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Je ne m'aperçus point d'abord qu'il pre* nait plaisir à ma conTersation , quoiqu'il ne tint qu'à moi de le remarquer j car monsieur Pompeïo , en me parlant , me regardait d'un air si tendre, que si je n'y prenais pas garde , ce nVtait nullement sa faute. A la fin pourtant j'ouvris lea yeux , et je vis mon ouvrage.
Dans cet endroit , j'interrompis dona Francisca : Juste ciel ! m'ëcriai-je , ma sœur , que . m'allez-Tous dire ! Serait^il possible que ce laquais se fût attiré votre attention ? J'en devins folle , me réponditelle , mais folle à lier. Cependant , mon frère , continua-t-elle , suspendez les re* proches que cet aveu semble vous mettre en droit de me faire. Écoutez-moi jusqu'au bout.
Sitôt que j'eus démêlé mes sentimens , j'en rou^ de confusion. J'eus honte d'avoir pour vainqueur un domestique, quoique j^eusse entendu dire que des femmes de meilleure maison que la mienne ne dé-
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daignaient pas quelquefois de brûler d^une pareille ardeur. J^appelai ma iierté à mon secouVs, et Toulant étouffer un indigne amour dans sa naissance , je n'eus plus d'entretien arec Pompeïo. Je recevais froidement de ses mains les lettres qu'il m'apportait j je ne lui disais pas une parole. Je m'interdisais jusqu'au plaisir de l'envisager.
Le pauvre garçon fut bien mortifié de ce changement , dont il ne pénétra pas la cause. Il crut que j'avais lu sa témcritë dans ses regards , que j'en étais indip^née , et que pour 4e punir , j'avais cessé de lui parler. Il en eut tant de chagrin qu'il excita ma pitié. Je recommençai à lier avec " lui conversation. Je fis plus: je l'engageai à me découvrir le fond de son âme , ou du moins je me l'imaginai. Pompeïo, lui dis-je un jour , m'aimez-vous ? Cette question, à laquelle il ne s'était point attendu, le déconcerta. Pour lui donner le temps de se remettre , je poursuivis ainsi mon dis-
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cours : Si tous m^aimez , vous me ferez une coniidence dont je vous promets de ne point abuser. Je vous soupçonne de n'être rien moins que ce que vous paraissez. Vos manières vous trahissent. Convenez que vous êtes un homme de condition , et que vous méditez quelque dessein que vous ne pouvez exécuter qu^en prenant la forme d^un laquais.
Pompeïo fut si troublé de ces paroles , quHl demeura quelques momens sans par* 1er. Votre troul)le et votre silence , lui disje, m'apprennent que je vous ai pénétré. Révélez-moi toat, et je vous garderai le secret. Madame, répondit Pompeïo, après «"être un peu remis de ^on désordre, si vous voulez absolument c^ue jfi satisfasse votre désir curieux, je vous obéirai ; mab je vous avertis que je ne Taurai pas plus t6t contenté, que vous m'en saurai mau* vais gré. IM 'importe , lui répliquai-je avec précipitation , parlez : vous ne faites qu'ir» ritur ma curiosité.
Alors le laquais du commandeur, mettant un genou à terre devant moi , comme un h^ros de théâtre devant sa princesse , me dit d^un ton dedédamateur : Hé bien ! madame, hé bien ! je vais donc me décou- Trir, puisque tous me l'ordonnez. Je tie suis point, il est vrai, un malheureux re'duit par la fortune à la servitude : je suis un homme de qualité travesti*. Je m'appelle don Pompeïo de la Cueva. Je passais par cette ville où je suis inconnu. Le hasard vous a présentée à ma vue , et vous m'avez charmé. J'ai su que le commandeur vous aimait^ et, ne pouvant m' imaginer qu'il fût aimé de vous , je formai le dessein de vous plaire , plus encouragé par son âge que par ma vanité. J'ai eu l'acrt^ssf^de me faire recevoir a son service, et, par ce stratagème, je me suis introduit chez vons.
Oui , c'est l'amour, adorable Francisca , poursuivi^- il d'un ton de voix plein de douceur , c'est l'amour qui m'a inspiré cet artifice pour vous faire connaître mes feux.
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Si vous les voyez sans colère, rien ne sera comparable à mou bonheur; mais si, trop fidèle à mon rival ^ vous ne voulez écouter que lui y quelle que soit Tardeur dont je me sens brûler pour vous, je vais pour ja-: mais m^éloigner de Cordoue.
Si mon cœur n^eût point été' prévenu pour ce jeune cavalier, j^aurais été en garde contre ses paroles et contre Fair de persuasion dont il les assaisonna. Je me serais souvenue que doo Grégorio de Clévillente m^avait parlé sur le môme ton ; au lieu qu'étant enchantée de don Pompeïo de la Cueva , je ne doutai pas un instant de sa sincérité. Je poussai les choses plus loin : j'ajoutai à la faiblesse de le croire celle de lui avouer que j'étais sensible àion amour.
La joie qu'il fît éclater lorsqu'il apprit sa victoire fut excessive , et je n'en eus pas moins à le voir si satisfait. Cest ainsi que je gardai le serment que j'avais fait à mon commandeur de ne lui donner aucun rivaL Mais le moyen de tenir ces sortes de paro>
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les à un Ticiix seigneur? Cest tout ce qu^on peut faire aux galans les plus jeunes et les plus accomplis. Je dirai pour^tant à ma louange qae je ne lui devins pas infidèle sans remords. Je le plaignis ; et ce qu^une friponne à ma place n^eût point fait, je résolus de le quitter, me faisant un scrupule de continuer à recevoir ses présens et d^ayoîr deux amans à la fois.
Pour ma tante , elle n^était pas si scrupuleuse j et, trouvant la pratique du commandeur plus lucrative que celle de son laquais, elle me conseillait de donner la préférence au premier, ou du moins de les ménager tous deux, Tun pour Futile , et Pautre pour Tagréable , ce qui n^aurait pas été san^ exemple. Mais j^aimai mieux suivre les conseils de Tamour que les siens, et m^en aller avec don Pompeïo , qui me pressait de céder à l'envie qu'il avait de me conduire à Grenade, où nous attendait, disait-il, un sort plein de charmes. Je laissai donc la mon vieux soupirant, aussi
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bien que ma fausse tante , à laquelle j'^a» bandonnai tous nos effets pour la consoler de no^re séparation , et la faire rouler jusqu'à ce qu'elle eût une autre nièce j et, n'emportant ayec moi, pour ainsi dire, que ma jeunesse et mes appas, je sortis un matin de Cordoue à la dérobée aYec mon nouvel amant , et nous nous rendîmes tous deux à Grenade le lendemain.