministre pouvait mettre à leur disposition.

On le voit, toutes les mesures prises par Rouland (du 13 août 1856 au 23 juin 1863, sous son administration, on compte vingtquatre décrets, arrêtés ou circulaires concernant le baccalauréat) (1), avaient pour but, non pas de démolir la réforme de Fortoul, mais d’en assouplir le mécanisme par une meilleure disposition de ses différents rouages, en tenant compte, dans la mesure où sa timidité le lui permettait, des critiques de Bersot. Même son arrêté du 28 août 1859, aux termes duquel les élèves de la

(1) L'un d'eux (arrêté du 25 octobre 1860) détermine les mesures transitoires prises en faveur des jeunes gens originaires de la Savoie et de Nice qui avaient subi le premier examen pour le grade de maître ès arts. L'autre (decret du 23 décembre 1857) institue un brevet de capacité équivalent au baccalauréat dans les colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion. Notons aussi que Rouland eut à résoudre un cas embarrassant, posé par le baccalauréat. Une institutrice, âgée de 37 ans, Julie-Victoire Daubié, auteur de La Femme pauvre au XXe siècle, par une femme pauvre (mémoire couronné par l’Académie de Lyon en 1859) et du Progrès dans l’enseignement primaire, Justice et Liberté (Paris, 1862), ouyrage où était plaidée la cause des institutrices laïques et réclamée la suppression des lettres d’obédience, avait demandé à subir, en 1861, les examens du baccalauréat devant la Faculté des lettres de Lyon. Rouland lui refusa l’autorisation äe se présenter, vu l’absence de précédents, mais l’année suivante, il fit droit à sa demande et Julie-Victoire Daubié fut la première femme de France bachelière (cf. Grande Encyclopédie, t. XII, p. 961).

section des sciences à Paris et dans les lycées de province les plus importants cessaient d’être réunis à ceux de la section des lettres pour l’enseignement littéraire et ne conservaient plus de commun que l’enseignement de l’histoire et celui des langues vivantes, ne saurait être considéré, quoi qu’en pense Gréard (1), comme un coup porté au système de la bifurcation. Il y à là une retouche, mais non une refonte.

De même, pour l'examen du baccalauréat, les décisions de Rouland apportent de nombreuses et importantes modifications dans la forme, qui, telle l'institution du baccalauréat ès sciences scindé, accentuent, sans le vouloir, les graves défauts des règlements de 1852, mais aucune de ces décisions ne se traduit par le moindre changement dans la matière. En un mot, le plan d’études des lycées et le programme du baccalauréat seront transmis à Victor Duruy par Rouland tels que lui-même les avait reçus de Fortoul. Et Bersot pourra dire, avec autant de raison que d’ironie : « Admirant ce vaste ensemble, et convaincu que la science de nos bacheliers y répond, je désire seulement que, s’il survient là quelque révolution, on sauve un programme pour montrer à une future génération qu'elle était la force de celle-ci, comme on conserve les pesantes armures des chevaliers pour étonner notre faiblesse (2) ».

Le vœu de Bersot a été respecté. Le programme qu’il fustigeait de sa verve mordante et dont avant lui, le due de Broglie avait dit : « pour le parcourir de question en question, il faudrait des semaines; pour l’épuiser il faudrait des mois, des années : c’est une encyclopédie au petit pied (3) » a été conservé (4). Nous eussions aimé, afin de pouvoir évaluer la foree des bacheliers de cette époque, qu’on eût conservé aussi quelques exemplaires de leurs compositions. A défaut de leurs « armures » nous devons nous contenter de ce que nous dit Jules Simon des « chevaliers » dont il avait lui-même dirigé les combats et du programme sur lequel il avait mis leur science à l’épreuve. « Quant au programme... c'était l’encyclopédie de toutes les sciences humai-

. Ce Gréard, Education et Instruction, Enseignement secondaire,

(8) Cf. Ernest Bersot, Lettres sur l'Ensei i RU l'Enseignement, Paris, Hachette,

(3) Cf. Rapport présenté à la Chambre des pairs

séance du 24 avril 1844, à la Chambre des pairs, à te Dao rait : « La Commission a qualifié ce programme d'encyclopédie au petit pied. Rien de plus juste. 11 est constant que l'étendue des matières sur lesquelles les candidats sont examinés est tellement vaste si peu en rapport avec les lois du développement réel de l'intelligence qu’on pourrait lui faire une juste application de ce mot de Pascal : « Curiosité n’est que vanité »… Vous avez lu, dans un écrit qui vous a été récemment RE AH Ré Ar Ru Le de déplorant les vices de ce programme

: ae M D OU D isalt avec désespoir : « Nous sommes des

(4) Nous le reproduirons plus loin aux annexes.

nes. On se consolait de son immensité en pensant qu'il n’y avait, en France, ni un élève, ni un maître qui fût capable de répondre à toutes les questions qu’il contenait. La conséquence d’un tel état de choses était une incertitude cruelle sur le résultat de l’examen et l'obligation d’effleurer une infinité de matières et de n’en approfondir aucune (1) »

Il faut Rs être juste et reconnaître que s’il n’osa pas ouvrir le robinet pour laisser couler ce qu’il appelait lui-même le « trop plein des programmes », Rouland en proclama au moins la nécessité : « N’est-il pas désirable, déclarait-il quelques mois avant de quitter le Ministère de l’Instruction publique, dont il dirigeait les affaires depuis plus de six ans, que le baccalauréat ès lettres devienne une épreuve plus intelligente et plus sûre, quand elle n’est encore trop souvent qu’une gymnastique de la mémoire, et qu’elle pousse ainsi à la désertion d’études solides et régulières pour favoriser des préparations hâtives et trompeuses (2) ».

Il appartiendra à Victor Duruy de faire une réalité, de ce désir aussi souvent qu'inutilement exprimé.

(1) Cf. Jules Simon. La réforme de l'Enseignement, Paris, 1874, p. 37, 38.

(2) Cf. Rouland. Discours prononcé à la distribution des prit du Concours général, en 1862.

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