CHAPITRE XV
Don Cbërubin fait connaissance arec nn aimable cavalier nomme don Manuel de Pédrilla. De quelle façon ils passaient le temps ensemble. De l'agréable surprise où se trouva un soir don Chérubin en soupant avec des dames. Ce qu^elles étaient. Leurs entretiens.
Notre conversation fut troublée par un cavalier avec qui j'avais depuis peu fait
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connaissance , et qui vint me joindre à là promenade. Sans adieu , me dit aussitôt le Biscaycn : nous nous reverrons.En même temps il se retira , mé laissant avec mon nouvel ami , qui se nommait don Manuel de Pédrilla. Cotait un gentilhomme de la ▼ille d^Alcaraz, sur les confins de la Cas* tille nouvelle, un cavalier à peu prés de mon âge , et d^une agrdable figure. L'envie devoir la cour Tavait attiré à Madrid. Il logeait dans mon hôtel garni ; nous mangions ensemble, et nous allions tous les jours aux spectacles et à la promenade. Enfin nous nous attachâmes Tun à Fautrc , et nous devînmes inséparables.
Un matin, pendant que nous nous en* trctenions dans son appartement , il y entra tiQ petit laquais qui lui remit une lettre. Don Manuel la lut, et dit ensuite au porteur : Mon enfant, tu peux assurer ta maîtresse que je n^y manquerai pas. Ensuite ni^adressant la )>arole : Seigneur don Clie'rubin , poursuivit-il, je dois souper ce soir
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<%ez deux damed, où il m^est permis de mener un ami. Voulez-vous bien m^ac* dompagner ? J'acceptai la proposition eu répondant avec un sourire à don Manuel que je le remerciais de la préférence. Vous avez raison , répliqna-t-il en souriant a son tour, la partie que je vous propose vaut bien un remercîment. Sachez que vous touperez ayec deux dames des plus aimablés et des plus amusantes. Elles ont dos manières aisées ; ce sont des femmes do qualité qui demeurent et rivent ensemble à frais communs et -à la française. Leur maison est ouverte aux honnêtes gens; on y joue et l'on y soupe. Et elles s^entretien- \ nent sans doute du profit du jeu ? intcrrompis-je en riant. Cest ce que je ne sais point , reprit-il* Peut-être ont-elles des amans qui font secrètement leur dépense ; mais elles ne paraissent pas en avoir. On ne voit rien chez elles qui rende leur vertu saspecte.
Je demandai comment ces dames sq
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nommaieiit. L'une s'appelle Ismifnie , répondit mon ami, etPautreBasilisa. Elles 86 disent yeuves de deux gentilshommes grenadins ; et , à les entendre , elles ne sont Tenues à Madrid que par curiosité. A laquelle des deux, luidis-je, votre «cœur s'est-il rendu? J'aime Ismënie, repartit don Manuel , et j'ai tout lieu de croire que je ne soupire pas pour une ingrate ; mais je n'en suis point aime comme je voudrais l'être : elle n'a pour moi que des demibontés. Que j'ai d'impatience , m'ëcriai-je , de voir Isménie , -aussi bien que sa compagne ! Yods verrez , me 4litril , deux personnes que vous me saurez bon gr^ de vous avoir fait connaître.
Le soir étant venu, don Manuel me mena chez ces dames, qui logeaient dans une maison assez beUe et fort bien meublée. Mesdames, leur dit-il, en me présentant a elles , je trois que vous trouverez bon que je vous amène le meilleur de mes amis, qui est un gentilhomme de la province de
LéoB y ^ de plus un garçon de mërite. Les dames lai répondirent que ma Yue conCrniait le bien quHl pouTait leur dire de moi , et elles m^honorèrent de Faccueil le plus gracieux.
Je ne ierai point Je portrait de ces dames j je dirai seulement que je fus frappé de leur beauté , et 'qu'après un quart d'benre de conversation , je me sentis également charmé de Tune et de Tantre , quoiqu'^elles fussent d'un caractère différent. Isménie 'était ^sérieuse , et Basilisa fort enjouée. La première parlait avec autant de dignité que d'élégance , et ne donnait rien an hasard ; et la seconde hasardait volontiers , mais presque toujours heureusement. Comme don Manuel s^aperçut que je prenais un extrême plaisir à les entendre : Seigneur don Chérubin , me dit-il , avouez que vous ne me savez pas mauvais gré de vous avoir amené ici .
Au nom de don Chérubin , Basilisa me regarda fort attentivement et me demanda
dans quel endroit de FEspagoe j'ëtaîs n^.' Madame^ lui rëpondis^je , la province de Lëon m^a tu naître ; pourquoi me faitesvous cette question? L^a dame parut trou* blëe de ma repoose", et me répliqua de cette sorte : Ce n^est pas sans raison que je vous la fab; je connais quelques personnes ' de Salamanque. Est-ce dans cette ville que vous avez pris naissance ? Non, lui répartis-je, mais aux environs. Je suis venu au monde à Molôrido, gros bourg, dont mon père était alcade. Gomment se nommait^il ? dit Basilisa. Il s^appelait don Roberto de la Ronda. Ah! mon frère, sV'cria la dame en se levant pour venir m\*m brasser, mon cher don Chërubih , c^est vous ! Est-il possible que la fortune vous rende aujourd'hui à votre sœur Francisca ! car c'est eUe que vous rencontrez ici sous le nom de Basilisa.
Le sang fit en moi également bien son devoir. J'eus tant de joie d'avoir retrouvé ma sœur, que je la serrai entre mes bra$
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iirec un saisissement qui m^emp^cha de parler pendant quelques instans. De son côte y pénétrée de rezcès de ma sensibilité, elle devint muette à sou tour j de manière que nous ne pûmes d^abord nous exprimer que par des larmes. Isménie et don Manuel' furent attendris de notre reconnaissance , et nous accablèrent d^accolades pour nous marquer la part qu^ils y prenaient tous deux.
Après tant d'embrassémens , nous nous remîmes à table , et nous recommençâmes ' à nous entretenir arec la même gaîté qu^auparavant. La conversation ne fut pas toujours générale. De temps en temps Ba^ silisa , que je n^appellerai plus désormais que dona Francisca , me faisait tout ])as des questions sur la famille j et tandis que nous parlions ainsi , don Manuel entretenait Isménie de la mâme façon. La nuit était fort avancée quand nous prîmes congé de CCS dames. Don Chérubin , me dit
ma sœur , venez deraaia dîner avec mei tôte-à-tâte. Je meurs dHmpatience d^apprendre vos aventures, et vous ne devez pas en avoir moins de savoir les miennes.